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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Le motoball, vous connaissez ?

Jean-Claude Duce

Déjà réputé pour ses courses de lévriers, le stade municipal de Courbevoie fait dans les années 1950 les belles heures d'une discipline importée d'Angleterre, le motoball.  Ou quand libéro rime avec mécano.
 

Le motoball, vous connaissez ?

    L'idée ne pouvait venir que d'un Anglais. Associer le football, discipline reine au pays de sa très gracieuse majesté, et le motocyclisme ne semblait en effet guère évident au premier abord. Cuir à tous les étages ! Du ballon aux bottes en passant par les selles des 500 cm3 équipant alors les dix protagonistes de cette discipline "made in Britain", les années vingt voient le motoball prospérer et traverser la Manche pour faire des adeptes en France. Au moment où les premiers clubs se créent dans l'Ouest parisien, notamment à Versailles, un complexe sportif municipal flambant neuf ouvre ses portes rue Aristide-Briand à Courbevoie. La rencontre du motoball et du cynodrome, où les amateurs de courses de lévriers se pressent déjà par milliers, semble dès lors inévitable. Après-guerre, les motards du club local ou de l'équipe de France n'auront aucun mal à se faire une place dans l'enceinte habituée depuis longtemps déjà aux spectacles insolites.
 

Le motoball, vous connaissez ?

    Evoluant parmi l'élite nationale, les Courbevoisiens, tout de jaune vêtus, ont leurs inconditionnels dans les années 1950. Les matches contre les bleus et blancs du Versailles moto club ou les voisins de l'Excelsior de Gennevilliers attirent dans les gradins les amateurs de sensations fortes. "Motoball, sport du siècle !", clament alors les affiches placardées en ville pour annoncer les rencontres dominicales. Sur le terrain de football municipal, où seule la zone de deux mètres autour du gardien est redessinée, le spectacle est toujours au rendez-vous. Sur leurs motos de cross de 250 cm3 qui ont remplacé les grosses cylindrées des origines, les cinq joueurs de chaque équipe se disputent avec âpreté la sphère de cuir d'un kilo leur servant de ballon. Dans les mêlées pétaradantes, les accrochages sont fréquents et casques, gants, bottes et jambières protectrices ne sont pas de trop pour protéger ces gladiateurs des temps modernes. Le gardien n'est pas le moins exposé : pour arrêter les tirs adverses sans jamais lâcher sa "gauloise", surnom donné aux machines spécialement adaptées à ce poste, il doit rivaliser de souplesse et parfaitement maîtriser l'art des glissades.

Le motoball, vous connaissez ?

    Le public de l'après-guerre, dont la télévision n'a pas encore tari la curiosité, apprécie. En 1952, plus de dix mille spectateurs viennent même assister à Courbevoie au triomphe de l'équipe de France de motoball sur son homologue belge par trois buts à zéro ! Chez les tricolores, le gardien Bourguelat et l'attaquant Perdriau, tous deux membres du club local alors dirigé par Jacques Bon, ne sont pas les moins en vue. Dans les années suivantes, matches internationaux - une sélection de Paris viendra notamment à bout des redoutables allemands de Nüremberg...- et rencontres de championnat se succéderont à un rythme soutenu à Courbevoie. Jusqu'à ce que, vaincu par la concurrence d'autres disciplines moins confidentielles relayées par le petit écran, le motoball et la plupart des clubs qui le faisaient vivre en région parisienne passent de mode ou disparaissent...

