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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Les visages de Paris 1924, une déesse grecque nommée "Diddie"

Jean-Claude Duce

Un siècle avant les JO de 2024, à l’organisation desquels la capitale française est candidate, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’imagine un nouveau destin olympique…

    Si vous aviez demandé à un amateur de tennis des années 1920 son pronostic pour le tournoi féminin des Jeux olympiques à Paris, sa réponse aurait invariablement été : Suzanne Lenglen ! La diva des courts est alors au sommet de sa gloire, enchaînant les victoires dans son style aux inimitables arabesques aériennes. Tenante du titre remporté à Anvers quatre ans plus tôt, on ne voit pas trop qui pourrait l’empêcher de conserver l’or olympique en simple, qui plus est à domicile. Mais « La Divine », malade, doit finalement renoncer à la défense de son bien. Les regards des "sportsmen" avisés, habitués des cercles feutrés du tennis mondial, prédisent alors une finale entre l'Anglaise Kitty McKane, récente vainqueur de Wimbledon, et l'Américaine Helen Wills, double tenante du titre à l'US Open, lancée en 1924 à la conquête de l'Europe. C'était sans compter une jeune fille de 20 ans, que les amateurs ne vont plus désormais connaître que par son surnom.

Diddie façon Warhol, d'après une gravure de "Match L'Intran" du 30 novembre 1926

Diddie façon Warhol, d'après une gravure de "Match L'Intran" du 30 novembre 1926

    "Diddie", de son vrai nom Pénélope Julie Vlasto, a hérité ce curieux sobriquet de son père. Née dans une famille d'origine grecque installée à Marseille, elle n'est pourtant pas une inconnue des courts. Un an plus tôt, elle a en effet remporté à Cannes une première victoire de prestige face à Molla Mallory, Norvégienne naturalisée américaine, championne des Etats-Unis en titre. La jeune Diddie n'a pas de revers, ou presque, et ne peut compter que sur son coup droit pour remporter ses rencontres. Une lacune qu'elle va s'efforcer de combler grâce aux conseils d'Henri Darsonval, professeur respecté du Sporting club de Paris. Ses efforts sont récompensés en 1924 par un premier titre de champion de France. Mise en confiance par cette victoire, elle entame le tournoi olympique sur les courts en terre battue de Colombes par un succès en trois sets sur l'Américaine Eleanor Goss, une spécialiste du double. S'ensuit une autre victoire face à l'Anglaise Dorothy Shepherd, qui lui ouvre la porte des demi-finales. Là c'est une autre histoire : face à elle, une autre britannique, Kitty McKane, l'une des deux favorites pour l'or olympique, championne autrement plus expérimentée que la tendre Diddie. Menée 0-3 après avoir perdu le premier set sur une "roue de bicyclette" (0-6), la Française semble d'abord donner raison aux pronostiqueurs. Mais elle sert les dents, pour finalement s'imposer 7-5 dans la seconde manche. Bye, bye Diddie la débutante, bonjour Diddie la tornade ! Dans son élan, elle remporte le troisième set 6-1 et quelques semaines avant ses vingt ans s'offre en guise de cadeau une finale olympique.

Diddie Vlasto (à droite) en compagnie de Suzanne Lenglen, sa partenaire de double. Image : http://gallica.bnf.fr

Diddie Vlasto (à droite) en compagnie de Suzanne Lenglen, sa partenaire de double. Image : http://gallica.bnf.fr

    Sa belle aventure s'arrêtera là. En finale, elle ne peut rien face à l'Américaine Helen Wills, qui la bat sèchement 6-2, 6-2. Qu'importe, la médaille d'argent suffit à son bonheur. Avec Suzanne Lenglen, remise sur pied, elle va même former un double redoutable, qui remportera coup sur coup en 1925 et 1926 les Internationaux de France. Le magazine sportif "Match L'Intran" voit alors en elle une "grande championne du tennis français amateur, modèle de grâce esthétique et de charme". De quoi clouer la moustache au baron Pierre de Coubertin, qui mit si longtemps à reconnaître aux femmes le droit de briller sous le soleil olympique…

 

A découvrir aussi dans la série "Les visages de Paris 1924" : Pierre Chayriguès, Johnny Weismuller, Géo André et Louis Faure-Dujarric.

