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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Le motoball, vous connaissez ?

Jean-Claude Duce

Déjà réputé pour ses courses de lévriers, le stade municipal de Courbevoie fait dans les années 1950 les belles heures d'une discipline importée d'Angleterre, le motoball.  Ou quand libéro rime avec mécano.
 

Le motoball, vous connaissez ?

    L'idée ne pouvait venir que d'un Anglais. Associer le football, discipline reine au pays de sa très gracieuse majesté, et le motocyclisme ne semblait en effet guère évident au premier abord. Cuir à tous les étages ! Du ballon aux bottes en passant par les selles des 500 cm3 équipant alors les dix protagonistes de cette discipline "made in Britain", les années vingt voient le motoball prospérer et traverser la Manche pour faire des adeptes en France. Au moment où les premiers clubs se créent dans l'Ouest parisien, notamment à Versailles, un complexe sportif municipal flambant neuf ouvre ses portes rue Aristide-Briand à Courbevoie. La rencontre du motoball et du cynodrome, où les amateurs de courses de lévriers se pressent déjà par milliers, semble dès lors inévitable. Après-guerre, les motards du club local ou de l'équipe de France n'auront aucun mal à se faire une place dans l'enceinte habituée depuis longtemps déjà aux spectacles insolites.
 

Le motoball, vous connaissez ?

    Evoluant parmi l'élite nationale, les Courbevoisiens, tout de jaune vêtus, ont leurs inconditionnels dans les années 1950. Les matches contre les bleus et blancs du Versailles moto club ou les voisins de l'Excelsior de Gennevilliers attirent dans les gradins les amateurs de sensations fortes. "Motoball, sport du siècle !", clament alors les affiches placardées en ville pour annoncer les rencontres dominicales. Sur le terrain de football municipal, où seule la zone de deux mètres autour du gardien est redessinée, le spectacle est toujours au rendez-vous. Sur leurs motos de cross de 250 cm3 qui ont remplacé les grosses cylindrées des origines, les cinq joueurs de chaque équipe se disputent avec âpreté la sphère de cuir d'un kilo leur servant de ballon. Dans les mêlées pétaradantes, les accrochages sont fréquents et casques, gants, bottes et jambières protectrices ne sont pas de trop pour protéger ces gladiateurs des temps modernes. Le gardien n'est pas le moins exposé : pour arrêter les tirs adverses sans jamais lâcher sa "gauloise", surnom donné aux machines spécialement adaptées à ce poste, il doit rivaliser de souplesse et parfaitement maîtriser l'art des glissades.

Le motoball, vous connaissez ?

    Le public de l'après-guerre, dont la télévision n'a pas encore tari la curiosité, apprécie. En 1952, plus de dix mille spectateurs viennent même assister à Courbevoie au triomphe de l'équipe de France de motoball sur son homologue belge par trois buts à zéro ! Chez les tricolores, le gardien Bourguelat et l'attaquant Perdriau, tous deux membres du club local alors dirigé par Jacques Bon, ne sont pas les moins en vue. Dans les années suivantes, matches internationaux - une sélection de Paris viendra notamment à bout des redoutables allemands de Nüremberg...- et rencontres de championnat se succéderont à un rythme soutenu à Courbevoie. Jusqu'à ce que, vaincu par la concurrence d'autres disciplines moins confidentielles relayées par le petit écran, le motoball et la plupart des clubs qui le faisaient vivre en région parisienne passent de mode ou disparaissent...

Images : archives perso et gallica.bnf.fr

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