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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Coubertin, quand le baron s'emmêlait la moustache…

Philostrate #Les lectures de Philostrate

Au congrès olympique de Budapest en 1911, Pierre de Coubertin, toujours soucieux de faire évoluer le programme de "ses" Jeux rénovés, propose aux membres du CIO d'y intégrer quelques nouvelles disciplines, parfois inattendues, qui ne connaîtront pour certaines qu'un succès mitigé. La parole au baron…

Pierre de Coubertin était comme vous, il faisait du sport dans son fauteuil… Et le lancer de nains, t'y a déjà pensé Pierrot au lancer de nains ? (Image Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530674809/f1.item.r=Coubertin,%20Pierre%20de)

Pierre de Coubertin était comme vous, il faisait du sport dans son fauteuil… Et le lancer de nains, t'y a déjà pensé Pierrot au lancer de nains ? (Image Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530674809/f1.item.r=Coubertin,%20Pierre%20de)

  "Une autre nouveauté fut la création du "Pentathlon moderne". Je l'avais déjà présenté au CIO à deux reprises et l'accueil avait été incompréhensif, presque hostile. Je n'avais pas insisté. Cette fois, la grâce de l'Esprit-Saint sportif éclaira mes collègues et ils acceptèrent une épreuve à laquelle j'attachais une grande valeur. Véritable sacrement de l'athlète complet, le Pentathlon moderne devait comprendre : une course à pied, une course à cheval, une course de natation, un assaut d'épée et finalement une épreuve de tir à laquelle j'aurais préféré substituer une course à l'aviron, mais cela eût compliqué grandement l'organisation, déjà passablement difficile.

    (…) La troisième des réalisations dont je veux parler fut l'institution de prix de chasse et d'alpinisme destinés à récompenser la plus belle ascension et le plus bel exploit cynégétique accomplis depuis la célébration de la précédente Olympiade. L'idée avait été émise dès le congrès initial de 1894 et nous avait été transmise par cette assemblée sous forme d'un vœu favorable. Je la voyais complétée plus tard par un troisième prix olympique du même genre pour l'aviation.

    Tout cela était dans l'ordre : all games, all nations. C'était de plus d'une organisation facile, de frais insignifiants… Cependant, sur ce triple terrain, une indifférence apathique et parfois même un mauvais vouloir sans cause discernable se sont manifestés. Cela s'est fait, cela ne s'est plus fait; il n'y a eu là que caprice et manque de suite apparents. J'espère qu'on reviendra à la formule susdite. Elle est bonne…"
 
Extrait de Mémoires olympiques par Pierre de Coubertin, édité en 1931 par le Bureau international de pédagogie sportive du CIO à Lausanne.

J’étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Epilogue)

Jean-Claude Duce

Vainqueur du Tour de France cycliste 1909, le jovial François Faber était avant la Grande Guerre un champion populaire. Grandi en banlieue parisienne, le « Géant de Colombes », généreux et bon vivant, avait opté pour la nationalité luxembourgeoise de son père, mais était considéré par le public comme un enfant du pays. Quand la guerre éclate pendant l’été 1914, il s’engage dans la Légion étrangère pour défendre la France, qui avait fait « sa fortune ».