L'art de la savate selon Théophile Gautier

Jean-Claude Duce

   Dans "La peau de tigre" l'écrivain Théophile Gautier s'intéresse de très près à l'art de la savate. Longtemps apanage des petites gouapes des faubourgs ou des militaires, ce sport de combat est alors en train de se codifier, l'adjonction de coups portés avec les poings faisant évoluer peu à peu la pratique vers la boxe française telle que nous la connaissons aujourd'hui. Mais en 1811, on ne parle encore que de savate et voici comment le père du Capitaine Fracasse décrit cette discipline dans une nouvelle intitulée Le Maître de Chausson : "La savate comme on la pratique aujourd'hui est un art très compliqué, très savant, très raisonné, c'est l'escrime sans fleuret. Il y a la tierce, la quarte, l'octave et le demi-cercle; seulement, dans l'escrime, on n'a qu'un bras, et à la savate on en a quatre, car les jambes, dans l'état actuel de la science, sont de véritables bras, et les pieds deviennent des poings. Les maîtres placent un coup de pied dans les gencives ou dans l'œil avec beaucoup de facilité; plusieurs décoiffent même leurs adversaires avec le bout du chausson…" Démonstration en images avec ces clichés de "Carterès et son élève Tampier au Boxing Club de France", extrait d'un album photo de Jules Beau, daté de 1898 et conservé à la BNF.

Source : http://gallica.bnf.fr
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Hippolyte Triat, saint patron des gros bras

Jean-Claude Duce

Pionnier de la culture physique en France sous le Second Empire, inspirateur d’Eugen Sandow et sa célèbre méthode, Hippolyte Triat sacrifia tout à sa passion. Elle lui fit gagner beaucoup d’argent et en perdre tout autant, au point de mourir dans l’oubli et le dénuement. Son projet le plus fou : bâtir une gigantesque cité du sport sur la Seine, aux portes de Paris.

Image http://gallica.bnf.fr

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    Hippolyte Triat, c’est un héros d’Alexandre Dumas dont l’épaisseur des traits tiendrait autant à la plume de son créateur qu’au maniement des haltères. Jugez-en par vous-mêmes : enfant, il est enlevé sur une foire par la troupe de bohémiens d’un cirque volant. Avec eux, il parcourt l’Europe, puis, à l’âge de 15 ans, est pris sous la protection d’une riche espagnole qu’il a sauvé de son cheval fou, au prix d’une jambe cassée. La dame remet le courageux Hippolyte sur pied puis décide de s’occuper de son éducation. En tout bien tout honneur. Direction le collège des Jésuites de Burgos. Avec la Compagnie de Jésus, on est loin des folles nuits de Castille. Mais chez les bons pères, qu’il ne quitte qu’à l'âge de 22 ans, il se plonge dans la littérature grecque et latine. Avec une prédilection pour les traités de gymnastique et d’exercice physique antiques. Epiphanie : il décide de consacrer sa vie à la culture physique. Il met au point une méthode destinée à en populariser la pratique et part la tester en Belgique.

Hippolyte Triat, un drôle de beau gars ! Image, collection perso.

Hippolyte Triat, un drôle de beau gars ! Image, collection perso.

    Le succès est au rendez-vous et lui permet d’ouvrir une première salle à Bruxelles qu’il dirige de 1840 à 1849. Puis, en Joseph Balsamo du biceps, il part à la conquête de Paris. Il y peaufine sa méthode, ouvre plusieurs salles, dont la plus célèbre, rue Montaigne, accueille toute la bonne société du Second Empire, à commencer par l’empereur en personne. L’histoire ne dit pas s’il réussit à rendre un peu moins "petit" ce Napoléon-là, mais les affaires vont bien pour Triat. L’argent entre à flots dans ses caisses. Il en réinvestit l'essentiel dans l'achat d'haltères, de barres à sphères et d'appareils à tirage en tout genre. Surtout, Hippolyte a un projet grandiose : transformer l’île Saint-Germain à Issy-les-Moulineaux, appelée encore île de Billancourt, en palais flottant à la gloire de l’exercice physique. Sur ces terrains, d'accès facile pour les Parisiens depuis l’Exposition universelle de 1867, il rêve de : "réunir sur un grand point, tous les exercices sportiques, depuis le jeu de boules jusqu'aux courses de chevaux". En d'autres termes bâtir une véritable cité du sport aux portes de la capitale, où les citadins viendraient "se régénérer", mais aussi assister à des concerts et aux démonstrations des "champions les plus célèbres du monde entier".

