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Publié le par Jean-Claude Duce

    Ce fameux gaillard, sorti des collections de Gallica, c'est Noël, un lutteur moelleux comme on les aimait au début du XXe siècle. Un nom prédestiné pour entrer "en douceur" dans la période de l'Avent. Sa spécialité à lui, ce ne sont pas les chocolats, mais plutôt les clés, les pralines voire les marrons. Gare à vous si vous le défiez, ou ça risque de sentir le sapin bien avant le 24 décembre ! Faute de gloire sur la sciure de la piste, vous pouvez toujours essayer d'engourdir la montre gousset du bourgeois en costard qui regarde à côté. Peut-être pas une bonne idée non plus… Dure la vie d'Apache !

Images : @GallicaBnF
Images : @GallicaBnF

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La nuit des Six-Jours

Publié le par Philostrate

Paru en 1922, Ouvert la nuit est un recueil de nouvelles de Paul Morand. Dans l'un d'elles, La  nuit des Six-Jours, l'écrivain entraîne le lecteur dans les entrailles du Vel d'hiv, temple parisien du cyclisme sur piste, où le narrateur en mal d'aventure suit la compagne d'un des champions en lice…


    "À mi-chemin, ce fut un tonnerre sur nos têtes. Les lattes gémirent. Puis, apparurent le cirque de bois et son couvercle de verre unis par un brouillard divisé en lumineuses sections coniques. Sous les ombrelles émaillées, les lampes voltaïques suivaient la piste; Léa se dressa sur la pointe des pieds, impériale.
- Vous voyez : jaune et noir… Les Guêpes… l'équipe des as. C'est Van den Hoven qui est en course. On va réveiller Petitmathieu pour les primes de deux heures.


    Des sifflets effilés coupèrent le ciel. Puis il y eut quatre mille clameurs, de ces clameurs parisiennes, du fond de la gorge. L'Australien tentait un lâchage. Les sprints commençaient. Plus haut que les placards de publicité, je vis les traits tirés, les yeux ardents des populaires.  Un orchestre éclata. Latriche chantait. On reprit en chœur "Hardi coco !" ce qui anima le train. Les seize coureurs repassaient, sans un écart, toutes les vingt secondes, se surveillaient, en peloton compact.


    Le pesage occupait le fond du vélodrome. À chaque extrémité les virages debout comme des murs, que les coureurs dans leur élan escaladaient jusqu'aux mots La plus homogène des essences. Le tableau de pointage s'anima. Des chiffres descendirent. D'autres montèrent.
- Quatrième nuit. 85e heure. 2300 km 650 (…)


    Le quartier des coureurs avait poussé au bout de la piste, au petit virage. Chaque homme disposait d'une niche en planches avec un lit de camp fermé de rideaux. On lisait en lettres au pochoir : Stand Velox. Équipe Petitmathieu Van den Hoven. Un projecteur éclairait jusqu'au fond des cabines, permettant à la foule de ne perdre aucun des gestes de ses favoris, même au repos. Les soigneurs allaient et venaient en blouse blanche d'hôpital, avec des bruits d'assiettes, parmi les taches de pétrole et de graisse, composant des embrocations sur des chaises de jardin, avec des œufs et du camphre. Roulements démontés, cadres, rondelles de caoutchouc, ouates noires noyées dans des cuvettes (…) Les mécaniciens souillés, avec une barbe de cinq jours, en chemise kaki, bandaient les guidons au fil poissé, mettaient en faisceaux les roues à vérifier, serraient un écrou."

 

Extrait d'Ouvert la nuit de Paul Morand. Edition Gallimard 1922, renouvelé en 1950.
La nuit des Six-Jours
La nuit des Six-JoursLa nuit des Six-Jours

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Les héros des JO de Paris 1924, Géo André ou la course folle du "Bison"…

Publié le par Jean-Claude Duce

Un siècle avant les JO de 2024, à l’organisation desquels la capitale française est aujourd'hui candidate, Paris accueillait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment où Paris se rêve à nouveau au sommet de l'Olympe…

