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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Quand Chiquito de Cambo rendait fous les Parigots

Jean-Claude Duce

Fin 1903, le fronton du parc Saint-James à Neuilly accueille quelques-uns des meilleurs pelotaris français et espagnols emmenés par Chiquito de Cambo, légende vivante venue des Pyrénées. En jeu : un grand prix destiné à clore en beauté la saison de pelote basque.

 

    Chiquito de Cambo, un nom qui claque comme une gifle sur un fronton gorgé de soleil. Au début du siècle, la réputation du roi des pelotaris n'est déjà plus à faire. Lorsque le brave pioupiou, alors sous les drapeaux, annonce sa venue à Neuilly en 1903, les demandes de places affluent de toutes parts au fronton basque du Cercle Saint-James, rue de Longchamp. Né à Cambo au pied des Pyrenées, Chiquito est le plus doué des athlètes de son pays et la perspective de le voir affronter à Paris quelques-uns des meilleurs champions espagnols suscite alors un engouement sans précédent pour la pelote . Le premier match mis sur pied par le Cercle Saint-James fixé au dimanche 8 novembre voit affluer le Tout-Paris. Les organisateurs doivent même refuser du monde ! Devant une assistance sous le charme, évaluée à quelque dix mille personnes, Chiquito et ses deux équipiers Arrué et Melchior rendent coup pour coup aux Espagnols emmenés par le prodige Munita. A 45 points partout, les Français connaissent pourtant un passage à vide et leurs adversaires, tout de rouge vêtus, prennent le large pour s'imposer finalement de dix points. Lorsque Munita gravit en vainqueur les marches de la loge présidentielle pour recevoir la médaille d'or et la ceinture bleue de France enjeux de cette partie à couteaux tirés, Chiquito, blessé dans son orgueil, a du mal à cacher sa déception.

Images http://gallica.bnf.fr
Images http://gallica.bnf.fr
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    Sans attendre, un match revanche en 50 points est fixé au mardi suivant. Il est cette fois remporté par des Français survoltés, portés par l'incroyable énergie de leur porte-drapeau. "Qui n'a jamais vu jouer Chiquito de Cambo ne peut se faire une idée de ce qu'est le sport basque, peut-on alors lire dans les colonnes du quotidien L'Auto. Il faut le voir bondir tel un fauve, tel un taureau lâché dans l'arène, courant de-ci de-là au-devant de la balle, la frappant dans sa chistera pour la renvoyer se briser contre le mur (...), quelle furia! quelle rage! quelle volonté!" Le public du fronton basque de Neuilly en redemande. Avec l'accord des joueurs, deux autres parties sont fixées aux jeudi et dimanche suivants, avec à la clé un grand prix de clôture de deux mille francs. Après une nouvelle victoire espagnole, longtemps contestée par un Chiquito plus déterminé que jamais - "Il me faut ce grand prix et je l'aurai..." - la dernière journée promet d'être spectaculaire.

Chiquito de Cambo, image http://gallica.bnf.fr

Chiquito de Cambo, image http://gallica.bnf.fr

    Dans les tribunes, fourrures et toilettes hivernales témoignent de l'attrait qu'exercent "les superbes gars du pays basque" bien au-delà du cercle restreint des seuls amateurs de sports athlétiques. Remportée 50 points à 37 par les Français, l'ultime rencontre remet à égalité deux victoires partout les rivaux pyrénéens. Il faut donc avoir recours à une belle en 15 points pour savoir qui des Bleus ou des Rouges repartira avec le grand prix. Cette fois, Munita, secondé par ses équipiers Claudio et Salazar, se charge de porter l'estocade aux Français 15 à 9. Le vieux parc Saint-James a beau résonner longtemps des bravos d'un public enthousiaste, c'est le cœur gros que le brave Chiquito, après quinze jours de permission, repart les mains vides dans son régiment. Mais sa légende est en marche et c'est sous son regard que les pelotaris d'aujourd'hui continuent à perpétuer la tradition...

