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Victor Cosson (1915-2009)

Olympisme

Jeudi 21 août 2008 4 21 /08 /2008 21:00
    Avec tes compas à dessiner la lune et tes foulées de sept lieues, qui sait où tu en serais aujourd'hui mon brave Usain sans le baron de Coubertin ? Toi qui délaces tes baskets lorsque tes adversaires en sont encore à s'extraire de leurs starting-bloks, qui sait ce que l'on aurait fait de toi si le plus célèbre moustachu de l'histoire sportive n'avait pas réussi en 1896 à tirer des flammes des braises tièdes de l'olympisme ?

    À la fin du XIXe siècle, ta carcasse interminable et ta vélocité animale t'auraient ouvert en grand les portes d'une cabane de foire. À l'époque, on ne faisait pas dans la finesse. Tu aurais été baptisé "L'échassier-guépard", on t'aurait inventé une enfance à dormir debout, gratifié d'une origine incertaine et organisé des courses contre les meilleurs purs-sangs du comte Dugoinot de la Motte-qui-pèle. Le reste du temps, tu aurais attendu patiemment le chaland derrière le rideau de ta baraque foraine. Entre la "femme à barbe", "l'homme-éléphant" et "l'enfant sauvage". Pauvres bougres formant la cohorte des Freaks sur le dos desquels des montreurs de phénomènes pouilleux entretenaient leur crasse.

    Tu aurais peut-être eu pour voisin d'infortune Michael "Le dauphin bipède" dans son bocal, dont la cage thoracique hypertrophiée et les bras nageoires rendent superflus ses autres membres. Heureusement Pierre Frédy est passé par là. En deux siècles, le monstre qu'est devenu son joli bébé au berceau couronné d'anneaux a permis aux physiques hors normes de partir à la conquête des pistes et des bassins. D'y décrocher même l'or et la gloire en faisant l'objet d'une autre curiosité, la plupart du temps moins malsaine que celle brillant dans les yeux de la populace Belle Epoque.

    Quoique. À en juger par la suspicion systématique accueillant désormais chaque performance "phénoménale" réussie sous le soleil d'Olympie, on peut se poser la question. Les clins d'œil entendus, les regards inquisiteurs ne sanctionnent plus la particularité physique. Ce serait indigne de notre statut d'hommes du XXIe siècle aux mœurs policées. Non, ils s'échangent maintenant sur fond de croisade morale. Ceux-là, là, ce Bolt avec ses grandes tiges qui pulvérisent les records, ce Phelps caréné comme un hors-bord, dans quels vilains secrets puisent-ils leurs succès ? Quelle est leur potion magique ? Comment s'appelle leur fournisseur de poudre de perlimpimpin ? Quels composants chimiques charient leurs veines dans leurs membres démesurés ? Alors c'est sûr, t'as du Bolt mon vieil Usain. Sûr, j'aimerais bien pouvoir t'offrir autre chose que mon regard de spectateur échaudé par tant de désillusions. Je crains hélas que cela ne soit plus possible et crois bien que j'en suis le premier peiné…
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Dimanche 17 août 2008 7 17 /08 /2008 10:38
 
   Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis fier de contribuer aux vacances de Bixente Lizarazu en Chine. Savoir qu'une part, certes infime, de mon abonnement à Canal+ sert au dépaysement olympique de notre champion du monde de foot, qui sans cela n'aurait sans doute pas eu les moyens de participer à la fête, me rend tout chose. Améliorer l'ordinaire d'un retraité et lui offrir l'occasion unique de s'ouvrir sur le monde, n'est-ce pas, en ces temps de réduction du pouvoir d'achat, le geste le plus noble que nous, cochons d'actifs, puissions accomplir ?

    Donc Bixente a fait son petit sac à dos, a claqué une bise à sa planche de surf avant de la ranger dans le garage et s'est glissé parmi les invités du grand voyage organisé par la chaîne cryptée à Pékin. Officiellement, il est là pour faire partager son vécu de sportif de haut niveau avec nous, les clampins moyens, joggers du dimanche, footeux occasionels et autres "tringles" des lignes d'eau. Plongé au cœur du plus grand rassemblement sportif de la planète, sûr que ce gars-là, qui a tout de même soulevé la coupe du monde en 1998, a des analyses pénétrantes à nous livrer. Pour le coup on n'est pas déçus…

    D'abord, on voit Bixente, avec son petit baise-en-ville, qui se promène dans les allées du village olympique. Il y croise Marie-Jo Pérec et nous fait le coup de la fraternité entre champions. Parce qu'il y a les caméras et qu'il est connu, la gazelle lui claque une bise vite fait, mais une fois ses grands compas en action, Liza, qui arrive tout juste à la hauteur de ses baskets, n'essaie même pas de suivre. Leçon numéro un pour le béotien : un champion doit apprendre à connaître ses limites.

    Ensuite, on retrouve Bixente au bord de la piscine olympique, où l'objectif de la caméra dissèque ses réactions pendant le cent mètre historique d'Alain Bernard. "Il l'a fait le mec !", lâche t-il une fois l'armoire nageante antibaise - selon la terminologie de Bobby Lapointe dans Avanies et framboise…- sacrée championne olympique. On n'aurait pas dit mieux. Leçon numéro deux : l'athlète de haut niveau, tout pétri qu'il est d'omniscience sportive, sait aussi se mettre au niveau du vulgum pecus pour lui faire comprendre qu'il vient de vivre un grand moment.

    Et ainsi de suite… Evidemment, on ne saurait trop remercier Canal+ d'avoir eu la bonne idée d'emmener Bixente en Chine - très bon exercice de diction, essayez de le dire vite pour voir… C'était indispensable pour permettre aux grosses bouses sportives que nous sommes de mieux appréhender l'univers olympique. Mais je soupçonne Raymond Domenech d'avoir œuvré dans l'ombre pour envoyer Liza cultiver sa barbe de trois jours dans l'Empire du Milieu. Ben oui quoi, c'est toujours un de moins de la génération 1998 qu'il n'a plus sur le dos. Et pas le moins teigneux, loin s'en faut : n'oublions tout de même pas que ce sont les Basques qui ont occis Roland à Ronceveaux ! Le Raymond, y connaît ses classiques et si à la douane, sur le chemin du retour, la police chinoise trouve un drapeau tibétain dans le petit sac à dos de Bixente, faudra pas chercher bien loin celui qui l'y aura glissé…
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