Images : archives perso et gallica.bnf.fr

Ladoumègue, champion adulé et brisé…

Jean-Claude Duce

    Le 10 novembre 1935, entre 400 et 600 000 Parisiens se massent le long des rues de la capitale. Pas pour manifester ou assister à une compétition sportive officielle. Non. Pour acclamer un champion déchu par sa fédération, qui effectue là son baroud d'honneur. Le coureur à pied Jules Ladoumègue vient une dernière fois faire profiter ses admirateurs de son incroyable foulée, celle-là même qui lui permit d'établir six records du monde du demi-fond sur des distances de 1000 à 2000 m. Au début des années 1930, "Julot" est l'un des athlètes les plus populaires des années folles. Ce qui n'empêche pas en 1932 sa fédération de le radier à vie pour avoir, selon elle, enfreint les règles de l'amateurisme alors en vigueur, en exigeant des primes d'engagement dans certaines réunions à l'étranger. Les protestations du médaillé d'argent des Jeux Olympiques d'Amsterdam n'y feront rien : il se voit désormais privé de compétitions officielles, à commencer par les JO de 1932 à Los Angeles, dont il était l'un des grands favoris. "On m'a brisé les jambes !", lâche t-il quand tombe le verdict qui met fin à sa carrière d'athlète. Les jambes, peut-être, mais pas la popularité puisque, comme en témoignent ces deux vidéos d'archive, l'aura de Julot restera intact jusqu'à sa mort le 2 mars 1973, des suites d'un cancer à l'âge de 66 ans…

 

Hippolyte Triat, saint patron des gros bras

Jean-Claude Duce

Pionnier de la culture physique en France sous le Second Empire, inspirateur d’Eugen Sandow et sa célèbre méthode, Hippolyte Triat sacrifia tout à sa passion. Elle lui fit gagner beaucoup d’argent et en perdre tout autant, au point de mourir dans l’oubli et le dénuement. Son projet le plus fou : bâtir une gigantesque cité du sport sur la Seine, aux portes de Paris.

Image http://gallica.bnf.fr

Image http://gallica.bnf.fr

    Hippolyte Triat, c’est un héros d’Alexandre Dumas dont l’épaisseur des traits tiendrait autant à la plume de son créateur qu’au maniement des haltères. Jugez-en par vous-mêmes : enfant, il est enlevé sur une foire par la troupe de bohémiens d’un cirque volant. Avec eux, il parcourt l’Europe, puis, à l’âge de 15 ans, est pris sous la protection d’une riche espagnole qu’il a sauvé de son cheval fou, au prix d’une jambe cassée. La dame remet le courageux Hippolyte sur pied puis décide de s’occuper de son éducation. En tout bien tout honneur. Direction le collège des Jésuites de Burgos. Avec la Compagnie de Jésus, on est loin des folles nuits de Castille. Mais chez les bons pères, qu’il ne quitte qu’à l'âge de 22 ans, il se plonge dans la littérature grecque et latine. Avec une prédilection pour les traités de gymnastique et d’exercice physique antiques. Epiphanie : il décide de consacrer sa vie à la culture physique. Il met au point une méthode destinée à en populariser la pratique et part la tester en Belgique.

Hippolyte Triat, un drôle de beau gars ! Image, collection perso.

Hippolyte Triat, un drôle de beau gars ! Image, collection perso.

    Le succès est au rendez-vous et lui permet d’ouvrir une première salle à Bruxelles qu’il dirige de 1840 à 1849. Puis, en Joseph Balsamo du biceps, il part à la conquête de Paris. Il y peaufine sa méthode, ouvre plusieurs salles, dont la plus célèbre, rue Montaigne, accueille toute la bonne société du Second Empire, à commencer par l’empereur en personne. L’histoire ne dit pas s’il réussit à rendre un peu moins "petit" ce Napoléon-là, mais les affaires vont bien pour Triat. L’argent entre à flots dans ses caisses. Il en réinvestit l'essentiel dans l'achat d'haltères, de barres à sphères et d'appareils à tirage en tout genre. Surtout, Hippolyte a un projet grandiose : transformer l’île Saint-Germain à Issy-les-Moulineaux, appelée encore île de Billancourt, en palais flottant à la gloire de l’exercice physique. Sur ces terrains, d'accès facile pour les Parisiens depuis l’Exposition universelle de 1867, il rêve de : "réunir sur un grand point, tous les exercices sportiques, depuis le jeu de boules jusqu'aux courses de chevaux". En d'autres termes bâtir une véritable cité du sport aux portes de la capitale, où les citadins viendraient "se régénérer", mais aussi assister à des concerts et aux démonstrations des "champions les plus célèbres du monde entier".