Triat donnant la leçon dans son gymnase de l'avenue Montaigne (gravure extraite de "La Culture Physique" du 01/09/1912)

Triat donnant la leçon dans son gymnase de l'avenue Montaigne (gravure extraite de "La Culture Physique" du 01/09/1912)

    Le projet baptisé "Sport international" est ambitieux. Le site, tel qu'il apparaît sur les différents documents publiés à grands frais par Triat, offre un éventail d'équipements où, sous couvert de sport, hygiène, loisirs et spectacle font bon ménage. On y trouve ainsi pêle-mêle L’Ecole normale de gymnastique, cœur de l’équipement, des écoles de natation (dans le Seine…) et d'équitation, un jeu de paume, une salle d'armes, mais aussi un établissement d'hydrothérapie, des pistes dédiées à la pratique de la course à pied, du cheval ou du vélo, un champ de concours pour les carrousels, un plan d'eau aménagé pour les joutes navales et une salle de concert et de réunion. Pratiquants aisés désirant s'adonner aux joies de la culture physique ou public populaire avide de spectacle, le projet d'Hippolyte Triat mêle allègrement les genres au point de perdre parfois un peu de vue le souci de "Régénération de l'homme" dont le "gymnasiarque" a pourtant fait son cheval de bataille. Peu importe, dans la mesure où l'édification du complexe "Sport international" permettra à la France, selon son auteur, de se doter de "l'établissement le plus complet et le plus magnifique d'Europe, où l'affluence des spectateurs ne peut manquer d'être en rapport avec les exercices nombreux et variés qui donneront un grand attrait à chacune de ses fêtes". Sans compter l'apport des cotisations de la clientèle aisée qui viendra s'y délasser. Le brave Hippo pense ainsi pouvoir compter sur une recette annuelle d'au moins 800 000 francs, somme considérable pour l'époque !

Images, collection perso.
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    Le projet ne verra pourtant jamais le jour. Balayé par la tourmente de 1870, la défaite face aux Pruskos et les troubles de la Communes, qui entraînent sur d'autres terrains bien moins ludiques les rêves de grandeur du Second empire. Triat, qui a beaucoup investi dans son projet visionnaire, ne s’en remettra jamais vraiment. Au point de finir sa vie dans l’oubli en 1881, laissant à d’autres le soin de profiter de sa méthode de culture physique pour se rendre célèbres. Sans jamais, ou si peu, citer son nom…

Les visages de Paris 1924, Chayriguès, un enfant terrible dans les cages

Jean-Claude Duce #Les visages des JO de Paris 1924

    Un siècle avant les JO de 2024, à l’organisation desquels la capitale française est candidate, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’imagine un nouveau destin olympique…

Image http://gallica.bnf.fr

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    Dimanche 1er juin 1924, Colombes. Le huitième de finale du tournoi olympique de football a attiré la foule des grands jours. 45 000 spectateurs pour un record de recette de 300 000 francs aux guichets. Face à l’équipe de France, qui a disposé quelques jours plus tôt de la modeste Lettonie 7 buts à 0, la Céleste, surnom de la redoutable et spectaculaire sélection uruguayenne au maillot bleu ciel. Dans les buts des Bleus - qui ce jour-là jouent…en rouge -, un gardien dont la renommée dépasse largement ses 1,70 m. Pierre Chayriguès est une figure du sport français, l’un des rares footballeurs à pouvoir prétendre à la Une de « L’Auto » aux côtés des cyclistes et des boxeurs, champions les plus populaires du moment. Il faut dire que ce banlieusard est une tête brûlée, premier gardien bondissant à dégager des deux poings, sauter ou plonger dans les pieds des attaquants adverses. Son premier coup d’éclat remonte au 17 mars 1912. Alors âgé d’à peine vingt ans, il permet à l’équipe de France de s’imposer 4 buts à 3 face à l’Italie au Campo Torino. Casquette impeccablement vissée sur la tête, ses bonds et ses arrêts spectaculaires sur la pelouse turinoise dégoûtent les attaquants italiens.

