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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Les visages de Paris 1924, Johnny Weissmuller l’apatride des Tourelles

Jean-Claude Duce #Les visages des JO de Paris 1924

Un siècle avant les JO de 2024, qui auront pour cadre la capitale française, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’invente un nouveau destin olympique…

Les visages de Paris 1924, Johnny Weissmuller l’apatride des Tourelles

    Le regard charbonneux dans une pose presque martiale mettant en valeur son imposante carrure : sur le bord de la piscine des Tourelles à Paris, Johnny Weissmuller semble plein d’assurance, prêt à assumer lors de ces Jeux olympiques de 1924 son statut de meilleur nageur du monde. Pourtant, l’athlète conquérant cache un lourd secret. Pour faire partie de la délégation américaine, le gaillard a dû en effet trafiquer ses papiers et jouer avec son identité. Car Johann Peter Weissmuller, né en 1904 à Freidorf dans l’empire d’Autriche-Hongrie puis émigré sept mois plus tard aux Etats-Unis avec ses parents n’est pas citoyen américain quand arrive sa sélection olympique. La disparition de l’empire de Sissi et ses amis où il avait vu le jour a fait de lui un apatride. Avec la complicité de son père, Johnny endosse alors l’identité de son frère cadet Peter Jr, né lui sur le sol américain, pour se faire établir un passeport en bonne et due forme. Un tour de passe-passe qui lui permet de débarquer en France avec la délégation américaine et l’étiquette de favori des épreuves de nage libre.

    Sa spécialité : le crawl, dans une technique jugée aujourd’hui peu académique, puisqu’il nage la tête hors de l’eau. Comme un nageur de water-polo. Mais surtout comme un requin furieux. Weissmuller, après une coulée qui lui donne déjà un avantage certain sur ses concurrents, glisse sur l’eau avec une frénésie animale. Digne de Tarzan, le roi de la jungle, célèbre apatride comme lui, qu’il incarnera sur grand écran à partir de 1932 au point de devenir l’une des vedettes d’Hollywood.

Image http://gallica.bnf.fr

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    Quand il s’impose sur 100 m dans la piscine des Tourelles, le grand Johnny ne se tape pas la poitrine en poussant le célèbre cri de « l’homme singe » qui deviendra quelques années plus tard sa signature. Mais ses adversaires, eux, ont plusieurs lianes de retard. Après avoir été le premier nageur au-dessous de la minute sur 100 m nage libre, il devient à Paris champion olympique de la spécialité, titre qu’il conservera quatre ans plus tard à Amsterdam. Pour faire bonne mesure, il remporte deux autres médailles d’or sur 400 m nage libre et relais 4x200 m nage libre. Pas mal pour quelqu’un qui avait commencé la natation pour soigner les séquelles d’une poliomyélite ! Une vraie « success story », qui lui vaudra ensuite de ne plus jamais avoir à tricher sur son identité en étant dans la foulée de ses exploits olympiques reconnu citoyen américain à part entière.

Autres figures des JO de 1924 à découvrir : Pierre Chayriguès, Géo André, Louis Faure-Dujarric

Hourlier-Comès, le destin tragique des deux Léon…

Jean-Claude Duce

Il y a tout juste 102 ans, à l'automne 1915, disparaissaient deux champions cyclistes ayant écrit quelques-unes des plus belles pages des courses sur piste avant la Grande guerre.

Hourlier-Comès, le destin tragique des deux Léon…
Hourlier-Comès, le destin tragique des deux Léon…
Hourlier-Comès, le destin tragique des deux Léon…
Hourlier-Comès, le destin tragique des deux Léon…

    Les liens entre Léon Hourlier et Léon Comès dépassent la simple complicité sportive. Le premier a épousé la sœur du second, Alice, en 1907. Beaux-frères à la ville donc, puis sur la piste où Hourlier, fameux athlète, boxeur et lutteur de bon niveau avant d'opter pour la petite reine, entraîne Comès, jusqu'à signer tous les deux une victoire remarquée lors des Six Jours de Paris au Vel' D'Hiv' en 1914. Quand la guerre éclate, Hourlier, d'abord chauffeur, demande, comme un certain Georges Carpentier, à intégrer l'aviation où le rejoint son beau-frère, pilote lui aussi. Le 16 octobre 1915 en Champagne, les deux Léon doivent justement rendre visite au champion de boxe. Comès est aux commandes, l'avion décolle puis pique brutalement du nez et s'écrase. Les deux pistards meurent dans l'accident et Alice Comès perd le même jour un frère et un mari…

