L'homme d'aujourd'hui est plus sensible à la procédure qu'à l'honneur. Illustration par quelques faits divers "sportifs" sortis dans la presse ces derniers jours.
Le premier anecdotique : lors d'une réunion de catch de banlieue, à Nanterre, une spectatrice, sans doute rendue hystérique par ce spectacle de haute volée, lance une bouteille sur le ring. Ni une ni deux, l'arbitre "rend la politesse" à la furie en lui assénant coups de pieds et coups de poings, enchaînement conclu par un vigoureux lancer de chaise. Bilan : œil au beurre noir, dents cassées et plainte de la spectatrice irascible, tombée sur plus irascible qu'elle…
Second fait divers, moins original. Match Toulouse-Ulster le week-end dernier comptant pour la coupe d'Europe de rugby. Faisant preuve de la sportivité proverbiale qui différencie les publics de l'Ovalie et du football, une partie des supporters de l'équipe nord-irlandaise couvre d'injures Trevor Brennan, leur voisin de République d'Irlande, dont le seul tort est de jouer pour les Toulousains. Une remarque de trop sur la mère du joueur - tiens, ce n'est pas sa sœur, non ça c'est une spécialité italienne…- fait tout basculer. Brennan franchit la barrière séparant le public du terrain et assène une bonne rouste au plus acharné de ces fans insultants. Aux dernières nouvelles, le supporter rossé
"s'interrogeait sur la possibilité de déposer une plainte à la police"…
Loin de moi l'idée de pardonner les gestes par trop fougueux des offensés, au centre de ces deux malheureuses histoires. Je m'interroge néanmoins. En d'autres temps, conscients du fait que
"Qui sème le vent récolte la tempête", les deux "agresseurs agressés" n'en auraient pas rajouté et auraient évité de demander justice. Aujourd'hui, par un phénomène de victimisation des agresseurs observé dans l'ensemble de la société et par appât du gain d'éventuels dommages et intérêts, même le loup au milieu du troupeau en est à se parer de la blanche robe de l'agneau. Que ce soit devant un tribunal ou le micro d'un journaliste, le coupable, qui le premier a ouvert la boîte de Pandore, refuse désormais obstinément d'assumer les conséquences de ses gestes ou de ses intentions.
Prenez en novembre le triste épisode de la porte de Saint-Cloud, après le match de coupe d'Europe de football entre le PSG et l'Hapoel Tel Aviv. Partis pour lyncher un jeune supporter portant une écharpe israélienne, quelques dizaines d'excités que l'on n'ose qualifier "d'Ultras" revinrent à un de moins, un policier passant par là ayant eu à faire feu pour protéger la victime désignée du pogrom et s'éviter lui-même un mauvais sort. Les jours suivants, les médias s'attardaient sur la marche silencieuse des amis du jeune supporter abattu lors de cette flambée de violence et les gestes de solidarité des autres Ultras de France. Ces derniers, encouragés par la discrétion des commentaires dans la presse, oubliant un peu vite au passage que c'est plus sûrement la haine entretenue chaque week-end dans les stades qu'une balle perdue qui fut ce soir-là fatale à l'un des leurs…
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