Les héros du col de Porte

Philostrate #Cyclisme

    Il y a 110 ans aujourd'hui, le 16 juillet 1907, le Tour de France faisait son entrée dans le massif alpin. Ce n'était pas la première fois que la Grande Boucle se hasardait en montagne et René Pottier avait prouvé deux ans plus tôt dans le Ballon d'Alsace que les coureurs pouvaient goûter l'air des cimes. Mais l'histoire du Tour dans les Alpes reste encore à écrire, lorsque Henri Desgrange décide d'en ouvrir le premier chapitre par l'étape Lyon-Grenoble, 311 kilomètres, avec franchissement des 1326 mètres du col de Porte en guise de lever de rideau.   

 

    Des vélos à pignons fixes d'un poids de 13 à 15 kilos, une ascension de 18 kilomètres, des routes de montagne poussiéreuses et le soleil de juillet qui tape comme le marteau sur l'enclume… : difficile d'imaginer aujourd'hui l'épreuve que doivent ce jour-là surmonter les hommes, qui pour la première fois relèvent le défi des Alpes. Sur les pentes du col de Porte, un petit groupe d'une demi-douzaine de coureurs se détache. Alors que la pente s'accentue, le duel se précise. Devant, Émile Georget joue les voltigeurs avec dans sa roue Gustave Garrigou, un petit gabarit taillé lui aussi pour ce genre de récital. La victoire au sommet semble devoir se jouer entre les deux hommes lorsque, comme sortie de nulle part, une silhouette massive revient dans leur sillage.

 

Emile Georget en 1911, source http://gallica.bnf.fr

Emile Georget en 1911, source http://gallica.bnf.fr

    François Faber, le colosse de Colombes, malmène sa Labor et joue si bien de ses cuisses d'hercule qu'il fond sur Garrigou comme un hanneton sur un criquet ! En le voyant revenir sur lui, le brave Gustave, épuisé par l'effort et la chaleur, se jette plus qu'il ne descend de son vélo, tourne sur lui-même puis s'affale les bras en croix dans le fossé. Georget et Faber poursuivent seuls la montée, mais menacent à chaque coup de pédale de s'effondrer à leur tour. "J'ai même senti, il faut que je l'avoue, que tous ces hommes avaient dépassé largement les limites de leur résistance. écrit le lendemain dans L'Auto du 17 juillet 1907, Henri Desgrange, patron du Tour et du quotidien sportif. J'ai senti comme un véritable remords, et, j'ai eu peur, très peur, d'avoir dépassé la limite."


    Temps béni où les organisateurs pouvaient encore faire "suer le forçat" en conservant un semblant de compassion ! Les poumons et les jambes en feu, les deux coureurs s'accordent une pause avant le final pour se rafraîchir à l'eau d'une source. Georget franchit le col le premier, puis gagne l'étape à Grenoble et poursuit dès le lendemain ses exploits de grimpeur. Faber, révélation de cette étonnante journée, justifiera sa gloire naissante en remportant la Grande Boucle en 1909. Garrigou, longtemps malchanceux, en fera de même deux ans plus tard, devenant l'heureux lauréat de l'édition 1911. En ce 16 juillet 1907, le col de Porte a accouché de champions et le Tour de France  pleinement justifié sa réputation de "plus grande course par étapes au monde"

Le faux cosmopolitisme du Stade

Philostrate #Les lectures de Philostrate
Articles et textes sont les reflets de leur époque, mais résonnent encore parfois dans l'actualité des décennies plus tard. Alors que Paris et Los Angeles vont se répartir pour une poignée de gros sous les Jeux de 2024 et 2028, quelques considérations sur le sport et le nationalisme. L'auteur, l'écrivain Charles Maurras envoyé spécial à Athènes de La Gazette de France, témoigne en avril 1896 de la renaissance des Jeux olympiques. Nous le retrouvons au milieu d'une compétition de lutte…

   
    "On met ensuite aux prises un Allemand et un Anglais. En un clin d'œil  M. Schumann a fait mordre la poussière à M. Eliott; mais voici que, avec une ténacité toute britannique, celui-ci se démène comme s'il n'avait pas touché terre des deux épaules. Le Gros Germain est émerveillé de tant d'impudence, mais Athènes s'épanouit. Il faut que le diadoque et le prince Georges prennent sur eux de renvoyer M. Eliott à son club.