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    La réputation du gaillard, pas manchot non plus pour aller soutirer des primes à la fédération les lendemains de matches, ne tarde pas à franchir les frontières. En 1913, le club professionnel des Tottenham Hotspurs lui propose de venir jouer à Londres contre une somme de 25 000 francs. Chayriguès hésite, tempête sous une casquette… Puis il refuse, sans doute convaincu par une contre-proposition sonnante et trébuchante de son club de toujours, le Red Star. L’amateurisme, ce n’est pas trop son truc au Pierrot et il ne s’en cache pas. En 1914, au lendemain de sa onzième sélection, il claque même la porte de l’équipe de France, pour ce qui semble être une affaire de “prime” non honorée. Après la guerre, il lui faut attendre le début des années 1920 pour retrouver son meilleur niveau. Avec lui, le Red Star signe même un triplé retentissant en Coupe de France, remportant le trophée à trois reprises en 1921, 1922 et 1923. De quoi lui ouvrir à nouveau le vestiaire des Bleus, dont il est le gardien titulaire pour ces Jeux olympiques de 1924 disputés à domicile.

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    Contre l’Uruguay pourtant, il ne peut endiguer les assauts des joueurs de la Céleste, en route pour le premier de leurs deux titres olympiques. Menés dès la troisième minute par un but d’Hector Scarone, auquel répond Paul Nicolas neuf minutes plus tard, les Français sont ensuite submergés par la vague uruguayenne. Auteur de deux buts Pedro Petrone sera même le bourreau bien involontaire du courageux Pierrot. En plongeant dans ses pieds pour éviter à ses filets de trembler une fois de plus, Chayriguès s’enfonce une côte. Au final, la France s’incline 5 buts à 1 et quitte le tournoi olympique. Chant du cygne à Colombes. Le gardien des Bleus, pourtant habitué aux blessures en tout genre – bras cassé, fracture du bassin et de l’épaule, doigts écrasés, péroné et cheville brisés, un inventaire à la Ouvrard…- sent que la fin de carrière approche : « Je commençais à devenir fragile et je m’en aperçus indiscutablement à ce fait que la Ligue Parisienne et la Fédération commencèrent à trouver que je leur coûtais trop cher, ironise-t-il quelques années plus tard dans ses souvenirs parus dans « L’Auto » en 1929. Mes notes de médecin et de pharmacien devenaient trop fréquentes et l’on y faisait des allusions désobligeantes; j’avais cependant été blessé en « service commandé ». Un « service commandé » qui pour Chayriguès a toujours eu un prix. Retraité des terrains après vint-et-une sélections internationales, il affirmera d’ailleurs n’avoir jamais joué une seule fois en équipe de France sans recevoir de prime...

 

Autres visages des JO de 1924 à découvrir : Johnny Weissmuller, Géo André et Louis Faure-Dujarric

Le baseball, vous connaissez ?

Jean-Claude Duce

Quelques mois seulement après la clôture des Jeux olympiques de 1924, le stade de Colombes accueillait deux des plus grandes équipes professionnelles américaines de baseball. Entre curiosité et indifférence, retour sur l'un des actes fondateurs de cette discipline en France.

 

    Le temps maussade n’a pas aidé à remplir les tribunes : en ce mois de novembre 1924, seules quelques centaines de spectateurs ont bravé la grisaille et l’humidité pour assister à l’événement. Parmi eux, une écrasante majorité d'Américains, alléchés par l'arrivée à Paris de deux des meilleures équipes professionnelles de base-ball du moment, les Giants de New York et les White Sox de Chicago, débarqués quelques jours plus tôt de Liverpool. Malgré leurs efforts, on est loin de l’ambiance des grands jours ! "Le football et le rugby ne sont pas près d'être détrônés en France..."  ironise même "Le Miroir des sports" qui consacre sa une du 12 novembre 1924 aux matches d'exhibition opposant les "Géant" aux "Bas blancs". L'étape parisienne de la grande tournée européenne organisée par Spalding, fabricant de matériel de baseball soucieux de convertir le vieux continent au sport préféré des "Yankees", ne sera pourtant pas sans conséquence sur l'avenir de la discipline en France.

Image https://www.nypl.org/

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    Dès 1912, dans la foulée des Jeux interalliés qui donnent lieu cinq ans plus tard à quelques rencontres américano-canadiennes au stade Pershing, les premiers clubs de baseball avaient déjà fait une timide apparition en région parisienne puis en province. Cousin de la thèque, sport alors assez répandu dans le pays, la discipline se contente pourtant de vivoter, sans aucune structure au niveau national, jusqu'à ce que l'annonce de l'arrivée à Paris des Giants de New-York, récents finalistes des "séries mondiales" de 1924, ne redonne espoir à ses amateurs français en mal de publicité. Batteurs, lanceurs et receveurs font alors une entrée remarquée dans les colonnes des journaux dont les chroniqueurs sportifs sont délégués sur place pour tenter de décoder les us et coutumes des pros américains.

