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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

L'olympisme, foire universelle des jeux sportifs

Philostrate #Les lectures de Philostrate

Alors que les villes sont de plus en plus réticentes à se porter candidates à l'accueil du grand cirque olympique, certains s'inquiétaient dès les années 1920 de la voracité de l'ogre enfanté par Coubertin. C'est le cas de l'éditorialiste Jean de Pierrefeu, perplexe, déjà, devant le gigantisme des Jeux de 1924 organisés à Paris.

    "Aimez-vous les Jeux olympiques ? On en a mis partout. Du bassin d'Argenteuil à la piscine des Tourelles en passant par le Vel d'Hiv', tout marche à la fois le matin et l'après-midi. Mon ticket d'entrée aux Tourelles portait, le 20 juillet, ce chiffre effarant : 259e réunion ! Et ce n'est pas tout, au vélodrome de Vincennes on verra fleurir la 272e et au fronton basque de Billancourt la 281e…

    Comme l'hydre de la fable, l'Olympisme moderne étend sur toutes choses ses bras tentaculaires, mais pour vouloir trop embrasser, ne risque t-il pas de périr ? Il n'y a pas de raison pour que, dans quatre ans, le tir à l'arc, en honneur dans l'Ile-de-France, la Picardie et dans tant de charmants "patelins" de l'Afrique centrale, ou que le boomerang, spécialité de l'Australie, ne soient également de la fête; ils le méritent autant que le tir de chasse sur pigeons d'argile, qui possède son champion olympique.

L'olympisme, foire universelle des jeux sportifs
    Je me garderai bien de blâmer l'énorme complexité de ces Jeux qui ont coûté tant d'efforts aux organisateurs, mais il faut bien constater que l'Olympisme, transformé en une Foire universelle des Jeux sportifs, perd ce caractère de culture humaine qu'on voulait lui donner. Soit par désir de ne laisser à l'écart rien de tout ce qui constitue l'activité de jeu de l'homme d'aujourd'hui, soit par nécessité d'accueillir les groupements qui se prétendent tous aussi indispensables les uns que les autres, le Comité international élargit démesurément les limites de l'Olympisme, lequel, par définition, est une sportivité choisie et stylisée. Je suis persuadé qu'il faudra procéder tôt ou tard à une reconcentration pour épurer l'idée olympique et redonner aux Jeux une ligne harmonieuse, simple et belle."
 
Texte de Jean de Pierrefeu, paru dans l'édition du 26 juillet 1924 de L'Illustration, à l'occasion des Jeux olympiques de 1924 à Paris.

Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?

Jean-Claude Duce

    En 2024, Anne Hidalgo nous l'assure : si Paris organise les JO, les nageurs, dans le sillage du triathlon olympique, feront leur grand retour dans la Seine. Interdites à la baignade depuis 1923, les eaux du fleuve pourraient donc à nouveau s'agiter entre la passerelle de l'Avre et le pont de Suresnes, voire au pied même de la tour Eiffel en plein Paname. Après Jacques Chirac en son temps, la maire de Paris y va à son tour de sa promesse de lendemains qui baignent, là où le commun des mortels ne voit le plus souvent dans la Seine qu'une autoroute tout juste bonne à charrier rats, silures, microbes et autres reliefs flottants du quotidien de dix millions de Franciliens…

    Polluée la Seine dites-vous ? Certainement moins qu'il y a un siècle, où l'on était guère regardant sur la qualité des eaux déjà sévèrement troublées par l'industrialisation, dont les rejets prennent alors bien souvent directement le chemin du fleuve. Cela n'empêche pas les sportifs en quête d'ébats aquatiques d'y plonger tête la première et sans combinaison s'il vous plaît ! En 1900, Sequana, déesse tutélaire du fleuve, a même droit aux honneurs de l'Olympe. Le 11 août à 11h30 à Asnières, les quarante-sept participants du concours de natation olympique y disputent une course de 1000 m, remportée par l'Anglais John Jarvis, sans même que l'on juge bon d'interrompre le trafic fluvial. Les traversées de Paris à la nage font alors partie du folklore estival et les quais sont même noirs de monde le 16 septembre 1905 pour voir huit concurrents relever le défi de 12 kilomètres qui leur est proposé par le quotidien L'Auto entre le pont National et le viaduc d'Auteuil. Vainqueur, le Parisien Paulus n'a rien d'un surhomme, mais, nous dit L'Illustration, est "un notable commerçant, âgé de quarante-quatre ans, père de quatre enfants, dont la célébrité relative commença aux bains Deligny en 1885…"

