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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Les visages de Paris 1924, Johnny Weissmuller l’apatride des Tourelles

Jean-Claude Duce

     Un siècle avant les JO de 2024, à l’organisation desquels la capitale française est candidate, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’imagine un nouveau destin olympique…

Les visages de Paris 1924, Johnny Weissmuller l’apatride des Tourelles

    Le regard charbonneux dans une pose presque martiale mettant en valeur son imposante carrure : sur le bord de la piscine des Tourelles à Paris, Johnny Weissmuller semble plein d’assurance, prêt à assumer lors de ces Jeux olympiques de 1924 son statut de meilleur nageur du monde. Pourtant, l’athlète conquérant cache un lourd secret. Pour faire partie de la délégation américaine, le gaillard a dû en effet trafiquer ses papiers et jouer avec son identité. Car Johann Peter Weissmuller, né en 1904 à Freidorf dans l’empire d’Autriche-Hongrie puis émigré sept mois plus tard aux Etats-Unis avec ses parents n’est pas citoyen américain quand arrive sa sélection olympique. La disparition de l’empire de Sissi et ses amis où il avait vu le jour a fait de lui un apatride. Avec la complicité de son père, Johnny endosse alors l’identité de son frère cadet Peter Jr, né lui sur le sol américain, pour se faire établir un passeport en bonne et due forme. Un tour de passe-passe qui lui permet de débarquer en France avec la délégation américaine et l’étiquette de favori des épreuves de nage libre.

    Sa spécialité : le crawl, dans une technique jugée aujourd’hui peu académique, puisqu’il nage la tête hors de l’eau. Comme un nageur de water-polo. Mais surtout comme un requin furieux. Weissmuller, après une coulée qui lui donne déjà un avantage certain sur ses concurrents, glisse sur l’eau avec une frénésie animale. Digne de Tarzan, le roi de la jungle, célèbre apatride comme lui, qu’il incarnera sur grand écran à partir de 1932 au point de devenir l’une des vedettes d’Hollywood.

Image http://gallica.bnf.fr

Image http://gallica.bnf.fr

    Quand il s’impose sur 100 m dans la piscine des Tourelles, le grand Johnny ne se tape pas la poitrine en poussant le célèbre cri de « l’homme singe » qui deviendra quelques années plus tard sa signature. Mais ses adversaires, eux, ont plusieurs lianes de retard. Après avoir été le premier nageur au-dessous de la minute sur 100 m nage libre, il devient à Paris champion olympique de la spécialité, titre qu’il conservera quatre ans plus tard à Amsterdam. Pour faire bonne mesure, il remporte deux autres médailles d’or sur 400 m nage libre et relais 4x200 m nage libre. Pas mal pour quelqu’un qui avait commencé la natation pour soigner les séquelles d’une poliomyélite ! Une vraie « success story », qui lui vaudra ensuite de ne plus jamais avoir à tricher sur son identité en étant dans la foulée de ses exploits olympiques reconnu citoyen américain à part entière.

Autres figures des JO de 1924 à découvrir : Géo André et Louis Faure-Dujarric

Saint-Patrick côté sport

Jean-Claude Duce

En ce jour de Saint-Patrick, j'avais envie de rendre hommage à tous les robustes gaillards qui depuis deux siècles au moins parcourent les champs de la Vert Erin une crosse de hurling sur l'épaule ou un ballon de rugby ou de football gaélique sous le bras. Histoire de prouver à ceux qui pourraient encore en douter que les Irlandais ne font pas que lever le coude. Je suis donc allé me promener sur le site de la Bibliothèque Nationale d'Irlande (http://catalogue.nli.ie) et j'y ai pêché ces jolis clichés un brin surannés. Alors calez-vous un trèfle derrière l'oreille, sirotez votre stout, régalez-vous et reprenez en chœur : No, Nay, Never, no, nay, never, no more, will I play the Wild Rover, no, never, no more !

Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie

Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie

Le motoball, vous connaissez ?

Jean-Claude Duce

Déjà réputé pour ses courses de lévriers, le stade municipal de Courbevoie fait dans les années 1950 les belles heures d'une discipline importée d'Angleterre, le motoball.  Ou quand libéro rime avec mécano.
 

Le motoball, vous connaissez ?

    L'idée ne pouvait venir que d'un Anglais. Associer le football, discipline reine au pays de sa très gracieuse majesté, et le motocyclisme ne semblait en effet guère évident au premier abord. Cuir à tous les étages ! Du ballon aux bottes en passant par les selles des 500 cm3 équipant alors les dix protagonistes de cette discipline "made in Britain", les années vingt voient le motoball prospérer et traverser la Manche pour faire des adeptes en France. Au moment où les premiers clubs se créent dans l'Ouest parisien, notamment à Versailles, un complexe sportif municipal flambant neuf ouvre ses portes rue Aristide-Briand à Courbevoie. La rencontre du motoball et du cynodrome, où les amateurs de courses de lévriers se pressent déjà par milliers, semble dès lors inévitable. Après-guerre, les motards du club local ou de l'équipe de France n'auront aucun mal à se faire une place dans l'enceinte habituée depuis longtemps déjà aux spectacles insolites.
 

Le motoball, vous connaissez ?

    Evoluant parmi l'élite nationale, les Courbevoisiens, tout de jaune vêtus, ont leurs inconditionnels dans les années 1950. Les matches contre les bleus et blancs du Versailles moto club ou les voisins de l'Excelsior de Gennevilliers attirent dans les gradins les amateurs de sensations fortes. "Motoball, sport du siècle !", clament alors les affiches placardées en ville pour annoncer les rencontres dominicales. Sur le terrain de football municipal, où seule la zone de deux mètres autour du gardien est redessinée, le spectacle est toujours au rendez-vous. Sur leurs motos de cross de 250 cm3 qui ont remplacé les grosses cylindrées des origines, les cinq joueurs de chaque équipe se disputent avec âpreté la sphère de cuir d'un kilo leur servant de ballon. Dans les mêlées pétaradantes, les accrochages sont fréquents et casques, gants, bottes et jambières protectrices ne sont pas de trop pour protéger ces gladiateurs des temps modernes. Le gardien n'est pas le moins exposé : pour arrêter les tirs adverses sans jamais lâcher sa "gauloise", surnom donné aux machines spécialement adaptées à ce poste, il doit rivaliser de souplesse et parfaitement maîtriser l'art des glissades.

Le motoball, vous connaissez ?

    Le public de l'après-guerre, dont la télévision n'a pas encore tari la curiosité, apprécie. En 1952, plus de dix mille spectateurs viennent même assister à Courbevoie au triomphe de l'équipe de France de motoball sur son homologue belge par trois buts à zéro ! Chez les tricolores, le gardien Bourguelat et l'attaquant Perdriau, tous deux membres du club local alors dirigé par Jacques Bon, ne sont pas les moins en vue. Dans les années suivantes, matches internationaux - une sélection de Paris viendra notamment à bout des redoutables allemands de Nüremberg...- et rencontres de championnat se succéderont à un rythme soutenu à Courbevoie. Jusqu'à ce que, vaincu par la concurrence d'autres disciplines moins confidentielles relayées par le petit écran, le motoball et la plupart des clubs qui le faisaient vivre en région parisienne passent de mode ou disparaissent...

Images : archives perso et gallica.bnf.fr

1922, Carpentier "se prend les pieds dans le Siki" à Buffalo

Jean-Claude Duce

Le 24 septembre 1922, Georges Carpentier, champion du monde de boxe des mi-lourds, fait au stade Buffalo de Montrouge son grand retour en France. Mais face au Sénégalais Battling Siki, la fête tant attendue tourne vite au cauchemar...

 

1922, Carpentier "se prend les pieds dans le Siki" à Buffalo

    Un grand moment de solitude. C’est ce que Louis Phal, dit Battling Siki, ressent ce 24 septembre 1922 à seize heures, lorsqu’il se glisse entre les cordes. Autour du ring installé au centre du stade Buffalo à Montrouge, 4000 spectateurs mais guère de partisans pour cet ancien pugiliste de foire sénégalais. Il faut dire qu'en face de lui, son adversaire du jour a depuis longtemps déjà quitté le statut de simple boxeur pour entrer de plain-pied dans la légende du noble art : adulé des foules, alors champion de France, d'Europe et du monde des mi-lourds, Georges Carpentier est au sommet de sa gloire. Le gamin de Liévin-les-Lens, déjà roi d'Europe avant que la première guerre mondiale ne vienne mettre sa carrière entre parenthèses, a tout connu. Une victoire historique à New-York où il devient le 12 octobre 1920 le premier champion du monde de boxe français en détrônant le tenant du titre des mi-lourds, Battling Levinski.Une défaite héroïque le 2 juillet 1921 à Jersey City, couronne mondiale des lourds en jeu, face à Jack Dempsey. Puis, après les Etats-Unis, une tournée triomphale en Angleterre où sa renommée lui vaut l’honneur d'être invité par le prince de Galles à prendre le thé avec la famille royale...

1922, Carpentier "se prend les pieds dans le Siki" à Buffalo
1922, Carpentier "se prend les pieds dans le Siki" à Buffalo
1922, Carpentier "se prend les pieds dans le Siki" à Buffalo

    Comment dès lors ne pas comprendre le public français, qui privé de son champion depuis si longtemps en attend monts et merveilles ? Montée à l'initiative de Victor Breyer, patron du journal L'Echo des sports, afin de relancer la boxe au stade Buffalo, la réunion de Montrouge est pourtant loin d'être considérée comme un grand rendez-vous par Georges Carpentier. Il y met, certes, tous ses titres en jeu, mais pour lui ce combat n'est guère plus qu'une exhibition. A tel point que François Descamps, son manager, voulant mettre à l'abri son poulain à court de forme, se met d'accord avec Battling Siki pour qu'il se couche au cinquième round après quatre reprises d'une résistance de pure forme. Officiellement, pour permettre à une firme cinématographique, désireuse de mettre "l'événement en boîte", d'en filmer l'intégralité sur une seule pellicule…

 

1922, Carpentier "se prend les pieds dans le Siki" à Buffalo
1922, Carpentier "se prend les pieds dans le Siki" à Buffalo
1922, Carpentier "se prend les pieds dans le Siki" à Buffalo

    Un scénario peu reluisant qui ne tiendra finalement que deux rounds. Conspué par le public pour son manque de combativité, rappelé à l'ordre par l'arbitre durant la troisième reprise, Battling Siki laisse presque malgré lui parler les battoirs lui servant de poings. Manquant visiblement de condition physique, Carpentier accuse le coup, tombe une première fois au tapis dans la quatrième reprise, puis perd pied dans la cinquième contraignant son manager à jeter l'éponge. Devant les yeux incrédules de Sacha Guitry, Yvonne Printemps et d'autres célébrités amies de "l'ange du ring", il est d'abord contre toute attente déclaré vainqueur, l'arbitre demandant la disqualification de Siki pour un supposé croche-pied. Confusion, bronca du public, après plusieurs minutes de discussion la victoire du challenger est finalement confirmée. Carpentier perd ses trois titres et sa précieuse couronne mondiale face à un Sénégalais de 25 ans, issu d'une famille de vingt-deux enfants et grandi dans l'anonymat des bas-fonds marseillais ! Seule faute de goût dans un parcours jusqu'alors exemplaire, cette défaite laissera longtemps des regrets à Georges Carpentier. "Je mis longtemps à me remettre de l'affaire Siki, et aujourd'hui encore je n'y repense jamais impunément", confie t-il même en 1954 dans sa biographie, "Mon match avec la vie". Battling Siki, lui, ne jouit pas longtemps de cette gloire inattendue tombée du ciel : le 15 décembre 1925, parti tenter sa chance aux Etats-Unis, il est assassiné à New-York. Pour avoir cette fois oublié de se coucher lors d'une sombre affaire de match truqué...

Sources : Images http://gallica.bnf.fr et "Mon match avec la vie" par Georges Carpentier, éditions Flammarion, 1954.

Ecoutez parler Raymond Kopa !

Jean-Claude Duce

     Raymond Kopa, l'un des joueurs les plus populaires de l'histoire du football français, vient de disparaître à l'âge de 85 ans. Bien trop jeune pour l'avoir vu jouer, j'ai toujours su que ce monsieur, déjà âgé, que je voyais de temps à autre à la télé, siégeait quelque part entre Michel Platini et Zinédine Zidane au panthéon de ceux qui avaient séduit le cœur des Français, bien au-delà du cercle des seuls amateurs de ballon rond. Alors oui, on peut parler des grands clubs dont il a défendu les couleurs dans l'Europe d'après-guerre, le Stade de Reims et le Real Madrid. On peut aussi dérouler ses faits d'armes et son palmarès. Mais ce qui me frappe surtout, quand on le voit s'exprimer comme dans cette interview de 1963 pour "Les coulisses de l'exploit", c'est combien notre société a changé en un demi siècle.

    Fils de mineur polonais, n'ayant échappé que de peu à une vie sous terre, Raymond Kopa s'exprime devant la caméra dans un langage châtié. Alors que chez lui on ne parlait que le Polonais et que, de son propre aveu, l'école n'était guère son fort, son intégration avait finalement réussi au point d'en faire non seulement une référence dans sa discipline, mais aussi un homme doté d'un bagage suffisant pour réussir sa vie une fois sa carrière sportive achevée. Et disserter avec aisance et précision devant une caméra. Oui, écoutez parler Raymond Kopa, c'est la voix d'une France qui savait encore accueillir et assimiler les immigrés, donner suffisamment d'éducation à ses fils, même d'extraction les plus modestes, pour les aider à grandir. Et en faire non seulement des sportifs, mais des hommes accomplis.

1954, quand le XV de France de Jean Prat matait les Anglais et les All Blacks à Colombes

Jean-Claude Duce

Entre  mars et avril 1954, l'équipe de France de rugby emmenée par Jean Prat remporte deux victoires historiques sur les All Blacks néo-zélandais et le XV d'Angleterre. Sept ans seulement après le retour du Tournoi des cinq nations sur la pelouse du stade Yves-du-Manoir. De quoi faire aujourd'hui rêver Bernard Laporte et Guy Novès...

1954, quand le XV de France de Jean Prat matait les Anglais et les All Blacks à Colombes

    En ce bel après-midi du mois d'avril 1954, le brave René Coty, fraîchement élu par le Congrès président de la République, ne s'imagine sans doute pas qu'en prenant place dans la tribune officielle du stade Yves-du-Manoir il s'apprête à entrer dans l'histoire pour la seconde fois en quatre mois. Comme lui, près de 45 000 mille personnes, alléchées par les victoires du XV de France face à l'Ecosse et à l'Irlande, ont fait le déplacement jusqu'à Colombes pour soutenir les tricolores aux prises pour la deuxième fois en quelques semaines avec l'une des équipes les plus redoutables du moment. Combien parmi eux ont assisté le 1er mars au succès historique des coéquipiers du Lourdais Jean Prat, auteur des trois points de la victoire face à des All Blacks néo-zélandais au sortir d'une tournée triomphale en Grande-Bretagne? Sans doute peu, car aussi prestigieuse qu'elle fût, l'affiche n'avait alors  attiré qu'une dizaine de milliers de personnes..

    Mais en ce 12 avril 1954, la foule est au rendez-vous, Tournoi des cinq nations oblige. Plus que le XV d'Angleterre, déjà assuré par sa triple couronne de finir en tête de la compétition, l'équipe de France joue gros ce samedi-là. Une victoire, et les tricolores rejoindraient pour la première fois de leur histoire les Britanniques en tête de l'épreuve reine du rugby international. Sept ans seulement après avoir célébré la renaissance du Tournoi à Colombes, la perspective a de quoi séduire le public français. Dix minutes après le coup d'envoi donné par l'arbitre Gallois Ivor David, l'affaire semble pourtant mal engagée pour les hommes de Jean Prat. Blessure à la cheville pour Sanac, déchirure musculaire pour Cazenave : le XV de France boite bas et l'Angleterre rêve de grand chelem. Le public s'inquiète, tremble pour ses héros et explose lorsque, piqués au vif, les tricolores forcent pour la première fois la défense anglaise sur un essai d'André Boniface, venu jouer les gentlemen cambrioleurs près de la ligne de touche. L'euphorie ne sera que de courte durée : les clameurs de la foule résonnent encore dans les tribunes d'Yves-du-Manoir lorsque les Anglais reviennent au score pour rétablir une égalité qui accompagne à la mi-temps les deux équipes aux vestiaires...

    Contraints désormais de jouer face au vent, les Français reprennent pourtant la direction de la rencontre. Dès le début de la seconde période, ils portent un coup décisif sur un drop de l'inévitable Jean Prat, bourreau du XV d'Angleterre moins d'un mois après avoir fait mordre la poussière à l'ogre néo-zélandais. Devant leurs supporters abattus, les joueurs au maillot blanc frappé de la rose ne se remettront jamais du coup de patte du divin Lourdais (voir la vidéo hommage ci-dessus), scellée par un essai de son frère Maurice. La victoire (11-3) permet au XV tricolore de finir pour la première fois de son histoire en tête du Tournoi des cinq nations. Certes, le triomphe est partagé avec Gallois et Anglais, premiers ex æquo avec les Français, et il faudra encore attendre quatorze ans pour voir l'équipe nationale remporter le grand chelem sur cette même pelouse. Mais une page de l'histoire du rugby français vient de se tourner.

