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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

En souvenir de l'ami Totor

Philostrate #Cyclisme

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     Le 18 juin 2009, Totor Cosson prenait la tangente. A 93 ans, son échappée solitaire le menait tout droit chez Saint Pierre, qui devait l'attendre une casquette sur le coin de l'œil et un ballon de rouge à la main. Comme au temps joyeux des équipes nationales, qui redonnaient des couleurs au Tour de France en attirant par milliers les spectateurs au bord des routes. Les champions cyclistes des années trente jouissent alors d'une aura au moins égale aux grands footballeurs d'aujourd'hui, sans en avoir toutefois le compte en banque…

 

     Le temps d'un été, celui de 1938, la France des congés payés découvre donc la bonne bouille de Victor Cosson. Le "môme Totor" de Billancourt n'a que 23 ans, mais en s'emparant de la troisième place du classement général au terme de l'étape Marseille-Cannes, il se révèle soudain au grand public. Profitant des dissenssions au sein de l'équipe de France et d'un coup de pédale prometteur en montagne, il s'accroche au podium jusqu'à Paris pour finir troisième et premier Français du Tour, derrière l'Italien Gino Bartali et le Belge Félicien Vervaecke. "A Boulogne, j'étais devenu un héros local, s'émerveillait-il encore en 2006 *. Les gens me reconnaissaient dans la rue. Surtout, cette troisième place m'a permis de signer un peu partout des contrats pour des courses sur vélodrome, en France comme à l'étranger."

 

     Hélas, cette popularité n'a qu'un temps. La guerre va passer par là. Une fois la paix revenue, Victor ne retrouvera  jamais sa forme de l'été 38.Quand sonne l'heure de la retraite sportive, il n'en reste pas moins une figure des pelotons, en y exerçant jusque dans les années 1970 la profession de motard de presse. Avec sa joyeuse bande d'amis de tous âges, l'ami Totor a ensuite continué jusqu'à sa mort en 2009 à distiller ses souvenirs et sa joie de vivre avec un bonheur égal. Quatre ans jour pour jour après sa disparition at alors que s'approche le départ de la centième édition du Tour de France, ses amis et tous les amoureux sincères du vélo n'ont qu'un souhait : que ceux qui président désormais aux destinées de la Grande Boucle n'oublient jamais les héros anonymes qui en ont fait l'histoire. Derrière les cracks aux palmarès interminables, derrière les cannibales et les boulimiques de victoires, ce sont eux, qui, hier comme aujourd'hui, en préservent l'humanité et le capital sympathie…

 

* Citation extraite du livre d'entretiens Victor Cosson, champion cycliste des années sombres paru en 2007 aux éditions Le Pas d'Oiseau.

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