Son "Grand match" dans l'Artois, le "Géant de Colombes" n'aura pour ainsi dire pas le temps de le livrer. Quand à dix heures, le 9 mai 1915, le 33e corps d'armée commandé par le général Pétain sort d'un seul bond de ses tranchées, "Le Grand", comme l'appelaient affectueusement ses frères d'armes, est presque instantanément fauché par la mitraille, à l'entrée des Ouvrages Blancs. Témoin de la scène, un autre légionnaire se rappellera l'avoir vu dans le chaos de l'assaut porter ses mains à l'abdomen et crier "Je suis touché !". Il ne sera pas la seule victime de cette terrible journée. Quand au terme de leur furieuse poussée les légionnaires atteignent à onze heures trente la cote 140 et la crête de Vimy, ils n'ont plus guère qu'un sergent de valide pour les commander. Tombés les capitaines Leliagre, Boutin, Jourdeuil et Osmont, idem pour les commandants Noiré, Muller et Gaubert. Comble de l'ironie, toutes ces pertes auront pour ainsi dire été vaines. Faute de soutien, les légionnaires doivent en effet se résoudre à abandonner la crête de Vimy pour se replier sur des positions plus sûres. Elle ne sera reprise qu'en 1916 par les Canadiens. Sur le champ de bataille des Ouvrages Blancs, le corps du caporal Faber ne sera jamais retrouvé au grand désespoir de tous ceux qui l'aimaient, et ils étaient nombreux… "La caractéristique de Faber, écrit, meurtri, Henri Desgrange dans L'Auto du 19 mai 1915, était sa bonté. Celle-ci se manifestait partout, aussi bien dans ses relations de vie courante que dans les courses. On peut dire de lui qu'il n'avait en course aucun adversaire, seulement des concurrents (...) Il était unanimement aimé et estimé". "Pauvre Grand, nous l'admirions tant !" résument ses compagnons d'arme dans le mot de condoléance adressé à sa veuve, à qui revient désormais la responsabilité d'élever seule leur bébé, qu'il n'aura jamais vu. Ainsi se fracassait, à 28 ans, le destin d'un des champions les plus populaires d'avant la Grande Guerre. N'oublions jamais ceux tombés dans l'Artois et ailleurs en ce funeste printemps 1915.

Retrouvez les épisodes précédents : Vol.1, Vol. 2, Vol.3, Vol. 4, Vol. 5, Vol. 6, Vol. 7, Vol. 8, Vol. 9, Vol.10 

Quand Paris retrouve son palet

Philostrate #Sports de glace
    Avant de partir à la conquête des Alpes, le hockey sur glace a longtemps été une affaire parisienne. Au début du XXe siècle, le Cercle des Patineurs de Paris popularise la discipline en France sur les lacs gelés du bois de Boulogne. À l'exception de Lyon en 1907, les premiers championnats nationaux sont tous remportés jusque dans les années vingt par des  équipes de la capitale, les clubs montagnards devant attendre le sacre de Chamonix en 1922 pour inscrire leur nom au palmarès de la compétition.

    Les décennies suivantes sont certes marquées par un rééquilibrage géographique en faveur des Alpes, mais  le  hockey continue à attirer les foules à Paris. Dans les années 1930, c'est au Vel d'Hiv que Jeff Dickson, audacieux organisateur d'événements sportifs, fait découvrir aux Parisiens l'art du dribbling et de la glisse des joueurs québecois, dont le fameux Laframboise… Dans ces années folles naît aussi la légende des Français Volants de Paris, qui remportent alors leurs premiers titres. Après guerre, une équipe banlieusarde prend le relais. Montée grâce à la générosité de Philippe Potin, héritier de la célèbre chaîne d'épiceries qui laissera sa chemise dans l'aventure, l'ACBB hisse Boulogne-Billancourt jusqu'aux sommets du hockey européen.

 

Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle
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    Bon gré mal gré, la tradition perdure dans les patinoires de Paris et sa banlieue jusque dans les années 1980, où l'ouverture du Palais omnisports de Paris Bercy (POPB) et la renaissance des Français Volants raniment les passions. Pour voir les Parisiens affronter leurs rivaux du Mont-Blanc, de Briançon ou de Grenoble, l'assistance dépasse souvent les 10 000 spectateurs à Bercy. Mais cette flambée ne sera que de courte durée : pour avoir vu trop grand, le club parisien sombre peu de temps après son dernier titre, plombé comme nombre de ses homologues par des problèmes financiers récurrents et peu aidé, il est vrai, par une Fédération française des sports de glace où le hockey n'est alors qu'une discipline parmi d'autres, pas forcément la plus mise en valeur…

    Depuis, le hockey a pris son indépendance et s'est inventé un grand rendez-vous parisien annuel. Organisée pour la première fois en février 2007 au POPB, la finale de la coupe de France de hockey y a battu tous les records d'affluence, donnant du baume au cœur à la jeune fédération française de hockey à l'origine de ce pari risqué. Retour en grâce prometteur pour une discipline que l'on n'avait plus vu à pareille fête à Paris depuis bien longtemps. Après une mise entre parenthèses en raison des travaux de rénovation de Bercy, ce match de prestige a fait son retour sur la glace de "l'Accor hotels Arena" en janvier 2016. Un véritable succès populaire déterminant lors du choix de la candidature française pour la co-organisation des championnats du monde 2017, qui se déroulent en ce moment sur la glace parisienne.

