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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Hippolyte Triat, saint patron des gros bras

Jean-Claude Duce

Pionnier de la culture physique en France sous le Second Empire, inspirateur d’Eugen Sandow et sa célèbre méthode, Hippolyte Triat sacrifia tout à sa passion. Elle lui fit gagner beaucoup d’argent et en perdre tout autant, au point de mourir dans l’oubli et le dénuement. Son projet le plus fou : bâtir une gigantesque cité du sport sur la Seine, aux portes de Paris.

Image http://gallica.bnf.fr

Image http://gallica.bnf.fr

    Hippolyte Triat, c’est un héros d’Alexandre Dumas dont l’épaisseur des traits tiendrait autant à la plume de son créateur qu’au maniement des haltères. Jugez-en par vous-mêmes : enfant, il est enlevé sur une foire par la troupe de bohémiens d’un cirque volant. Avec eux, il parcourt l’Europe, puis, à l’âge de 15 ans, est pris sous la protection d’une riche espagnole qu’il a sauvé de son cheval fou, au prix d’une jambe cassée. La dame remet le courageux Hippolyte sur pied puis décide de s’occuper de son éducation. En tout bien tout honneur. Direction le collège des Jésuites de Burgos. Avec la Compagnie de Jésus, on est loin des folles nuits de Castille. Mais chez les bons pères, qu’il ne quitte qu’à l'âge de 22 ans, il se plonge dans la littérature grecque et latine. Avec une prédilection pour les traités de gymnastique et d’exercice physique antiques. Epiphanie : il décide de consacrer sa vie à la culture physique. Il met au point une méthode destinée à en populariser la pratique et part la tester en Belgique.

Hippolyte Triat, un drôle de beau gars ! Image, collection perso.

Hippolyte Triat, un drôle de beau gars ! Image, collection perso.

    Le succès est au rendez-vous et lui permet d’ouvrir une première salle à Bruxelles qu’il dirige de 1840 à 1849. Puis, en Joseph Balsamo du biceps, il part à la conquête de Paris. Il y peaufine sa méthode, ouvre plusieurs salles, dont la plus célèbre, rue Montaigne, accueille toute la bonne société du Second Empire, à commencer par l’empereur en personne. L’histoire ne dit pas s’il réussit à rendre un peu moins "petit" ce Napoléon-là, mais les affaires vont bien pour Triat. L’argent entre à flots dans ses caisses. Il en réinvestit l'essentiel dans l'achat d'haltères, de barres à sphères et d'appareils à tirage en tout genre. Surtout, Hippolyte a un projet grandiose : transformer l’île Saint-Germain à Issy-les-Moulineaux, appelée encore île de Billancourt, en palais flottant à la gloire de l’exercice physique. Sur ces terrains, d'accès facile pour les Parisiens depuis l’Exposition universelle de 1867, il rêve de : "réunir sur un grand point, tous les exercices sportiques, depuis le jeu de boules jusqu'aux courses de chevaux". En d'autres termes bâtir une véritable cité du sport aux portes de la capitale, où les citadins viendraient "se régénérer", mais aussi assister à des concerts et aux démonstrations des "champions les plus célèbres du monde entier".

Triat donnant la leçon dans son gymnase de l'avenue Montaigne (gravure extraite de "La Culture Physique" du 01/09/1912)

Triat donnant la leçon dans son gymnase de l'avenue Montaigne (gravure extraite de "La Culture Physique" du 01/09/1912)

    Le projet baptisé "Sport international" est ambitieux. Le site, tel qu'il apparaît sur les différents documents publiés à grands frais par Triat, offre un éventail d'équipements où, sous couvert de sport, hygiène, loisirs et spectacle font bon ménage. On y trouve ainsi pêle-mêle L’Ecole normale de gymnastique, cœur de l’équipement, des écoles de natation (dans le Seine…) et d'équitation, un jeu de paume, une salle d'armes, mais aussi un établissement d'hydrothérapie, des pistes dédiées à la pratique de la course à pied, du cheval ou du vélo, un champ de concours pour les carrousels, un plan d'eau aménagé pour les joutes navales et une salle de concert et de réunion. Pratiquants aisés désirant s'adonner aux joies de la culture physique ou public populaire avide de spectacle, le projet d'Hippolyte Triat mêle allègrement les genres au point de perdre parfois un peu de vue le souci de "Régénération de l'homme" dont le "gymnasiarque" a pourtant fait son cheval de bataille. Peu importe, dans la mesure où l'édification du complexe "Sport international" permettra à la France, selon son auteur, de se doter de "l'établissement le plus complet et le plus magnifique d'Europe, où l'affluence des spectateurs ne peut manquer d'être en rapport avec les exercices nombreux et variés qui donneront un grand attrait à chacune de ses fêtes". Sans compter l'apport des cotisations de la clientèle aisée qui viendra s'y délasser. Le brave Hippo pense ainsi pouvoir compter sur une recette annuelle d'au moins 800 000 francs, somme considérable pour l'époque !

Images, collection perso.
Images, collection perso.
Images, collection perso.
Images, collection perso.
Images, collection perso.

Images, collection perso.

    Le projet ne verra pourtant jamais le jour. Balayé par la tourmente de 1870, la défaite face aux Pruskos et les troubles de la Communes, qui entraînent sur d'autres terrains bien moins ludiques les rêves de grandeur du Second empire. Triat, qui a beaucoup investi dans son projet visionnaire, ne s’en remettra jamais vraiment. Au point de finir sa vie dans l’oubli en 1881, laissant à d’autres le soin de profiter de sa méthode de culture physique pour se rendre célèbres. Sans jamais, ou si peu, citer son nom…

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