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    "Lancer, frapper, courir : tels sont les trois principes (de ce) jeu qui répètent les gestes essentiels de l'humanité primitive : lancer la pierre, frapper pour attaquer ou se défendre, courir pour atteindre un but ou fuir un danger..." ("L'Illustration", 22 novembre 1924), "Aux Etats-Unis, tous les enfants savent, dès le plus jeune âge, tenir un bâton et lancer une balle. Quatre-vingt-dix pour cent d'entre eux ont l'ambition de devenir de grands joueurs, qui sont payés, on le sait, de 125 000 à 140 000 francs par an..." ("Le Miroir des sports", 12 novembre 1924) ... Et ainsi de suite pendant tout le mois de novembre : à grand renfort de dessins et de photos, les gazettes rivalisent d'imagination pour faire découvrir le base-ball à leurs lecteurs. Il n'en faut pas plus pour ranimer la flamme des rares pratiquants français. Quelques mois seulement après l'épisode de Colombes, le journaliste Frantz Reichel porte la fédération française de baseball et de thèque sur les fonts baptismaux. Les premiers championnats nationaux sont organisés dès 1926. Mission accomplie pour les ambassadeurs de la batte…           

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Un Ch'ti nommé Carpentier

Philostrate #Les lectures de Philostrate
Source : http://gallica.bnf.fr
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Dans Mon match avec la vie, autobiographie sortie en 1954 chez Flammarion, le boxeur Georges Carpentier, grand champion et figure du Paris des années folles, raconte son ascension, de son enfance lensoise à son amitié avec Maurice Chevalier en passant par ses réceptions à la cour d'Angleterre. Il y a tout juste un siècle, le gamin de Lens, alors âgé de 15 ans, fait ses premières armes sur les rings parisiens. Souvenirs…

    "Je n'étais pas venu à Paris pour m'amuser. Sans rêver de conquérir Paris, j'étais décidé de réussir dans mon métier et aussi, comme je le formulais un peu naïvement, à "m'élever" (…) Au cours de ces années 1909 et 1910, je livrai trente-quatre combats, quinze en 1909, dix-neuf en 1910. Résultats : trois défaites, dont une par KO, une par abandon, une aux points, quatre matches nuls, vingt-sept victoires, dont treize par KO, une sur abandon et treize aux points (…)

    L'homme contre qui je perdis par KO, au début de mars 1909, peu après mon installation à Paris, était un nommé Gloria. Le combat avait lieu à l'Elysée-Montmartre. A la fin du septième round, Gloria me toucha d'une droite très dure à l'estomac et j'allai à terre. Je m'étais bien remis pendant la minute de repos mais, m'estimant fatigué, Descamps (son manager) m'empêcha de reprendre le combat. Je knockoutai Gloria à mon tour un an plus tard à Lille.

    C'est le 22 décembre de cette année 1909 que je remportai mon premier titre de champion de France, poids légers, à l'issue d'un combat pendant lequel le nez de mon adversaire, Paul Til, ne cessa d'être en contact avec mon poing gauche. Un mois auparavant, après un match acharné, j'avais remporté une victoire aux points en quinze rounds sur Charles Ledoux, futur champion d'Europe des légers, qui était déjà considéré comme une terreur grâce à une série de foudroyants succès par KO.

    Charles Ledoux, aujourd'hui M. le maire de Pougues-les-Eaux, devait par la suite faire partie de l'écurie Descamps et devenir pour moi un ami. Il était dans mon coin, à New-Jersey, lorsque je rencontrai Dempsey…"
 
Extrait de Mon match avec la vie de Georges Carpentier, Flammarion, 1954, 281 pages.
Champion du monde et champion d'Europe, Georges Carpentier fut par la suite l'un des athlètes les plus populaires de sa génération. Admiré en France et en Angleterre, où il remporta plusieurs de ses victoires et fut reçu à plusieurs reprises par le Prince de Galles, il mourut en 1975, à l'âge de 81 ans.


 

Quand Chiquito de Cambo rendait fous les Parigots

Jean-Claude Duce

Fin 1903, le fronton du parc Saint-James à Neuilly accueille quelques-uns des meilleurs pelotaris français et espagnols emmenés par Chiquito de Cambo, légende vivante venue des Pyrénées. En jeu : un grand prix destiné à clore en beauté la saison de pelote basque.