 

Ragueneau, roi du cross de la Belle Epoque

Jean-Claude Duce

En accueillant le 1er mars 1903 le championnat national de cross, les bois de Ville-d'Avray et le parc de Saint-Cloud confirment l'implantation en région parisienne d'une discipline en pleine mutation. Avec au rendez-vous plus de 5000 spectateurs et la démonstration d’un champion, Gaston Ragueneau.

    L'annonce en 1903 de l'organisation dans le parc de Saint-Cloud du championnat national de cross n'a rien d'une surprise pour ceux, de plus en plus nombreux, qui suivent alors le développement en France des sports athlétiques. Depuis sa première édition quinze ans plus tôt, cette compétition, née sous l'impulsion des grands clubs parisiens, n'a en effet jamais quitté les bois de Meudon et de Ville-d'Avray, attirant au gré des saisons curieux et athlètes sous les frondaisons de Bellevue, Chaville ou dans les allées du parc de la Faisanderie à Saint-Cloud. Ce printemps-là cependant, la course rassemblant les ténors du cross national n'a plus rien à voir avec les joyeuses parties de campagne des années pionnières. "En ces temps primitifs, note Henri Desgrange dans les colonnes de l'Auto du 1er mars 1903, on courait volontiers avec ses godillots et sa tunique de lycéen. Nous n'avions pas encore dégagé l'impressionnante silhouette du coureur à pied, aux mouvements libres et souples dans l'ample culotte; nous ne soupçonnions pas la course à travers bois et nous n'aurions jamais cru possible ce qui va se passer aujourd'hui dans les bois de Ville-d'Avray."

Ragueneau, roi du cross de la Belle Epoque

    En 1903, l'athlétisme est déjà sorti du petit cercle d'initiés qui l'a vu naître pour partir à la conquête d'un public plus large, et ses premiers champions ont su se frayer un chemin à la une des journaux populaires. Le 1er mars à 10 h, sur la ligne de départ tracée à l'emplacement de l'ancien château de Saint-Cloud, ce sont eux que les connaisseurs cherchent du regard parmi les 309 athlètes engagés. L'un de ces "vigoureux jeunes gens" se distingue tout particulièrement avec sur les épaules le maillot cerclé rouge et blanc de la Société athlétique de Montrouge : Gaston Ragueneau, dont le seul patronyme suffit à enthousiasmer les amateurs. Il a déjà remporté l'épreuve à deux reprises et n'a dès les premiers mètres qu'une idée en tête, récidiver. Avec son plus dangereux rival, Louis Bonniot de Fleurac du Racing club de France, le Montrougien impose d'emblée aux autres concurrents un train d'enfer : dans le sous-bois conduisant au lieu dit de l'Etoile de chasse, les bousculades et les chutes sont nombreuses.

    Dans la côte des Jardies menant à Sèvres, Ragueneau devance déjà son adversaire de 150 mètres et le Racingman, au terme de la première boucle du parcours, doit consentir de gros efforts pour limiter les dégâts. Dans son sillage, plusieurs coureurs tentent à leur tour de revenir sur le champion de Montrouge, mais leurs tentatives resteront vaines : au terme des 16 km 400 de l'épreuve, Ragueneau franchit la ligne d'arrivée avec plus de 400 mètres d'avance sur ses concurrents qui, couverts de boue comme lui, ont pour certains d'entre eux payé cher leurs efforts. C'est le cas d'un certain Lebras, dont L'Auto conte la mésaventure le lendemain : "Le petit Lebras, du Stade français, qui était troisième après la première boucle, revenait très bien, lorsqu'au saut d'un ravin profond de 3 mètres il tombait si malheureusement qu'il se tordait la cheville gauche et ne pouvait se relever. Le pauvre garçon qui pleurait à chaudes larmes fut ramené en voiture automobile et un sérieux massage a pu le remettre à peu près en état..." Gaston Ragueneau, lui, bon pied bon œil, n’en est ce jour-là qu’à la moitié d'une série de six victoires dans le cross national, qui ne s’achèvera qu’en 1907.

