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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Il n'y a qu'une escrime, c'est le fleuret…

Philostrate #Les lectures de Philostrate

Les Jeux olympiques à Paris, c'est en 2024. Il vous reste donc sept ans pour vous familiariser avec tous les sports au programme. Aujourd'hui : le fleuret, la plus noble et la plus complète des disciplines de l'escrime pour l'auteur anonyme de cet article de la fin des années 1920. Je sais, ça ne date pas d'hier, mais être en forme olympique, c'est aussi avoir de la mémoire !

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    "Tout tireur connaissant bien le fleuret sera toujours plus fort que celui qui ne sait que l'épée. Non, bien entendu, qu'il suffise d'être un remarquable fleurettiste pour n'avoir rien à craindre  en face d'une épée. Opposez sur le terrain à un fleurettiste un épéiste exclusif, celui-ci aura certainement l'avantage. Mais que le premier pratique seulement, pendant quelque temps, le maniement de l'épée, il se jouera sans peine de son adversaire.

    Un fait est resté présent à ma mémoire, qui m'en fournit la preuve. Au premier tournoi d'épée du Figaro, les tireurs de fleuret, attirés par la nouveauté de ce sport, et qui n'avaient aucune notion du tir à l'épée, firent piètre figure. Un an après, les tireurs à l'épée n'obtinrent que les plus modestes récompenses. Pourquoi ? Parce que l'escrime au fleuret est un sport plus complet que l'escrime à l'épée. Cette feinte, allongée, rapide, puissante, cette libre action des muscles, aidée par la volonté, cette mobilité continuelle de la lame, ce but si restreint, si difficile à atteindre, savez-vous ce qui en résulte ? La vigueur, la souplesse des membres, l'intelligence, le jugement, la vivacité de l'esprit.

    Dans l'escrime à l'épée, au contraire, que voyons-nous ? Les bras travailler un peu, les jambes pas du tout. Est-ce dans une fente que s'assouplissent les articulations ? Il n'y en a pas ou guère. Peut-on se livrer, même exceptionnellement, à un élan généreux ? Jamais ! On risquerait de s'embrocher sur la pointe de l'adversaire. Donc, exercice incomplet, où les muscles restent sans ressort, partant, sans vie. (…) Il n'y a donc qu'une escrime, c'est le fleuret. L'épée, très attrayante, je le reconnais, n'en est que le complément. La plus belle figure dont s'honore l'escrime française actuelle, j'ai nommé Lucien Gaudin, est une vivante démonstration de ce que j'avance…"
 
Extrait de Tout pour les sports, revue datée de décembre 1929, éditée dans le cadre du deuxième Salon international des sports. Auteur inconnu.

Quand Chiquito de Cambo rendait fous les Parigots

Jean-Claude Duce

Fin 1903, le fronton du parc Saint-James à Neuilly accueille quelques-uns des meilleurs pelotaris français et espagnols emmenés par Chiquito de Cambo, légende vivante venue des Pyrénées. En jeu : un grand prix destiné à clore en beauté la saison de pelote basque.

 

    Chiquito de Cambo, un nom qui claque comme une gifle sur un fronton gorgé de soleil. Au début du siècle, la réputation du roi des pelotaris n'est déjà plus à faire. Lorsque le brave pioupiou, alors sous les drapeaux, annonce sa venue à Neuilly en 1903, les demandes de places affluent de toutes parts au fronton basque du Cercle Saint-James, rue de Longchamp. Né à Cambo au pied des Pyrenées, Chiquito est le plus doué des athlètes de son pays et la perspective de le voir affronter à Paris quelques-uns des meilleurs champions espagnols suscite alors un engouement sans précédent pour la pelote . Le premier match mis sur pied par le Cercle Saint-James fixé au dimanche 8 novembre voit affluer le Tout-Paris. Les organisateurs doivent même refuser du monde ! Devant une assistance sous le charme, évaluée à quelque dix mille personnes, Chiquito et ses deux équipiers Arrué et Melchior rendent coup pour coup aux Espagnols emmenés par le prodige Munita. A 45 points partout, les Français connaissent pourtant un passage à vide et leurs adversaires, tout de rouge vêtus, prennent le large pour s'imposer finalement de dix points. Lorsque Munita gravit en vainqueur les marches de la loge présidentielle pour recevoir la médaille d'or et la ceinture bleue de France enjeux de cette partie à couteaux tirés, Chiquito, blessé dans son orgueil, a du mal à cacher sa déception.