 

    Chiquito de Cambo, un nom qui claque comme une gifle sur un fronton gorgé de soleil. Au début du siècle, la réputation du roi des pelotaris n'est déjà plus à faire. Lorsque le brave pioupiou, alors sous les drapeaux, annonce sa venue à Neuilly en 1903, les demandes de places affluent de toutes parts au fronton basque du Cercle Saint-James, rue de Longchamp. Né à Cambo au pied des Pyrenées, Chiquito est le plus doué des athlètes de son pays et la perspective de le voir affronter à Paris quelques-uns des meilleurs champions espagnols suscite alors un engouement sans précédent pour la pelote . Le premier match mis sur pied par le Cercle Saint-James fixé au dimanche 8 novembre voit affluer le Tout-Paris. Les organisateurs doivent même refuser du monde ! Devant une assistance sous le charme, évaluée à quelque dix mille personnes, Chiquito et ses deux équipiers Arrué et Melchior rendent coup pour coup aux Espagnols emmenés par le prodige Munita. A 45 points partout, les Français connaissent pourtant un passage à vide et leurs adversaires, tout de rouge vêtus, prennent le large pour s'imposer finalement de dix points. Lorsque Munita gravit en vainqueur les marches de la loge présidentielle pour recevoir la médaille d'or et la ceinture bleue de France enjeux de cette partie à couteaux tirés, Chiquito, blessé dans son orgueil, a du mal à cacher sa déception.

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    Sans attendre, un match revanche en 50 points est fixé au mardi suivant. Il est cette fois remporté par des Français survoltés, portés par l'incroyable énergie de leur porte-drapeau. "Qui n'a jamais vu jouer Chiquito de Cambo ne peut se faire une idée de ce qu'est le sport basque, peut-on alors lire dans les colonnes du quotidien L'Auto. Il faut le voir bondir tel un fauve, tel un taureau lâché dans l'arène, courant de-ci de-là au-devant de la balle, la frappant dans sa chistera pour la renvoyer se briser contre le mur (...), quelle furia! quelle rage! quelle volonté!" Le public du fronton basque de Neuilly en redemande. Avec l'accord des joueurs, deux autres parties sont fixées aux jeudi et dimanche suivants, avec à la clé un grand prix de clôture de deux mille francs. Après une nouvelle victoire espagnole, longtemps contestée par un Chiquito plus déterminé que jamais - "Il me faut ce grand prix et je l'aurai..." - la dernière journée promet d'être spectaculaire.

Chiquito de Cambo, image http://gallica.bnf.fr

Chiquito de Cambo, image http://gallica.bnf.fr

    Dans les tribunes, fourrures et toilettes hivernales témoignent de l'attrait qu'exercent "les superbes gars du pays basque" bien au-delà du cercle restreint des seuls amateurs de sports athlétiques. Remportée 50 points à 37 par les Français, l'ultime rencontre remet à égalité deux victoires partout les rivaux pyrénéens. Il faut donc avoir recours à une belle en 15 points pour savoir qui des Bleus ou des Rouges repartira avec le grand prix. Cette fois, Munita, secondé par ses équipiers Claudio et Salazar, se charge de porter l'estocade aux Français 15 à 9. Le vieux parc Saint-James a beau résonner longtemps des bravos d'un public enthousiaste, c'est le cœur gros que le brave Chiquito, après quinze jours de permission, repart les mains vides dans son régiment. Mais sa légende est en marche et c'est sous son regard que les pelotaris d'aujourd'hui continuent à perpétuer la tradition...

Les héros du col de Porte

Philostrate #Cyclisme

    Il y a 110 ans aujourd'hui, le 16 juillet 1907, le Tour de France faisait son entrée dans le massif alpin. Ce n'était pas la première fois que la Grande Boucle se hasardait en montagne et René Pottier avait prouvé deux ans plus tôt dans le Ballon d'Alsace que les coureurs pouvaient goûter l'air des cimes. Mais l'histoire du Tour dans les Alpes reste encore à écrire, lorsque Henri Desgrange décide d'en ouvrir le premier chapitre par l'étape Lyon-Grenoble, 311 kilomètres, avec franchissement des 1326 mètres du col de Porte en guise de lever de rideau.   

