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Vieux papiers

Victor Cosson (1915-2009)

Olympisme

Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /2010 20:57
Gravure-Glace-Illus.Bdf.jpg      A lire les journaux, que va t-il nous rester demain à nous mettre sous la dent ? La viande de bœuf ? Son industrie produit du CO2 à la cadence d'une vache ballonnée, elle serait donc à bannir de nos menus, ou alors pas plus de deux fois par semaine. Le poisson ? La folie "sushi" et la surpêche vident le fond des océans aussi sûrement qu'un match du PSG les tribunes du Parc des princes. Pas bon pour la planète non plus… Et si, troublé par cette idée, vous décidez de vous affaler sur votre canapé un paquet de chips transgéniques sur les genoux pour suivre les Jeux d'hiver de Vancouver, vous ne risquez pas non plus d'avoir votre brevet d'éco-citoyen. Pourquoi ? Mais à cause des dérèglements climatiques ma brave dame !

     Voilà pourtant des Jeux qui sentaient bon l'air pur et les grands espaces. La Colombie Britannique, ses matins brumeux, ses orques monochromes, ses cadres dynamiques arrivant au bureau leur vélo sur l'épaule. Un joli programme, vendu sur dossier clés en mains aux beaux messieurs du CIO, estampillé développement durable, éco-responsable, commercialement équitable, tout JO tout bio. Mais voilà, le climat s'en mêle (ou s'emmêle, ça revient au même). Pas un cristal de neige à l'horizon alors que le compte à rebours précédant l'ouverture des Jeux touche à sa fin. On imaginait déjà le comité d'organisation de Vancouver convoquer les derniers chamans indiens, ultimes survivants de la petite vérole et de l'eau de feu, pour entamer l'une de leurs danses ancestrales, censée faire dégringoler l'or blanc des nuages…

     Ben non, patatras ! L'homme blanc, même canadien, préférera toujours le pétrole aux rites indiens. C'est à coup de camions que la neige qui fait défaut dans la capitale de la Colombie britannique est acheminée du reste du pays. