Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Pourtant, que la montagne est belle…

Philostrate #Société et médias
    En 2004-2005 les canons à neige utilisés pour pallier les caprices du climat dans les stations de ski françaises ont consommé 13 millions de mètres cubes d'eau. L'équivalent de la consommation annuelle des habitants de Marseille ! Le chiffre, relevé dans la dernière édition du magazine Sport et Vie (1), donne le tournis. Quid en effet de l'impact environnemental des sports de plein air, que notre société de loisirs place désormais parmi les activités préférées des Français ? Trop souvent, l'analyse se limite aux bienfaits de leurs retombées sur l'économie locale. Mais en montagne, où les écosystèmes sont fragilisés par la rudesse des conditions, la ruée vers l'or blanc et les sommets risque à terme de causer des dommages irréversibles.

    Les voies surfréquentées menant au sommet du Mont-Blanc et des chaînes himalayennes peinent désormais à évacuer les déchets des colonnes d'alpinistes, partis en rangs serrés goûter à l'ivresse des cimes. Les stations de ski, en butte au réchauffement climatique, n'ont d'autre solution pour survivre que d'utiliser à une cadence infernale les canons à neige. Pour un coût énergétique exhorbitant. Avec aussi des conséquences non négligeables sur un environnement guère emballée par cette neige artificielle, bien plus compacte que celle tombée du ciel. Sans compter les remontées mécaniques. Durant ces dernières décennies, elles ont fleuri bien plus vite sur les pentes que les edelweiss. Dame, c'est qu'il faut satisfaire le "client", skieur ou snowboarder en quête d'adrénaline ! Pas question de le faire attendre ou de lui imposer des remontées en peaux de phoques…

    Mais où s'arrêtera cette fuite en avant ? La contemplation a beau ne plus être le fort des citadins vomis par les TGV en haute saison, continueront t-ils longtemps à venir dépenser plus que de raison pour voir une montagne transformée en terrain de jeu sans vie, défigurée pour avoir satisfait au moindre de leurs désirs ? Il serait trop facile de faire porter la responsabilité de cette dérive aux seules populations locales, dont la survie dépend souvent, on le sait, de l'économie du tourisme et des loisirs. Non, à l'image des surfeurs sur les plages de l'océan Atlantique, il faut qu'émerge, et surtout parmi les populations de passage, une génération de sportifs écocitoyens, qui ne soient pas seulement des consommateurs de sensations fortes.

    Les équipementiers qui prospèrent sur la vague des activités de plein air et de "l'outdoor" ont un rôle déterminant à jouer dans cette prise de conscience. La nature n'est pas seulement un slogan publicitaire, mais elle doit aussi être préservée, sous peine de tuer la poule aux œufs d'or. Certains l'ont bien compris et n'ont pas attendu que la mode soit au développement durable pour s'impliquer dans la protection de l'environnement. Il y a plus de trente ans, un Américain fou de surf et d'escalade, Yvon Chouinard, décidait de créer sa propre marque d'équipement de plein air. Aujourd'hui, sa société, Patagonia (2), se distingue à la fois par la qualité de ses produits et par son engagement sans faille en faveur de la protection de l'environnement et d'un commerce plus équitable. La marque est sur tous les fronts, mène ses propres actions de protection du monde sauvage, mais subventionne aussi de petites associations agissant à la source des problèmes environnementaux.

    Chouinard et Patagonia sont co-fondateurs de la "Conservation Alliance", qui depuis 1989 encourage les sociétés travaillant dans le secteur du plein air à soutenir les associations spécialisées dans la protection d'espaces sauvages menacés. La marque est aussi adhérente du 1% pour la Planète,  qui permet à toute entreprise de faire don d'au moins 1% de son chiffre d'affaire net annuel au profit d'associations environnementales. Un exemple, qui devrait inspirer tous les organisateurs de compétitions, fédérations et autres professionnels du tourisme vivant de la nature et de ses bienfaits.

(1) Sport et Vie N°100 daté de Janvier-Février 2007.
(2) D'ordinaire, Philostrate s'attache à ne citer aucune marque, mais s'accorde ici une exception du fait du caractère exemplaire de l'engagement de la société en question…
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Irénée 07/02/2007 17:59

Le Haut-Alpin que je suis - et fier de l'être ! - approuve ces propos. Et surenchérit même. Car, il faut savoir qu'outre les nuisances dont tu as fort bien parlé, cher Philostrate, les canons à neige ont de plus un aspect particulièrement horrible pour l'environnement, notamment lorsque la neige n'est plus là : c'est que pour les alimenter en eau, ont été creusés de gigantesque bassins de rétention, du plus mauvais effet au milieu des alpages.  Avec une eau "métalisée" bien lointaine du beau "vert" des lacs montagnards. Il fallait le dire !

Facebook Twitter RSS Contact