 

    Des vélos à pignons fixes d'un poids de 13 à 15 kilos, une ascension de 18 kilomètres, des routes de montagne poussiéreuses et le soleil de juillet qui tape comme le marteau sur l'enclume… : difficile d'imaginer aujourd'hui l'épreuve que doivent ce jour-là surmonter les hommes, qui pour la première fois relèvent le défi des Alpes. Sur les pentes du col de Porte, un petit groupe d'une demi-douzaine de coureurs se détache. Alors que la pente s'accentue, le duel se précise. Devant, Émile Georget joue les voltigeurs avec dans sa roue Gustave Garrigou, un petit gabarit taillé lui aussi pour ce genre de récital. La victoire au sommet semble devoir se jouer entre les deux hommes lorsque, comme sortie de nulle part, une silhouette massive revient dans leur sillage.

 

Emile Georget en 1911, source http://gallica.bnf.fr

Emile Georget en 1911, source http://gallica.bnf.fr

    François Faber, le colosse de Colombes, malmène sa Labor et joue si bien de ses cuisses d'hercule qu'il fond sur Garrigou comme un hanneton sur un criquet ! En le voyant revenir sur lui, le brave Gustave, épuisé par l'effort et la chaleur, se jette plus qu'il ne descend de son vélo, tourne sur lui-même puis s'affale les bras en croix dans le fossé. Georget et Faber poursuivent seuls la montée, mais menacent à chaque coup de pédale de s'effondrer à leur tour. "J'ai même senti, il faut que je l'avoue, que tous ces hommes avaient dépassé largement les limites de leur résistance. écrit le lendemain dans L'Auto du 17 juillet 1907, Henri Desgrange, patron du Tour et du quotidien sportif. J'ai senti comme un véritable remords, et, j'ai eu peur, très peur, d'avoir dépassé la limite."


    Temps béni où les organisateurs pouvaient encore faire "suer le forçat" en conservant un semblant de compassion ! Les poumons et les jambes en feu, les deux coureurs s'accordent une pause avant le final pour se rafraîchir à l'eau d'une source. Georget franchit le col le premier, puis gagne l'étape à Grenoble et poursuit dès le lendemain ses exploits de grimpeur. Faber, révélation de cette étonnante journée, justifiera sa gloire naissante en remportant la Grande Boucle en 1909. Garrigou, longtemps malchanceux, en fera de même deux ans plus tard, devenant l'heureux lauréat de l'édition 1911. En ce 16 juillet 1907, le col de Porte a accouché de champions et le Tour de France  pleinement justifié sa réputation de "plus grande course par étapes au monde"

Le faux cosmopolitisme du Stade

Philostrate #Les lectures de Philostrate
Articles et textes sont les reflets de leur époque, mais résonnent encore parfois dans l'actualité des décennies plus tard. Alors que Paris et Los Angeles vont se répartir pour une poignée de gros sous les Jeux de 2024 et 2028, quelques considérations sur le sport et le nationalisme. L'auteur, l'écrivain Charles Maurras envoyé spécial à Athènes de La Gazette de France, témoigne en avril 1896 de la renaissance des Jeux olympiques. Nous le retrouvons au milieu d'une compétition de lutte…

   
    "On met ensuite aux prises un Allemand et un Anglais. En un clin d'œil  M. Schumann a fait mordre la poussière à M. Eliott; mais voici que, avec une ténacité toute britannique, celui-ci se démène comme s'il n'avait pas touché terre des deux épaules. Le Gros Germain est émerveillé de tant d'impudence, mais Athènes s'épanouit. Il faut que le diadoque et le prince Georges prennent sur eux de renvoyer M. Eliott à son club.


    À ce moment, les organisateurs ont la mauvaise idée d'engager un combat entre M. Christopoulos et un autre Grec… Tumulte magnifique. De tous les points sur le Stade, le peuple entier proteste. Non, non ! Oki, Oki, Oki ! On n'admet point le sacrilège, on ne veut pas  de lutte entre les hommes de même langue et de même sang. J'ai beaucoup admiré ce soulèvement hellénique. Il s'en produit ainsi, du même ordre, à tous les instants.
Le faux cosmopolitisme du Stade
    On s'afflige si l'Héllène en sautant à la perche manque la barre ou exécute de travers le rétablissement aux anneaux. Si l'Anglais, l'Américain ou le Français ont plus d'adresse et de bonheur, c'est un froncement de sourcil. La justice n'en souffre pas. Chacun admire ce qu'il convient d'admirer, mais il le fait d'un cœur plus ou moins généreux suivant les honneurs engagés. Aussi, loin d'étouffer les passions nationales, tout ce faux cosmopolitisme du Stade les exaspère.