    À ce moment, les organisateurs ont la mauvaise idée d'engager un combat entre M. Christopoulos et un autre Grec… Tumulte magnifique. De tous les points sur le Stade, le peuple entier proteste. Non, non ! Oki, Oki, Oki ! On n'admet point le sacrilège, on ne veut pas  de lutte entre les hommes de même langue et de même sang. J'ai beaucoup admiré ce soulèvement hellénique. Il s'en produit ainsi, du même ordre, à tous les instants.
Le faux cosmopolitisme du Stade
    On s'afflige si l'Héllène en sautant à la perche manque la barre ou exécute de travers le rétablissement aux anneaux. Si l'Anglais, l'Américain ou le Français ont plus d'adresse et de bonheur, c'est un froncement de sourcil. La justice n'en souffre pas. Chacun admire ce qu'il convient d'admirer, mais il le fait d'un cœur plus ou moins généreux suivant les honneurs engagés. Aussi, loin d'étouffer les passions nationales, tout ce faux cosmopolitisme du Stade les exaspère.

    (…) Non, les patries ne sont pas encore dissociées. La guerre non plus n'est pas morte. Jadis, les peuples se fréquentaient par ambassadeurs. C'étaient des intermédiaires qui atténuaient bien des chocs : les peuples déliés du poids de la terre, servis par la vapeur et l'électricité, vont se fréquenter sans procurations, s'injurier de bouche à bouche et s'accabler de cœur à cœur. L'ancien ludus pro patria (1) n'en sera que plus nécessaire."


(1) Devise de l'Association française de gymnastique faisant référence aux Jeux patriotiques antiques.

 

 

Extrait de la quatrième des Lettres des Jeux olympiques de Charles Maurras, parues entre le 15 et le 22 avril 1896 dans les colonnes de La Gazette de France.

Caravane publicitaire, le sourire du Tour de France

Jean-Claude Duce

    La caravane publicitaire du Tour de France est une vieille dame frivole. A 87 ans, elle aime toujours autant les couleurs chatoyantes, la musique tapageuse et danser tout l'été avec ses soupirants d'un jour. Pourtant, lorsqu'en 1930 Henri Desgrange, manitou de la Grande Boucle, lui donne le jour, sa naissance ne relève que d'un impératif économique. Le patron de L'Auto et du Tour doit trouver de l'argent fissa pour financer le passage de son épreuve des équipes de marques, devenues trop influentes à son goût, aux équipes nationales. Au revoir donc, les Alcyon, Automoto, et autres Peugeot, bonjour aux maillots frappés du drapeau des nations de l'internationale cycliste. Mais en fin gestionnaire, le père Desgrange, qui se doit désormais d'assumer tous les frais liés à l'accueil et l'hébergement des coureurs, sait qu'il va falloir trouver un moyen de la financer sa grande révolution des pelotons.

Caravane d'hier… véhicules réalisés par la carrosserie Pourtout (92500) dans les années 1960
Caravane d'hier… véhicules réalisés par la carrosserie Pourtout (92500) dans les années 1960
Caravane d'hier… véhicules réalisés par la carrosserie Pourtout (92500) dans les années 1960
Caravane d'hier… véhicules réalisés par la carrosserie Pourtout (92500) dans les années 1960
Caravane d'hier… véhicules réalisés par la carrosserie Pourtout (92500) dans les années 1960

Caravane d'hier… véhicules réalisés par la carrosserie Pourtout (92500) dans les années 1960

    Il n'aura pas à se torturer les méninges bien longtemps. Primo, il décide de mettre à contribution les villes étapes, pour la publicité et l'activité générées par le passage de la plus populaire des épreuves sportives. Je vous amène la fête au village, vous faites tomber l'oseille. Réglo, mesure suivante… Deuxio, il entérine le passage avant le peloton d'une caravane publicitaire pour faire rentrer du cash et chauffer l'ambiance. Bon HD n'a rien inventé : depuis la fin des années 1920, des marques comme les chocolats Menier ou le cirage Lion Noir distribuaient déjà sur le parcours échantillons et babioles avec leurs véhicules décorés. Ah, la voiture Lion Noir, avec son roi des animaux géant perché sur le toit ! Il a fait tourner le lait de plus d'une vache dans la paisible campagne de l'entre-deux-guerres ! Va donc pour la caravane publicitaire : moyennant une redevance, les véhicules qui la composent gagnent désormais le droit de précéder les coureurs pour régaler les spectateurs.

Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017
Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017

Caravane d'aujourd'hui… quelques dignes représentants de la caravane 2017

    En 1930, cette première caravane "officielle" compte six véhicules. Aujourd'hui, ils sont 170 à rivaliser d'inventivité pour divertir le public familial qui les attend tout autant que le peloton. Et quand déboulent les poulettes pédalantes de Le Gaulois, les  2 CV vichy de Cochonou ou le lion géant du Crédit Lyonnais crinière au vent , la fièvre est la même partout, du plus petit village aux faubourgs des grandes villes. La caravane publicitaire, c'est l'été qui passe sourire aux lèvres sur le pas de toutes les portes, c'est un père Noël en marcel et maillot de bain qui se paie en loucedé un bain de foule estival, c'est une Marianne à la socquette légère qui vient en juillet rappeler à la France qu'elle est belle, conviviale et sait s'amuser d'un rien en dépit de tout. Une invitation à la fête en somme, qui contribue chaque année à faire du Tour de France bien plus qu'un grand événement sportif.

Grande Boucle et "Front Popu"

Jean-Claude Duce

C'était l'été 1936, celui du Front Populaire et des premiers congés payés. A l'occasion de deux jours de repos à Cannes le 20 juillet et Perpignan le 24, les coureurs du Tour de France goûtaient aux plaisirs de la plage à l'unisson de celles et ceux qui, pour certains, voyaient pour la première fois la Grande Bleue. Equipes belges et allemandes mélangées, Français hilares ou Luxembourgeois joueurs, c'est vrai qu'il flotte sur les géants de la route de cet été-là un petit air de "Front Popu" que restitue bien cette série de photos tirées de la grande malle aux trésors de Gallica

Images : gallica.bnf.f
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Le Tour, c'est l'exploitation dans toute sa magnificence !

Philostrate #Les lectures de Philostrate
En 1907, le Tour de France jouit déjà d'une belle réputation. Le passage des coureurs les jours d'étapes provoque dans les villes  une belle effervescence et  fait le bonheur des commerçants locaux. Parfois trop. Du moins à en juger par le récit pittoresque rapporté par Alphonse Baugé, directeur sportif de l'équipe Labor, dans cette lettre écrite à Grenoble le 17 juillet 1907. Il y fait le détail des dépenses consenties pour équiper et soigner ses coureur. Cent dix ans après, sa lecture reste savoureuse…


    "Il fait ici une chaleur torride et j'ai dû acheter deux casquettes blanches, l'une pour Ringeval, l'autre pour Maitron : coût 2fr.90. Aïe donc les frais ! J'ai aussi fait acquisition de couvre-nuque très pratiques, - blancs, évidemment. J'en ai acheté dix à 0fr. 50 : total, cent sous. Aïe donc les frais ! Ménager avait besoin de chaussures, je lui en ai offert aux frais de la princesse… Labor : payé 13fr. 95. Aïe donc les frais !

    J'ai requis un photographe qui a pris le quatuor. D'ici deux jours, vous recevrez les épreuves. Les Sports ont, eux aussi, passé une commande, devant publier un supplément spécial à l'occasion du Tour de France. Je n'ai donc pas hésité à les faire mettre en tenue, immédiatement, avec l'inscription Labor sur la poitrine, c'est-à-dire face à l'appareil. Aïe donc les affaires ! (…

Le Tour, c'est l'exploitation dans toute sa magnificence !