    La vision d'Anne Hidalgo rêvant de voir barboter dans la Seine nos valeureux athlètes puis tous les Parisiens, ne tient donc pas à proprement parler de l'utopie. Des triathlètes l'ont déjà fait, à intervalle plus ou moins régulier. S'il vaut mieux éviter d'y de boire la tasse, les progrès de l'assainissement et les normes toujours plus draconiennes en matière de traitement et de rejet des eaux usées pourraient permettre aux membres de la caravane aquatique olympique de fendre à nouveau en 2024 une onde, dont la pureté n'aurait sans doute pas inquiété leurs arrière-grands-parents…

Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?
Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?
Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?
Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?

James Moore, à jamais le premier !

Jean-Claude Duce

C'est un 31 mai, en 1868, qu'est organisée la première course cycliste de l'histoire, dans le parc de Saint-Cloud, alors domaine impérial. Et c'est à un Anglais, parisien d'adoption, que revient ce jour-là l'honneur de battre tout le monde au poteau.

James Moore, à jamais le premier !

     Le 31 mai 1868, la foule des grands jours est réunie dans le parc de Saint-Cloud. Ouvert exceptionnellement au public par la famille impériale, le domaine accueille pour la Pentecôte une grande fête, avec bal et feu d'artifice. Pourtant sur les coups de quinze heures, ce ne sont pas ces réjouissances mais une course qui fait se presser les curieux dans le bas parc à deux pas de la Seine. Autour de la grande allée de cinq cents mètres, sur laquelle les coureurs devront effectuer un aller-retour, les élégantes à l'abri de leurs ombrelles et les hommes en redingotes et hauts de forme s'impatientent. L'objet de leurs regards curieux ? Le vélocipède, cette nouvelle machine dont tout le monde parle, "cet instrument disgracieux, cette roue aux rayons plus fins que des pattes de faucheux et qui, rapide comme le vent, fend l'air et anéantit les distances", selon la description qu'en donne alors Jules Claretie dans les colonnes de L'Illustration. Une tribune des plus officielles a même été dressée, d'où un public choisi tente d'apercevoir le visage des audacieux coureurs et de leurs étranges montures.

James Moore, à jamais le premier !

    Si trois épreuves sont au programme - dont une course de lenteur, où les concurrents doivent prouver leur habileté en restant en selle tout en avançant le plus lentement possible sur cinquante mètres -, c'est celle pour vélo d'un mètre qui passionne le plus les parieurs. Elle ne compte que cinq engagés, tous équipés d'engins sortis des usines Michaux voisines, alignés près du poteau de départ, au sommet duquel flotte un grand drapeau tricolore. Parmi eux, un jeune Anglais de 19 ans vivant en France, James Moore. Les noms des coureurs ne sont en ces temps héroïques connus que par une poignée de passionnés, mais le sociétaire du Véloce Club de Paris va inscrire le sien pour toujours dans l'histoire du sport cycliste. Une fois donné le signal du départ, l'effort violent et l'équilibre précaire que se doivent de préserver les coureurs sur le terrain accidenté font parcourir des frissons dans l'assistance. A chaque instant, les spectateurs s'attendent à voir l'un de ces funambules se rompre l'échine. Au terme d'un rush échevelé, là où les spécialistes attendaient plutôt les Polocini, Drouet et Castera - l'un des meilleurs coureurs français du moment -, c'est James Moore, qui sort vainqueur de l'empoignade, au terme d'un effort de deux minutes et trente-cinq secondes. "Le Parisien volant", comme ses victoires lui vaudront plus tard d'être surnommé, vient d'entrer dans la légende. Et bien des années plus tard, en 1930, vieillard chenu de quatre-vingt ans passés (image ci-dessus), c'est avec fierté qu'il prend encore la pose pour célébrer l'anniversaire de son succès dans la première course cycliste de l'histoire, un après-midi du printemps 1868 dans l'Ouest de Paris.