 

Dans l'ordre du diaporama : Léon Hourlier et Léon Comès sur piste, puis les deux ensemble pendant la guerre. Images : http://gallica.bnf.fr

Georges Carpentier, le boxeur aviateur

Jean-Claude Duce

On connaît le Georges Carpentier terreur des rings, premier Français champion du monde des mi-lourds en 1920, entre autres ceintures. On connaît moins le Georges Carpentier soldat. Lorsque la Grande Guerre éclate, alors déjà champion d'Europe toutes catégories depuis 1913, le boxeur de Liévin, âgé de vingt ans, s'engage dans l'aviation dès le 8 août 1914.    

    C'est après son affectation à la 31e section du camp d'Avord dans le Cher en mars 1915 qu'il fait véritablement ses gammes de pilote, sur avion Farman à double commande. Il obtient son brevet le 24 mai 1915 et fait preuve de la même bravoure dans les airs que sur le ring, menant notamment à bien plusieurs missions de reconnaissance au-dessus de la plaine champenoise. Nommé sergent dès le mois de juillet 1915, ses états de service lui valent cette année-là la Croix de guerre avec palmes. Mais le plus dur reste à venir. En mai 1916, son escadrille, la F.8, se retrouve au cœur de la bataille de Verdun. "Ce coup-ci, c'est une autre histoire, raconte-t-il dans ses mémoires (1). Ça barde terriblement. Il y a, de part et d'autre, beaucoup plus d'avions, surtout de chasse, et les combats aériens sont bien plus meurtriers qu'ils ne l'ont jamais été."

Georges Carpentier, le boxeur aviateur
Georges Carpentier, le boxeur aviateur
Georges Carpentier, le boxeur aviateur
Georges Carpentier, le boxeur aviateur

    Aux commandes d'un "avion d'infanterie", destiné à transmettre des messages aux combattants au sol, il participe à la reprise définitive du fort de Douaumont en octobre 1916. Contraint de voler à basse altitude pour assurer sa mission, il assiste à ce qui reste l'un des engagements les plus sanglants de la bataille de Verdun. "Je ne devais jamais oublier ce jour-là, confie t-il quarante ans plus tard (1). De mon poste de pilotage, je voyais distinctement les corps des défenseurs du fort déchiquetés par les obus, tandis que nos poilus escaladaient ce qui subsistait des remparts. Rentré au camp, je m'étendis sur mon lit et restai sans bouger pendant trois bonnes heures. K.O moralement et physiquement."

 

    Quelques jours après la prise de Douaumont, Georges Carpentier se voit remettre la médaille militaire par le président de la République, Raymond Poincaré, en présence du général Nivelle. Pour lui, la guerre touche à sa fin. Victime d'une mauvaise grippe, il est envoyé en convalescence dans une maison de repos pour aviateurs puis à l'Ecole de Joinville. Là, il se voit confier un poste de moniteur d'éducation physique qu'il occupe jusqu'à l'armistice, puis sa démobilisation en août 1919. Il reprend alors le cours de sa vie de boxeur pour devenir un an plus tard, le 12 octobre 1920, champion du monde des mi-lourds à Jersey City face à l'Américain Battling Levinsky.

(1) "Mon match avec la vie" de Georges Carpentier, Flammarion, 1954

Paul Ordner, un trait au service du sport

    Bien avant que le geste sportif ne soit mitraillé par les photographes, ce sont les illustrateurs qui avaient pour mission de le traduire en images dans les colonnes des journaux. Maître incontesté de la spécialité, Paul Ordner fit découvrir aux lecteurs de la presse, spécialisée ou non, de nombreuses disciplines avant et après guerre. La justesse de son trait tenait en partie à son étude sur le vif du mouvement des athlètes. En voici quelques exemples tirés de mes archives.