    Je vous adresse ci-inclus le relevé des frais jusqu'à ce jour. Peut-être cette douloureuse vous causera-t-elle quelque surprise, mais je suis persuadé que vous comprendrez que mes dépenses sont absolument indispensables. Je compte, je discute et je me débats absolument comme si cet argent sortait de ma poche. Soyez persuadé que je ne "marche" pas sans réfléchir et sans compter. (…)

    Les soigneurs eux-mêmes sont victimes d'un "coup de fusil" d'une suprême élégance. On leur compte carrément une bouteille d'eau de Vichy 1fr 25 ! Quatre bidons de riz au lait (deux litres) 6 francs ! Une côtelette, 0fr. 80, etc. En résumé, c'est l'exploitation dans toute sa magnificence. Or, attendu la rapidité des étapes, c'est à dire à peine si l'on est arrivé qu'il faut immédiatement songer à repartir, vous comprendrez facilement que les soigneurs, arrivant quelquefois juste à temps dans les contrôles pour préparer leur "popote", n'ont pas le temps matériel de courir au meilleur marché, car ils risqueraient fort de "louper" leur service de ravitaillement."
 

Extrait de Lettres à mon Directeur par Alphonse Baugé édité en 1908 par la Librairie de L'Auto. Pour ceux qui aiment les calculs, un franc 1907 vaut environ 3,50 euros…


  

Les visages de Paris 1924, Johnny Weissmuller l’apatride des Tourelles

Jean-Claude Duce

     Un siècle avant les JO de 2024, à l’organisation desquels la capitale française est candidate, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’imagine un nouveau destin olympique…

Les visages de Paris 1924, Johnny Weissmuller l’apatride des Tourelles

    Le regard charbonneux dans une pose presque martiale mettant en valeur son imposante carrure : sur le bord de la piscine des Tourelles à Paris, Johnny Weissmuller semble plein d’assurance, prêt à assumer lors de ces Jeux olympiques de 1924 son statut de meilleur nageur du monde. Pourtant, l’athlète conquérant cache un lourd secret. Pour faire partie de la délégation américaine, le gaillard a dû en effet trafiquer ses papiers et jouer avec son identité. Car Johann Peter Weissmuller, né en 1904 à Freidorf dans l’empire d’Autriche-Hongrie puis émigré sept mois plus tard aux Etats-Unis avec ses parents n’est pas citoyen américain quand arrive sa sélection olympique. La disparition de l’empire de Sissi et ses amis où il avait vu le jour a fait de lui un apatride. Avec la complicité de son père, Johnny endosse alors l’identité de son frère cadet Peter Jr, né lui sur le sol américain, pour se faire établir un passeport en bonne et due forme. Un tour de passe-passe qui lui permet de débarquer en France avec la délégation américaine et l’étiquette de favori des épreuves de nage libre.

    Sa spécialité : le crawl, dans une technique jugée aujourd’hui peu académique, puisqu’il nage la tête hors de l’eau. Comme un nageur de water-polo. Mais surtout comme un requin furieux. Weissmuller, après une coulée qui lui donne déjà un avantage certain sur ses concurrents, glisse sur l’eau avec une frénésie animale. Digne de Tarzan, le roi de la jungle, célèbre apatride comme lui, qu’il incarnera sur grand écran à partir de 1932 au point de devenir l’une des vedettes d’Hollywood.

Image http://gallica.bnf.fr

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    Quand il s’impose sur 100 m dans la piscine des Tourelles, le grand Johnny ne se tape pas la poitrine en poussant le célèbre cri de « l’homme singe » qui deviendra quelques années plus tard sa signature. Mais ses adversaires, eux, ont plusieurs lianes de retard. Après avoir été le premier nageur au-dessous de la minute sur 100 m nage libre, il devient à Paris champion olympique de la spécialité, titre qu’il conservera quatre ans plus tard à Amsterdam. Pour faire bonne mesure, il remporte deux autres médailles d’or sur 400 m nage libre et relais 4x200 m nage libre. Pas mal pour quelqu’un qui avait commencé la natation pour soigner les séquelles d’une poliomyélite ! Une vraie « success story », qui lui vaudra ensuite de ne plus jamais avoir à tricher sur son identité en étant dans la foulée de ses exploits olympiques reconnu citoyen américain à part entière.