Les visages de Paris 1924, Faure-Dujarric l’architecte ciel et blanc

Jean-Claude Duce

Un siècle avant les JO de 2024, à l’organisation desquels la capitale française est candidate, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’imagine un nouveau destin olympique…

Loulou et son bitos… Image : http://gallica.bnf.fr/

Loulou et son bitos… Image : http://gallica.bnf.fr/

     Sur la photo, Louis Faure-Dujarric a l’air aussi raide que les poils de sa moustache. A 47 ans, c’est une âme de « sportsman » qui vibre pourtant sous le costume de l’homme respectable. Pas bedonnant pour un rond le bourgeois, mais sec comme un coup de trique en adepte de l’exercice physique, que ce Racingman bon teint pratique depuis son plus jeune âge. A 18 ans, il est même finaliste avec son club du deuxième championnat de France de rugby de l’histoire à Bécon-les-Bruyères, défait 7 à 3 par cet embarrassant rival parisien qu’est déjà le Stade Français. Dès lors, même pendant ses études d’architecte, l’ancien capitaine des quinzistes ne reniera jamais son attachement ciel et blanc, au point d’occuper la vice-présidence du Racing, quand Paris s’apprête à accueillir les Jeux olympiques de 1924. Il sera même l’un de ceux qui permettront au comité d’organisation de sortir de l’impasse dans lequel les élus de la capitale l’avaient placé en se montrant incapables de faire aboutir le dossier du grand stade destiné, entre autres, à accueillir les épreuves d’athlétisme, de football et de rugby. Grâce au maire de Colombes et au Racing, c’est dans cette banlieue ouvrière, sur l’emplacement de l’ancien Stade du Matin, que va voir le jour l’enceinte appelée à rester pour de nombreuses années le temple du sport français.

Dans les tribunes du stade olympique, se cache Winston Churchill, saurez-vous le retrouver ? Image : http://gallica.bnf.fr/

Dans les tribunes du stade olympique, se cache Winston Churchill, saurez-vous le retrouver ? Image : http://gallica.bnf.fr/

     En plus d’être Racingman, Louis Faure-Dujarric, architecte disposant déjà d’une solide réputation, a l’expérience des édifices sportifs, pour avoir entre autres construit le court central de Roland-Garros. Il sera donc l’homme du stade olympique. En un an et demi seulement, il donne naissance à ce qui se fait de mieux à l’époque en matière d’architecture sportive : un géant de 60 000 places, dont 20 000 couvertes et assises réunies dans deux tribunes longeant les lignes droites de la piste d’athlétisme. Un stade fonctionnel, offrant aux spectateurs un large champ vision grâce à ses gradins au profil parabolique et à sa piste d’athlétisme relevée en mâchefer rosé, tranchant joliment avec le vert de la pelouse centrale. Ses charpentes légères de fer et de bois, ses assises en ciment lui donnent, comme l’écrit Dans L’Illustration Jean de Pierrefeu, nostalgique des stades antiques, « l’élégance d’une épure géométrique, (…) la froide beauté des formules algébriques et la grâce squelettique du calcul. » Les spectateurs, qui entrent et sortent facilement de cet ovale posé au pied des cheminées d’usines, apprécient, eux… Et lorsque le 5 juillet 1924 Géo André prononce le serment olympique, il salue aussi un peu le grand œuvre de Faure-Dujarric, l’architecte ciel et blanc.

