La saison est aux barbus. Après le ramoneur en houppelande qui passe en décembre dans les cheminées sans salir son habit rouge, c'est Sébastien Chabal et ses
attributs pileux façon Raspoutine qui a ouvert en fanfare le mois de janvier. Chabal, le deuxième ligne du Racing Métro 92, sportif préféré des Français. Disons plutôt, champion dont l'image
séduit le plus le grand public. L'ancien de Bourgoin avec ses bras musculeux qui descendent jusqu'aux genoux, ses mains façon Yéti parfois engourdies et ses charges furieuses à décimer les Kiwis
plaît, c'est indéniable. C'est un joueur de rugby de
Playstation : on défonce, on arrache, on fracasse, pas besoin d'être un expert du ballon ovale pour comprendre le mécanisme…
Mais au-delà de ses qualités physiques, c'est son look qui fait sortir médiatiquement Chabal du lot. Le genre "
homme des
bois" dur au mal et taiseux. Un poil pithécanthrope, bouru avec la presse, gentil avec les enfants, mais nature avant tout. C'est du moins ce que dit Chabal, dans une interview accordée au
supplément week-end de notre quotidien sportif national, tout en avouant à propos de son image,
"être obligé d'y penser, de la travailler". Un aveu qui lui fait honneur et explique
certains dérapages difficiles à comprendre lorsque, comme lui, on se revendique brut de décoffrage. Vous auriez imaginé, vous, Lino Ventura, une référence dans le genre "
homme de la pampa,
parfois rude mais toujours courtois", poser en talons aiguilles sur les culs de bus pour les besoins d'une publicité ? Non. D'ailleurs on imagine assez bien la façon dont serait sorti
l'inconscient venu avec une telle proposition dans le repaire de Montretout à Saint-Cloud, où vivait celui qui reste vingt après sa mort l'un des acteurs les plus populaires auprès des Français
!
Chabal, c'est un gars simple et robuste, mais qui sait mettre son côté ours en veilleuse lorsqu'il s'agit justement d'exploiter ou
de jouer avec son image de
"gars simple et robuste". Il a la sincérité de son temps. Il n'en reste pas moins une bonne tête de gondole pour un rugby qui a la cote, avec ses champions
certes professionnels, mais dont les émoluments leur interdisent encore, contrairement aux footballeurs, d'hésiter entre le diamant et le platine pour "
customiser" les jantes de leurs
voitures. Chabal, c'est encore le
tuning de province, moumoute sur le volant et flammes bombées à la main sur les portières. Sa popularité doit en faire rêver plus d'un en ce début
d'année sportive engourdie par le gel et la neige. A commencer par Raymond Domenech, "futur ex-entraîneur" de l'équipe de France de football, qui devrait sérieusement songer à se laisser pousser
une barbe de Viking pour voir si, d'aventure, ce matelas de poils en bataille lui donne une chance de faire un bond dans l'estime des journalistes, de ses joueurs, des dirigeants du foot français
et du dernier carré de supporters des Bleus…