    (…) Non, les patries ne sont pas encore dissociées. La guerre non plus n'est pas morte. Jadis, les peuples se fréquentaient par ambassadeurs. C'étaient des intermédiaires qui atténuaient bien des chocs : les peuples déliés du poids de la terre, servis par la vapeur et l'électricité, vont se fréquenter sans procurations, s'injurier de bouche à bouche et s'accabler de cœur à cœur. L'ancien ludus pro patria (1) n'en sera que plus nécessaire."


(1) Devise de l'Association française de gymnastique faisant référence aux Jeux patriotiques antiques.

 

 

Extrait de la quatrième des Lettres des Jeux olympiques de Charles Maurras, parues entre le 15 et le 22 avril 1896 dans les colonnes de La Gazette de France.

Caravane publicitaire, le sourire du Tour de France

Jean-Claude Duce

    La caravane publicitaire du Tour de France est une vieille dame frivole. A 87 ans, elle aime toujours autant les couleurs chatoyantes, la musique tapageuse et danser tout l'été avec ses soupirants d'un jour. Pourtant, lorsqu'en 1930 Henri Desgrange, manitou de la Grande Boucle, lui donne le jour, sa naissance ne relève que d'un impératif économique. Le patron de L'Auto et du Tour doit trouver de l'argent fissa pour financer le passage de son épreuve des équipes de marques, devenues trop influentes à son goût, aux équipes nationales. Au revoir donc, les Alcyon, Automoto, et autres Peugeot, bonjour aux maillots frappés du drapeau des nations de l'internationale cycliste. Mais en fin gestionnaire, le père Desgrange, qui se doit désormais d'assumer tous les frais liés à l'accueil et l'hébergement des coureurs, sait qu'il va falloir trouver un moyen de la financer sa grande révolution des pelotons.

Caravane d'hier… véhicules réalisés par la carrosserie Pourtout (92500) dans les années 1960
Caravane d'hier… véhicules réalisés par la carrosserie Pourtout (92500) dans les années 1960
Caravane d'hier… véhicules réalisés par la carrosserie Pourtout (92500) dans les années 1960
Caravane d'hier… véhicules réalisés par la carrosserie Pourtout (92500) dans les années 1960
Caravane d'hier… véhicules réalisés par la carrosserie Pourtout (92500) dans les années 1960

Caravane d'hier… véhicules réalisés par la carrosserie Pourtout (92500) dans les années 1960

    Il n'aura pas à se torturer les méninges bien longtemps. Primo, il décide de mettre à contribution les villes étapes, pour la publicité et l'activité générées par le passage de la plus populaire des épreuves sportives. Je vous amène la fête au village, vous faites tomber l'oseille. Réglo, mesure suivante… Deuxio, il entérine le passage avant le peloton d'une caravane publicitaire pour faire rentrer du cash et chauffer l'ambiance. Bon HD n'a rien inventé : depuis la fin des années 1920, des marques comme les chocolats Menier ou le cirage Lion Noir distribuaient déjà sur le parcours échantillons et babioles avec leurs véhicules décorés. Ah, la voiture Lion Noir, avec son roi des animaux géant perché sur le toit ! Il a fait tourner le lait de plus d'une vache dans la paisible campagne de l'entre-deux-guerres ! Va donc pour la caravane publicitaire : moyennant une redevance, les véhicules qui la composent gagnent désormais le droit de précéder les coureurs pour régaler les spectateurs.

Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017

Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017

    En 1930, cette première caravane "officielle" compte six véhicules. Aujourd'hui, ils sont 170 à rivaliser d'inventivité pour divertir le public familial qui les attend tout autant que le peloton. Et quand déboulent les poulettes pédalantes de Le Gaulois, les  2 CV vichy de Cochonou ou le lion géant du Crédit Lyonnais crinière au vent , la fièvre est la même partout, du plus petit village aux faubourgs des grandes villes. La caravane publicitaire, c'est l'été qui passe sourire aux lèvres sur le pas de toutes les portes, c'est un père Noël en marcel et maillot de bain qui se paie en loucedé un bain de foule estival, c'est une Marianne à la socquette légère qui vient en juillet rappeler à la France qu'elle est belle, conviviale et sait s'amuser d'un rien en dépit de tout. Une invitation à la fête en somme, qui contribue chaque année à faire du Tour de France bien plus qu'un grand événement sportif.

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