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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Lamour déçu

Philostrate #Société et médias
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    Intéressante la tribune donnée à Jean-François Lamour hier, mardi 25 septembre, en page 6 de notre quotidien sportif national. Comment ? Il ne s'agissait pas d'une tribune, mais d'un article signé d'un vrai journaliste avec carte de presse et tout et tout ? Mince, je ne m'en étais pas rendu compte. Ou plutôt si, mais je pense n'avoir jamais lu papier plus servile depuis les Izvestia de l'époque du communisme triomphant. Voire même dans les colonnes de Je suis Partout, tant la charge hystérique contre le "lobby anglo-saxon" en rappelle d'autres, de sinistre mémoire, contre tous ceux censés dans l'ombre tirer les ficelles du monde…

    Donc, notre brave Lamour, après s'être augustement banané avec son pote Bertrand dans la course aux JO de 2012, serait sur le point de perdre le boulot qui lui était promis à la tête de l'Agence mondiale antidopage ? Et encore une fois à cause du monde anglo-saxon et des confettis d'empire de la perfide Albion ! Quel odieux complot ! Que notre politique, endossant à nouveau les habits de Candide, n'aurait, aux dires du séide lui prêtant sa plume, évidemment pas vu venir… Il est bien le seul ! Lorsque l'on bâtit sa candidature sur les casseroles, présumées ou non, des uns et des autres, il n'est pas étonnant de voir ses adversaires employer les mêmes méthodes. À l'heure où l'ancien ministre "en dépit de son caractère de battant" songe à se "retirer dignement" et à se "soustraire légitimement" du nouveau mode de scrutin à la présidence de l'AMA adopté sous la pression d'une "cabale des trois gouvernements anglo-saxons" - termes choisis par l'auteur de l'article en question qui en perd ses nerfs le pauvre chéri…-, l'indémodable paradigme de la boule puante se vérifie encore.

    Oui, une partie de la presse anglo-saxonne a ressorti du placard un poussiéreux contrôle antidopage positif de l'athlète Lamour, afin de faire planer le doute sur le bien-fondé de sa candidature. Ce n'est pas glorieux, certes, mais pas moins que d'aller chercher une vieille histoire d'éprouvette du beau-frère de la cousine par alliance d'un cycliste pour en ternir la réputation, méthodes dignes de la Gépéou pourtant éprouvées par certains "limiers" sévissant dans les colonnes de notre quotidien sportif.

    Oui, les pays anglo-saxons ont décidé de changer un peu prestement les règles du jeu censées permettre au chiraquien Jean-François Lamour d'obtenir sans coup férir la présidence de l'AMA. Plutôt que de rendre les armes sans livrer bataille, notre ancien bretteur, qui semble mépriser le lobbying et les tractations de couloir, devrait au contraire se réjouir de pouvoir livrer un duel en pleine lumière au lieu de se contenter d'un confortable plébiscite. L'homme n'a rien à perdre, s'il est aussi "battant" que l'affirme son attaché de presse signant à sa place dans les colonnes du vaisseau amiral de la presse sportive française. À moins que le peu d'entrain du nouveau locataire de l'Élysée à le soutenir n'ait déjà convaincu notre escrimeur retraité d'arrêter les frais…

    Certes, l'équilibre politique de l'AMA n'est pas en faveur de la France. Mais, tout imbus de nous-mêmes que nous sommes, arrêtons-nous une minute pour nous interroger sur notre légitimité sportive. L'Australie, dont le valet scribouillard auteur du texte susmentionné discute "la consistance politique sur l'échiquier mondial", ne nous devance t-elle pas et depuis longtemps sur la scène sportive ? Les antipodes sont loin lorsque le regard ne porte pas au-delà d'Issy-les-Moulineaux ou Châtenay-Malabry, mais à en juger au nombre de médailles et à la culture sportive de la population, il n'y a pas photo. Un journaliste digne de ce nom, afin d'analyser la période de turbulence traversée actuellement par Jean-François Lamour, se serait sans doute penché sur les raisons profondes de cette perte d'influence de la France plutôt que de pousser des cris d'orfraie au sort injuste fait à la main qui, à en juger par sa prose, mériterait de le nourrir. Mais c'est là aussi trop en demander…

    Oui, le poids économique du monde anglo-saxon dans le sport est écrasant. Mais personne n'a forcé le mouvement olympique et toutes les agences qui grenouillent dans son sillage à se vendre à bon compte. Qui se noie dans une émulsion sirupeuse de soda indigeste tous les quatre ans ? Qui accepte désormais que les programmes des Jeux soient dictés par les exigences des networks américains en matière d'horaires de retransmission ? Le CIO, qui avait soi-disant fait de Lamour son chevalier blanc et se désole désormais de le voir Gros-Jean comme devant.

    Mais je m'égare, revenons-en donc à notre mouton. Qu'il soit élu ou pas, Lamour pourra toujours se prévaloir d'avoir eu le soutien de son plumitif zélé, dont les relations fusionnelles avec ses sujets font régulièrement oublier les fondements mêmes de sa mission d'informer. Car le journalisme d'investigation est un exercice exigeant, qui s'accomode mal des croisades personnelles, des indignations à la carte ou des renvois d'ascenseurs. Lisez les meilleurs titres de la presse anglo-saxonne, vous verrez la différence !
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