Image : http://gallica.bnf.fr/

Image : http://gallica.bnf.fr/

    De profil, avec son nez en forme de bec et ses longs segments, Géo André ressemble à un échassier. En plus véloce. Alors que Paris s’apprête à accueillir en 1924 les Jeux de la VIIIe Olympiade, «l’athlète complet» comme le surnomme la presse sportive de l’époque, affiche en effet un palmarès tout aussi éclectique qu’impressionnant. Hurdler, mais aussi adepte du saut en hauteur avec ou sans élan (si, si, ça existait !), le sociétaire du Racing club de France est déjà détenteur en 1922 de vingt titres de champion de France toutes disciplines confondues, d’une médaille d’argent aux Jeux olympiques de Londres en 1908 et d’une de bronze à ceux d’Anvers en 1920, ainsi que de sept sélections en équipe de France de rugby à XV, qu’il pratique aussi sous le maillot ciel et blanc (deux fois finaliste du championnat en 1912 et 1920, excusez du peu) ! Sans compter ses faits d’armes dans l’aviation pendant la Grande Guerre : blessé, fait prisonnier, il échoue dans cinq tentatives d’évasion avant de fausser compagnie à ses geôliers à la sixième, puis de s’illustrer dans l’escadrille des Cigognes au point de se voir décerner la médaille militaire. Bref, c’est un sacré client !

Images : http://gallica.bnf.fr/
Images : http://gallica.bnf.fr/
Images : http://gallica.bnf.fr/

Images : http://gallica.bnf.fr/

    Quand Paris accueille les Jeux en 1924, il a beau avoir 35 ans et une cheville d’ancien combattant (fracassée par une balle teutonne pendant la Der des Ders…), le Bison – son surnom au Racing – court toujours. C’est donc sans surprise que le Comité olympique français décide d’en faire le porte drapeau de sa délégation. Lors de la cérémonie d’ouverture le 5 juillet au centre du stade de Colombes imaginé par Louis-Faure Dujarric, Géo André prononce le serment olympique devant un parterre de choix. Le prince de Galles y côtoie le ras Taffari, prince régent d’Ethiopie, le baron Pierre de Coubertin, les têtes couronnées de Roumanie ou de Suède : les « people » de l’époque quoi… Perché sur un podium frappé des anneaux olympiques, le tarin bravant le zéphyr et le bras tendu dans la solennité du serment, « l’athlète complet » est immortalisé par les photographes des agences de presse et les dessinateurs des gazettes. Une consécration en somme. Sur la piste,  le vétéran échoue au pied du podium, quatrième du 400m haies comme à Anvers quatre ans plus tôt. Ses plus belles années sportives sont désormais derrière lui.

Gravure de l'Illustration (1924)
Gravure de l'Illustration (1924)

Mais sa popularité, elle, ne faiblit pas. Le Bison a toujours la gnaque. Si bien que quand éclate la seconde guerre mondiale quinze ans plus tard, malgré ses cinquante piges, le Racingman est décidé à en découdre ! En juin 1940, le voilà qui traverse en loucedé la Méditerranée dans un avion piloté par son fils Jacques, futur as de l’escadrille Normandie-Niemen et héros de l'Union soviétique. En Afrique du Nord, devant le refus des autorités militaires de lui laisser reprendre du service dans l’aviation, le quinqua s’engage dans les corps francs. C’est là qu’il tombe, les armes à la main, le 4 mai 1943, trois jours avant la prise de Tunis par les alliés. De la cendrée de Colombes au sable des pistes africaines, Géo André n’aura décidément jamais rien lâché…

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Idéal sportif galvaudé

Publié le par Philostrate

Articles et textes sont les reflets de leur époque, mais résonnent encore parfois dans l'actualité des décennies plus tard. En témoignent ces propos bien sentis sur "l'idéal sportif galvaudé", daté de 1929, alors que la polémique fait rage autour de l'amateurisme et du professionnalisme marron.

