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Victor Cosson (1915-2009)

L'invité de Philostrate

Vendredi 3 août 2007 5 03 /08 /2007 01:35
    Régulièrement, Philostrate donne la parole à des personnalités portant un regard décalé sur le monde du sport, désireuses de faire partager leurs coups de cœur, leurs témoignages ou leurs désillusions. Aujourd'hui, à l'occasion de la reprise ce week-end du championnat de France, nous nous penchons sur Le match de football télévisé. Jacques Blociszewski, auteur de nombreux articles et analyses sur les relations entre le sport et les médias, livre dans cet ouvrage une enquête minutieuse sur les ressorts de ces retransmissions télévisées, que les chaînes se disputent désormais à coups de millions…    

Couv.livre.foo.jpg      L
e spectacle fantasmé du football, tel que le restituent les retransmissions télévisées, n'a t-il pas pris définitivement le pas sur la réalité du terrain ?

Définitivement, on ne sait pas, mais à ce jour, oui, assurément. C’est d’abord par la télévision que la quasi-totalité d’entre nous vit le football, or le filtre entre le réel et ce que nous recevons dans nos salons est de plus en plus épais et complexe. Les  choix du réalisateur modifient en profondeur la nature, le rythme et la vision du match. L’écart entre le regard du spectateur dans le stade et celui du téléspectateur grandit sans cesse.

    Vous regrettez dans votre livre l'abus du recours aux ralentis lors des matches télévisés, plaie des retransmissions à la française. Comment expliquez-vous cette surenchère ?
Les réalisateurs cherchent à épater. Ils sont fascinés par la technologie et leur propre pouvoir, grisés par leur virtuosité (réelle), et ils arborent fièrement leur magnifique panoplie technique. Ceci est d’ailleurs excellent pour l’image "branchée" de la chaîne. Là-dessus vient se greffer une envie de jouer à l’enquêteur, de débusquer ce qui est caché - et même d’arbitrer à la place de l’arbitre…- qui pose de lourds problèmes. A l’arrivée, il y a une victime : le football.

    Dans le commentaire des rencontres télévisées, le rôle du journaliste se limite souvent à celui d'animateur, l'analyse technique du match étant désormais confiée aux consultants que les chaînes se disputent. Estimez-vous cette évolution irréversible ?
Je ne dirai pas que les consultants proposent vraiment des analyses techniques, car elles sont très rares. En fait, commentateurs et consultants se neutralisent l’un l’autre. Le résultat est un discours creux, basé sur le consensus mou, le culte du ralenti, de la technologie et des statistiques. Ce n’est pas irréversible, mais cela durera tant qu’une autre philosophie et une autre structure du football télévisé ne verront pas le jour. 

    Vous confiez avoir contacté pour les besoins de votre livre chaînes de télévision, journalistes et réalisateurs. À l'arrivée, seul le réalisateur Jean-Paul Jaud vous a répondu et a accepté de vous recevoir. Cela en dit long sur le sens de l'autocritique et l'envie de dialogue des professionnels de la profession…
La capacité d’autocritique et la volonté de dialogue de la télévision sportive sont quasiment nulles. Il n’y a rien de démocratique dans son attitude. Ceci fait d’autant plus problème que le football est un sport fondamentalement populaire. Vis-à-vis des gens qui cherchent à entamer un dialogue avec elles et à ouvrir le débat, les chaînes choisissent généralement l’indifférence ou le silence glacé. Nous en sommes là. Il y a du travail !

Jacques Blociszewski, propos recueillis par Philostrate
Le match de football télévisé par Jacques Blociszewski. Editions Apogée. 270 pages. 20 €.
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Par Jacques Blociszewski - Voir les 0 commentaires
Dimanche 8 juillet 2007 7 08 /07 /2007 01:38
Livre-Anquetil.jpg
    Régulièrement, Philostrate donne la parole à des personnalités portant un regard décalé sur le monde du sport, désireuses de faire partager leurs coups de cœur,
leurs témoignages ou leurs désillusions. Aujourd'hui, à l'occasion du départ du Tour de France et de la sortie de son dernier livre, Anquetil le rebelle, Jacques Marchand, 86 ans, ancien responsable de la rubrique cyclisme de L'Équipe, nous livre son sentiment sur le dopage et son traitement dans les médias.