Paul Ordner,  un trait au service du sport
Paul Ordner,  un trait au service du sport
Paul Ordner,  un trait au service du sport
Paul Ordner,  un trait au service du sport
Paul Ordner,  un trait au service du sport
Paul Ordner,  un trait au service du sport
Paul Ordner,  un trait au service du sport
Paul Ordner,  un trait au service du sport
Paul Ordner,  un trait au service du sport

Les visages de Paris 1924, Chayriguès, un enfant terrible dans les cages

Jean-Claude Duce #Les visages des JO de Paris 1924

Un siècle avant les JO de 2024, qui auront pour cadre la capitale française, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’invente un nouveau destin olympique…

Image http://gallica.bnf.fr

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    Dimanche 1er juin 1924, Colombes. Le huitième de finale du tournoi olympique de football a attiré la foule des grands jours. 45 000 spectateurs pour un record de recette de 300 000 francs aux guichets. Face à l’équipe de France, qui a disposé quelques jours plus tôt de la modeste Lettonie 7 buts à 0, la Céleste, surnom de la redoutable et spectaculaire sélection uruguayenne au maillot bleu ciel. Dans les buts des Bleus - qui ce jour-là jouent…en rouge -, un gardien dont la renommée dépasse largement ses 1,70 m. Pierre Chayriguès est une figure du sport français, l’un des rares footballeurs à pouvoir prétendre à la Une de « L’Auto » aux côtés des cyclistes et des boxeurs, champions les plus populaires du moment. Il faut dire que ce banlieusard est une tête brûlée, premier gardien bondissant à dégager des deux poings, sauter ou plonger dans les pieds des attaquants adverses. Son premier coup d’éclat remonte au 17 mars 1912. Alors âgé d’à peine vingt ans, il permet à l’équipe de France de s’imposer 4 buts à 3 face à l’Italie au Campo Torino. Casquette impeccablement vissée sur la tête, ses bonds et ses arrêts spectaculaires sur la pelouse turinoise dégoûtent les attaquants italiens.

Images http://gallica.bnf.fr

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    La réputation du gaillard, pas manchot non plus pour aller soutirer des primes à la fédération les lendemains de matches, ne tarde pas à franchir les frontières. En 1913, le club professionnel des Tottenham Hotspurs lui propose de venir jouer à Londres contre une somme de 25 000 francs. Chayriguès hésite, tempête sous une casquette… Puis il refuse, sans doute convaincu par une contre-proposition sonnante et trébuchante de son club de toujours, le Red Star. L’amateurisme, ce n’est pas trop son truc au Pierrot et il ne s’en cache pas. En 1914, au lendemain de sa onzième sélection, il claque même la porte de l’équipe de France, pour ce qui semble être une affaire de “prime” non honorée. Après la guerre, il lui faut attendre le début des années 1920 pour retrouver son meilleur niveau. Avec lui, le Red Star signe même un triplé retentissant en Coupe de France, remportant le trophée à trois reprises en 1921, 1922 et 1923. De quoi lui ouvrir à nouveau le vestiaire des Bleus, dont il est le gardien titulaire pour ces Jeux olympiques de 1924 disputés à domicile.

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    Contre l’Uruguay pourtant, il ne peut endiguer les assauts des joueurs de la Céleste, en route pour le premier de leurs deux titres olympiques. Menés dès la troisième minute par un but d’Hector Scarone, auquel répond Paul Nicolas neuf minutes plus tard, les Français sont ensuite submergés par la vague uruguayenne. Auteur de deux buts Pedro Petrone sera même le bourreau bien involontaire du courageux Pierrot. En plongeant dans ses pieds pour éviter à ses filets de trembler une fois de plus, Chayriguès s’enfonce une côte. Au final, la France s’incline 5 buts à 1 et quitte le tournoi olympique. Chant du cygne à Colombes. Le gardien des Bleus, pourtant habitué aux blessures en tout genre – bras cassé, fracture du bassin et de l’épaule, doigts écrasés, péroné et cheville brisés, un inventaire à la Ouvrard…- sent que la fin de carrière approche : « Je commençais à devenir fragile et je m’en aperçus indiscutablement à ce fait que la Ligue Parisienne et la Fédération commencèrent à trouver que je leur coûtais trop cher, ironise-t-il quelques années plus tard dans ses souvenirs parus dans « L’Auto » en 1929. Mes notes de médecin et de pharmacien devenaient trop fréquentes et l’on y faisait des allusions désobligeantes; j’avais cependant été blessé en « service commandé ». Un « service commandé » qui pour Chayriguès a toujours eu un prix. Retraité des terrains après vint-et-une sélections internationales, il affirmera d’ailleurs n’avoir jamais joué une seule fois en équipe de France sans recevoir de prime...