Les héros des JO de Paris 1924, Géo André ou la course folle du "Bison"…

Jean-Claude Duce

Un siècle avant les JO de 2024, à l’organisation desquels la capitale française est aujourd'hui candidate, Paris accueillait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment où Paris se rêve à nouveau au sommet de l'Olympe…

Image : http://gallica.bnf.fr/

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    De profil, avec son nez en forme de bec et ses longs segments, Géo André ressemble à un échassier. En plus véloce. Alors que Paris s’apprête à accueillir en 1924 les Jeux de la VIIIe Olympiade, «l’athlète complet» comme le surnomme la presse sportive de l’époque, affiche en effet un palmarès tout aussi éclectique qu’impressionnant. Hurdler, mais aussi adepte du saut en hauteur avec ou sans élan (si, si, ça existait !), le sociétaire du Racing club de France est déjà détenteur en 1922 de vingt titres de champion de France toutes disciplines confondues, d’une médaille d’argent aux Jeux olympiques de Londres en 1908 et d’une de bronze à ceux d’Anvers en 1920, ainsi que de sept sélections en équipe de France de rugby à XV, qu’il pratique aussi sous le maillot ciel et blanc (deux fois finaliste du championnat en 1912 et 1920, excusez du peu) ! Sans compter ses faits d’armes dans l’aviation pendant la Grande Guerre : blessé, fait prisonnier, il échoue dans cinq tentatives d’évasion avant de fausser compagnie à ses geôliers à la sixième, puis de s’illustrer dans l’escadrille des Cigognes au point de se voir décerner la médaille militaire. Bref, c’est un sacré client !

Images : http://gallica.bnf.fr/
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Images : http://gallica.bnf.fr/

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    Quand Paris accueille les Jeux en 1924, il a beau avoir 35 ans et une cheville d’ancien combattant (fracassée par une balle teutonne pendant la Der des Ders…), le Bison – son surnom au Racing – court toujours. C’est donc sans surprise que le Comité olympique français décide d’en faire le porte drapeau de sa délégation. Lors de la cérémonie d’ouverture le 5 juillet au centre du stade de Colombes imaginé par Louis-Faure Dujarric, Géo André prononce le serment olympique devant un parterre de choix. Le prince de Galles y côtoie le ras Taffari, prince régent d’Ethiopie, le baron Pierre de Coubertin, les têtes couronnées de Roumanie ou de Suède : les « people » de l’époque quoi… Perché sur un podium frappé des anneaux olympiques, le tarin bravant le zéphyr et le bras tendu dans la solennité du serment, « l’athlète complet » est immortalisé par les photographes des agences de presse et les dessinateurs des gazettes. Une consécration en somme. Sur la piste,  le vétéran échoue au pied du podium, quatrième du 400m haies comme à Anvers quatre ans plus tôt. Ses plus belles années sportives sont désormais derrière lui.

Gravure de l'Illustration (1924)

Mais sa popularité, elle, ne faiblit pas. Le Bison a toujours la gnaque. Si bien que quand éclate la seconde guerre mondiale quinze ans plus tard, malgré ses cinquante piges, le Racingman est décidé à en découdre ! En juin 1940, le voilà qui traverse en loucedé la Méditerranée dans un avion piloté par son fils Jacques, futur as de l’escadrille Normandie-Niemen et héros de l'Union soviétique. En Afrique du Nord, devant le refus des autorités militaires de lui laisser reprendre du service dans l’aviation, le quinqua s’engage dans les corps francs. C’est là qu’il tombe, les armes à la main, le 4 mai 1943, trois jours avant la prise de Tunis par les alliés. De la cendrée de Colombes au sable des pistes africaines, Géo André n’aura décidément jamais rien lâché…

L'âge d'or des vélodromes

Jean-Claude Duce

A la fin du XIXème siècle, popularité du sport cycliste aidant, trois vélodromes voient le jour dans le seul Ouest parisien. Disparues aujourd'hui, ces pistes ont pourtant écrit quelques unes des premières pages de l'histoire du vélo en France.
 

