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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Le "plus" produit

Philostrate #Dopage
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    Un complément alimentaire pollué et vous voilà bon pour un contrôle positif à la  testostérone. Dans le milieu de l'athlétisme où, c'est bien connu, on se dope toujours par erreur, cette histoire est devenue un grand classique. La mésaventure survenue au médaillé de bronze olympique français Naman Keita relève donc d'une affligeante banalité. Elle illustre en somme les travers d'une société où la culture de la pilule met tout le monde d'accord, de l'ouvrier au champion, de l'artiste au cadre surmené.

    Que nous dit Naman Keita, parfait dans le rôle de la mouche engluée pour s'être approchée avec un peu trop de frivolité du pot de miel ? Que tenaillé par le doute et rendu vulnérable par une blessure aux abdominaux, il a voulu tout simplement trouver le "produit miracle" censé hâter sa guérison. Malheureusement pour lui, son remède contenait cette petit pointe de "testo" qui semble être la marque de fabrique des compléments alimentaires pour sportif, danger que nos champions sous pression choisissent pourtant souvent d'ignorer. Une attitude qui s'explique aisément.

    L'athlète d'aujourd'hui, encore plus que le citoyen lambda, ne supporte plus la méforme ou la maladie. Dans une société de plus en plus anglo-saxonne où, en apparence du moins, la performance doit passer avant le bien-être, pas question d'être flapi, raplapla ou à côté de la plaque. Les laboratoires, comme les charlatans en chariots des villes frontières du Far West, ont des catalogues entiers d'universelles panacées destinées à tout soigner, des bleus à l'âme aux ongles incarnés. Tous les maux, même ceux que seul le repos devrait guérir, ont leurs baumes, leurs pilules ou leurs poudres, pour permettre à la machine de continuer à tourner même lorsqu'elle est grippée. Le sportif de haut niveau, incité par un entourage largement médicalisé, intègre cette donnée dès son plus jeune âge.

    Alors que mi-août l'équipe de France d'athlétisme s'envolait pour le Japon, une citation du docteur Frédéric Depiesse, président de la commission médicale nationale, a retenu mon attention. Interviewé par notre quotidien sportif national sur la période d'adaptation nécessaire aux sportifs avant le début des compétitions, il abordait les problèmes de l'assimilation du décalage horaire et de la chaleur. Pour réduire les effets du "jet lag" il évoquait la mélatonine, molécule "vendue aux Etats-Unis mais interdite en France". En matière de surchauffe, constat d'impuissance : "Il n'y a toujours pas de produits pour faciliter l'adaptation à la chaleur". N'empêche : dans les deux cas, pour le médecin, le sportif, comme le journaliste, le réflexe est d'aller fouiller dans l'armoire à pharmacie ou le Vidal pour voir si, par hasard, la solution ne tiendrait dans une jolie pilule colorée. Mais comment peut-on à la fois systématiser le recours au médoc et au "plus" produit, puis s'étonner que certains poussent un jour la logique un peu trop loin, à la faveur d'une seringue ou d'un patch douteux ? La solution relève plus d'un changement en profondeur des mentalités, qui selon moi n'est pas pour demain, que dans un renforcement sans fin d'un arsenal répressif relevant plus de la bonne conscience que d'autre chose…
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