Coubertin, quand le baron s'emmêlait la moustache…

Philostrate #Les lectures de Philostrate

Au congrès olympique de Budapest en 1911, Pierre de Coubertin, toujours soucieux de faire évoluer le programme de "ses" Jeux rénovés, propose aux membres du CIO d'y intégrer quelques nouvelles disciplines, parfois inattendues, qui ne connaîtront pour certaines qu'un succès mitigé. La parole au baron…

Pierre de Coubertin était comme vous, il faisait du sport dans son fauteuil… Et le lancer de nains, t'y a déjà pensé Pierrot au lancer de nains ? (Image Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530674809/f1.item.r=Coubertin,%20Pierre%20de)

Pierre de Coubertin était comme vous, il faisait du sport dans son fauteuil… Et le lancer de nains, t'y a déjà pensé Pierrot au lancer de nains ? (Image Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530674809/f1.item.r=Coubertin,%20Pierre%20de)

  "Une autre nouveauté fut la création du "Pentathlon moderne". Je l'avais déjà présenté au CIO à deux reprises et l'accueil avait été incompréhensif, presque hostile. Je n'avais pas insisté. Cette fois, la grâce de l'Esprit-Saint sportif éclaira mes collègues et ils acceptèrent une épreuve à laquelle j'attachais une grande valeur. Véritable sacrement de l'athlète complet, le Pentathlon moderne devait comprendre : une course à pied, une course à cheval, une course de natation, un assaut d'épée et finalement une épreuve de tir à laquelle j'aurais préféré substituer une course à l'aviron, mais cela eût compliqué grandement l'organisation, déjà passablement difficile.

    (…) La troisième des réalisations dont je veux parler fut l'institution de prix de chasse et d'alpinisme destinés à récompenser la plus belle ascension et le plus bel exploit cynégétique accomplis depuis la célébration de la précédente Olympiade. L'idée avait été émise dès le congrès initial de 1894 et nous avait été transmise par cette assemblée sous forme d'un vœu favorable. Je la voyais complétée plus tard par un troisième prix olympique du même genre pour l'aviation.

    Tout cela était dans l'ordre : all games, all nations. C'était de plus d'une organisation facile, de frais insignifiants… Cependant, sur ce triple terrain, une indifférence apathique et parfois même un mauvais vouloir sans cause discernable se sont manifestés. Cela s'est fait, cela ne s'est plus fait; il n'y a eu là que caprice et manque de suite apparents. J'espère qu'on reviendra à la formule susdite. Elle est bonne…"
 
Extrait de Mémoires olympiques par Pierre de Coubertin, édité en 1931 par le Bureau international de pédagogie sportive du CIO à Lausanne.

J’étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Epilogue)

Jean-Claude Duce

Vainqueur du Tour de France cycliste 1909, le jovial François Faber était avant la Grande Guerre un champion populaire. Grandi en banlieue parisienne, le « Géant de Colombes », généreux et bon vivant, avait opté pour la nationalité luxembourgeoise de son père, mais était considéré par le public comme un enfant du pays. Quand la guerre éclate pendant l’été 1914, il s’engage dans la Légion étrangère pour défendre la France, qui avait fait « sa fortune ».