Autres figures des JO de 1924 à découvrir : Géo André et Louis Faure-Dujarric

L'olympisme, foire universelle des jeux sportifs

Philostrate #Les lectures de Philostrate

Alors que les villes sont de plus en plus réticentes à se porter candidates à l'accueil du grand cirque olympique, certains s'inquiétaient dès les années 1920 de la voracité de l'ogre enfanté par Coubertin. C'est le cas de l'éditorialiste Jean de Pierrefeu, perplexe, déjà, devant le gigantisme des Jeux de 1924 organisés à Paris.

    "Aimez-vous les Jeux olympiques ? On en a mis partout. Du bassin d'Argenteuil à la piscine des Tourelles en passant par le Vel d'Hiv', tout marche à la fois le matin et l'après-midi. Mon ticket d'entrée aux Tourelles portait, le 20 juillet, ce chiffre effarant : 259e réunion ! Et ce n'est pas tout, au vélodrome de Vincennes on verra fleurir la 272e et au fronton basque de Billancourt la 281e…

    Comme l'hydre de la fable, l'Olympisme moderne étend sur toutes choses ses bras tentaculaires, mais pour vouloir trop embrasser, ne risque t-il pas de périr ? Il n'y a pas de raison pour que, dans quatre ans, le tir à l'arc, en honneur dans l'Ile-de-France, la Picardie et dans tant de charmants "patelins" de l'Afrique centrale, ou que le boomerang, spécialité de l'Australie, ne soient également de la fête; ils le méritent autant que le tir de chasse sur pigeons d'argile, qui possède son champion olympique.

L'olympisme, foire universelle des jeux sportifs
    Je me garderai bien de blâmer l'énorme complexité de ces Jeux qui ont coûté tant d'efforts aux organisateurs, mais il faut bien constater que l'Olympisme, transformé en une Foire universelle des Jeux sportifs, perd ce caractère de culture humaine qu'on voulait lui donner. Soit par désir de ne laisser à l'écart rien de tout ce qui constitue l'activité de jeu de l'homme d'aujourd'hui, soit par nécessité d'accueillir les groupements qui se prétendent tous aussi indispensables les uns que les autres, le Comité international élargit démesurément les limites de l'Olympisme, lequel, par définition, est une sportivité choisie et stylisée. Je suis persuadé qu'il faudra procéder tôt ou tard à une reconcentration pour épurer l'idée olympique et redonner aux Jeux une ligne harmonieuse, simple et belle."
 
Texte de Jean de Pierrefeu, paru dans l'édition du 26 juillet 1924 de L'Illustration, à l'occasion des Jeux olympiques de 1924 à Paris.

Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?

Jean-Claude Duce

    En 2024, Anne Hidalgo nous l'assure : si Paris organise les JO, les nageurs, dans le sillage du triathlon olympique, feront leur grand retour dans la Seine. Interdites à la baignade depuis 1923, les eaux du fleuve pourraient donc à nouveau s'agiter entre la passerelle de l'Avre et le pont de Suresnes, voire au pied même de la tour Eiffel en plein Paname. Après Jacques Chirac en son temps, la maire de Paris y va à son tour de sa promesse de lendemains qui baignent, là où le commun des mortels ne voit le plus souvent dans la Seine qu'une autoroute tout juste bonne à charrier rats, silures, microbes et autres reliefs flottants du quotidien de dix millions de Franciliens…

    Polluée la Seine dites-vous ? Certainement moins qu'il y a un siècle, où l'on était guère regardant sur la qualité des eaux déjà sévèrement troublées par l'industrialisation, dont les rejets prennent alors bien souvent directement le chemin du fleuve. Cela n'empêche pas les sportifs en quête d'ébats aquatiques d'y plonger tête la première et sans combinaison s'il vous plaît ! En 1900, Sequana, déesse tutélaire du fleuve, a même droit aux honneurs de l'Olympe. Le 11 août à 11h30 à Asnières, les quarante-sept participants du concours de natation olympique y disputent une course de 1000 m, remportée par l'Anglais John Jarvis, sans même que l'on juge bon d'interrompre le trafic fluvial. Les traversées de Paris à la nage font alors partie du folklore estival et les quais sont même noirs de monde le 16 septembre 1905 pour voir huit concurrents relever le défi de 12 kilomètres qui leur est proposé par le quotidien L'Auto entre le pont National et le viaduc d'Auteuil. Vainqueur, le Parisien Paulus n'a rien d'un surhomme, mais, nous dit L'Illustration, est "un notable commerçant, âgé de quarante-quatre ans, père de quatre enfants, dont la célébrité relative commença aux bains Deligny en 1885…"