 

Autres visages des JO de 1924 à découvrir : Johnny Weissmuller, Géo André et Louis Faure-Dujarric

1922, Carpentier surpris par Siki à Buffalo

Jean-Claude Duce

Le 24 septembre 1922, Georges Carpentier, champion du monde de boxe des mi-lourds, fait au stade Buffalo de Montrouge son grand retour en France. Mais face au Sénégalais Battling Siki, la fête tant attendue tourne vite au cauchemar...

 

1922, Carpentier surpris par Siki à Buffalo

    Un grand moment de solitude. C’est ce que Louis Phal, dit Battling Siki, ressent ce 24 septembre 1922 à seize heures, lorsqu’il se glisse entre les cordes. Autour du ring installé au centre du stade Buffalo à Montrouge, 4000 spectateurs mais guère de partisans pour cet ancien pugiliste de foire sénégalais. Il faut dire qu'en face de lui, son adversaire du jour a depuis longtemps déjà quitté le statut de simple boxeur pour entrer de plain-pied dans la légende du noble art : adulé des foules, alors champion de France, d'Europe et du monde des mi-lourds, Georges Carpentier est au sommet de sa gloire. Le gamin de Liévin-les-Lens, déjà roi d'Europe avant que la première guerre mondiale ne vienne mettre sa carrière entre parenthèses, a tout connu. Une victoire historique à New-York où il devient le 12 octobre 1920 le premier champion du monde de boxe français en détrônant le tenant du titre des mi-lourds, Battling Levinski.Une défaite héroïque le 2 juillet 1921 à Jersey City, couronne mondiale des lourds en jeu, face à Jack Dempsey. Puis, après les Etats-Unis, une tournée triomphale en Angleterre où sa renommée lui vaut l’honneur d'être invité par le prince de Galles à prendre le thé avec la famille royale...

1922, Carpentier surpris par Siki à Buffalo
1922, Carpentier surpris par Siki à Buffalo
1922, Carpentier surpris par Siki à Buffalo

    Comment dès lors ne pas comprendre le public français, qui privé de son champion depuis si longtemps en attend monts et merveilles ? Montée à l'initiative de Victor Breyer, patron du journal L'Echo des sports, afin de relancer la boxe au stade Buffalo, la réunion de Montrouge est pourtant loin d'être considérée comme un grand rendez-vous par Georges Carpentier. Il y met, certes, tous ses titres en jeu, mais pour lui ce combat n'est guère plus qu'une exhibition. A tel point que François Descamps, son manager, voulant mettre à l'abri son poulain à court de forme, se met d'accord avec Battling Siki pour qu'il se couche au cinquième round après quatre reprises d'une résistance de pure forme. Officiellement, pour permettre à une firme cinématographique, désireuse de mettre "l'événement en boîte", d'en filmer l'intégralité sur une seule pellicule…

 

1922, Carpentier surpris par Siki à Buffalo
1922, Carpentier surpris par Siki à Buffalo
1922, Carpentier surpris par Siki à Buffalo

    Un scénario peu reluisant qui ne tiendra finalement que deux rounds. Conspué par le public pour son manque de combativité, rappelé à l'ordre par l'arbitre durant la troisième reprise, Battling Siki laisse presque malgré lui parler les battoirs lui servant de poings. Manquant visiblement de condition physique, Carpentier accuse le coup, tombe une première fois au tapis dans la quatrième reprise, puis perd pied dans la cinquième contraignant son manager à jeter l'éponge. Devant les yeux incrédules de Sacha Guitry, Yvonne Printemps et d'autres célébrités amies de "l'ange du ring", il est d'abord contre toute attente déclaré vainqueur, l'arbitre demandant la disqualification de Siki pour un supposé croche-pied. Confusion, bronca du public, après plusieurs minutes de discussion la victoire du challenger est finalement confirmée. Carpentier perd ses trois titres et sa précieuse couronne mondiale face à un Sénégalais de 25 ans, issu d'une famille de vingt-deux enfants et grandi dans l'anonymat des bas-fonds marseillais ! Seule faute de goût dans un parcours jusqu'alors exemplaire, cette défaite laissera longtemps des regrets à Georges Carpentier. "Je mis longtemps à me remettre de l'affaire Siki, et aujourd'hui encore je n'y repense jamais impunément", confie t-il même en 1954 dans sa biographie, "Mon match avec la vie". Battling Siki, lui, ne jouit pas longtemps de cette gloire inattendue tombée du ciel : le 15 décembre 1925, parti tenter sa chance aux Etats-Unis, il est assassiné à New-York. Pour avoir cette fois oublié de se coucher lors d'une sombre affaire de match truqué...

