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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Business à XV

Philostrate #Rugby
    Les rugbymen ont toujours eu le sens des affaires. Le poids des traditions sans doute. Longtemps dominée par l'amateurisme - les pros, c'était pour le Jeu à XIII…-, la discipline ne nourrissait pas son homme, surtout une fois passée l'heure des galipettes sur le pré. Alors, on profitait des relations nouées dans la moiteur d'un vestiaire après match ou d'une poignée de main un soir de troisième mi-temps pour faire prospérer sa petite société ou préparer sa reconversion.

    Moins maternés que leurs homologues footballeurs, moins gâtés et plus madrés aussi, les internationaux du XV de France ont souvent fait de beaux patrons après leur carrière sportive. À chaque génération sa spécialité : le cassoulet pour les Spanghero, la thalassothérapie pour Serge Blanco ou une célèbre marque de sportswear au nœud papillon rose pour le Show-bizz du Racing club de France…

    Cette capacité à tirer au mieux partie du système et d'une célébrité éphémère n'a pas disparu, loin de là, avec l'avènement du professionnalisme. Pour avoir parfois croisé des membres du très médiatisé Stade Français, j'ai toujours été impressionné par leurs réflexes de vieux roublards de la com', distribuant avec un bel enthousiasme tapes dans le dos et cartes de visite aux représentants des collectivités locales ou des entreprises du CAC 40 croisés au hasard de leurs obligations. Une forme de métissage abouti entre la veille convivialité héritée du terroir, où le rugby  à XV plonge ses racines, et l'art consommé des public relations  cultivé  par  les  Anglo-saxons, créateurs si ce n'est maîtres du jeu.

    Bernard Laporte, actuel sélectionneur du XV de France, n'a en la matière de leçons à recevoir de personne.  Une dizaine de contrats publicitaires, allant de la tranche de jambon aux croquettes pour chiens, des parts dans des restaurants, des campings, des casinos…(1) : l'ancien meneur de la "Tortue béglaise" incarne  tellement son sport qu'il en serait presque boulimique. Au point, parfois, de se prendre un peu les pieds dans le tapis et flirter avec le conflit d'intérêt entre ses obligations sportives et ses aspirations, légitimes, de réussite sociale. Car la méfiance s'impose pour les VRP du XV, la sortie de route peut être fatale. Dans les packs, les plus lourds font la loi, dans le monde des affaires, ce sont ceux dont le compte en banque et le portefeuille d'actions sont les mieux remplis.

    Avec parfois de cruelles désillusions, comme celle du "self made man" algérien Rafik Khalifa, très en vogue au début des années 2000 dans le milieu du sport, un temps approché par Laporte dans sa tentative de sauvetage du CA Bègles-Bordeaux-Gironde. L'incarnation de l'Algérie nouvelle, instrumentalisée par le pouvoir en place, faisait alors  manger dans sa main toute la jet set séduite par le doux bruissement des billets. Coup de chance ou intuition géniale, le sélectionneur de l'équipe de France ne s'en est pas alors approché suffisamment pour pâtir aujourd'hui de sa disgrâce. Mais l'expérience a valeur d'avertissement. Il peut en effet s'avérer bien plus fatal de se fourvoyer en affaires que de voir sa mêlée piétinée par une horde de All Blacks

(1) Voir le dernier volet du portrait en trois parties paru ce week-end dans le supplément hebdomadaire de notre quotidien sportif national.
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