Son "Grand match" dans l'Artois, le "Géant de Colombes" n'aura pour ainsi dire pas le temps de le livrer. Quand à dix heures, le 9 mai 1915, le 33e corps d'armée commandé par le général Pétain sort d'un seul bond de ses tranchées, "Le Grand", comme l'appelaient affectueusement ses frères d'armes, est presque instantanément fauché par la mitraille, à l'entrée des Ouvrages Blancs. Témoin de la scène, un autre légionnaire se rappellera l'avoir vu dans le chaos de l'assaut porter ses mains à l'abdomen et crier "Je suis touché !". Il ne sera pas la seule victime de cette terrible journée. Quand au terme de leur furieuse poussée les légionnaires atteignent à onze heures trente la cote 140 et la crête de Vimy, ils n'ont plus guère qu'un sergent de valide pour les commander. Tombés les capitaines Leliagre, Boutin, Jourdeuil et Osmont, idem pour les commandants Noiré, Muller et Gaubert. Comble de l'ironie, toutes ces pertes auront pour ainsi dire été vaines. Faute de soutien, les légionnaires doivent en effet se résoudre à abandonner la crête de Vimy pour se replier sur des positions plus sûres. Elle ne sera reprise qu'en 1916 par les Canadiens. Sur le champ de bataille des Ouvrages Blancs, le corps du caporal Faber ne sera jamais retrouvé au grand désespoir de tous ceux qui l'aimaient, et ils étaient nombreux… "La caractéristique de Faber, écrit, meurtri, Henri Desgrange dans L'Auto du 19 mai 1915, était sa bonté. Celle-ci se manifestait partout, aussi bien dans ses relations de vie courante que dans les courses. On peut dire de lui qu'il n'avait en course aucun adversaire, seulement des concurrents (...) Il était unanimement aimé et estimé". "Pauvre Grand, nous l'admirions tant !" résument ses compagnons d'arme dans le mot de condoléance adressé à sa veuve, à qui revient désormais la responsabilité d'élever seule leur bébé, qu'il n'aura jamais vu. Ainsi se fracassait, à 28 ans, le destin d'un des champions les plus populaires d'avant la Grande Guerre. N'oublions jamais ceux tombés dans l'Artois et ailleurs en ce funeste printemps 1915.

Retrouvez les épisodes précédents : Vol.1, Vol. 2, Vol.3, Vol. 4, Vol. 5, Vol. 6, Vol. 7, Vol. 8, Vol. 9, Vol.10 

Quand Paris retrouve son palet

Philostrate #Sports de glace
    Avant de partir à la conquête des Alpes, le hockey sur glace a longtemps été une affaire parisienne. Au début du XXe siècle, le Cercle des Patineurs de Paris popularise la discipline en France sur les lacs gelés du bois de Boulogne. À l'exception de Lyon en 1907, les premiers championnats nationaux sont tous remportés jusque dans les années vingt par des  équipes de la capitale, les clubs montagnards devant attendre le sacre de Chamonix en 1922 pour inscrire leur nom au palmarès de la compétition.

    Les décennies suivantes sont certes marquées par un rééquilibrage géographique en faveur des Alpes, mais  le  hockey continue à attirer les foules à Paris. Dans les années 1930, c'est au Vel d'Hiv que Jeff Dickson, audacieux organisateur d'événements sportifs, fait découvrir aux Parisiens l'art du dribbling et de la glisse des joueurs québecois, dont le fameux Laframboise… Dans ces années folles naît aussi la légende des Français Volants de Paris, qui remportent alors leurs premiers titres. Après guerre, une équipe banlieusarde prend le relais. Montée grâce à la générosité de Philippe Potin, héritier de la célèbre chaîne d'épiceries qui laissera sa chemise dans l'aventure, l'ACBB hisse Boulogne-Billancourt jusqu'aux sommets du hockey européen.

 

Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle
Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle
Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle
Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle
Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle
Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle

Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle

    Bon gré mal gré, la tradition perdure dans les patinoires de Paris et sa banlieue jusque dans les années 1980, où l'ouverture du Palais omnisports de Paris Bercy (POPB) et la renaissance des Français Volants raniment les passions. Pour voir les Parisiens affronter leurs rivaux du Mont-Blanc, de Briançon ou de Grenoble, l'assistance dépasse souvent les 10 000 spectateurs à Bercy. Mais cette flambée ne sera que de courte durée : pour avoir vu trop grand, le club parisien sombre peu de temps après son dernier titre, plombé comme nombre de ses homologues par des problèmes financiers récurrents et peu aidé, il est vrai, par une Fédération française des sports de glace où le hockey n'est alors qu'une discipline parmi d'autres, pas forcément la plus mise en valeur…