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    Sans attendre, un match revanche en 50 points est fixé au mardi suivant. Il est cette fois remporté par des Français survoltés, portés par l'incroyable énergie de leur porte-drapeau. "Qui n'a jamais vu jouer Chiquito de Cambo ne peut se faire une idée de ce qu'est le sport basque, peut-on alors lire dans les colonnes du quotidien L'Auto. Il faut le voir bondir tel un fauve, tel un taureau lâché dans l'arène, courant de-ci de-là au-devant de la balle, la frappant dans sa chistera pour la renvoyer se briser contre le mur (...), quelle furia! quelle rage! quelle volonté!" Le public du fronton basque de Neuilly en redemande. Avec l'accord des joueurs, deux autres parties sont fixées aux jeudi et dimanche suivants, avec à la clé un grand prix de clôture de deux mille francs. Après une nouvelle victoire espagnole, longtemps contestée par un Chiquito plus déterminé que jamais - "Il me faut ce grand prix et je l'aurai..." - la dernière journée promet d'être spectaculaire.

Chiquito de Cambo, image http://gallica.bnf.fr

Chiquito de Cambo, image http://gallica.bnf.fr

    Dans les tribunes, fourrures et toilettes hivernales témoignent de l'attrait qu'exercent "les superbes gars du pays basque" bien au-delà du cercle restreint des seuls amateurs de sports athlétiques. Remportée 50 points à 37 par les Français, l'ultime rencontre remet à égalité deux victoires partout les rivaux pyrénéens. Il faut donc avoir recours à une belle en 15 points pour savoir qui des Bleus ou des Rouges repartira avec le grand prix. Cette fois, Munita, secondé par ses équipiers Claudio et Salazar, se charge de porter l'estocade aux Français 15 à 9. Le vieux parc Saint-James a beau résonner longtemps des bravos d'un public enthousiaste, c'est le cœur gros que le brave Chiquito, après quinze jours de permission, repart les mains vides dans son régiment. Mais sa légende est en marche et c'est sous son regard que les pelotaris d'aujourd'hui continuent à perpétuer la tradition...

La lutte pour les nuls

Philostrate #Olympisme
Les Jeux olympiques à Paris, c'est en 2024. Il vous reste donc sept ans pour vous familiariser avec tous les sports du programme olympique. Commençons avec la lutte. Pour ceux qui ne goûteraient pas toutes les subtilités du sport préféré de l'écrivain américain John Irving, voici un petit texte d'Edmond Renoir sur cette displine, paru dans L'Illustration du 17 mai 1890. Je sais, ça ne date pas d'hier, mais être en forme olympique, c'est aussi avoir de la mémoire !
La lutte pour les nuls

    "La lutte est en train de reconquérir la place à laquelle elle a des droits incontestables, car, au dire des pratiquants, elle est de tous les sports le plus propre à développer la machine humaine, à porter tout l'organisme au maximum de puissance. Presque tous les autres exercices pèchent par quelque point, les jambes travaillent trop ou pas assez, certains muscles sont astreints à l'immobilité, l'équilibre est rompu forcément.

    La lutte, telle qu'on l'exécute en France (…) n'est pas un combat, c'est le jeu athlétique par excellence, réglé par des conventions formelles lui conservant un caractère de courtoisie très appréciable. Les partenaires peuvent se prendre seulement par le haut du corps, employer toute leur force, mais sans user de rien qui influence la sensibilité; on doit se tomber, et non pas chercher à se faire du mal. Nus jusqu'à la taille, les lutteurs en présence vont utiliser tous les facteurs dont l'homme peut disposer : force, souplesse, agilité, adresse, à-propos, résistance (…)

    La prise marque naturellement le début de la partie; les athlètes se sont approchés, ils se tiennent les mains, cherchant à gagner de rapidité l'un sur l'autre, à "entrer" en terme de lutte. Souvent de cette première attaque dépend le succès, un bon coup peut s'en suivre, la riposte arriver trop tard…"