Triat donnant la leçon dans son gymnase de l'avenue Montaigne (gravure extraite de "La Culture Physique" du 01/09/1912)

Triat donnant la leçon dans son gymnase de l'avenue Montaigne (gravure extraite de "La Culture Physique" du 01/09/1912)

    Le projet baptisé "Sport international" est ambitieux. Le site, tel qu'il apparaît sur les différents documents publiés à grands frais par Triat, offre un éventail d'équipements où, sous couvert de sport, hygiène, loisirs et spectacle font bon ménage. On y trouve ainsi pêle-mêle L’Ecole normale de gymnastique, cœur de l’équipement, des écoles de natation (dans le Seine…) et d'équitation, un jeu de paume, une salle d'armes, mais aussi un établissement d'hydrothérapie, des pistes dédiées à la pratique de la course à pied, du cheval ou du vélo, un champ de concours pour les carrousels, un plan d'eau aménagé pour les joutes navales et une salle de concert et de réunion. Pratiquants aisés désirant s'adonner aux joies de la culture physique ou public populaire avide de spectacle, le projet d'Hippolyte Triat mêle allègrement les genres au point de perdre parfois un peu de vue le souci de "Régénération de l'homme" dont le "gymnasiarque" a pourtant fait son cheval de bataille. Peu importe, dans la mesure où l'édification du complexe "Sport international" permettra à la France, selon son auteur, de se doter de "l'établissement le plus complet et le plus magnifique d'Europe, où l'affluence des spectateurs ne peut manquer d'être en rapport avec les exercices nombreux et variés qui donneront un grand attrait à chacune de ses fêtes". Sans compter l'apport des cotisations de la clientèle aisée qui viendra s'y délasser. Le brave Hippo pense ainsi pouvoir compter sur une recette annuelle d'au moins 800 000 francs, somme considérable pour l'époque !

Images, collection perso.
Images, collection perso.
Images, collection perso.
Images, collection perso.
Images, collection perso.

Images, collection perso.

    Le projet ne verra pourtant jamais le jour. Balayé par la tourmente de 1870, la défaite face aux Pruskos et les troubles de la Communes, qui entraînent sur d'autres terrains bien moins ludiques les rêves de grandeur du Second empire. Triat, qui a beaucoup investi dans son projet visionnaire, ne s’en remettra jamais vraiment. Au point de finir sa vie dans l’oubli en 1881, laissant à d’autres le soin de profiter de sa méthode de culture physique pour se rendre célèbres. Sans jamais, ou si peu, citer son nom…

En souvenir de Cerdan et de Jacques Marchand

Philostrate #Les lectures de Philostrate
    Soixante-huit ans après sa mort, Marcel Cerdan conserve intact son pouvoir de fascination. Dans les foires aux vieux papiers, les aficionados du "Bombardier de Casablanca" continuent à faire grimper la cote du moindre document portant son paraphe. Mais derrière le champion adulé, l'homme, lui, semble parfois prisonnier de sa légende, comme tous ceux morts jeunes, au faîte de la gloire. De toutes les biographies voire les hagiographies qui lui ont été consacrées, le Marcel Cerdan de Jacques Marchand, sorti en 2006, est l'une des rares à ne pas se contenter d'épousseter l'icône. Jeune journaliste au quotidien Sports, Jacques Marchand, qui deviendra quelques années plus tard rédacteur en chef chargé de la boxe puis du cyclisme à L'Equipe, a alors pour mission de suivre à la trace le futur champion du monde.
En souvenir de Cerdan et de Jacques Marchand
En souvenir de Cerdan et de Jacques Marchand
En souvenir de Cerdan et de Jacques Marchand
En souvenir de Cerdan et de Jacques Marchand
En souvenir de Cerdan et de Jacques Marchand
En souvenir de Cerdan et de Jacques Marchand
En souvenir de Cerdan et de Jacques Marchand

    Pendant trois ans, de Paris à Casablanca, il partage ainsi son quotidien. De séances de cinéma "sauvages" sur le boulevard de Clichy, rendez-vous pour lesquels Marcel n'hésite pas à sécher certains entraînements, en déplacement au Maroc sur les terres d'origine du champion, le journaliste pratique l'homme au jour le jour et recueille ses confidences. Dont celle, tenue secrète, de sa liaison avec Piaf.  Le portrait que dessine cet ouvrage est donc bien loin du Cerdan statufié aux exploits taillés dans le marbre.