    Depuis, le hockey a pris son indépendance et s'est inventé un grand rendez-vous parisien annuel. Organisée pour la première fois en février 2007 au POPB, la finale de la coupe de France de hockey y a battu tous les records d'affluence, donnant du baume au cœur à la jeune fédération française de hockey à l'origine de ce pari risqué. Retour en grâce prometteur pour une discipline que l'on n'avait plus vu à pareille fête à Paris depuis bien longtemps. Après une mise entre parenthèses en raison des travaux de rénovation de Bercy, ce match de prestige a fait son retour sur la glace de "l'Accor hotels Arena" en janvier 2016. Un véritable succès populaire déterminant lors du choix de la candidature française pour la co-organisation des championnats du monde 2017, qui se déroulent en ce moment sur la glace parisienne.

 

Ragueneau, roi du cross de la Belle Epoque

Jean-Claude Duce

En accueillant le 1er mars 1903 le championnat national de cross, les bois de Ville-d'Avray et le parc de Saint-Cloud confirment l'implantation en région parisienne d'une discipline en pleine mutation. Avec au rendez-vous plus de 5000 spectateurs et la démonstration d’un champion, Gaston Ragueneau.

    L'annonce en 1903 de l'organisation dans le parc de Saint-Cloud du championnat national de cross n'a rien d'une surprise pour ceux, de plus en plus nombreux, qui suivent alors le développement en France des sports athlétiques. Depuis sa première édition quinze ans plus tôt, cette compétition, née sous l'impulsion des grands clubs parisiens, n'a en effet jamais quitté les bois de Meudon et de Ville-d'Avray, attirant au gré des saisons curieux et athlètes sous les frondaisons de Bellevue, Chaville ou dans les allées du parc de la Faisanderie à Saint-Cloud. Ce printemps-là cependant, la course rassemblant les ténors du cross national n'a plus rien à voir avec les joyeuses parties de campagne des années pionnières. "En ces temps primitifs, note Henri Desgrange dans les colonnes de l'Auto du 1er mars 1903, on courait volontiers avec ses godillots et sa tunique de lycéen. Nous n'avions pas encore dégagé l'impressionnante silhouette du coureur à pied, aux mouvements libres et souples dans l'ample culotte; nous ne soupçonnions pas la course à travers bois et nous n'aurions jamais cru possible ce qui va se passer aujourd'hui dans les bois de Ville-d'Avray."

Ragueneau, roi du cross de la Belle Epoque

    En 1903, l'athlétisme est déjà sorti du petit cercle d'initiés qui l'a vu naître pour partir à la conquête d'un public plus large, et ses premiers champions ont su se frayer un chemin à la une des journaux populaires. Le 1er mars à 10 h, sur la ligne de départ tracée à l'emplacement de l'ancien château de Saint-Cloud, ce sont eux que les connaisseurs cherchent du regard parmi les 309 athlètes engagés. L'un de ces "vigoureux jeunes gens" se distingue tout particulièrement avec sur les épaules le maillot cerclé rouge et blanc de la Société athlétique de Montrouge : Gaston Ragueneau, dont le seul patronyme suffit à enthousiasmer les amateurs. Il a déjà remporté l'épreuve à deux reprises et n'a dès les premiers mètres qu'une idée en tête, récidiver. Avec son plus dangereux rival, Louis Bonniot de Fleurac du Racing club de France, le Montrougien impose d'emblée aux autres concurrents un train d'enfer : dans le sous-bois conduisant au lieu dit de l'Etoile de chasse, les bousculades et les chutes sont nombreuses.

