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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Confusion des genres

Paul Gibersztajn #L'invité de Philostrate
Régulièrement, Philostrate donne la parole à des personnalités portant un regard décalé sur le monde du sport, désireuses de faire partager leurs coups de cœur, leurs témoignages ou leurs désillusions. Aujourd'hui, Paul Gibersztajn, journaliste, ancien rédacteur en chef adjoint du site Rugby365.fr et ancien rédacteur en chef de la rubrique rugby de Sporever.com, nous livre son point de vue sur la défaite du XV de France face à l'Angleterre en demi-finale de la coupe du monde.

Football-Rugby-Illustration.jpg     "La seule leçon de l’histoire que l’on puisse tirer, c’est que les hommes ne tirent jamais les leçons de l’Histoire…". 1987, première coupe du monde de rugby, au cours d’une héroïque demi-finale ponctuée d’un essai miraculeux de Serge Blanco, la France élimine l’Australie sur ses terres. Une semaine plus tard, le même XV est reconduit et n’existe pas face aux All Blacks dans l’en-but desquels des mouettes viennent paisiblement passer l’après midi sans être dérangées…

    1999, après un retournement de situation inoubliable, la France se venge des Néo-Z en les éliminant d’une autre demi-finale et en réussissant, ce qui ne fut pas le plus mince exploit du jour, à se mettre le public de Twickenham dans la poche. Une semaine plus tard le même XV est reconduit et existe à peine devant une Australie pourtant pas supérieure aux Blacks. Dans les deux cas, les joueurs, au sortir de la défaite - pardonnée à l’avance - par un pays qui adule les Poulidor bien mieux que les Anquetil, firent des déclarations semblables à base de "pas descendus de notre nuage" et de "pas récupérés la fatigue du match précédent". Aussi, lorsque Jean-Baptiste Elissalde – demi de mêlée aussi doué que lent – a été interviewé quelques secondes après la défaite  face aux Anglais, il évoqua tout naturellement… la fatigue !

    Pourtant cette fois-ci les raisons d’insuffler un peu de fraîcheur étaient encore plus nombreuses que lors des précédents naufrages : défaillance individuelle - le premier essai Black pour David Marty -, besoin de Poitrenaud à l’arrière si Traille avait remplacé Marty au centre, conviction affichée que le titre se gagne "à 30", date de l’exploit face aux Blacks qui a eu lieu plus tôt dans la compétition. Mais le "on ne change pas une équipe qui gagne" a triomphé de cette logique. Pire ! Le secteur de la touche, catastrophique à Cardiff, malgré la présence de quatre sauteurs patentés dans les rangs bleus, n’a pas été amélioré (corrigé ?) durant la semaine. Et ces munitions ont fait gravement défaut car si "messieurs les anglais tirent les premiers", ils viennent aussi récupérer les douilles !

    Comme Raymond Domenech à Berlin, Bernard Laporte, en avance de quelques jours sur son agenda personnel, s’est senti obligé de "faire de la politique". Une confusion des genres souvent fatale… Se priver de Lionel Nallet en deuxième ligne au profit d’un Fabien Pelous généreux, mais inférieur, ne semble pas répondre à une logique sportive à toute épreuve. Il est acceptable qu’un "vieux" guerrier soit sur le pré, y compris avec un niveau de jeu inférieur à celui qui fut le sien ou encore à celui de son remplaçant À CONDITION que ses qualités mentales transcendent le groupe et lui permettent, le cas échéant, de remettre son rugby à l’endroit. Or, Fabien Pelous, n’a jamais su, durant sa carrière internationale, remettre à l’endroit un match mal tricoté ! Bernard Laporte a su lui ôter le capitanat, mais n’a pas osé le remplacer par un Nallet en pleine bourre…

    Cela rappelle la finale de la Coupe du Monde de foot. La France ultra dominatrice depuis la 30ème minute avait besoin d’un buteur de petit périmètre. L’un des meilleurs spécialistes au monde s’appelle David Trezeguet. Il patientera jusqu’à la 105ème minute avant de rentrer et toucher trois malheureux ballons, car Raymond Domenech n’a pas osé sortir Thierry Henry ou Zinedine Zidane. Cela s’appelle de la politique (avec un petit "p") et cela n’a jamais permis de gagner une Coupe du Monde, que le ballon soit rond ou ovale…
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