Sources : Images http://gallica.bnf.fr et "Mon match avec la vie" par Georges Carpentier, éditions Flammarion, 1954.

Il n'y a qu'une escrime, c'est le fleuret…

Philostrate #Les lectures de Philostrate

Les Jeux olympiques à Paris, c'est en 2024. Il vous reste donc sept ans pour vous familiariser avec tous les sports au programme. Aujourd'hui : le fleuret, la plus noble et la plus complète des disciplines de l'escrime pour l'auteur anonyme de cet article de la fin des années 1920. Je sais, ça ne date pas d'hier, mais être en forme olympique, c'est aussi avoir de la mémoire !

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    "Tout tireur connaissant bien le fleuret sera toujours plus fort que celui qui ne sait que l'épée. Non, bien entendu, qu'il suffise d'être un remarquable fleurettiste pour n'avoir rien à craindre  en face d'une épée. Opposez sur le terrain à un fleurettiste un épéiste exclusif, celui-ci aura certainement l'avantage. Mais que le premier pratique seulement, pendant quelque temps, le maniement de l'épée, il se jouera sans peine de son adversaire.

    Un fait est resté présent à ma mémoire, qui m'en fournit la preuve. Au premier tournoi d'épée du Figaro, les tireurs de fleuret, attirés par la nouveauté de ce sport, et qui n'avaient aucune notion du tir à l'épée, firent piètre figure. Un an après, les tireurs à l'épée n'obtinrent que les plus modestes récompenses. Pourquoi ? Parce que l'escrime au fleuret est un sport plus complet que l'escrime à l'épée. Cette feinte, allongée, rapide, puissante, cette libre action des muscles, aidée par la volonté, cette mobilité continuelle de la lame, ce but si restreint, si difficile à atteindre, savez-vous ce qui en résulte ? La vigueur, la souplesse des membres, l'intelligence, le jugement, la vivacité de l'esprit.

    Dans l'escrime à l'épée, au contraire, que voyons-nous ? Les bras travailler un peu, les jambes pas du tout. Est-ce dans une fente que s'assouplissent les articulations ? Il n'y en a pas ou guère. Peut-on se livrer, même exceptionnellement, à un élan généreux ? Jamais ! On risquerait de s'embrocher sur la pointe de l'adversaire. Donc, exercice incomplet, où les muscles restent sans ressort, partant, sans vie. (…) Il n'y a donc qu'une escrime, c'est le fleuret. L'épée, très attrayante, je le reconnais, n'en est que le complément. La plus belle figure dont s'honore l'escrime française actuelle, j'ai nommé Lucien Gaudin, est une vivante démonstration de ce que j'avance…"
 
Extrait de Tout pour les sports, revue datée de décembre 1929, éditée dans le cadre du deuxième Salon international des sports. Auteur inconnu.

Quand Chiquito de Cambo rendait fous les Parigots

Jean-Claude Duce

Fin 1903, le fronton du parc Saint-James à Neuilly accueille quelques-uns des meilleurs pelotaris français et espagnols emmenés par Chiquito de Cambo, légende vivante venue des Pyrénées. En jeu : un grand prix destiné à clore en beauté la saison de pelote basque.

