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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

1954, quand le XV de France de Jean Prat matait les Anglais et les All Blacks à Colombes

Jean-Claude Duce

Entre  mars et avril 1954, l'équipe de France de rugby emmenée par Jean Prat remporte deux victoires historiques sur les All Blacks néo-zélandais et le XV d'Angleterre. Sept ans seulement après le retour du Tournoi des cinq nations sur la pelouse du stade Yves-du-Manoir. De quoi faire aujourd'hui rêver Bernard Laporte et Guy Novès...

1954, quand le XV de France de Jean Prat matait les Anglais et les All Blacks à Colombes

    En ce bel après-midi du mois d'avril 1954, le brave René Coty, fraîchement élu par le Congrès président de la République, ne s'imagine sans doute pas qu'en prenant place dans la tribune officielle du stade Yves-du-Manoir il s'apprête à entrer dans l'histoire pour la seconde fois en quatre mois. Comme lui, près de 45 000 mille personnes, alléchées par les victoires du XV de France face à l'Ecosse et à l'Irlande, ont fait le déplacement jusqu'à Colombes pour soutenir les tricolores aux prises pour la deuxième fois en quelques semaines avec l'une des équipes les plus redoutables du moment. Combien parmi eux ont assisté le 1er mars au succès historique des coéquipiers du Lourdais Jean Prat, auteur des trois points de la victoire face à des All Blacks néo-zélandais au sortir d'une tournée triomphale en Grande-Bretagne? Sans doute peu, car aussi prestigieuse qu'elle fût, l'affiche n'avait alors  attiré qu'une dizaine de milliers de personnes..

    Mais en ce 12 avril 1954, la foule est au rendez-vous, Tournoi des cinq nations oblige. Plus que le XV d'Angleterre, déjà assuré par sa triple couronne de finir en tête de la compétition, l'équipe de France joue gros ce samedi-là. Une victoire, et les tricolores rejoindraient pour la première fois de leur histoire les Britanniques en tête de l'épreuve reine du rugby international. Sept ans seulement après avoir célébré la renaissance du Tournoi à Colombes, la perspective a de quoi séduire le public français. Dix minutes après le coup d'envoi donné par l'arbitre Gallois Ivor David, l'affaire semble pourtant mal engagée pour les hommes de Jean Prat. Blessure à la cheville pour Sanac, déchirure musculaire pour Cazenave : le XV de France boite bas et l'Angleterre rêve de grand chelem. Le public s'inquiète, tremble pour ses héros et explose lorsque, piqués au vif, les tricolores forcent pour la première fois la défense anglaise sur un essai d'André Boniface, venu jouer les gentlemen cambrioleurs près de la ligne de touche. L'euphorie ne sera que de courte durée : les clameurs de la foule résonnent encore dans les tribunes d'Yves-du-Manoir lorsque les Anglais reviennent au score pour rétablir une égalité qui accompagne à la mi-temps les deux équipes aux vestiaires...

    Contraints désormais de jouer face au vent, les Français reprennent pourtant la direction de la rencontre. Dès le début de la seconde période, ils portent un coup décisif sur un drop de l'inévitable Jean Prat, bourreau du XV d'Angleterre moins d'un mois après avoir fait mordre la poussière à l'ogre néo-zélandais. Devant leurs supporters abattus, les joueurs au maillot blanc frappé de la rose ne se remettront jamais du coup de patte du divin Lourdais (voir la vidéo hommage ci-dessus), scellée par un essai de son frère Maurice. La victoire (11-3) permet au XV tricolore de finir pour la première fois de son histoire en tête du Tournoi des cinq nations. Certes, le triomphe est partagé avec Gallois et Anglais, premiers ex æquo avec les Français, et il faudra encore attendre quatorze ans pour voir l'équipe nationale remporter le grand chelem sur cette même pelouse. Mais une page de l'histoire du rugby français vient de se tourner.

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