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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Le sport en deux coups de crayon

Philostrate #Coup de coeur de Philostrate
    Il y a une longue histoire d'amour entre le sport et les illustrateurs. Dans la presse spécialisée des débuts du XXe siècle, ils sont ceux qui donnent à voir au lecteur les gestes des champions. Avant la généralisation de la photo, ce sont eux les premiers reporters d'images. Un journaliste, qui l'a bien connu, me confait encore récemment comment Paul Ordner, l'un des croqueurs les plus doués de sa génération, familier des colonnes de L'Illustration et d'autres titres des années 1920-1930, s'en allait sa planche sous le bras saisir le mouvement sportif sur le vif, dans les stades, les vélodromes ou les patinoires…

    Le développement du photo-reportage après la seconde guerre mondiale sonne le glas de ces voltigeurs du crayon. Mais l'idylle entre le sport et les dessinateurs, elle, se poursuit. D'abord, parce que le caricaturiste ou l'éditorialiste a toujours sa place dans la presse spécialisée. De Déro à Lefred-Thouron, leur coup d'œil impitoyable et leur causticité font bien plus souvent mouche que les éditoriaux de leurs voisins de rédaction journalistes. Ensuite, parce que l'émergence d'un art nouveau, la bande dessinée, a contribué à décupler l'inspiration des illustrateurs passionnés de sport.

    Comme souvent, le meilleur côtoie le pire. Les amourettes de la BD et du sport ont longtemps accouché de mièvreries guère lisibles une fois passé l'âge des culottes courtes. Voir les aventures du footballeur Eric Castel, du stade Marcel-Saupin de Nantes au Nou Camp de Barcelone. Ou les péripéties vrombissantes de Michel Vaillant, témoignage bien documenté sur le milieu du sport automobile, mais aux personnages bien trop lisses et proprets pour accompagner le lecteur au-delà de ses poussées d'acné. Mais il y a heureusement des exceptions. Du côté des mangas, un auteur comme Jirô Taniguchi, amoureux de la nature et des grands espaces, a su donner à l'alpinisme sa série de référence en co-signant Le sommet des dieux.

    Plus classique, le travail formidable réalisé par Lax dans L'Aigle sans orteils (1) prouve qu'il est possible deJambes2.jpg faire rimer réalisme, poésie et qualité documentaire. Le destin de ce montagnard pyrénéen qui se lance dans l'aventure du Tour de France cycliste à la veille de la première guerre mondiale est séduisante pour l'historien comme pour l'amateur de belles histoires. Les couleurs sépia, rappelant celles de la presse de l'époque, apportent du réalisme au récit et donnent envie de le feuilleter, encore et encore, comme on le fait d'un vieil album de photos de famille. Une réussite jusqu'à présent inégalée. La maison d'édition du groupe de notre grand quotidien sportif national travaille actuellement sur un hommage en BD aux Paris-Roubaix des temps héroïques. Fruit de recherches historiques minutleuses, souhaitons que cet album soit au moins aussi attachant que cet Aigle sans orteils, que je ne saurais trop vous conseiller…

(1) L'Aigle sans orteils de Lax. Dupuis. Collection "Aire Libre". 78 pages.2005.
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