 

    Chiquito de Cambo, un nom qui claque comme une gifle sur un fronton gorgé de soleil. Au début du siècle, la réputation du roi des pelotaris n'est déjà plus à faire. Lorsque le brave pioupiou, alors sous les drapeaux, annonce sa venue à Neuilly en 1903, les demandes de places affluent de toutes parts au fronton basque du Cercle Saint-James, rue de Longchamp. Né à Cambo au pied des Pyrenées, Chiquito est le plus doué des athlètes de son pays et la perspective de le voir affronter à Paris quelques-uns des meilleurs champions espagnols suscite alors un engouement sans précédent pour la pelote . Le premier match mis sur pied par le Cercle Saint-James fixé au dimanche 8 novembre voit affluer le Tout-Paris. Les organisateurs doivent même refuser du monde ! Devant une assistance sous le charme, évaluée à quelque dix mille personnes, Chiquito et ses deux équipiers Arrué et Melchior rendent coup pour coup aux Espagnols emmenés par le prodige Munita. A 45 points partout, les Français connaissent pourtant un passage à vide et leurs adversaires, tout de rouge vêtus, prennent le large pour s'imposer finalement de dix points. Lorsque Munita gravit en vainqueur les marches de la loge présidentielle pour recevoir la médaille d'or et la ceinture bleue de France enjeux de cette partie à couteaux tirés, Chiquito, blessé dans son orgueil, a du mal à cacher sa déception.

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    Sans attendre, un match revanche en 50 points est fixé au mardi suivant. Il est cette fois remporté par des Français survoltés, portés par l'incroyable énergie de leur porte-drapeau. "Qui n'a jamais vu jouer Chiquito de Cambo ne peut se faire une idée de ce qu'est le sport basque, peut-on alors lire dans les colonnes du quotidien L'Auto. Il faut le voir bondir tel un fauve, tel un taureau lâché dans l'arène, courant de-ci de-là au-devant de la balle, la frappant dans sa chistera pour la renvoyer se briser contre le mur (...), quelle furia! quelle rage! quelle volonté!" Le public du fronton basque de Neuilly en redemande. Avec l'accord des joueurs, deux autres parties sont fixées aux jeudi et dimanche suivants, avec à la clé un grand prix de clôture de deux mille francs. Après une nouvelle victoire espagnole, longtemps contestée par un Chiquito plus déterminé que jamais - "Il me faut ce grand prix et je l'aurai..." - la dernière journée promet d'être spectaculaire.

Chiquito de Cambo, image http://gallica.bnf.fr

Chiquito de Cambo, image http://gallica.bnf.fr

    Dans les tribunes, fourrures et toilettes hivernales témoignent de l'attrait qu'exercent "les superbes gars du pays basque" bien au-delà du cercle restreint des seuls amateurs de sports athlétiques. Remportée 50 points à 37 par les Français, l'ultime rencontre remet à égalité deux victoires partout les rivaux pyrénéens. Il faut donc avoir recours à une belle en 15 points pour savoir qui des Bleus ou des Rouges repartira avec le grand prix. Cette fois, Munita, secondé par ses équipiers Claudio et Salazar, se charge de porter l'estocade aux Français 15 à 9. Le vieux parc Saint-James a beau résonner longtemps des bravos d'un public enthousiaste, c'est le cœur gros que le brave Chiquito, après quinze jours de permission, repart les mains vides dans son régiment. Mais sa légende est en marche et c'est sous son regard que les pelotaris d'aujourd'hui continuent à perpétuer la tradition...

La lutte pour les nuls

Philostrate #Olympisme
Les Jeux olympiques à Paris, c'est en 2024. Il vous reste donc sept ans pour vous familiariser avec tous les sports du programme olympique. Commençons avec la lutte. Pour ceux qui ne goûteraient pas toutes les subtilités du sport préféré de l'écrivain américain John Irving, voici un petit texte d'Edmond Renoir sur cette displine, paru dans L'Illustration du 17 mai 1890. Je sais, ça ne date pas d'hier, mais être en forme olympique, c'est aussi avoir de la mémoire !
La lutte pour les nuls

    "La lutte est en train de reconquérir la place à laquelle elle a des droits incontestables, car, au dire des pratiquants, elle est de tous les sports le plus propre à développer la machine humaine, à porter tout l'organisme au maximum de puissance. Presque tous les autres exercices pèchent par quelque point, les jambes travaillent trop ou pas assez, certains muscles sont astreints à l'immobilité, l'équilibre est rompu forcément.