Les visages de Paris 1924, Faure-Dujarric l’architecte ciel et blanc

Jean-Claude Duce #Les visages des JO de Paris 1924

Un siècle avant les JO de 2024, qui auront pour cadre la capitale française, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’invente un nouveau destin olympique…

Loulou et son bitos… Image : http://gallica.bnf.fr/

Loulou et son bitos… Image : http://gallica.bnf.fr/

     Sur la photo, Louis Faure-Dujarric a l’air aussi raide que les poils de sa moustache. A 47 ans, c’est une âme de « sportsman » qui vibre pourtant sous le costume de l’homme respectable. Pas bedonnant pour un rond le bourgeois, mais sec comme un coup de trique en adepte de l’exercice physique, que ce Racingman bon teint pratique depuis son plus jeune âge. A 18 ans, il est même finaliste avec son club du deuxième championnat de France de rugby de l’histoire à Bécon-les-Bruyères, défait 7 à 3 par cet embarrassant rival parisien qu’est déjà le Stade Français. Dès lors, même pendant ses études d’architecte, l’ancien capitaine des quinzistes ne reniera jamais son attachement ciel et blanc, au point d’occuper la vice-présidence du Racing, quand Paris s’apprête à accueillir les Jeux olympiques de 1924. Il sera même l’un de ceux qui permettront au comité d’organisation de sortir de l’impasse dans lequel les élus de la capitale l’avaient placé en se montrant incapables de faire aboutir le dossier du grand stade destiné, entre autres, à accueillir les épreuves d’athlétisme, de football et de rugby. Grâce au maire de Colombes et au Racing, c’est dans cette banlieue ouvrière, sur l’emplacement de l’ancien Stade du Matin, que va voir le jour l’enceinte appelée à rester pour de nombreuses années le temple du sport français.

Dans les tribunes du stade olympique, se cache Winston Churchill, saurez-vous le retrouver ? Image : http://gallica.bnf.fr/

Dans les tribunes du stade olympique, se cache Winston Churchill, saurez-vous le retrouver ? Image : http://gallica.bnf.fr/

     En plus d’être Racingman, Louis Faure-Dujarric, architecte disposant déjà d’une solide réputation, a l’expérience des édifices sportifs, pour avoir entre autres construit le court central de Roland-Garros. Il sera donc l’homme du stade olympique. En un an et demi seulement, il donne naissance à ce qui se fait de mieux à l’époque en matière d’architecture sportive : un géant de 60 000 places, dont 20 000 couvertes et assises réunies dans deux tribunes longeant les lignes droites de la piste d’athlétisme. Un stade fonctionnel, offrant aux spectateurs un large champ vision grâce à ses gradins au profil parabolique et à sa piste d’athlétisme relevée en mâchefer rosé, tranchant joliment avec le vert de la pelouse centrale. Ses charpentes légères de fer et de bois, ses assises en ciment lui donnent, comme l’écrit Dans L’Illustration Jean de Pierrefeu, nostalgique des stades antiques, « l’élégance d’une épure géométrique, (…) la froide beauté des formules algébriques et la grâce squelettique du calcul. » Les spectateurs, qui entrent et sortent facilement de cet ovale posé au pied des cheminées d’usines, apprécient, eux… Et lorsque le 5 juillet 1924 Géo André prononce le serment olympique, il salue aussi un peu le grand œuvre de Faure-Dujarric, l’architecte ciel et blanc.

Paris, ville d'eau

Philostrate #Les lectures de Philostrate

Articles et textes sont les reflets de leur époque, mais résonnent encore parfois dans l'actualité des décennies plus tard. Exemple avec ce passage d'un article de 1932 consacré à la pratique de la natation à Paris, intéressant à l'heure où la candidature pour les JO de 2024 pourrait permettre à la capitale de se doter du stade nautique qui lui fait défaut depuis tant d'années…

 "Un récent accident, la disparition de notre brillant confrère Albert Londres, a dû faire réfléchir nombre de gens sur l'utilité de la natation. On peut en effet nommer sa disparition un accident, car il ne fut pas brûlé dans la catastrophe du Georges-Philippar et il tomba à l'eau non évanoui, non blessé. Il ne savait pas nager, et c'est probablement à cela seulement que nous devons de déplorer sa perte ! Dans la plupart des sinistres maritimes les personnes qui savent nager trouvent moyen de se cramponner à quelque objet léger et peuvent être sauvées.

