Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

L'homme-ressort

Philostrate #Olympisme
    Il existe deux manières d'anesthésier les neurones. La bonne conscience, dans laquelle les belles âmes baignent leurs synapses ramollies. Le conte moderne, qui donne des ailes à la plume des scribouillards en leur épargnant de prendre du recul avec leur sujet. L'histoire d'Oscar Pistorius, le coureur aux prothèses mécaniques qui pourrait, sous réserve de minimas hautement improbables, participer aux Jeux olympiques, est pour le meilleur et surtout le pire un cocktail détonant de ces deux ingrédients.

    Que ce garçon, né sans péronés puis amputé des deux jambes, ait une foi à déplacer les montagnes ne fait aucun doute. Que son rêve olympique et ses prothèses en carbone lui aient permis de surmonter son handicap et de réaliser des performance dont bien des valides seraient incapables mérite évidemment le respect. Mais que la plupart des médias présentent comme une avancée le fait que les autorités sportives l'autorisent à courir dans les meetings et les grands rendez-vous internationaux réservés aux champions valides est proprement absurde.

    Sportivement et techniquement, il est impossible de mesurer avec précision l'avantage que lui procure son équipement de propulsion. Si la difficulté d'évaluer les handicaps a donné lieu à la création dans les épreuves paralympiques d'autant de catégories qu'il existe de déficiences, la raison est simple. Le handicap est foncièrement inégalitaire, a fortiori en matière de performance physique : il y a les coureurs avec prothèses, ceux sans prothèse mais avec une jambe à la motricité réduite, etc. Si cette logique prévaut chez les paralympiques, elle condamne de fait ce genre de duel entre valide et handicapé.

    À moins, d'entrer dans une logique qui est justement celle contre laquelle tout le monde semble se battre aujourd'hui. Celle du "petit plus" qui améliore la performance. Pistorius, aussi peu gâté par la vie et méritant soit-il, bénéficie avec ses prothèses d'une forme mécanique de dopage. Censée rééquilibrer les performances en sa faveur, mais du dopage tout de même. Ouvrons aujourd'hui les couloirs à l'homme-ressort et laissons son cas faire jurisprudence. Demain, les avancées de la science aidant, ce sont des athlètes bioniques qui frapperont à la porte de l'Olympe, tous avec des parcours exemplaires, une volonté de fer (sans jeux de mots…) et autant de bonnes raisons de s'engouffrer dans la brèche ainsi ouverte. Nos athlètes bodybuildés, dans ces conditions, n'auront guère de scrupules à s'en mettre plein le cornet. Dame, si je dois me mesurer demain au saut en longueur avec l'Homme qui valait trois milliards ou à la perche avec l'homme élastique, je ne monterai pas à l'assaut sans une boîte à pilules, je vous le garantis !
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Facebook Twitter RSS Contact