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Victor Cosson (1915-2009)

Olympisme

Lundi 14 avril 2008 1 14 /04 /2008 19:25
    "Elle passera par ici, elle ne passera pas par là"… Qui donc ? Mais la flamme olympique pardi ! Si vous aimez le jeu de l'Oie, vous allez adorer le jeu de l'Allume-gaz, variante inventée par les plus hautes autorités de l'olympisme pour exorciser le flop historique de l'actuelle retraite au flambeau planétaire. Philostrate s'est procuré des extraits de l'avant-projet. La règle est simple : jette les dés et tente toi aussi de rallier Pékin avec ta flamme intacte !  Attention, les obstacles ne manquent pas …

    Tu fais un 9 d'entrée ? Veinard, tu gagnes le droit de recevoir l'équipement du relayeur spécial "Pékin 2008". Une paire de boules Quies pour ne pas entendre les sifflets et les quolibets, des lunettes roses pour voir le rêve olympique en bleu, des lingettes pour essuyer les mollards des "droit-de-l'hommards"… Tu es prêt à défendre tes chances !

    Te voilà déjà arrivé case 29 ! Mince, cette grosse horloge, c'est Big Ben et ce bus rouge… Tu es à Londres. Là, ça devrait glisser comme de la marmelade sur une tartine. Les Anglais sont tellement flegmatiques. Hélas, après quelques kilomètres escorté par les bobbies, tu manques de marcher sur un bonze tibétain qui s'est perfidement coulé dans le cortège. Tu évites de justesse de te prendre les pieds dans sa robe safran. Mais tu dois attendre la "Manche" suivante pour repartir. Direction Paris…

     Ah Paname, ville des amoureux ! Tu es passé entre les grèves de cheminots, d'enseignants, d'aiguilleurs du ciel, la grogne des taxis, des lycéens et des bistrotiers, bravo ! Mais ne te réjouis pas trop vite. Paris est aussi la capitale internationale des droits de l'Homme. Bref, c'est le merdier et la Tour Eiffel se prend pour le Potala. C'est le rendez-vous des défenseurs des lamas, dont certains ont juré d'éteindre ton précieux flambeau. Tu échappes de justesse à l'extincteur d'une élue verte, visiblement convertie au jardinage au gaz carbonique. Tu files entre les doigts de l'Hermès des causes perdues, Robert Ménard, capable de se dédoubler pour porter le fer dans la plaie, surtout quand elle suppure sur petit écran dans le journal de vingt heures. 

    Bref t'en baves comme un coolie ! Tu es protégé par des centaines de policiers, par un sous-marin nucléaire planqué sous le pont d'Issy-les-Moulineaux, un hélicoptère… Mais ça ne suffit pas. Un moment tu te crois sauvé en courant avec David Douillet à tes côtés. Tu lui passes la flamme, mais il se laisse ceinturer par un groupe de gardes rouges qui trouvent que la plaisanterie a assez duré. Les gnomes ne lui arrivent même pas à l'orteil, mais il se laisse embrouiller alors qu'un simple coup d'épaule aurait pu faire de lui une légende. C'est beau un champion quand ça s'engage ! Toi, tu te retrouves en case 31 et tu commences à te dire que ce relais olympique est un puits d'emmerdes sans fond…

    Case 59. San Francisco. Richard Gere, le plus "bonzé" des stars d'Hollywood t'attend au passage du Golden Gate. Raté, tu lui passes sous le nez, en empruntant des passages barrièrés, à l'écart de la plèbe, dont on ne peut décidément pas se fier. Ça grogne un peu, mais tu n'entends presque rien. Les Amerloques assurent au niveau de l'organisation, mais c'est tout de même pas le pied. Heureusement qu'il y a encore des régimes autoritaires et dictatoriaux pour mobiliser au bord des routes des foules sourires aux lèvres et petits drapeaux en main. Vivement la Corée du Nord !

    Enfin, tu arrives à Pékin sous les vivats, mission accomplie. Presque… Car tu te rends soudain compte que tu as oublié d'enlever ton badge dangereusement subversif "Pour un monde meilleur" avant d'entrer sur le territoire chinois. Jacques Rogge et le caporal Sérandour font les gros yeux. Dans ta précipitation pour t'en débarasser, tu le balances à un quidam. Le pékin se retrouve illico au trou en case 52. Toi, tu es bon pour reprendre tout le parcours du début. La vie de relayeur olympique, c'est vraiment plus ce que c'était…
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Par Philostrate - Voir les 0 commentaires
Samedi 5 avril 2008 6 05 /04 /2008 13:49
    L'olympisme est un idéal. Mettre un coup de canif dans sa charte équivaut à vider ses symboles de leur sens. Le choix du CIO en 2001 de confier l'organisation des Jeux à Pékin avait été assorti de nombreux messages invitant la Chine à infléchir sa politique dans le domaine des droits de l'homme. Peine perdue. Aujourd'hui Jacques Rogge et son petit auxiliaire français Jean Sérandour ne peuvent que constater amèrement l'échec de leur pari. Non, les dictateurs au pouvoir à Pékin n'ont pas changé. L'olympisme et ses représentants paient leur naïveté, ou plutôt leur orgueil, au prix fort.

    La flamme olympique, qui arrive ce week-end à Paris, vacille et son relais n'est plus, dans ce contexte, qu'une grossière pantomime. Les athlètes français, malgré leur geste audacieux de porter une badge "Pour un monde meilleur", en sont les victimes collatérales. Ce slogan, beau comme une annonce publicitaire, marque leur impuissance et leur peu de sens politique. Depuis des siècles et sous toutes les latitudes, les pires dictatures carburent en effet à coups de "lendemains qui chantent", "demain on rase gratis" et autres "mondes meilleurs", où le consensus sert de paravent à l'horreur…

        Alors, Parisiens, le mieux que vous ayez à faire est de laisser passer l'allume-gaz olympique dans une indifférence hostile. Tournez le dos à ce symbole de paix et d'universalité, hélas dévoyé. Mettez à vos fenêtres des drapeaux tibétains, dont la vente en France ne s'est d'ailleurs jamais aussi bien portée. N'allez pas gâcher le plaisir de gros bébé Douillet, qui dans notre quotidien sportif national, prévenait samedi matin Reporters sans frontières d'un pathétique "Ce n'est pas la peine de venir nous embêter". On peut être un immense champion sur un tatami et un petit bonhomme en dehors. Surtout, n'allez pas essayer de courir à côté du porteur de la flamme, comme un vulgaire fan de cyclisme à côté du peloton dans la montée de l'Alpe d'Huez. Si d'aventure vous vous preniez les pieds dans le protocole et faisiez tomber le coureur et sa torche, vous donneriez raison à Jacques Sérandour, le patron du CNOSF, qui craignait, sans rire, dans un récent entretien, qu'un défenseur des droits de l'homme ou, que sais-je, un escadron de moines tibétains en furie s'en prennent à "l'intégrité physique" des athlètes au flambeau. Grotesque… Grotesque et pitoyable.
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Par Philostrate - Voir les 1 commentaires

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