 L'âge d'or des vélodromes

    Bien sûr, il existait déjà de l'autre côté du pont de Suresnes la "piste" de Neuilly Saint-James, petit kilomètre de route incertaine fréquenté par les coureurs de la Société d'encouragement… Mais lorsqu'à l'aube des années 1890 porté par le succès des premiers Paris-Brest et Bordeaux-Paris le sport cycliste prend son envol en France, les vélodromes dignes de ce nom sont encore rares. En région parisienne, il faut attendre 1891 pour qu'une piste vienne répondre à la demande des amateurs de plus en plus nombreux de courses de fond ou de vitesse, et c'est à Courbevoie, route de Bezons en bordure de la ligne de chemin de fer Saint-Lazare - Champ de Mars via Issy-les-Moulineaux, que ce premier vélodrome voit le jour. Sa piste de ciment de cinq cents mètres n'aura guère le temps de s'user. Située trop loin du centre de la capitale, cette arène de cinq mille places cesse d'être exploitée un an seulement après son ouverture pour finalement disparaître quelques années plus tard. La concurrence était trop rude : en 1892 le directeur des Folies-Bergères, Clovis Clerc, s'était en effet décidé à financer à Neuilly la construction d'un autre vélodrome appelé lui à un bel avenir. Installée à proximité de la Porte-maillot, sur les terrains où Buffalo Bill et son "Ouest sauvage" avaient conquis le cœur des Parisiens, cette piste de 333 m conçue en partie par Henri Desgrange - qui y établira le premier record du monde de l'heure sans entraîneur (35,325 km) - fera les beaux jours du sport cycliste jusqu'en 1899.

     L'âge d'or des vélodromes

        Le 27 août 1893, quelques semaines seulement après l'inauguration de Buffalo, un troisième vélodrome ouvre ses portes à Levallois. Située à deux pas du fleuve, au bout de la rue de Courcelles, la piste de 500 m du vélodrome de la Seine, faite à l'origine de pavés de bois, s'usera assez vite et finira par céder la place à un anneau de ciment aux virages relevés surnommés par les coureurs les "falaises de la Seine". Exploitée pendant plusieurs années, la piste de Levallois accueillera quelques morceaux de bravoure du sport cycliste et aura l'honneur notamment de voir triompher le sprinter américain Zimmermann, déjà champion d'Amérique et d'Angleterre, à l'occasion d'un handicap resté dans les annales comme la dernière course disputée en France par ce "crack de la pédale". Ce jour là, opposé à seize concurrents sur un mille (1609,32 m), le grand "Zim", déjà vainqueur à Buffalo du premier Bol d'or cycliste, bat le record français de la distance en deux minutes et neuf secondes. Bien que plus longue que celle de Courbevoie, l'heure de gloire de la piste de la Seine sera pourtant elle aussi de courte durée. Fermé au bout de quelques années, le vélodrome restera un moment inutilisé puis sera démoli pour permettre la construction d'usines de plus en plus nombreuses à l'approche de la première guerre mondiale. Buffalo, à Neuilly puis Montrouge, n'aura alors plus pour seul rival dans l'ouest parisien que le parc des Princes dont l'âge d'or s'étendra bien au-delà de ces folles années de la course sur piste....

    Les visages oubliés de la coupe de France

    Jean-Claude Duce

        Elle en a compté des prétendants la vieille dame en cent ans d'histoire ! Des amoureux transis, n'ayant pour certains aucune chance de l'approcher, mais dont sa seule évocation suffisait à faire briller les yeux. La coupe de France de football fête cette année son centenaire et avec elle c'est la mémoire de générations de soupirants anonymes qu'il faudrait honorer. Plus que les vainqueurs ayant un jour brandi le trophée, ce sont eux, les participants aux milliers de matchs organisés depuis 1917 sur des terrains boueux, qui en ont avec bonheur écrit l'histoire. En voici un petit échantillon sorti des années 1920, du temps où la coupe de France n'était encore qu'une jeune fille. Tirées des collections de Gallica, ces photos d'équipes aux noms parfois oubliés (US Suisse, Olympique de Paris, Jeunesse Athlétique de Saint-Ouen), ces joueurs aux gabarits souvent improbables ayant échappé aux massacres de la "Der des Ders" constituent autant de témoignages émouvants d'une passion jamais contrariée…