    "Ainsi, de plus en plus, l'idéal sportif est galvaudé par ceux-là mêmes qui devraient le maintenir ou le redresser. Sans vouloir tomber dans le travers des gens âgés qui prétendent toujours que "dans leur jeune temps c'était bien mieux", il sera permis de constater qu'il y a vingt ou trente ans, le sport présentait une toute autre allure. À cette époque bénie, où le pain coûtait quatre sous la livre et où l'on ne cherchait pas sans cesse à gagner de l'argent et à en faire suer dès que l'on remuait le petit doigt, le sport était pratiqué pour lui-même, pour les satisfactions profondes qu'il procurait.
Source : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69244943.r=sportif?rk=21459;2

Source : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69244943.r=sportif?rk=21459;2

     Réaction d'une jeunesse trop claustrée à l'école, à l'atelier ou au bureau et qui trouvait dans l'exercice physique, dans les jeux sportifs, un remarquable moyen de se détendre, de se délasser (…) La joie de rencontrer des camarades, de lutter avec eux, de s'incorporer dans une équipe, de donner durant quelques heures sa juvénile ardeur, son activité, sa force, de se défendre avec acharnement, de succomber sans rancune, de triompher loyalement et sans forfanterie, de se créer de solides amitiés autour de l'anneau de cendrée ou sur le ground de gazon suffisaient amplement à l'ambition des sportifs de cette époque.

   Évolution des temps, lutte pour la vie. Besoin de gagner de l'argent avec le moins de mal possible. Hantise des affaires, des combinaisons. Tractations non dissimulées de clubs à athlètes, etc. Voilà tout ce qui n'existait pas hier et qui, maintenant, gangrène le sport. Voilà ce qui, peu a peu, a détruit l'idéal sportif."

 

Texte de Pierre Marie, paru dans l'édition de décembre 1929 de Tout pour les sports, à l'occasion du deuxième salon international des sports.

 

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Bistrots et grand plateau

Publié le par Philostrate

  Vestige d'une convivialité en voie d'extinction dans le sport professionnel, l'histoire du cyclisme s'est souvent écrite au bord du zinc. Et pas seulement sur celui des nombreux "Bars des sports", où le monde se refait à l'heure de l'apéro… La foule des amateurs massée sur le passage de Paris-Roubaix, certains tout droit sortis d'un estaminet voisin une mousse à la main, l'ignore peut-être, mais quelques-uns des épisodes les plus fameux de la légende de la petite reine ont eu pour cadre un coin de bistrot.

Paris-Roubaix 1922, devant le Café de La Terrasse à Pontoise, image http://gallica.bnf.fr

Paris-Roubaix 1922, devant le Café de La Terrasse à Pontoise, image http://gallica.bnf.fr

    À commencer par la signature de l'acte de naissance de la plus célèbre des courses au monde, la Grande Boucle. En novembre 1902, c'est au Café Zimmer, à deux pas du Faubourg Montmartre, siège du journal L'Auto, que le journaliste Géo Lefevre expose à son patron Henri Desgrange son idée d'un "Tour de France, en plusieurs étapes, avec journée de repos". D'abord perplexe devant le projet un peu fou de son collaborateur, le directeur de la rédaction du grand quotidien sportif y voit l'occasion de tuer une fois pour toute la concurrence du Vélo de son rival Pierre Giffard. Va donc pour le Tour de France dont L'Auto organise la première édition en juillet 1903 et que "HD" qualifie dès lors de "plus grande course cycliste du monde entier"… Lors de ce premier Tour de France et de plusieurs des suivants, l'arrivée de l'épreuve est jugée devant l'auberge du "Père Auto" à Ville-d'Avray, où est installé l'ultime point de contrôle et proclamé le vainqueur. Le préfet Lépine ayant interdit la tenue de courses cyclistes dans Paris intra muros, c'est dans cet établissement sis sur la route de Versailles que se joue le dernier acte de l'édition 1903. Le vainqueur, Maurice Garin, et les autres rescapés de ce long raid de 2428 kilomètres rallient ensuite le vélodrome du Parc des Princes en cortège pour y être fêtés en héros, marche triomphale de Ville-d'Avray à Paris qui se répétera plusieurs années de suite.

