Avec ses tournois chiffrés en dollars, balisant la saison comme autant de chèques géants, le tennis est devenu le terrain de jeu préféré des pères abusifs. L'enfer étant toujours pavé de bonnes intentions, les ambitieux géniteurs jurent ne vouloir que le bien de leur descendance. Refusant la plupart du temps d'admettre que leurs propres rêves d'ascension sociale, de reconnaissance, voire de revanche sur la vie pèsent bien lourdement sur les épaules de leur progéniture… Hélas, ces pères exclusifs et castrateurs sont légion dans le milieu de la petite balle jaune. Avec parfois la réussite au bout du calvaire d'une enfance sacrifiée sur l'autel de la performance, mais le plus souvent aussi des personnalités fracassées. André Agassi, récent retraité des courts, fut dès son plus jeune âge programmé pour être le champion que son père, venu chercher fortune aux Etats-Unis, ne réussit jamais à être. Pas de Noël pour le petit André, pas un jour de répit. À l'adolescence, la graine de star part en vrille, se met à boire entre les tournois, endosse le costume
white trash, on se demande bien pourquoi… Il lui faudra des années pour s'en remettre, subissant sans broncher les engueulades paternelles jusqu'au soir même de sa première victoire à Wimbledon, pour avoir triomphé, certes, mais en perdant un set !
Dans le tableau féminin, la situation n'est pas plus reluisante. On pensait avoir tout vu avec les outrances et les humiliations infligées par Jim Pierce à sa fille, Mary. Les
"Kill that bitch !" criés du haut des tribunes à l'intention des adversaires. Les roulements de muscles à destination des officiels et des journalistes, suspectés de vouloir briser le mur édifié entre sa joueuse de fille et le reste du monde. Eh bien non, on est en passe de trouver mieux avec Arsalan Rezaï, père d'Aravan, sier prometteur.
Intimidation des adversaires de sa fille ou de leurs pères, horions et insultes en pagaille, le tout, comme il se doit, dans un climat de paranoïa savamment entretenu dans le registre
"Toi et moi contre le monde entier", il y a là tous les ingrédients d'une réussite sportive exemplaire. La fille, elle, habituée aux conditions spartiates de la caravane familiale et aux outrances paternelles, n'y trouve rien à redire. Pas encore du moins. Sans aller jusqu'à parler de syndrome de Stockholm, ces relations fusionnelles entre un père détenteur de toutes les vérités et son enfant s'achèvent souvent dans la douleur, aux premières vélléités d'indépendance du rejeton. Il est temps dès lors de réparer les dégâts, en s'accrochant certains à la religion, d'autres à l'amour ou à une formidable envie de brûler la vie par les deux bouts pour rattraper ces années "volées". Pour ceux n'ayant pas connu l'ivresse des Grands Chelem et des belles places au classement mondial, le plus dur reste encore, le moment venu, de ne pas reproduire le schéma en faisant peser sur leurs propres enfants le poids de l'échec…
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