    Dans un passage marquant de votre livre, Jacques Anquetil revendique le droit pour les coureurs professionnels "de tirer profit selon leur convenance de leurs souffrances et de leurs sacrifices", justifiant par là même le recours éventuel au dopage. Dans quelles circonstances a t-il été amené à vous faire cette déclaration ?
Il s’agissait d’un contexte général et permanent. Avant son interdiction  réglementaire, la mise en place (laborieuse) des contrôles, et les poursuites judiciaires envisagées, le “doping” ou “la dope” (expressions utilisées à l’époque), n’était pas un sujet tabou et nous en parlions librement entre coureurs et journalistes. Notre rôle, nous journalistes, consistait à  convaincre les coureurs de ne pas user d’artifices dangereux pour leur santé et préjudiciables à l’image du cyclisme. Nous dénoncions le dopage, mais ne poursuivions pas les “dopés”, c’est vrai, ce qui autorise aujourd’hui à nous qualifier de “complices”. Cette complicité là, j’en redemande, je la préfère à la chasse aux sorciéres et à la délation qui, pour notre génération, étranglée par l’Occupation, était devenue une hantise. Ce sont souvent les circonstances qui dictent les principes.

    Dans la logique qui prévaut aujourd'hui, Jacques Anquetil ne serait-il pas considéré comme un paria, pourrait-il même conserver ses cinq victoires dans le Tour de France ?

D’abord, même si les autorités fédérales l’avaient condamné, Jacques Anquetil n’aurait jamais été considéré comme un paria par l’opinion publique et bien sûr par la presse. Le Tour de France, lui-même, à cette époque, n’aurait jamais admis de se saborder en coupant des têtes, surtout de si belles têtes... Jacques Anquetil avait du répondant et du caractére, ce que n’ont plus les coureurs aujourd’hui, même les plus titrés. Le peloton est devenu un troupeau de moutons. Je n’en fait pas grief aux hommes, mais à la société. C’est la marche du temps qui veut qu’il en soit ainsi. Pour gagner sa vie, dans ce milieu, il faut “suivre” en s’adaptant aux conditions imposées par la commercialisation et  la médiatisation du sport spectacle.

Anquetil-Pipe.jpg     Quel est votre sentiment sur le sort fait aux coureurs aujourd'hui et sur la charte de l'UCI qui les engage à fournir un échantillon d'ADN en cas de suspicion de dopage ?
Pour moi, ces mesures piétinent les droits individuels, elles sont discriminatoires, elles s’acharnent sur les seuls coureurs cyclistes désignés ainsi comme “présumés coupables”. Ajoutez à cela, la convention “spéciale” imposée par l’UCI aux coureurs qui participent au Tour de France. De quel droit une fédération internationale peut elle édicter une mesure exceptionnelle pour une organisation privée ? On panique de partout et à vouloir se dédouaner à tout prix, on fait n’importe quoi. Ce qui me choque le plus, c’est l’absence de réactions. Personne ne défend les coureurs, qui ne se défendent pas eux-mêmes. Silence des autorités sportives et civiles, et de la presse, comme si les droits de l’homme n’existaient plus ou ne s’appliquaient pas aux coureurs cyclistes, gladiateurs modernes, ne méritant pas le régime et la considération de citoyen.

    N'y a t-il pas une grave erreur à poser la question du dopage sous l'angle uniquement moral ? N'est-ce pas un moyen facile d'éviter de la replacer dans le contexte plus large des dérives du sport professionnel actuel et de la logique du "toujours plus" entretenue par la surmédiatisation du spectacle sportif ?
Tout me parait illogique et parfois indécent dans la façon de mener la campagne anti-dopage, aussi bien de la part des autorités civiles et sportives que dans le traitement de la presse. Je dénonce fortement ce principe en vigueur “ce n’est pas moi,c’est l’autre...” pour finalement tout rejeter sur les coureurs, certes coupables, s’ils se dopent, mais pas seuls coupables. Coupables, nous le sommes tous, les groupes sportifs et leurs sponsors, les autorités fédérales, les organisateurs, la presse (surtout la télévision) qui exploitent le spectacle et aussi le public, qui le réclame et s’en délecte. Il y a un mécanisme infernal en place,auquel personne n’échappe

Jacques Marchand, propos recueillis par Philostrate
Anquetil Le rebelle par Jacques Marchand. Editions Prolongations. 250 pages. 12 €.
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Par Jacques Marchand - Voir les 1 commentaires

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