    Lors du voyage au Maroc qu'il effectue en 1947 avec le champion, c'est même un Marcel Cerdan à la dérive que nous révèle Jacques Marchand. Un champion rongé par le doute, craignant pour sa santé, infiniment vulnérable et bien peu conforme à sa légende. Le temps écoulé depuis ces conversations "off the record" - on imagine alors la frustration du journaliste…- donne une saveur particulière au récit, celle de l'authenticité, car on sent qu'en témoin intègre le confident d'alors, qu'Edith Piaf et son entourage ne tarderont pas à écarter du cercle des intimes de Marcel, ne cherche ni à noircir le tableau, ni à embellir la réalité. Un livre à redécouvrir de toute urgence pour mieux comprendre les ressorts du destin hors du commun d'un homme simple, pris dans le tourbillon de la gloire et rendre hommage à Jacques Marchand, qui vient de nous quitter à 96 ans, quelques jours seulement avant l'anniversaire de la disparition de Cerdan…

 

 Marcel Cerdan de Jacques Marchand, Editions Prolongations, 119 p, 2006.

Cerdan, l'éternel vainqueur

Jean-Claude Duce

Il y a 68 ans aujourd'hui, Marcel Cerdan disparaissait dans un accident d'avion alors qu'il se rendait à New-York pour disputer un match revanche face à Jake La Motta. Cette fin tragique, son titre de champion du monde et sa générosité sur le ring, lui valent à jamais une place particulière au panthéon du sport français. Petit hommage en images au Bombardier de Casablanca, quelques jours seulement après sa mort.

Les visages de Paris 1924, une déesse grecque nommée "Diddie"

Jean-Claude Duce #Les visages des JO de Paris 1924

Un siècle avant les JO de 2024, qui auront pour cadre la capitale française, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’invente un nouveau destin olympique…

    Si vous aviez demandé à un amateur de tennis des années 1920 son pronostic pour le tournoi féminin des Jeux olympiques à Paris, sa réponse aurait invariablement été : Suzanne Lenglen ! La diva des courts est alors au sommet de sa gloire, enchaînant les victoires dans son style aux inimitables arabesques aériennes. Tenante du titre remporté à Anvers quatre ans plus tôt, on ne voit pas trop qui pourrait l’empêcher de conserver l’or olympique en simple, qui plus est à domicile. Mais « La Divine », malade, doit finalement renoncer à la défense de son bien. Les regards des "sportsmen" avisés, habitués des cercles feutrés du tennis mondial, prédisent alors une finale entre l'Anglaise Kitty McKane, récente vainqueur de Wimbledon, et l'Américaine Helen Wills, double tenante du titre à l'US Open, lancée en 1924 à la conquête de l'Europe. C'était sans compter une jeune fille de 20 ans, que les amateurs ne vont plus désormais connaître que par son surnom.

Diddie façon Warhol, d'après une gravure de "Match L'Intran" du 30 novembre 1926

Diddie façon Warhol, d'après une gravure de "Match L'Intran" du 30 novembre 1926

    "Diddie", de son vrai nom Pénélope Julie Vlasto, a hérité ce curieux sobriquet de son père. Née dans une famille d'origine grecque installée à Marseille, elle n'est pourtant pas une inconnue des courts. Un an plus tôt, elle a en effet remporté à Cannes une première victoire de prestige face à Molla Mallory, Norvégienne naturalisée américaine, championne des Etats-Unis en titre. La jeune Diddie n'a pas de revers, ou presque, et ne peut compter que sur son coup droit pour remporter ses rencontres. Une lacune qu'elle va s'efforcer de combler grâce aux conseils d'Henri Darsonval, professeur respecté du Sporting club de Paris. Ses efforts sont récompensés en 1924 par un premier titre de champion de France. Mise en confiance par cette victoire, elle entame le tournoi olympique sur les courts en terre battue de Colombes par un succès en trois sets sur l'Américaine Eleanor Goss, une spécialiste du double. S'ensuit une autre victoire face à l'Anglaise Dorothy Shepherd, qui lui ouvre la porte des demi-finales. Là c'est une autre histoire : face à elle, une autre britannique, Kitty McKane, l'une des deux favorites pour l'or olympique, championne autrement plus expérimentée que la tendre Diddie. Menée 0-3 après avoir perdu le premier set sur une "roue de bicyclette" (0-6), la Française semble d'abord donner raison aux pronostiqueurs. Mais elle sert les dents, pour finalement s'imposer 7-5 dans la seconde manche. Bye, bye Diddie la débutante, bonjour Diddie la tornade ! Dans son élan, elle remporte le troisième set 6-1 et quelques semaines avant ses vingt ans s'offre en guise de cadeau une finale olympique.