Depuis longtemps, en France (…), la Fédération nationale de natation fait campagne pour développer ce sport dans notre peuple. Ses efforts auprès de la jeunesse ont été couronnés de succès, mais insuffisamment, et l'indifférence du public est bien coupable. Voyez ce qui se passe en Allemagne, pays cependant plus nettement continental que le nôtre et moins pourvu d'admirables rivages ! À la Wannsee, aux lacs formés par la Havel, la Sprée, autour de Berlin, dans nombre de belles pièces d'eau des foules de demi-nudistes se pressent.
Paris, ville d'eau
En France, ce n'est pas seulement chaque ville, mais chaque caserne qui devrait avoir une piscine. Or, que voyons-nous, par exemple, à Paris ? Pour près de trois millions d'habitants, une vingtaine de piscines. On n'a jamais calculé ce qu'elles pourraient contenir en y comprimant l'humanité comme dans un Métro à six heures du soir, mais on peut estimer qu'elles ne renfermeraient pas 20 000 personnes (…)

Tous ceux, de la clientèle de Molitor à celle des Tourelles ou de Blomet, qui nagent à Paris recevront nos encouragements parce qu'ils sortent de chez eux, boivent du soleil avec leur peau, respirent un autre air que celui des salles de cinéma. Ils retournent à notre milieu naturel. Qu'est-ce que l'homme à en croire les savants ? Une sorte de moule qui a réussi ! Encore beaucoup sont-ils restés des moules et n'ont-ils pas réussi…"

 

Texte de Hervé Lauwick, paru dans l'édition du 27 août 1932 de L'Illustration. On appréciera le ton très "hygiéniste" de l'auteur, sa référence au naufrage qui coûta la vie au grand reporter Albert Londres… et le fait que la piscine des Tourelles venait alors d'accueillir avec les championnats d'Europe 1931 la dernière grande compétition internationale de natation organisée à Paris !

La nuit des Six-Jours

Philostrate #Les lectures de Philostrate

Paru en 1922, Ouvert la nuit est un recueil de nouvelles de Paul Morand. Dans l'un d'elles, La  nuit des Six-Jours, l'écrivain entraîne le lecteur dans les entrailles du Vel d'hiv, temple parisien du cyclisme sur piste, où le narrateur en mal d'aventure suit la compagne d'un des champions en lice…


    "À mi-chemin, ce fut un tonnerre sur nos têtes. Les lattes gémirent. Puis, apparurent le cirque de bois et son couvercle de verre unis par un brouillard divisé en lumineuses sections coniques. Sous les ombrelles émaillées, les lampes voltaïques suivaient la piste; Léa se dressa sur la pointe des pieds, impériale.
- Vous voyez : jaune et noir… Les Guêpes… l'équipe des as. C'est Van den Hoven qui est en course. On va réveiller Petitmathieu pour les primes de deux heures.


    Des sifflets effilés coupèrent le ciel. Puis il y eut quatre mille clameurs, de ces clameurs parisiennes, du fond de la gorge. L'Australien tentait un lâchage. Les sprints commençaient. Plus haut que les placards de publicité, je vis les traits tirés, les yeux ardents des populaires.  Un orchestre éclata. Latriche chantait. On reprit en chœur "Hardi coco !" ce qui anima le train. Les seize coureurs repassaient, sans un écart, toutes les vingt secondes, se surveillaient, en peloton compact.


    Le pesage occupait le fond du vélodrome. À chaque extrémité les virages debout comme des murs, que les coureurs dans leur élan escaladaient jusqu'aux mots La plus homogène des essences. Le tableau de pointage s'anima. Des chiffres descendirent. D'autres montèrent.
- Quatrième nuit. 85e heure. 2300 km 650 (…)


