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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Le sport crève l'écran…et inversement ?

Philostrate #Société et médias
Gravure-P.Ordner.jpg   La sortie fin mai du rapport annuel d'Eurodata TV sur les audiences de télévision mondiales (1) montre combien le sport est devenu la star des petits écrans internationaux. Dans 85 des pays suivis par cet organisme d'études créé par Médiamétrie, 30 ont vu en 2006 un événement sportif réaliser le meilleur score d'audience TV de l'année tous programmes confondus. Si dans 80% des cas il s'agissait de football, des particularismes locaux subsistent, la boxe aux Philippines, le  hockey sur glace au Canada ou le football américain avec le Super Bowl aux Etats-Unis se taillant toujours la part du lion sur leur territoire.

    Les batailles autour de l'acquisition des droits de retransmission des grands événements sportifs n'ont donc pas fini de s'intensifier. Pour le plus grand bénéfice du sport ? Pas évident. Prenons l'exemple des Jeux olympiques. Si les JO sont toujours pourvoyeurs de belles audiences, les grands networks américains, principaux bailleurs de fonds du CIO, ne sont plus disposés à poursuivre aveuglément la surenchère qui a vu le montant des droits des épreuves augmenter de plus de 30% pour la période 2010-2012 par rapport à l'exercice 2006-2008. Raison de leur méfiance : la difficulté de rentabiliser l'investissement lorsque la ville hôte des Jeux impose de trop grands décalages horaires au téléspectateur américain. De là à penser qu'à l'avenir, pour satisfaire NBC, le CIO favorise les candidatures de villes situées dans des parties du globe "acceptables" pour les américains en mal d'audience, il n'y a qu'un pas. Les instances olympiques ne l'ont-elles pas déjà franchi en programmant contre toute attente les finales de natation à Pékin le matin, afin que les téléphages de l'Oncle Sam puissent plus confortablement suivre les performances de leurs "boys" ?

    L'argent de la télé va au sport, mais en contrepartie, l'énormité des sommes en jeu interdit les retours sur investissement médiocres. Parfois, une discipline, aux mains de dirigeants plus avides que réfléchis, se tire elle-même une balle dans le pied. Pour un footballeur, c'est embêtant et pourtant Frédéric Thiriez, président de la Ligue nationale de football, l'a fait. Lors du dernier appel d'offre pour le championnat de France de Ligue 1, où Canal+ a lâché 600 millions d'euros, somme record qui valut à notre moustachu heureux de plastronner, la LNF a "offert" tout en bloc au plus offrant. Elle a causé du même coup la perte du bouquet satellite TPS, en refusant, comme c'était le cas auparavant, de lui céder une partie des matches programmés lors de chaque journée de championnat.

    Fini donc le jeu de la concurrence qui avait contribué à faire s'envoler les prix, voilà Canal+ seul ou presque à la manœuvre, surtout depuis sa fusion l'hiver dernier avec le bouquet TPS. Alors que la Ligue s'apprête à remettre les droits du championnat de L1 sur le marché en novembre, Canal a donc les cartes en main. Le président de la LNF a beau arguer de l'émergence des opérateurs de téléphonie distribuant la télévision par ADSL pour entretenir l'illusion de la concurrence, il n'y a guère de chance de voir l'un d'entre eux inquiéter sérieusement la chaîne cryptée dans cette affaire. Dès lors, sans parier sur un écroulement peu probable des droits, comment empêcher ensuite que Canal ait plus que son mot à dire dans l'organisation et la qualité du spectacle - plutôt médiocre…- si chèrement acheté et dont il sera une nouvelle fois le seul maître ?

(1) Source : Eurodata TV Worldwide. "L'année du sport à la télévision dans le monde-édition 2007". www.mediametrie.fr ou www.eurodatatv.com.
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