Diddie Vlasto (à droite) en compagnie de Suzanne Lenglen, sa partenaire de double. Image : http://gallica.bnf.fr

Diddie Vlasto (à droite) en compagnie de Suzanne Lenglen, sa partenaire de double. Image : http://gallica.bnf.fr

    Sa belle aventure s'arrêtera là. En finale, elle ne peut rien face à l'Américaine Helen Wills, qui la bat sèchement 6-2, 6-2. Qu'importe, la médaille d'argent suffit à son bonheur. Avec Suzanne Lenglen, remise sur pied, elle va même former un double redoutable, qui remportera coup sur coup en 1925 et 1926 les Internationaux de France. Le magazine sportif "Match L'Intran" voit alors en elle une "grande championne du tennis français amateur, modèle de grâce esthétique et de charme". De quoi clouer la moustache au baron Pierre de Coubertin, qui mit si longtemps à reconnaître aux femmes le droit de briller sous le soleil olympique…

 

A découvrir aussi dans la série "Les visages de Paris 1924" : Pierre Chayriguès, Johnny Weismuller, Géo André et Louis Faure-Dujarric.

Le baseball, vous connaissez ?

Jean-Claude Duce

Quelques mois seulement après la clôture des Jeux olympiques de 1924, le stade de Colombes accueillait deux des plus grandes équipes professionnelles américaines de baseball. Entre curiosité et indifférence, retour sur l'un des actes fondateurs de cette discipline en France, à l'heure où commencent les séries mondiales de la MLB.

 

    Le temps maussade n’a pas aidé à remplir les tribunes : en ce mois de novembre 1924, seules quelques centaines de spectateurs ont bravé la grisaille et l’humidité pour assister à l’événement. Parmi eux, une écrasante majorité d'Américains, alléchés par l'arrivée à Paris de deux des meilleures équipes professionnelles de base-ball du moment, les Giants de New York et les White Sox de Chicago, débarqués quelques jours plus tôt de Liverpool. Malgré leurs efforts, on est loin de l’ambiance des grands jours ! "Le football et le rugby ne sont pas près d'être détrônés en France..."  ironise même "Le Miroir des sports" qui consacre sa une du 12 novembre 1924 aux matches d'exhibition opposant les "Géant" aux "Bas blancs". L'étape parisienne de la grande tournée européenne organisée par Spalding, fabricant de matériel de baseball soucieux de convertir le vieux continent au sport préféré des "Yankees", ne sera pourtant pas sans conséquence sur l'avenir de la discipline en France.

Image https://www.nypl.org/

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    Dès 1912, dans la foulée des Jeux interalliés qui donnent lieu cinq ans plus tard à quelques rencontres américano-canadiennes au stade Pershing, les premiers clubs de baseball avaient déjà fait une timide apparition en région parisienne puis en province. Cousin de la thèque, sport alors assez répandu dans le pays, la discipline se contente pourtant de vivoter, sans aucune structure au niveau national, jusqu'à ce que l'annonce de l'arrivée à Paris des Giants de New-York, récents finalistes des "séries mondiales" de 1924, ne redonne espoir à ses amateurs français en mal de publicité. Batteurs, lanceurs et receveurs font alors une entrée remarquée dans les colonnes des journaux dont les chroniqueurs sportifs sont délégués sur place pour tenter de décoder les us et coutumes des pros américains.