    Le quartier des coureurs avait poussé au bout de la piste, au petit virage. Chaque homme disposait d'une niche en planches avec un lit de camp fermé de rideaux. On lisait en lettres au pochoir : Stand Velox. Équipe Petitmathieu Van den Hoven. Un projecteur éclairait jusqu'au fond des cabines, permettant à la foule de ne perdre aucun des gestes de ses favoris, même au repos. Les soigneurs allaient et venaient en blouse blanche d'hôpital, avec des bruits d'assiettes, parmi les taches de pétrole et de graisse, composant des embrocations sur des chaises de jardin, avec des œufs et du camphre. Roulements démontés, cadres, rondelles de caoutchouc, ouates noires noyées dans des cuvettes (…) Les mécaniciens souillés, avec une barbe de cinq jours, en chemise kaki, bandaient les guidons au fil poissé, mettaient en faisceaux les roues à vérifier, serraient un écrou."

 

Extrait d'Ouvert la nuit de Paul Morand. Edition Gallimard 1922, renouvelé en 1950.
La nuit des Six-Jours
La nuit des Six-JoursLa nuit des Six-Jours

Les héros des JO de Paris 1924, Géo André ou la course folle du "Bison"…

Jean-Claude Duce #Les visages des JO de Paris 1924

Un siècle avant les JO de 2024, qui auront pour cadre la capitale française, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’invente un nouveau destin olympique…

Image : http://gallica.bnf.fr/

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    De profil, avec son nez en forme de bec et ses longs segments, Géo André ressemble à un échassier. En plus véloce. Alors que Paris s’apprête à accueillir en 1924 les Jeux de la VIIIe Olympiade, «l’athlète complet» comme le surnomme la presse sportive de l’époque, affiche en effet un palmarès tout aussi éclectique qu’impressionnant. Hurdler, mais aussi adepte du saut en hauteur avec ou sans élan (si, si, ça existait !), le sociétaire du Racing club de France est déjà détenteur en 1922 de vingt titres de champion de France toutes disciplines confondues, d’une médaille d’argent aux Jeux olympiques de Londres en 1908 et d’une de bronze à ceux d’Anvers en 1920, ainsi que de sept sélections en équipe de France de rugby à XV, qu’il pratique aussi sous le maillot ciel et blanc (deux fois finaliste du championnat en 1912 et 1920, excusez du peu) ! Sans compter ses faits d’armes dans l’aviation pendant la Grande Guerre : blessé, fait prisonnier, il échoue dans cinq tentatives d’évasion avant de fausser compagnie à ses geôliers à la sixième, puis de s’illustrer dans l’escadrille des Cigognes au point de se voir décerner la médaille militaire. Bref, c’est un sacré client !

Images : http://gallica.bnf.fr/
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    Quand Paris accueille les Jeux en 1924, il a beau avoir 35 ans et une cheville d’ancien combattant (fracassée par une balle teutonne pendant la Der des Ders…), le Bison – son surnom au Racing – court toujours. C’est donc sans surprise que le Comité olympique français décide d’en faire le porte drapeau de sa délégation. Lors de la cérémonie d’ouverture le 5 juillet au centre du stade de Colombes imaginé par Louis-Faure Dujarric, Géo André prononce le serment olympique devant un parterre de choix. Le prince de Galles y côtoie le ras Taffari, prince régent d’Ethiopie, le baron Pierre de Coubertin, les têtes couronnées de Roumanie ou de Suède : les « people » de l’époque quoi… Perché sur un podium frappé des anneaux olympiques, le tarin bravant le zéphyr et le bras tendu dans la solennité du serment, « l’athlète complet » est immortalisé par les photographes des agences de presse et les dessinateurs des gazettes. Une consécration en somme. Sur la piste,  le vétéran échoue au pied du podium, quatrième du 400m haies comme à Anvers quatre ans plus tôt. Ses plus belles années sportives sont désormais derrière lui.