    La lutte, telle qu'on l'exécute en France (…) n'est pas un combat, c'est le jeu athlétique par excellence, réglé par des conventions formelles lui conservant un caractère de courtoisie très appréciable. Les partenaires peuvent se prendre seulement par le haut du corps, employer toute leur force, mais sans user de rien qui influence la sensibilité; on doit se tomber, et non pas chercher à se faire du mal. Nus jusqu'à la taille, les lutteurs en présence vont utiliser tous les facteurs dont l'homme peut disposer : force, souplesse, agilité, adresse, à-propos, résistance (…)

    La prise marque naturellement le début de la partie; les athlètes se sont approchés, ils se tiennent les mains, cherchant à gagner de rapidité l'un sur l'autre, à "entrer" en terme de lutte. Souvent de cette première attaque dépend le succès, un bon coup peut s'en suivre, la riposte arriver trop tard…"

Les visages de Paris 1924, Faure-Dujarric l’architecte ciel et blanc

Jean-Claude Duce #Les visages des JO de Paris 1924

Un siècle avant les JO de 2024, qui auront pour cadre la capitale française, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’invente un nouveau destin olympique…

Loulou et son bitos… Image : http://gallica.bnf.fr/

Loulou et son bitos… Image : http://gallica.bnf.fr/

     Sur la photo, Louis Faure-Dujarric a l’air aussi raide que les poils de sa moustache. A 47 ans, c’est une âme de « sportsman » qui vibre pourtant sous le costume de l’homme respectable. Pas bedonnant pour un rond le bourgeois, mais sec comme un coup de trique en adepte de l’exercice physique, que ce Racingman bon teint pratique depuis son plus jeune âge. A 18 ans, il est même finaliste avec son club du deuxième championnat de France de rugby de l’histoire à Bécon-les-Bruyères, défait 7 à 3 par cet embarrassant rival parisien qu’est déjà le Stade Français. Dès lors, même pendant ses études d’architecte, l’ancien capitaine des quinzistes ne reniera jamais son attachement ciel et blanc, au point d’occuper la vice-présidence du Racing, quand Paris s’apprête à accueillir les Jeux olympiques de 1924. Il sera même l’un de ceux qui permettront au comité d’organisation de sortir de l’impasse dans lequel les élus de la capitale l’avaient placé en se montrant incapables de faire aboutir le dossier du grand stade destiné, entre autres, à accueillir les épreuves d’athlétisme, de football et de rugby. Grâce au maire de Colombes et au Racing, c’est dans cette banlieue ouvrière, sur l’emplacement de l’ancien Stade du Matin, que va voir le jour l’enceinte appelée à rester pour de nombreuses années le temple du sport français.

Dans les tribunes du stade olympique, se cache Winston Churchill, saurez-vous le retrouver ? Image : http://gallica.bnf.fr/

Dans les tribunes du stade olympique, se cache Winston Churchill, saurez-vous le retrouver ? Image : http://gallica.bnf.fr/

     En plus d’être Racingman, Louis Faure-Dujarric, architecte disposant déjà d’une solide réputation, a l’expérience des édifices sportifs, pour avoir entre autres construit le court central de Roland-Garros. Il sera donc l’homme du stade olympique. En un an et demi seulement, il donne naissance à ce qui se fait de mieux à l’époque en matière d’architecture sportive : un géant de 60 000 places, dont 20 000 couvertes et assises réunies dans deux tribunes longeant les lignes droites de la piste d’athlétisme. Un stade fonctionnel, offrant aux spectateurs un large champ vision grâce à ses gradins au profil parabolique et à sa piste d’athlétisme relevée en mâchefer rosé, tranchant joliment avec le vert de la pelouse centrale. Ses charpentes légères de fer et de bois, ses assises en ciment lui donnent, comme l’écrit Dans L’Illustration Jean de Pierrefeu, nostalgique des stades antiques, « l’élégance d’une épure géométrique, (…) la froide beauté des formules algébriques et la grâce squelettique du calcul. » Les spectateurs, qui entrent et sortent facilement de cet ovale posé au pied des cheminées d’usines, apprécient, eux… Et lorsque le 5 juillet 1924 Géo André prononce le serment olympique, il salue aussi un peu le grand œuvre de Faure-Dujarric, l’architecte ciel et blanc.

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