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Victor Cosson (1915-2009)

Olympisme

Mardi 8 janvier 2008 2 08 /01 /2008 06:25
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    À douze mois près, l'anniversaire était réussi. Été 2008 : le  départ du marathon des Jeux olympique de Pékin est donné de la place Tian Anmen. Printemps 1989 :  500 000 étudiants  réunis sur la même place manifestent pour la liberté d'expression. Dans la  nuit du 4 juin, le mouvement est réprimé dans le sang par le régime communiste. À l'époque, les pays occidentaux, qui ont toujours besoin d'images pour réagir, condamnent la brutalité du gouvernement chinois. "L'homme de la place Tian Anmen", tentant de bloquer à lui seul la progression d'une colonne de blindés, passe sur les écrans du monde entier. L'émotion est à son comble.

    Deux décennies plus tard, l'annonce par le comité d'organisation chinois du choix de Tian Anmen comme site de départ du marathon olympique ne trouble personne. Le Parti communiste local, qui réunit régulièrement son comité central sur cette place, la plus vaste de Pékin, a beau jeu de vanter la sécurité des lieux. Dame, c'est de sport dont il s'agit, pas de politique. Pourvu que nos champions puissent donner le meilleur d'eux-mêmes dans un air pur et dans un environnement protégé, pourquoi voudriez-vous trouver quelque chose à redire ? Au cynisme des dirigeants de la plus peuplée des dictatures de la planète, répond la pusillanimité du Comité internationale olympique. Comment le CIO, qui se gargarise d'idéaux, de paix et d'humanisme jusqu'à en gerber, peut-il accepter qu'un des événements majeurs du programme olympique se déroule sur cette place, symbole international de la répression aveugle ?
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    Le temps passe direz-vous, un lieu ne peut porter éternellement le fardeau de son passé, aussi lourd soit-il… Très bien, dans ce cas allons-y gaiement. Que l'armée argentine organise son cross annuel sur la Plaza de Mayo à Buenos Aires, où depuis trente ans les parentes des disparus de la dictature militaire en Argentine manifestent en silence. Que l'on bâtisse un complexe sportif sur les charniers de Srebrenica en Bosnie. Ou, pourquoi pas, que l'on décentralise juste une fois en guise de réconciliation l'Oktoberfest, très populaire Fête de la bière de Münich, à Auschwitz ? Pourquoi, dès lors qu'il s'agit d'olympisme, faudrait-il faire preuve d'amnésie et accepter d'avaler son chapeau ? D'autant qu'en Chine, le pouvoir aujourd'hui en place est le même que celui qui il y a vingt ans ensanglantait Tian Anmen…

    Le CIO n'est plus à un Münich près, me direz-vous. Quand en 1936 on a été tricoter des jarrets à Berlin sous l'œil du Fürher et de sa clique, on peut bien frétiller du croupion sans remords devant les hiérarques du PC chinois. Pourvu que les dirigeants du sport mondial n'oublient pas de "frémir de la gueule" en écoutant le serment olympique et que les champions délient leurs foulées, tout doit être oublié et pardonné. Il faudrait une sacrée pénitence pour racheter tant de lâcheté et d'idéaux dévoyés. Peut-être pourrait-on remplacer le marathon olympique par une épreuve de 5000 kilomètres, pour permettre à la grande caravane des athlètes de faire amende honorable en ralliant l'occident à pied. 5000, comme les 5000 victimes de la répression des événements de la place Tian Anmen en 1989…
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Par Philostrate - Voir les 1 commentaires
Mardi 4 décembre 2007 2 04 /12 /2007 01:48
PellosJournalistes1949.jpg     Les Jeux olympiques de Pékin ne sont pas encore ouverts que leurs organisateurs commencent à chinoiser. La liberté de la presse n'étant qu'une vue de l'esprit dans l'Empire du Milieu, ce sont les journalistes étrangers qui sont cette fois dans la ligne de mire des autorités.  Objectif  poursuivi : éviter que des individus "pouvant constituer un risque pour la sécurité" ou donner une mauvaise image du pays ne se glissent parmi les reporters accrédités pour couvrir les compétitions.

    Moyens mis en œuvre : constitution d'une base de données sur les journalistes étrangers et vérifications préalables, avec tests et enquêtes à la clé, sur les 10 000 dossiers d'accréditation attendus pour l'occasion. Que les passes-presse ne soient pas accordés à la légère tombe sous le sens en ces périodes de menace terroriste généralisée. Le problème en dictature, c'est que le métier même de plumitif suffit à rendre suspect celui qui l'exerce. Pour peu qu'il se mette en tête de critiquer ou d'exercer son libre arbitre, il peut même facilement revêtir le costume d'ennemi public N°1.

    Quelques conseils donc aux journalistes qui comptent se rendre à Pékin. Chers amis, je vous comprends. Vous êtes trop jeunes pour avoir couvert les belles retraites aux flambeaux des Jeux olympiques de Berlin en 1936, top des réjouissances sportives dictatoriales organisées jusqu'à présent. Vous ne pouvez décemment pas passer à côté d'un spectacle comme celui que promettent d'être ces Jeux à la chinoise, avec leurs cohortes d'enfants sur le pied de guerre comme aux plus belles heures des démocraties populaires du temps du Rideau de fer.

    Pour que votre dossier d'accréditation ne soit pas irrémédiablement rejeté, quelques précautions s'imposent. D'abord, faites-vous prendre en photo avec une paire d'œillères, afin de garantir à vos hôtes chinois que, si les compétitions sont réussies, vous ne chercherez surtout pas à mettre le nez dans les poubelles du régime communiste. Si vous voyez par inadvertance un opposant où l'un de vos confrères locaux tirés par les cheveux par un Garde rouge, ne relevez surtout pas, dites-vous que ça fait partie du show ! N'emmenez en aucun cas une photo de votre chat ou de votre chien dans votre portefeuille, cela pourrait passer pour une allusion sournoise aux habitudes alimentaires supposées des disciples de Fu Manchu. Enfin, bannissez définitivement les lettres T, I, B, E, T de votre prose, même dans le désordre, afin de ne pas gâcher sur un bête malentendu un si agréable séjour. La fête internationale du sport, même dans la plus grande dictature du monde, doit avant tout rester une fête. Sinon à quoi ça servirait que le CIO y se décarcasse ?
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