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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Vrais bœufs et faux dévots

Philostrate #Société et médias
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    La belle ambiance samedi soir à Saint-Denis ! Un match amical France-Maroc en football c'est une fête. Un peu de fantasia chez ces ploucs de Gaulois, c'est tellement sympa. Et que je te siffle la Marseillaise à l'algérienne, le ministre des sports n'a rien entendu, on n'en attendait pas moins de lui… Et que je te hue les joueurs français, à l'exception notable des stars de confession musulmane, faut tout de même pas déconner… Là, les éditorialistes auraient dû avoir la plume titillée devant ces poussées de crétinisme communautaro-religieux. Mais n'oublions pas que nous sommes en France, pays où il est de bon ton de passer son temps à s'excuser de demander pardon et où les qualificatifs de raciste et de nostalgique du colonialisme ne sont jamais bien loin, dès lors que l'on renâcle à baisser son froc et fournir la vaseline pour se faire entuber.

    La bêtise, dans les tribunes des stade de foot, n'a rien d'un phénomène nouveau. Mais le prétexte religieux n'y avait jusqu'alors guère droit de cité. Un vent mauvais se lève et les joueurs, aux faits et gestes surmédiatisés, en sont en partie responsable. De ceux qui se signent à tout bout de champ à ceux qui invoquent Allah le Miséricordieux bien cadrés par les caméras avant le coup de sifflet de l'arbitre, il est devenu de bon ton ces dernières années pour les durs du mollet de porter sa foi en bandoulière. Au-delà de l'absurdité de mêler Dieu, quelque soit son nom, aux parties de jambes et de ballons, les stades n'ont rien à ma connaissance d'églises ou de mosquées. À moins que l'on ne décide d'installer un bénitier à la sortie des vestiaires et que l'on ne demande aux joueurs de laisser leurs crampons sur la ligne de touche avant de fouler la pelouse, ce qui n'a rien de commode, vous en conviendrez…

    Les journalistes ont aussi leur part de responsabilité dans l'affaire. Il n'est quasiment plus une interview d'un joueur revenant de blessure ou sortant d'une passe difficile sans que, si la personnalité du "client" le permet, il ne soit questionné sur sa foi, censée l'avoir guidé dans la vallée des ombres. La religion relevant à mon sens strictement de la sphère privée, il est tout autant hors de propos d'entraîner un champion sur ce terrain que sur celui de ses préférences sexuelles et ses positions de galipette favorites. Mais n'en demandons pas trop : s'interroger sur l'air du temps et sa responsabilité de ne pas y céder est un luxe que les journalistes à tout faire du XXIe siècle ne peuvent visiblement plus se permettre.

    Quoiqu'il en soit, signes de croix et prières en tous genres n'ont rien de plus à faire dans les stades que les signes extérieurs d'appartenance politique, du nazillon vert de gris au rouge trostko. En la matière, tout se vaut et ne sert aux troupeaux de bœufs qui en usent qu'à s'inventer une légitimité et à cultiver sur le dos du sport un sentiment d'appartenance frelaté. Les autorités, qui poussent des cris d'orfraie devant les hordes nationalistes, devraient prendre avec le même sérieux les portraits de Mao, du Che ou de Staline brandis à Livourne, les étoiles de David exhibées à Amsterdam et toute manifestation ostentatoire d'appartenance religieuse prenant prétexte d'une compétition pour s'exprimer. Faute de quoi, le combat contre la violence dans les stades ne mérite même pas d'être mené.
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