    Images http://gallica.bnf.fr
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    Bistrots et grand plateau

    Philostrate #Cyclisme, #paris-roubaix

      Vestige d'une convivialité en voie d'extinction dans le sport professionnel, l'histoire du cyclisme s'est souvent écrite au bord du zinc. Et pas seulement sur celui des nombreux "Bars des sports", où le monde se refait à l'heure de l'apéro… La foule des amateurs massée sur le passage de Paris-Roubaix, certains tout droit sortis d'un estaminet voisin une mousse à la main, l'ignore peut-être, mais quelques-uns des épisodes les plus fameux de la légende de la petite reine ont eu pour cadre un coin de bistrot.

    Paris-Roubaix 1922, devant le Café de La Terrasse à Pontoise, image http://gallica.bnf.fr

    Paris-Roubaix 1922, devant le Café de La Terrasse à Pontoise, image http://gallica.bnf.fr

        À commencer par la signature de l'acte de naissance de la plus célèbre des courses au monde, la Grande Boucle. En novembre 1902, c'est au Café Zimmer, à deux pas du Faubourg Montmartre, siège du journal L'Auto, que le journaliste Géo Lefevre expose à son patron Henri Desgrange son idée d'un "Tour de France, en plusieurs étapes, avec journée de repos". D'abord perplexe devant le projet un peu fou de son collaborateur, le directeur de la rédaction du grand quotidien sportif y voit l'occasion de tuer une fois pour toute la concurrence du Vélo de son rival Pierre Giffard. Va donc pour le Tour de France dont L'Auto organise la première édition en juillet 1903 et que "HD" qualifie dès lors de "plus grande course cycliste du monde entier"… Lors de ce premier Tour de France et de plusieurs des suivants, l'arrivée de l'épreuve est jugée devant l'auberge du "Père Auto" à Ville-d'Avray, où est installé l'ultime point de contrôle et proclamé le vainqueur. Le préfet Lépine ayant interdit la tenue de courses cyclistes dans Paris intra muros, c'est dans cet établissement sis sur la route de Versailles que se joue le dernier acte de l'édition 1903. Le vainqueur, Maurice Garin, et les autres rescapés de ce long raid de 2428 kilomètres rallient ensuite le vélodrome du Parc des Princes en cortège pour y être fêtés en héros, marche triomphale de Ville-d'Avray à Paris qui se répétera plusieurs années de suite.

    Les frères Pélissier, Critérium des As 1926, image http://gallica.bnf.fr

    Les frères Pélissier, Critérium des As 1926, image http://gallica.bnf.fr

        Mais le vrai coup de Trafalgar des bistrots, celui qui marquera les esprits par la rencontre de deux frangins roublards et d'un célèbre reporter, a pour cadre le café de la Gare à Coutances, le 27 juin 1924. Ce jour-là, le vainqueur français de l'édition précédente, Henri Pélissier, flanqué comme toujours de son frère Francis, abandonne avec fracas le Tour de France dans l'étape Cherbourg-Brest, préférant s'asseoir devant un bon bol de chocolat chaud que de continuer à s'échiner sur la route. Motif de cet énième coup de sang contre le réglement de l'épreuve et son patron, l'intraitable Henri Desgrange : une sombre histoire de contrôle de maillot par un commissaire trop zélé le matin sur la ligne de départ. Rejoints par le célèbre reporter Albert Londres, qui immortalisera la scène dans Le Petit Parisien, Henri et son "frérot" se servent en réalité du café de la Gare comme d'une tribune pour étaler une nouvelle fois leurs griefs contre l'organisation du Tour de France. Un réglement inhumain, des conditions de course et de vie que l'on n'infligerait même pas à des bêtes… : tout y passe ! La malignité des Pélissier n'ayant d'égal que la naïveté de Londres, frais émoulu dans le monde cycliste, son article accouchera des fameux "forçats de la route", terme que le bouillonnant Henri avait déjà lâché mais avec beucoup moins de succès dans les éditions précédentes.