    Dans la côte des Jardies menant à Sèvres, Ragueneau devance déjà son adversaire de 150 mètres et le Racingman, au terme de la première boucle du parcours, doit consentir de gros efforts pour limiter les dégâts. Dans son sillage, plusieurs coureurs tentent à leur tour de revenir sur le champion de Montrouge, mais leurs tentatives resteront vaines : au terme des 16 km 400 de l'épreuve, Ragueneau franchit la ligne d'arrivée avec plus de 400 mètres d'avance sur ses concurrents qui, couverts de boue comme lui, ont pour certains d'entre eux payé cher leurs efforts. C'est le cas d'un certain Lebras, dont L'Auto conte la mésaventure le lendemain : "Le petit Lebras, du Stade français, qui était troisième après la première boucle, revenait très bien, lorsqu'au saut d'un ravin profond de 3 mètres il tombait si malheureusement qu'il se tordait la cheville gauche et ne pouvait se relever. Le pauvre garçon qui pleurait à chaudes larmes fut ramené en voiture automobile et un sérieux massage a pu le remettre à peu près en état..." Gaston Ragueneau, lui, bon pied bon œil, n’en est ce jour-là qu’à la moitié d'une série de six victoires dans le cross national, qui ne s’achèvera qu’en 1907.

Les héros des JO de Paris 1924, Géo André ou la course folle du "Bison"…

Jean-Claude Duce

Un siècle avant les JO de 2024, à l’organisation desquels la capitale française est aujourd'hui candidate, Paris accueillait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment où Paris se rêve à nouveau au sommet de l'Olympe…

Image : http://gallica.bnf.fr/

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    De profil, avec son nez en forme de bec et ses longs segments, Géo André ressemble à un échassier. En plus véloce. Alors que Paris s’apprête à accueillir en 1924 les Jeux de la VIIIe Olympiade, «l’athlète complet» comme le surnomme la presse sportive de l’époque, affiche en effet un palmarès tout aussi éclectique qu’impressionnant. Hurdler, mais aussi adepte du saut en hauteur avec ou sans élan (si, si, ça existait !), le sociétaire du Racing club de France est déjà détenteur en 1922 de vingt titres de champion de France toutes disciplines confondues, d’une médaille d’argent aux Jeux olympiques de Londres en 1908 et d’une de bronze à ceux d’Anvers en 1920, ainsi que de sept sélections en équipe de France de rugby à XV, qu’il pratique aussi sous le maillot ciel et blanc (deux fois finaliste du championnat en 1912 et 1920, excusez du peu) ! Sans compter ses faits d’armes dans l’aviation pendant la Grande Guerre : blessé, fait prisonnier, il échoue dans cinq tentatives d’évasion avant de fausser compagnie à ses geôliers à la sixième, puis de s’illustrer dans l’escadrille des Cigognes au point de se voir décerner la médaille militaire. Bref, c’est un sacré client !

Images : http://gallica.bnf.fr/
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    Quand Paris accueille les Jeux en 1924, il a beau avoir 35 ans et une cheville d’ancien combattant (fracassée par une balle teutonne pendant la Der des Ders…), le Bison – son surnom au Racing – court toujours. C’est donc sans surprise que le Comité olympique français décide d’en faire le porte drapeau de sa délégation. Lors de la cérémonie d’ouverture le 5 juillet au centre du stade de Colombes imaginé par Louis-Faure Dujarric, Géo André prononce le serment olympique devant un parterre de choix. Le prince de Galles y côtoie le ras Taffari, prince régent d’Ethiopie, le baron Pierre de Coubertin, les têtes couronnées de Roumanie ou de Suède : les « people » de l’époque quoi… Perché sur un podium frappé des anneaux olympiques, le tarin bravant le zéphyr et le bras tendu dans la solennité du serment, « l’athlète complet » est immortalisé par les photographes des agences de presse et les dessinateurs des gazettes. Une consécration en somme. Sur la piste,  le vétéran échoue au pied du podium, quatrième du 400m haies comme à Anvers quatre ans plus tôt. Ses plus belles années sportives sont désormais derrière lui.

