Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Présomption d'innocence

Philostrate #Dopage
    Si tant est que les coureurs cyclistes lisent autre chose que la rubrique "Petite reine", certains ont dû s'étrangler en parcourant les papiers parus ces deux derniers jours en page "Rugby" de notre grand quotidien sportif national. Les trésors de prudence déployés par le spécialiste maison en matière de dopage, par ailleurs  attaché de presse officieux et bouclier du laboratoire national de Châtenay-Malabry depuis les fuites habilement orchestrées autour de l'affaire Armstrong, ont ici de quoi surprendre.

    Soudain, notre homme, sans doute rendu prudent par la perspective de la prochaine coupe du monde de rugby et les réactions d'un milieu guère  habitué à se laisser malmener, redécouvrait la présomption  d'innoncence. Morceaux choisis, à propos des 19 échantillons contenant des substances interdites, relevés dernièrement dans le rugby français. Édition du mercredi 31 janvier, page 12 : "Bien entendu, il serait actuellement malhonnête intellectuellement d'assimiler les neuf dossiers soumis à des autorisations à usage thérapeutique (AUT) à des cas strictement positifs - au sens réglementaire - tant que la FFR n'a pas totalement instruit les dossiers." Mieux encore, ce ouf ! de soulagement en forme de cri du cœur, paru page 11 dans l'édition du jeudi 1er février : "Fin des fantasmes et des supputations concernant deux éventuels joueurs du Top 14 impliqués dans  des affaires de dopage."

    Oscar Pereiro et certains de ses confrères cyclistes auraient sans doute aimé faire l'objet des mêmes égards en pareilles circonstances. Mais, il faut bien le savoir, il y a des sports où la présomption d'innocence existe, d'autres où entre insinuations et raccourcis faciles elle n'est plus qu'une vue de l'esprit. Il y a des disciplines pour lesquelles le laboratoire national antidopage respecte scrupuleusement le secret médical, d'autres où des numéros d'échantillons d'urine censés être préservés à titre expérimental sortent dans la presse, afin de mettre en évidence, rétroactivement, la présence de produits indécelables à l'époque des faits (sic). Il y a des sports où, lorsque l'analyse d'un échantillon B vient contredire celle de l'échantillon A il convient de se réjouir sans réserve - rappelez-vous en 2005 la mésaventure de notre skieur de fond national le plus en vue…-, d'autres où le jeu des sous-entendus habilement distillés laissera toujours planer le doute.

    C'est là, finalement, une belle leçon de journalisme d'investigation à la française. Tire sur les ambulances tant que tu le peux, mon fils, accable ceux pour qui la foule ne nourrit que peu de sympathie et sors les griffes, pourvu que l'on te lâche la bride. Mais fais patte de velours lorsque les "intérêts supérieurs de la nation" sont en jeu et que tu t'aventures sur un terrain vierge ou mouvant. À ce petit jeu, certains ont le droit à la clémence du jury voire à l'erreur, d'autres pas.

P.S : La taille des articles en question est aussi intéressante à souligner. À peine un quart de page dans les deux cas. Pensez-donc, pas de quoi fouetter un chat ! Cela dit, lorsqu'un finaliste de Roland-Garros 2005 est convaincu de dopage, il n'a même pas les honneurs de la "Une" de notre unique quotidien sportif. Suis-je bête, c'était l'affaire Puerta, pas l'affaire Puerto ! Décidément, il n'y en a vraiment que pour les cyclistes…

Facebook Twitter RSS Contact