Les frères Pélissier, Critérium des As 1926, image http://gallica.bnf.fr

Les frères Pélissier, Critérium des As 1926, image http://gallica.bnf.fr

    Mais le vrai coup de Trafalgar des bistrots, celui qui marquera les esprits par la rencontre de deux frangins roublards et d'un célèbre reporter, a pour cadre le café de la Gare à Coutances, le 27 juin 1924. Ce jour-là, le vainqueur français de l'édition précédente, Henri Pélissier, flanqué comme toujours de son frère Francis, abandonne avec fracas le Tour de France dans l'étape Cherbourg-Brest, préférant s'asseoir devant un bon bol de chocolat chaud que de continuer à s'échiner sur la route. Motif de cet énième coup de sang contre le réglement de l'épreuve et son patron, l'intraitable Henri Desgrange : une sombre histoire de contrôle de maillot par un commissaire trop zélé le matin sur la ligne de départ. Rejoints par le célèbre reporter Albert Londres, qui immortalisera la scène dans Le Petit Parisien, Henri et son "frérot" se servent en réalité du café de la Gare comme d'une tribune pour étaler une nouvelle fois leurs griefs contre l'organisation du Tour de France. Un réglement inhumain, des conditions de course et de vie que l'on n'infligerait même pas à des bêtes… : tout y passe ! La malignité des Pélissier n'ayant d'égal que la naïveté de Londres, frais émoulu dans le monde cycliste, son article accouchera des fameux "forçats de la route", terme que le bouillonnant Henri avait déjà lâché mais avec beucoup moins de succès dans les éditions précédentes.

    Aujourd'hui, des cafés comme "Chez Monique" dans la tranchée d'Arenberg, "Le carrefour de l'Arbre" à Gruson, hauts lieux de Paris-Roubaix, ou "L'Allumette" à Bouvines continuent à perpétuer la tradition. Et à faire des recettes mémorables lorsque revient la saison des classiques de printemps…

Publié dans Cyclisme

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Paris, ville d'eau

Publié le par Philostrate

Articles et textes sont les reflets de leur époque, mais résonnent encore parfois dans l'actualité des décennies plus tard. Exemple avec ce passage d'un article de 1932 consacré à la pratique de la natation à Paris, intéressant à l'heure où la candidature pour les JO de 2024 pourrait permettre à la capitale de se doter du stade nautique qui lui fait défaut depuis tant d'années…

 "Un récent accident, la disparition de notre brillant confrère Albert Londres, a dû faire réfléchir nombre de gens sur l'utilité de la natation. On peut en effet nommer sa disparition un accident, car il ne fut pas brûlé dans la catastrophe du Georges-Philippar et il tomba à l'eau non évanoui, non blessé. Il ne savait pas nager, et c'est probablement à cela seulement que nous devons de déplorer sa perte ! Dans la plupart des sinistres maritimes les personnes qui savent nager trouvent moyen de se cramponner à quelque objet léger et peuvent être sauvées.

Depuis longtemps, en France (…), la Fédération nationale de natation fait campagne pour développer ce sport dans notre peuple. Ses efforts auprès de la jeunesse ont été couronnés de succès, mais insuffisamment, et l'indifférence du public est bien coupable. Voyez ce qui se passe en Allemagne, pays cependant plus nettement continental que le nôtre et moins pourvu d'admirables rivages ! À la Wannsee, aux lacs formés par la Havel, la Sprée, autour de Berlin, dans nombre de belles pièces d'eau des foules de demi-nudistes se pressent.
Paris, ville d'eau
En France, ce n'est pas seulement chaque ville, mais chaque caserne qui devrait avoir une piscine. Or, que voyons-nous, par exemple, à Paris ? Pour près de trois millions d'habitants, une vingtaine de piscines. On n'a jamais calculé ce qu'elles pourraient contenir en y comprimant l'humanité comme dans un Métro à six heures du soir, mais on peut estimer qu'elles ne renfermeraient pas 20 000 personnes (…)

Tous ceux, de la clientèle de Molitor à celle des Tourelles ou de Blomet, qui nagent à Paris recevront nos encouragements parce qu'ils sortent de chez eux, boivent du soleil avec leur peau, respirent un autre air que celui des salles de cinéma. Ils retournent à notre milieu naturel. Qu'est-ce que l'homme à en croire les savants ? Une sorte de moule qui a réussi ! Encore beaucoup sont-ils restés des moules et n'ont-ils pas réussi…"

 

Texte de Hervé Lauwick, paru dans l'édition du 27 août 1932 de L'Illustration. On appréciera le ton très "hygiéniste" de l'auteur, sa référence au naufrage qui coûta la vie au grand reporter Albert Londres… et le fait que la piscine des Tourelles venait alors d'accueillir avec les championnats d'Europe 1931 la dernière grande compétition internationale de natation organisée à Paris !

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