Gravure de l'Illustration (1924)

Mais sa popularité, elle, ne faiblit pas. Le Bison a toujours la gnaque. Si bien que quand éclate la seconde guerre mondiale quinze ans plus tard, malgré ses cinquante piges, le Racingman est décidé à en découdre ! En juin 1940, le voilà qui traverse en loucedé la Méditerranée dans un avion piloté par son fils Jacques, futur as de l’escadrille Normandie-Niemen et héros de l'Union soviétique. En Afrique du Nord, devant le refus des autorités militaires de lui laisser reprendre du service dans l’aviation, le quinqua s’engage dans les corps francs. C’est là qu’il tombe, les armes à la main, le 4 mai 1943, trois jours avant la prise de Tunis par les alliés. De la cendrée de Colombes au sable des pistes africaines, Géo André n’aura décidément jamais rien lâché…

L'âge d'or des vélodromes

Jean-Claude Duce

A la fin du XIXème siècle, popularité du sport cycliste aidant, trois vélodromes voient le jour dans le seul Ouest parisien. Disparues aujourd'hui, ces pistes ont pourtant écrit quelques unes des premières pages de l'histoire du vélo en France.
 

 L'âge d'or des vélodromes

    Bien sûr, il existait déjà de l'autre côté du pont de Suresnes la "piste" de Neuilly Saint-James, petit kilomètre de route incertaine fréquenté par les coureurs de la Société d'encouragement… Mais lorsqu'à l'aube des années 1890 porté par le succès des premiers Paris-Brest et Bordeaux-Paris le sport cycliste prend son envol en France, les vélodromes dignes de ce nom sont encore rares. En région parisienne, il faut attendre 1891 pour qu'une piste vienne répondre à la demande des amateurs de plus en plus nombreux de courses de fond ou de vitesse, et c'est à Courbevoie, route de Bezons en bordure de la ligne de chemin de fer Saint-Lazare - Champ de Mars via Issy-les-Moulineaux, que ce premier vélodrome voit le jour. Sa piste de ciment de cinq cents mètres n'aura guère le temps de s'user. Située trop loin du centre de la capitale, cette arène de cinq mille places cesse d'être exploitée un an seulement après son ouverture pour finalement disparaître quelques années plus tard. La concurrence était trop rude : en 1892 le directeur des Folies-Bergères, Clovis Clerc, s'était en effet décidé à financer à Neuilly la construction d'un autre vélodrome appelé lui à un bel avenir. Installée à proximité de la Porte-maillot, sur les terrains où Buffalo Bill et son "Ouest sauvage" avaient conquis le cœur des Parisiens, cette piste de 333 m conçue en partie par Henri Desgrange - qui y établira le premier record du monde de l'heure sans entraîneur (35,325 km) - fera les beaux jours du sport cycliste jusqu'en 1899.

     L'âge d'or des vélodromes

        Le 27 août 1893, quelques semaines seulement après l'inauguration de Buffalo, un troisième vélodrome ouvre ses portes à Levallois. Située à deux pas du fleuve, au bout de la rue de Courcelles, la piste de 500 m du vélodrome de la Seine, faite à l'origine de pavés de bois, s'usera assez vite et finira par céder la place à un anneau de ciment aux virages relevés surnommés par les coureurs les "falaises de la Seine". Exploitée pendant plusieurs années, la piste de Levallois accueillera quelques morceaux de bravoure du sport cycliste et aura l'honneur notamment de voir triompher le sprinter américain Zimmermann, déjà champion d'Amérique et d'Angleterre, à l'occasion d'un handicap resté dans les annales comme la dernière course disputée en France par ce "crack de la pédale". Ce jour là, opposé à seize concurrents sur un mille (1609,32 m), le grand "Zim", déjà vainqueur à Buffalo du premier Bol d'or cycliste, bat le record français de la distance en deux minutes et neuf secondes. Bien que plus longue que celle de Courbevoie, l'heure de gloire de la piste de la Seine sera pourtant elle aussi de courte durée. Fermé au bout de quelques années, le vélodrome restera un moment inutilisé puis sera démoli pour permettre la construction d'usines de plus en plus nombreuses à l'approche de la première guerre mondiale. Buffalo, à Neuilly puis Montrouge, n'aura alors plus pour seul rival dans l'ouest parisien que le parc des Princes dont l'âge d'or s'étendra bien au-delà de ces folles années de la course sur piste....

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