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    "Lancer, frapper, courir : tels sont les trois principes (de ce) jeu qui répètent les gestes essentiels de l'humanité primitive : lancer la pierre, frapper pour attaquer ou se défendre, courir pour atteindre un but ou fuir un danger..." ("L'Illustration", 22 novembre 1924), "Aux Etats-Unis, tous les enfants savent, dès le plus jeune âge, tenir un bâton et lancer une balle. Quatre-vingt-dix pour cent d'entre eux ont l'ambition de devenir de grands joueurs, qui sont payés, on le sait, de 125 000 à 140 000 francs par an..." ("Le Miroir des sports", 12 novembre 1924) ... Et ainsi de suite pendant tout le mois de novembre : à grand renfort de dessins et de photos, les gazettes rivalisent d'imagination pour faire découvrir le base-ball à leurs lecteurs. Il n'en faut pas plus pour ranimer la flamme des rares pratiquants français. Quelques mois seulement après l'épisode de Colombes, le journaliste Frantz Reichel porte la fédération française de baseball et de thèque sur les fonts baptismaux. Les premiers championnats nationaux sont organisés dès 1926. Mission accomplie pour les ambassadeurs de la batte…           

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Les visages de Paris 1924, Johnny Weissmuller l’apatride des Tourelles

Jean-Claude Duce #Les visages des JO de Paris 1924

Un siècle avant les JO de 2024, qui auront pour cadre la capitale française, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’invente un nouveau destin olympique…

Les visages de Paris 1924, Johnny Weissmuller l’apatride des Tourelles

    Le regard charbonneux dans une pose presque martiale mettant en valeur son imposante carrure : sur le bord de la piscine des Tourelles à Paris, Johnny Weissmuller semble plein d’assurance, prêt à assumer lors de ces Jeux olympiques de 1924 son statut de meilleur nageur du monde. Pourtant, l’athlète conquérant cache un lourd secret. Pour faire partie de la délégation américaine, le gaillard a dû en effet trafiquer ses papiers et jouer avec son identité. Car Johann Peter Weissmuller, né en 1904 à Freidorf dans l’empire d’Autriche-Hongrie puis émigré sept mois plus tard aux Etats-Unis avec ses parents n’est pas citoyen américain quand arrive sa sélection olympique. La disparition de l’empire de Sissi et ses amis où il avait vu le jour a fait de lui un apatride. Avec la complicité de son père, Johnny endosse alors l’identité de son frère cadet Peter Jr, né lui sur le sol américain, pour se faire établir un passeport en bonne et due forme. Un tour de passe-passe qui lui permet de débarquer en France avec la délégation américaine et l’étiquette de favori des épreuves de nage libre.

    Sa spécialité : le crawl, dans une technique jugée aujourd’hui peu académique, puisqu’il nage la tête hors de l’eau. Comme un nageur de water-polo. Mais surtout comme un requin furieux. Weissmuller, après une coulée qui lui donne déjà un avantage certain sur ses concurrents, glisse sur l’eau avec une frénésie animale. Digne de Tarzan, le roi de la jungle, célèbre apatride comme lui, qu’il incarnera sur grand écran à partir de 1932 au point de devenir l’une des vedettes d’Hollywood.

Image http://gallica.bnf.fr

Image http://gallica.bnf.fr

    Quand il s’impose sur 100 m dans la piscine des Tourelles, le grand Johnny ne se tape pas la poitrine en poussant le célèbre cri de « l’homme singe » qui deviendra quelques années plus tard sa signature. Mais ses adversaires, eux, ont plusieurs lianes de retard. Après avoir été le premier nageur au-dessous de la minute sur 100 m nage libre, il devient à Paris champion olympique de la spécialité, titre qu’il conservera quatre ans plus tard à Amsterdam. Pour faire bonne mesure, il remporte deux autres médailles d’or sur 400 m nage libre et relais 4x200 m nage libre. Pas mal pour quelqu’un qui avait commencé la natation pour soigner les séquelles d’une poliomyélite ! Une vraie « success story », qui lui vaudra ensuite de ne plus jamais avoir à tricher sur son identité en étant dans la foulée de ses exploits olympiques reconnu citoyen américain à part entière.

Autres figures des JO de 1924 à découvrir : Pierre Chayriguès, Géo André, Louis Faure-Dujarric

Hourlier-Comès, le destin tragique des deux Léon…

Jean-Claude Duce

Il y a tout juste 102 ans, à l'automne 1915, disparaissaient deux champions cyclistes ayant écrit quelques-unes des plus belles pages des courses sur piste avant la Grande guerre.