Gravure de l'Illustration (1924)

Mais sa popularité, elle, ne faiblit pas. Le Bison a toujours la gnaque. Si bien que quand éclate la seconde guerre mondiale quinze ans plus tard, malgré ses cinquante piges, le Racingman est décidé à en découdre ! En juin 1940, le voilà qui traverse en loucedé la Méditerranée dans un avion piloté par son fils Jacques, futur as de l’escadrille Normandie-Niemen et héros de l'Union soviétique. En Afrique du Nord, devant le refus des autorités militaires de lui laisser reprendre du service dans l’aviation, le quinqua s’engage dans les corps francs. C’est là qu’il tombe, les armes à la main, le 4 mai 1943, trois jours avant la prise de Tunis par les alliés. De la cendrée de Colombes au sable des pistes africaines, Géo André n’aura décidément jamais rien lâché…

Cadine/Rigoulot, duel de gros bras à Paname…

Jean-Claude Duce
Cadine/Rigoulot, duel de gros bras à Paname…
Cadine/Rigoulot, duel de gros bras à Paname…

Il était plus que temps de régler cette histoire une fois pour toutes… A l'automne 1925, la capitale ne parle que de l'épreuve de force qui va opposer au Cirque de Paris Ernest Cadine et Charles Rigoulot pour le titre officieux d'homme "le plus fort du monde". Il faut dire que les deux haltérophiles, que dix ans séparent, multiplient chacun de leur côté les prouesses depuis leurs débuts de tireurs de fonte. Cadine, l'aîné, s'est révélé en 1917, soulevant lors d'une permission 160 kilos en volé à droite. "Il fait cela avec le sourire, lit-on dans L'Athlège dans son édition de 1949, il conserve un air de dilettante". Trois ans plus tard, finie la rigolade : aux Jeux d'Anvers, bien que mi-lourd, l'Ernest remporte le titre olympique toutes catégories. Enorme retentissement. Rigoulot, son cadet, devient lui champion de Paris en 1923 et goûte aux lauriers de l'Olympe un an plus tard, en se couvrant d'or à son tour. Lors des Jeux, alors organisés à Paris, le Charlot écrabouille la concurrence en soulevant un total de 502 kilos 500 ! La performance est telle que Rigoulot a dès lors bien du mal à trouver des adversaires à sa mesure. Seul Cadine accepte de s'y coller. Le 6 octobre 1925, les deux lascars jouent donc des biscoteaux au Cirque de Paris. Ce n'est pas un bras de fer, mais de fonte que se livrent Charles et Ernest, le cadet, Rigoulot, soulevant après plusieurs heures de lutte huit kilos de plus que son aîné. Des observateurs estimant alors que "certains gestes n'auraient pas été réalisés très régulièrement", une revanche est organisée trois mois plus tard. Cette fois, Charles Rigoulot s'impose comme qui rigole, devenant pour ses contemporains sans l'ombre d'un doute "l'homme le plus fort du monde". Il le restera bien après la fin officielle de sa carrière d'haltérophile, se produisant dans des numéros de force au cirque et au music-hall, avant de devenir un lutteur professionnel redouté. Les puristes prétendent même que sa "ceinture avant" est devenue un classique du catch. C'est vous dire…

Images : Cadine en culotte noire, Rigoulot en culotte claire, source : http://gallica.bnf.fr/

Les visages de Paris 1924, une déesse grecque nommée "Diddie"

Jean-Claude Duce #Les visages des JO de Paris 1924

Un siècle avant les JO de 2024, qui auront pour cadre la capitale française, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’invente un nouveau destin olympique…

    Si vous aviez demandé à un amateur de tennis des années 1920 son pronostic pour le tournoi féminin des Jeux olympiques à Paris, sa réponse aurait invariablement été : Suzanne Lenglen ! La diva des courts est alors au sommet de sa gloire, enchaînant les victoires dans son style aux inimitables arabesques aériennes. Tenante du titre remporté à Anvers quatre ans plus tôt, on ne voit pas trop qui pourrait l’empêcher de conserver l’or olympique en simple, qui plus est à domicile. Mais « La Divine », malade, doit finalement renoncer à la défense de son bien. Les regards des "sportsmen" avisés, habitués des cercles feutrés du tennis mondial, prédisent alors une finale entre l'Anglaise Kitty McKane, récente vainqueur de Wimbledon, et l'Américaine Helen Wills, double tenante du titre à l'US Open, lancée en 1924 à la conquête de l'Europe. C'était sans compter une jeune fille de 20 ans, que les amateurs ne vont plus désormais connaître que par son surnom.