    La vision d'Anne Hidalgo rêvant de voir barboter dans la Seine nos valeureux athlètes puis tous les Parisiens, ne tient donc pas à proprement parler de l'utopie. Des triathlètes l'ont déjà fait, à intervalle plus ou moins régulier. S'il vaut mieux éviter d'y de boire la tasse, les progrès de l'assainissement et les normes toujours plus draconiennes en matière de traitement et de rejet des eaux usées pourraient permettre aux membres de la caravane aquatique olympique de fendre à nouveau en 2024 une onde, dont la pureté n'aurait sans doute pas inquiété leurs arrière-grands-parents…

Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?
Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?
Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?
Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?

James Moore, à jamais le premier !

Jean-Claude Duce

C'est un 31 mai, en 1868, qu'est organisée la première course cycliste de l'histoire, dans le parc de Saint-Cloud, alors domaine impérial. Et c'est à un Anglais, parisien d'adoption, que revient ce jour-là l'honneur de battre tout le monde au poteau.

James Moore, à jamais le premier !

     Le 31 mai 1868, la foule des grands jours est réunie dans le parc de Saint-Cloud. Ouvert exceptionnellement au public par la famille impériale, le domaine accueille pour la Pentecôte une grande fête, avec bal et feu d'artifice. Pourtant sur les coups de quinze heures, ce ne sont pas ces réjouissances mais une course qui fait se presser les curieux dans le bas parc à deux pas de la Seine. Autour de la grande allée de cinq cents mètres, sur laquelle les coureurs devront effectuer un aller-retour, les élégantes à l'abri de leurs ombrelles et les hommes en redingotes et hauts de forme s'impatientent. L'objet de leurs regards curieux ? Le vélocipède, cette nouvelle machine dont tout le monde parle, "cet instrument disgracieux, cette roue aux rayons plus fins que des pattes de faucheux et qui, rapide comme le vent, fend l'air et anéantit les distances", selon la description qu'en donne alors Jules Claretie dans les colonnes de L'Illustration. Une tribune des plus officielles a même été dressée, d'où un public choisi tente d'apercevoir le visage des audacieux coureurs et de leurs étranges montures.

James Moore, à jamais le premier !

    Si trois épreuves sont au programme - dont une course de lenteur, où les concurrents doivent prouver leur habileté en restant en selle tout en avançant le plus lentement possible sur cinquante mètres -, c'est celle pour vélo d'un mètre qui passionne le plus les parieurs. Elle ne compte que cinq engagés, tous équipés d'engins sortis des usines Michaux voisines, alignés près du poteau de départ, au sommet duquel flotte un grand drapeau tricolore. Parmi eux, un jeune Anglais de 19 ans vivant en France, James Moore. Les noms des coureurs ne sont en ces temps héroïques connus que par une poignée de passionnés, mais le sociétaire du Véloce Club de Paris va inscrire le sien pour toujours dans l'histoire du sport cycliste. Une fois donné le signal du départ, l'effort violent et l'équilibre précaire que se doivent de préserver les coureurs sur le terrain accidenté font parcourir des frissons dans l'assistance. A chaque instant, les spectateurs s'attendent à voir l'un de ces funambules se rompre l'échine. Au terme d'un rush échevelé, là où les spécialistes attendaient plutôt les Polocini, Drouet et Castera - l'un des meilleurs coureurs français du moment -, c'est James Moore, qui sort vainqueur de l'empoignade, au terme d'un effort de deux minutes et trente-cinq secondes. "Le Parisien volant", comme ses victoires lui vaudront plus tard d'être surnommé, vient d'entrer dans la légende. Et bien des années plus tard, en 1930, vieillard chenu de quatre-vingt ans passés (image ci-dessus), c'est avec fierté qu'il prend encore la pose pour célébrer l'anniversaire de son succès dans la première course cycliste de l'histoire, un après-midi du printemps 1868 dans l'Ouest de Paris.

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