L'olympisme, foire universelle des jeux sportifs

Philostrate #Les lectures de Philostrate

Alors que les villes sont de plus en plus réticentes à se porter candidates à l'accueil du grand cirque olympique, certains s'inquiétaient dès les années 1920 de la voracité de l'ogre enfanté par Coubertin. C'est le cas de l'éditorialiste Jean de Pierrefeu, perplexe, déjà, devant le gigantisme des Jeux de 1924 organisés à Paris.

    "Aimez-vous les Jeux olympiques ? On en a mis partout. Du bassin d'Argenteuil à la piscine des Tourelles en passant par le Vel d'Hiv', tout marche à la fois le matin et l'après-midi. Mon ticket d'entrée aux Tourelles portait, le 20 juillet, ce chiffre effarant : 259e réunion ! Et ce n'est pas tout, au vélodrome de Vincennes on verra fleurir la 272e et au fronton basque de Billancourt la 281e…

    Comme l'hydre de la fable, l'Olympisme moderne étend sur toutes choses ses bras tentaculaires, mais pour vouloir trop embrasser, ne risque t-il pas de périr ? Il n'y a pas de raison pour que, dans quatre ans, le tir à l'arc, en honneur dans l'Ile-de-France, la Picardie et dans tant de charmants "patelins" de l'Afrique centrale, ou que le boomerang, spécialité de l'Australie, ne soient également de la fête; ils le méritent autant que le tir de chasse sur pigeons d'argile, qui possède son champion olympique.

L'olympisme, foire universelle des jeux sportifs
    Je me garderai bien de blâmer l'énorme complexité de ces Jeux qui ont coûté tant d'efforts aux organisateurs, mais il faut bien constater que l'Olympisme, transformé en une Foire universelle des Jeux sportifs, perd ce caractère de culture humaine qu'on voulait lui donner. Soit par désir de ne laisser à l'écart rien de tout ce qui constitue l'activité de jeu de l'homme d'aujourd'hui, soit par nécessité d'accueillir les groupements qui se prétendent tous aussi indispensables les uns que les autres, le Comité international élargit démesurément les limites de l'Olympisme, lequel, par définition, est une sportivité choisie et stylisée. Je suis persuadé qu'il faudra procéder tôt ou tard à une reconcentration pour épurer l'idée olympique et redonner aux Jeux une ligne harmonieuse, simple et belle."
 
Texte de Jean de Pierrefeu, paru dans l'édition du 26 juillet 1924 de L'Illustration, à l'occasion des Jeux olympiques de 1924 à Paris.

Les délires sportivo-artistiques de la fête des caf conç'

Jean-Claude Duce

    La fête des caf conç', ça vous parle ? Non ? Ce fut pourtant longtemps une institution, pour faire simple l'équivalent sportif du gala de l'Union des artistes. Créé par Dranem, gloire du music-hall qui entame sa carrière à la fin du XIXe siècle, ce rendez-vous annuel servait à lever des fonds destinés à financer une institution accueillant d'anciennes vedettes, trop flétries pour briller sous les feux de la rampe. Une maison de retraite quoi… Le principe de la journée est simple : le spectateur paie sa place, la plupart du temps au Parc des Princes ou au stade Buffalo, pour assister à une série d'épreuves alternant sport et cabotinage. Avec souvent de vrais athlètes venus se produire "pour la bonne cause" et des artistes de renom s'adonnant aux joies de la course de triporteurs, du concours d'élégance féminine à bicyclette, de la course en sacs ou à dos de chameaux, j'en passe et des meilleurs. Bref, on est là pour se poiler et faire rentrer de l'artiche, à vot'bon cœur m'sieurs dames, c'est pour une œuvre… Preuve que la formule correspond alors aux goûts de l'époque, la fête des caf conç' survit aux deux guerres, et se tient même sous l'Occupation, comme en témoigne ce reportage de l'Ina millésime 1940. Depuis, cette sympathique journée de pignolade artistico-sportive a disparu des écrans radar. On a bien le Téléthon, mais c'est moins folichon.

