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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

"Qui qu'en a du bon pognon ?"

Philostrate #Société et médias
   
    Ils sont beaux, nos champions, étiquetés comme des jambons de Parme dans la dernière livraison du supplément hebdomadaire de notre - hélas ! - unique quotidien sportif national. Pour un Zizou, c'est 13 millions d'euros. Un TP ("Tipi" avec l'accent et la capuche sur la tête, yo !), ça fait dans les 9,8 millions. Ces numéros spéciaux sur les salaires des champions me laissent toujours songeur. Certes, ils sont dans l'air du temps. À une époque où l'on s'exhibe avec des lingots d'or dans les stades d'athlétisme, où gagner une raquette incrustée de diamants est du plus grand chic et où l'exil fiscal est une discipline obligatoire dans le cursus du sportif accompli, difficile de lutter contre la tendance du "Dis-moi combien tu pèses d'euros, je te dirai ton niveau…"

    Je ne me pose pas tant la question de la pertinence de ce type de dossier d'un point de vue moral, car après tout ces sommes aussi démesurées soient-elles ne sont que la traduction sonnante et trébuchante de l'énorme business qu'est devenue la "chose sportive". Non, je me la pose en terme de pertinence journalistique. Certes, il y a l'argument imparable : c'est vendeur. Admettons. "Du pognon et des stars", version moderne "Du pain et des jeux" distrayant la plèbe dans la Rome antique. Mais que tous ces jolis messieurs, donneurs de leçons patentés bien alignés dans leurs tribunes de presse, ne viennent pas ensuite faire les gros yeux lorsque le vulgum pecus fait dévaler des gradins ses tonitruants "Trop payés !". Ou lorsque quelques supporters rendus taquins par des résultats médiocres viennent démonter à Paris ou Marseille les grosses cyclindrées de leurs idoles gavées de billets.

    Le rôle de la presse est certes de décrire la société telle qu'elle est. Mais elle n'est pas pour autant obligée de remuer la fange pour jouer ensuite les vierges effarouchées au moindre dérapage. Elle a le droit aussi, si ce n'est le devoir, d'élever le débat, en évitant d'en rajouter sans cesse. Surtout pour nous resservir ensuite la légendaire "exemplarité du sport". Quand on entonne régulièrement sur papier glacé l'air du "Qui qu'en a du bon pognon ?", comment s'étonner ensuite que des parents bousillent leurs enfants pour en faire des machines à faire du dollar sur des courts de tennis, que des athlètes se chargent comme des chevaux de course pour partir à la chasse aux lingots ou que des cyclistes, dont les salaires sont pour le plupart bien loin des sommets, se préparent comme des machines de guerre pour améliorer l'ordinaire ? Comment les blâmer surtout, lorsque l'on se complaît par ailleurs dans le rôle de mouche du coche.

    Il serait sans doute plus intéressant de lancer nos fins limiers de l'information dans les méandres tortueux de l'économie du sport. D'aller fouiller dans les poubelles des grandes marques pour voir dans quelles conditions et par qui sont faits ces maillots, ces ballons et tous ces jolis accessoires inondant ensuite le marché des pays développés, vendus à prix d'or après avoir été produits pour une poignée de dollars, quand ce n'est pas à coups de triques, en Inde ou en Asie. Là, oui, ce serait un vrai travail journalistique et cela montrerait sur le dos de qui sont faites les royalties largement redistribuées ensuite à nos multimillionnaires de champions. Seulement voilà, il y aurait un risque de froisser la sensibilité de quelques annonceurs. Dans l'état où se trouve aujourd'hui la presse française, ce serait hautement suicidaire, non ?
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