Diddie façon Warhol, d'après une gravure de "Match L'Intran" du 30 novembre 1926

Diddie façon Warhol, d'après une gravure de "Match L'Intran" du 30 novembre 1926

    "Diddie", de son vrai nom Pénélope Julie Vlasto, a hérité ce curieux sobriquet de son père. Née dans une famille d'origine grecque installée à Marseille, elle n'est pourtant pas une inconnue des courts. Un an plus tôt, elle a en effet remporté à Cannes une première victoire de prestige face à Molla Mallory, Norvégienne naturalisée américaine, championne des Etats-Unis en titre. La jeune Diddie n'a pas de revers, ou presque, et ne peut compter que sur son coup droit pour remporter ses rencontres. Une lacune qu'elle va s'efforcer de combler grâce aux conseils d'Henri Darsonval, professeur respecté du Sporting club de Paris. Ses efforts sont récompensés en 1924 par un premier titre de champion de France. Mise en confiance par cette victoire, elle entame le tournoi olympique sur les courts en terre battue de Colombes par un succès en trois sets sur l'Américaine Eleanor Goss, une spécialiste du double. S'ensuit une autre victoire face à l'Anglaise Dorothy Shepherd, qui lui ouvre la porte des demi-finales. Là c'est une autre histoire : face à elle, une autre britannique, Kitty McKane, l'une des deux favorites pour l'or olympique, championne autrement plus expérimentée que la tendre Diddie. Menée 0-3 après avoir perdu le premier set sur une "roue de bicyclette" (0-6), la Française semble d'abord donner raison aux pronostiqueurs. Mais elle sert les dents, pour finalement s'imposer 7-5 dans la seconde manche. Bye, bye Diddie la débutante, bonjour Diddie la tornade ! Dans son élan, elle remporte le troisième set 6-1 et quelques semaines avant ses vingt ans s'offre en guise de cadeau une finale olympique.

Diddie Vlasto (à droite) en compagnie de Suzanne Lenglen, sa partenaire de double. Image : http://gallica.bnf.fr

Diddie Vlasto (à droite) en compagnie de Suzanne Lenglen, sa partenaire de double. Image : http://gallica.bnf.fr

    Sa belle aventure s'arrêtera là. En finale, elle ne peut rien face à l'Américaine Helen Wills, qui la bat sèchement 6-2, 6-2. Qu'importe, la médaille d'argent suffit à son bonheur. Avec Suzanne Lenglen, remise sur pied, elle va même former un double redoutable, qui remportera coup sur coup en 1925 et 1926 les Internationaux de France. Le magazine sportif "Match L'Intran" voit alors en elle une "grande championne du tennis français amateur, modèle de grâce esthétique et de charme". De quoi clouer la moustache au baron Pierre de Coubertin, qui mit si longtemps à reconnaître aux femmes le droit de briller sous le soleil olympique…

 

A découvrir aussi dans la série "Les visages de Paris 1924" : Pierre Chayriguès, Johnny Weismuller, Géo André et Louis Faure-Dujarric.

L'art de la savate selon Théophile Gautier

Jean-Claude Duce

   Dans "La peau de tigre" l'écrivain Théophile Gautier s'intéresse de très près à l'art de la savate. Longtemps apanage des petites gouapes des faubourgs ou des militaires, ce sport de combat est alors en train de se codifier, l'adjonction de coups portés avec les poings faisant évoluer peu à peu la pratique vers la boxe française telle que nous la connaissons aujourd'hui. Mais en 1811, on ne parle encore que de savate et voici comment le père du Capitaine Fracasse décrit cette discipline dans une nouvelle intitulée Le Maître de Chausson : "La savate comme on la pratique aujourd'hui est un art très compliqué, très savant, très raisonné, c'est l'escrime sans fleuret. Il y a la tierce, la quarte, l'octave et le demi-cercle; seulement, dans l'escrime, on n'a qu'un bras, et à la savate on en a quatre, car les jambes, dans l'état actuel de la science, sont de véritables bras, et les pieds deviennent des poings. Les maîtres placent un coup de pied dans les gencives ou dans l'œil avec beaucoup de facilité; plusieurs décoiffent même leurs adversaires avec le bout du chausson…" Démonstration en images avec ces clichés de "Carterès et son élève Tampier au Boxing Club de France", extrait d'un album photo de Jules Beau, daté de 1898 et conservé à la BNF.

Source : http://gallica.bnf.fr
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