Hourlier-Comès, le destin tragique des deux Léon…
Hourlier-Comès, le destin tragique des deux Léon…
Hourlier-Comès, le destin tragique des deux Léon…
Hourlier-Comès, le destin tragique des deux Léon…

    Les liens entre Léon Hourlier et Léon Comès dépassent la simple complicité sportive. Le premier a épousé la sœur du second, Alice, en 1907. Beaux-frères à la ville donc, puis sur la piste où Hourlier, fameux athlète, boxeur et lutteur de bon niveau avant d'opter pour la petite reine, entraîne Comès, jusqu'à signer tous les deux une victoire remarquée lors des Six Jours de Paris au Vel' D'Hiv' en 1914. Quand la guerre éclate, Hourlier, d'abord chauffeur, demande, comme un certain Georges Carpentier, à intégrer l'aviation où le rejoint son beau-frère, pilote lui aussi. Le 16 octobre 1915 en Champagne, les deux Léon doivent justement rendre visite au champion de boxe. Comès est aux commandes, l'avion décolle puis pique brutalement du nez et s'écrase. Les deux pistards meurent dans l'accident et Alice Comès perd le même jour un frère et un mari…

 

Dans l'ordre du diaporama : Léon Hourlier et Léon Comès sur piste, puis les deux ensemble pendant la guerre. Images : http://gallica.bnf.fr

Georges Carpentier, le boxeur aviateur

Jean-Claude Duce

On connaît le Georges Carpentier terreur des rings, premier Français champion du monde des mi-lourds en 1920, entre autres ceintures. On connaît moins le Georges Carpentier soldat. Lorsque la Grande Guerre éclate, alors déjà champion d'Europe toutes catégories depuis 1913, le boxeur de Liévin, âgé de vingt ans, s'engage dans l'aviation dès le 8 août 1914.    

    C'est après son affectation à la 31e section du camp d'Avord dans le Cher en mars 1915 qu'il fait véritablement ses gammes de pilote, sur avion Farman à double commande. Il obtient son brevet le 24 mai 1915 et fait preuve de la même bravoure dans les airs que sur le ring, menant notamment à bien plusieurs missions de reconnaissance au-dessus de la plaine champenoise. Nommé sergent dès le mois de juillet 1915, ses états de service lui valent cette année-là la Croix de guerre avec palmes. Mais le plus dur reste à venir. En mai 1916, son escadrille, la F.8, se retrouve au cœur de la bataille de Verdun. "Ce coup-ci, c'est une autre histoire, raconte-t-il dans ses mémoires (1). Ça barde terriblement. Il y a, de part et d'autre, beaucoup plus d'avions, surtout de chasse, et les combats aériens sont bien plus meurtriers qu'ils ne l'ont jamais été."

Georges Carpentier, le boxeur aviateur
Georges Carpentier, le boxeur aviateur
Georges Carpentier, le boxeur aviateur
Georges Carpentier, le boxeur aviateur

    Aux commandes d'un "avion d'infanterie", destiné à transmettre des messages aux combattants au sol, il participe à la reprise définitive du fort de Douaumont en octobre 1916. Contraint de voler à basse altitude pour assurer sa mission, il assiste à ce qui reste l'un des engagements les plus sanglants de la bataille de Verdun. "Je ne devais jamais oublier ce jour-là, confie t-il quarante ans plus tard (1). De mon poste de pilotage, je voyais distinctement les corps des défenseurs du fort déchiquetés par les obus, tandis que nos poilus escaladaient ce qui subsistait des remparts. Rentré au camp, je m'étendis sur mon lit et restai sans bouger pendant trois bonnes heures. K.O moralement et physiquement."

 

    Quelques jours après la prise de Douaumont, Georges Carpentier se voit remettre la médaille militaire par le président de la République, Raymond Poincaré, en présence du général Nivelle. Pour lui, la guerre touche à sa fin. Victime d'une mauvaise grippe, il est envoyé en convalescence dans une maison de repos pour aviateurs puis à l'Ecole de Joinville. Là, il se voit confier un poste de moniteur d'éducation physique qu'il occupe jusqu'à l'armistice, puis sa démobilisation en août 1919. Il reprend alors le cours de sa vie de boxeur pour devenir un an plus tard, le 12 octobre 1920, champion du monde des mi-lourds à Jersey City face à l'Américain Battling Levinsky.

(1) "Mon match avec la vie" de Georges Carpentier, Flammarion, 1954

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