 

Fête des caf conç' entre 1912 et 1921, source : http://gallica.bnf.fr
Fête des caf conç' entre 1912 et 1921, source : http://gallica.bnf.frFête des caf conç' entre 1912 et 1921, source : http://gallica.bnf.fr
Fête des caf conç' entre 1912 et 1921, source : http://gallica.bnf.frFête des caf conç' entre 1912 et 1921, source : http://gallica.bnf.frFête des caf conç' entre 1912 et 1921, source : http://gallica.bnf.fr

Fête des caf conç' entre 1912 et 1921, source : http://gallica.bnf.fr

Yéti foot

Philostrate #Les lectures de Philostrate

En décembre 1938, Le Miroir des Sports emmenait ses lecteurs à la découverte du football… tibétain ! Une parenthèse exotique offerte par Du sport ou du cochon, qui a volontairement conservé "Thibet" dans  l'orthographe de l'époque.

    "Le secrétaire de la Mission britannique au Thibet, rentré à Londres depuis quelques jours, a donné des informations très intéressantes sur la modernisation de Lhassa, la ville sainte et interdite du Thibet, la cité des lamas et des pèlerinages, et l'une des localités les plus inaccessibles du monde aux étrangers.

    - À Lhassa, raconte le secrétaire, il y a un terrain de football, situé à 4000 mètres d'altitude et dominé par les cimes himalayesques aux neiges éternelles. Toutes les semaines, un match met aux prises l'équipe de football de Lhassa United et celle des membres des Missions. L'équipe de Lhassa United comprend : un soldat du royaume voisin du Népal, un tailleur chinois, trois hommes fortement barbus du Ladakh dans le Cachemire, un indigène de l'état de Sikkim et cinq fonctionnaires thibétains.

Bon, il se pointe quand le yéti ? Image : http://gallica.bnf.fr

Bon, il se pointe quand le yéti ? Image : http://gallica.bnf.fr

    L'équipe de la capitale du Thibet pratique un football très orthodoxe, et chacun de ses joueurs est équipé à l'européenne. Malgré l'altitude, il ne fait pas froid sur le terrain, où il règne une température de 20°C et plus.

    Va pour la température; car nous commençons à savoir en France comment on pactise avec des températures de - 10°C, mais on ne nous dira tout de même pas que la pression atmosphérique est la même qu'au niveau de la mer. Plus que la température, c'est la faible pression atmosphérique qui handicape les équipes européennes en tournée à Mexico (2777 m) ou à La Paz (3630 m). Les joueurs non acclimatés se sentent sans forces; leurs jambes sont molles et ils ont le souffle court. L'année où la coupe du monde aura lieu au Mexique, en Bolivie, ou sur le plateau du Thibet, il se produira bien des surprises…"
 
Article extrait du Miroir des Sports daté du mardi 27 décembre 1938. L'allusion aux températures de - 10°C, fait référence à un début d'hiver particulièrement rigoureux cette année-là en France.

L'affront fait à Walko

Jean-Claude Duce

    Roger Walkowiak était le doyen des vainqueurs du Tour de France. C'était un petit homme discret et humble que rien ne prédisposait à la gloire médiatique. Il y a une quinzaine d'années, on le croisait encore fréquemment au départ du Critérium cycliste de Levallois, épreuve automnale parrainée par d'anciennes gloires de la petite reine. Mais là où Poulidor et Géminiani aimantaient les spectateurs en quête d'autographes, Walko, pourtant vainqueur lui du Tour de France, restait toujours un peu en retrait…

    En 1956, certains commentateurs avaient présenté "son" Tour comme une Grande Boucle "au rabais" et ces réserves sur sa victoire, aussi légères soient-elles, lui avaient laissé au cœur une amertume jamais tout à fait digérée. A fleur de peau, Walko devenu l'un des derniers témoins de son temps, en avait les larmes aux yeux rien que d'en parler. En champion, il aurait pourtant dû savoir que seuls comptent les palmarès, mais c'était plus fort que lui. Comme un affront fait collectivement au petit peuple du vélo, dont il fut sacré roi le temps d'un été. Aujourd'hui qu'il est entré au paradis des coureurs avec son maillot jaune sur le dos, il siège entre Bobet et Anquetil, figures tutélaires d'un âge d'or du cyclisme français auquel lui aussi appartient à jamais.

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