Le sportif est le "mec plus ultra" du XXIe siècle. Sa célébrité ne se mesure plus seulement par ses performances sur le terrain. Pour être reconnu, il
lui faut désormais savoir aussi prendre la pose. Sous la pression des sponsors, des publicitaires et des journalistes, qui empruntent à l'occasion aux vendeurs de lessives quelques unes de leurs
grosses ficelles, il se fait mannequin, se donne la belle image, histoire de prouver qu'il est non seulement le plus fort, mais aussi le plus beau.
Narcisse des temps modernes, ses contorsions devant l'objectif des appareils photos ou des caméras tournent souvent au
ridicule. Quel intérêt de faire se rouler un Ribéry dans la peinture, pour lui offrir le torse nu, tricolore et dégoulinant, la une d'un magazine ? Nous montrer qu'au-delà de son
talent balle au pied, il sait lui aussi jouer les "f
ashion victims" ? Dans les année 50 (voir les gravures de Pellos ci-contre), où dans les films noirs comme dans les journaux on aimait
bien "les gueules", la tronche de boxeur fracassé de l'attaquant du Bayern aurait largement suffi à lui attirer la sympathie du public.
Mais il en faut toujours plus. Comme si le champion, à la pureté de ses gestes dans l'exercice de son art, devait
obligatoirement être un mètre étalon, à la scène comme à la ville. À ce titre, la séance de photos consacrée à Joakim Noah dans la dernière livraison de
Sports & Style, la
consternante pompe à fric de notre quotidien sportif national, était hilarante. Censé jouer les gravures de mode, le
rookie de la NBA, fils de Yannick et Cécilia, donc graine de
mannequin en puissance, illustrait une autre forme de fossé entre les générations. A mi-chemin entre Stevie Wonder et "Requin", l'ennemi aux dents d'acier de James Bond dans
Moonraker,
il semblait autant à sa place dans un studio de mode qu'Alain Bernard dans la pataugeoire de la piscine de Saint-Frusquin-sur Argence. Le spectateur, fan de basket, de football ou de rugby
devrait se foutre comme d'une guigne de ces considérations esthétiques

extra-sportives. On nous en ressert pourtant toutes les semaines. Dès qu'un athlète connaît la consécration, il lui faut jouer les Brummel pour devenir définitivement
bankable,
comme on dit à Hollywood.
Le dernier en date, William Gallas, a fait ce week-end la une du supplément hebdomadaire de notre unique quotidien sportif
national. Entre deux considérations profondes sur la vie, l'histoire de France et l'attitude de la métropole envers ses DOM-TOM, le défenseur d'Arsenal, dans un cliché définitif,
nous lançait un regard noir de défi en prenant sa douche…tout habillé ! C'est de l'art, je sais… À moins que Gallas n'ait décidé de passer du ballon rond à l'ovale et d'intégrer la sémillante
équipe du Stade Français. Mal informé sur les mœurs de ces charmants garçons épilés et bodybuildés, notre footballeur aura alors préféré garder son costume pour ses ablutions d'après match.
L'explication semble plausible, surtout pour un débutant dans l'univers moite des "Dieux du Stade"…
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