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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Ne tirez plus sur l'arbitre !

Philostrate #Football
    Loin de moi l'idée de déresponsabiliser les arbitres de football. Mais lorsque tout concourt à leur faire endosser le rôle de bouc émissaire, je préfère encore crier grâce. Prenez l'exemple du match de Ligue des Champions perdu mardi soir par Lille face à Manchester United. L'arbitrage de Monsieur Braamhar, l'officiant batave de la rencontre, n'a certes pas été un modèle du genre. Le traitement dont ces décisions a fait l'objet non plus, c'est le moins que l'on puisse dire…

    Soixante-deuxième minute de jeu. But du Lillois Peter Odemwingie, refusé immédiatement par le corps arbitral. Sans même attendre le ralenti, le journaliste de Canal en charge du commentaire, suivi  par son toujours très réactif homme de terrain, crie  au scandale pour le  LOSC. Le ralenti survient, montrant que l'attaquant nordiste s'est bien rendu coupable d'une poussette sur un défenseur adverse, certes légère, mais justifiant néanmoins l'annulation du but. Une décision que seul Aimé Jacquet, parfait dans son rôle de consultant, admet sans rechigner, son voisin de cabine préférant rappeler qu'en championnat d'Angleterre, des buts comme celui-ci sont accordés chaque week-end.

    Quatre-vingt-troisième minute de jeu. Coup franc indiscutable pour Manchester. Alors que le gardien et les défenseurs de Lille tardent à se placer, l'arbitre, sans siffler mais le réglement ne l'y oblige pas, autorise Ryan Giggs à tirer rapidement le coup de pied arrêté. But pour Manchester. À nouveau, le commentateur entonne l'air de la suspicion, oubliant cette fois de rappeler que, chaque week-end, des buts comme celui-ci sont marqués dans le championnat d'Angleterre, y compris par des attaquants français ! Mais on lui pardonne, puisque Canal a laissé filer les droits de retransmission de la Premier League et ne semble guère pressé de les récupérer…

    Dans les deux cas, le premier réflexe en matière de décision d'arbitrage est le procès d'intention. Alors que l'homme en noir sur le terrain n'est pas toujours aidé par les joueurs, les entraîneurs ou le réglement - pourquoi le coup de sifflet n'est-il pas le seul préalable à l'exécution d'un coup de pied arrêté ? -, alors que la rapidité du jeu rend toujours plus périlleuse la prise de décision immédiate, il n'est pas une rencontre sans que l'arbitre ne soit pointé du doigt. Sur la foi de ralentis, dont l'intéressé ne dispose évidemment pas lorsqu'il doit rendre son verdict, mais qui animent à n'en plus finir les plateaux d'émissions comme Les Spécialistes, sorte de café du commerce où un palmarès et une carte de presse suffisent, semble t-il, à garantir la probité des intervenants.

    Il y a trois décennies, les arbitres arrivaient encore parfois à passer entre les gouttes. Aujourd'hui, ils ne sont ni pire ni meilleurs qu'avant, simplement le poids économique d'une rencontre est devenu tel qu'il ne fait que peser toujours plus lourdement sur leurs épaules. Alors oui, je suis pour parfaire la professionnalisation du corps arbitral. Oui, je suis pour le recours à la vidéo dans les cas litigieux. Oui, je suis pour l'instauration d'un second arbitre et surtout pour l'avènement d'une nouvelle génération de juges de touche, qui ne se contentent plus de lever leurs drapeaux de façon aléatoire et fuient le reste du temps leurs responsabilités. Mais toutes ces améliorations ne serviront à rien si, tant derrière les micros que sur le terrain ou les bancs de touche, le respect de l'arbitre reste un vœu pieux. À moins d'admettre une fois pour toutes que dans le grand cirque médiatique, qui toutes les semaines promène sa caravane de stade en stade, les hommes en noir soient condamnés à endosser la défroque d'auguste ou de phénomène de foire…
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