Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Le "phénomène" Jan Ullrich

Philostrate #Cyclisme
                                 
    Les mots ont un sens, qui se joue parfois des discours les mieux construits. On sait toute l'énergie que met Amaury sport organisation, grand manitou du Tour de France, à traquer les brebis galeuses ou supposées telles des pelotons cyclistes. Dans le monde merveilleux du sport spectacle, un champion se doit d'enchaîner les franchissements de cols avec l'apparente facilité des dieux, mais sans jamais s'écarter du droit chemin de la normalité. En restant humain quoi… L'analyse de la carrière de Jan Ullrich dans notre grand quotidien sportif de ce matin par le directeur de la Grande Boucle en personne donne donc à réfléchir. Jugeant que les problèmes de poids récurrents du champion allemand, manifestation d'un manque de rigueur semble t-il répréhensible, avaient en partie gâché sa carrière, Christian Prudhomme concluait son intervention d'un définitif : "Potentiellement, c'était pourtant un phénomène du sport".

    Là, une plongée dans le dictionnaire s'impose. Pour le Petit Larousse, lorsqu'il s'applique à un individu, le terme de phénomène désigne un "Être humain ou animal exhibé en public pour quelque particularité rare". Pour le Petit Robert, le phénomène va de la "personne rare, extraordinaire" à "l'individu anormal". Prenons le plus petit dénominateur commun pour ne pas accabler notre grand homme. Dans sa carrière, dont le palmarès compte tout de même une victoire pour un total de sept podiums sur le Tour de France, Jan Ullrich aurait tout bonnement été trop normal. Trop humain, avec la dizaine de kilos dont l'hiver venait lester sa silhouette rondouillarde. Pas assez obsédé par "la gagne" et son métier, dilettante, presque trop gentil.

    Le portrait en creux qui se dessine, celui d'un champion hors norme, d'un "extraterrestre" sacrifiant tout pour la victoire, écrasant ses rivaux comme un rouleau compresseur, ne laissant rien au hasard dans sa préparation, à l'instinct de tueur lui permettant de mater avant même le départ ses adversaires, ne vous rappelle personne ? Si, un champion américain, recordman des victoires dans le Tour de France, tellement "phénoménal", que les organisateurs de la Grande Boucle et leurs zélés bras armés journalistes ou manieurs d'éprouvettes n'ont de cesse depuis de mettre en doute les triomphes. Lance Armstrong, lui, est LE "phénomène du sport" par excellence, tout comme Marco Pantani, un autre vainqueur de Jan Ullrich, capable de s'envoyer l'Alpe d'Huez en un peu plus d'une demi-heure. Et je l'aimais bien le Marco, dommage qu'il soit allé mourir à Rimini, comme diraient les Wampas…

    Alors, au final, qui préférez-vous Monsieur Prudhomme ? Quel est votre modèle, celui le plus apte à relever les défis démesurés de votre épreuve qui, de tout temps, a poussé les champions à être toujours plus "phénoménaux" quelqu'en soit le prix ? Moi, j'avoue un faible pour le gros Jan et ses bourrelets, qui ne l'ont pas empêché de se forger un palmarès dont nombre de nos coureurs français, devenus pour la plupart des pleurnicheurs patentés, n'approcheront jamais, même en rêve… Et par pitié, arrêtez de jouer avec l'ombre que fait planer "l'affaire Puerto" sur toutes ses performances. Au risque, dans un souci d'équité face à l'histoire et faute de certitudes quant à la "propreté" de certaines victoires passées, de remettre en cause plus d'un siècle de palmarès de la Grande Boucle.
Facebook Twitter RSS Contact