        Aujourd'hui, des cafés comme "Chez Monique" dans la tranchée d'Arenberg, "Le carrefour de l'Arbre" à Gruson, hauts lieux de Paris-Roubaix, ou "L'Allumette" à Bouvines continuent à perpétuer la tradition. Et à faire des recettes mémorables lorsque revient la saison des classiques de printemps…

    Les visages de Paris 1924, Johnny Weissmuller l’apatride des Tourelles

    Jean-Claude Duce

         Un siècle avant les JO de 2024, à l’organisation desquels la capitale française est candidate, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’imagine un nouveau destin olympique…

    Les visages de Paris 1924, Johnny Weissmuller l’apatride des Tourelles

        Le regard charbonneux dans une pose presque martiale mettant en valeur son imposante carrure : sur le bord de la piscine des Tourelles à Paris, Johnny Weissmuller semble plein d’assurance, prêt à assumer lors de ces Jeux olympiques de 1924 son statut de meilleur nageur du monde. Pourtant, l’athlète conquérant cache un lourd secret. Pour faire partie de la délégation américaine, le gaillard a dû en effet trafiquer ses papiers et jouer avec son identité. Car Johann Peter Weissmuller, né en 1904 à Freidorf dans l’empire d’Autriche-Hongrie puis émigré sept mois plus tard aux Etats-Unis avec ses parents n’est pas citoyen américain quand arrive sa sélection olympique. La disparition de l’empire de Sissi et ses amis où il avait vu le jour a fait de lui un apatride. Avec la complicité de son père, Johnny endosse alors l’identité de son frère cadet Peter Jr, né lui sur le sol américain, pour se faire établir un passeport en bonne et due forme. Un tour de passe-passe qui lui permet de débarquer en France avec la délégation américaine et l’étiquette de favori des épreuves de nage libre.

        Sa spécialité : le crawl, dans une technique jugée aujourd’hui peu académique, puisqu’il nage la tête hors de l’eau. Comme un nageur de water-polo. Mais surtout comme un requin furieux. Weissmuller, après une coulée qui lui donne déjà un avantage certain sur ses concurrents, glisse sur l’eau avec une frénésie animale. Digne de Tarzan, le roi de la jungle, célèbre apatride comme lui, qu’il incarnera sur grand écran à partir de 1932 au point de devenir l’une des vedettes d’Hollywood.

    Image http://gallica.bnf.fr

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        Quand il s’impose sur 100 m dans la piscine des Tourelles, le grand Johnny ne se tape pas la poitrine en poussant le célèbre cri de « l’homme singe » qui deviendra quelques années plus tard sa signature. Mais ses adversaires, eux, ont plusieurs lianes de retard. Après avoir été le premier nageur au-dessous de la minute sur 100 m nage libre, il devient à Paris champion olympique de la spécialité, titre qu’il conservera quatre ans plus tard à Amsterdam. Pour faire bonne mesure, il remporte deux autres médailles d’or sur 400 m nage libre et relais 4x200 m nage libre. Pas mal pour quelqu’un qui avait commencé la natation pour soigner les séquelles d’une poliomyélite ! Une vraie « success story », qui lui vaudra ensuite de ne plus jamais avoir à tricher sur son identité en étant dans la foulée de ses exploits olympiques reconnu citoyen américain à part entière.

    Autres figures des JO de 1924 à découvrir : Géo André et Louis Faure-Dujarric

    Saint-Patrick côté sport

    Jean-Claude Duce

    En ce jour de Saint-Patrick, j'avais envie de rendre hommage à tous les robustes gaillards qui depuis deux siècles au moins parcourent les champs de la Vert Erin une crosse de hurling sur l'épaule ou un ballon de rugby ou de football gaélique sous le bras. Histoire de prouver à ceux qui pourraient encore en douter que les Irlandais ne font pas que lever le coude. Je suis donc allé me promener sur le site de la Bibliothèque Nationale d'Irlande (http://catalogue.nli.ie) et j'y ai pêché ces jolis clichés un brin surannés. Alors calez-vous un trèfle derrière l'oreille, sirotez votre stout, régalez-vous et reprenez en chœur : No, Nay, Never, no, nay, never, no more, will I play the Wild Rover, no, never, no more !

    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
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    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
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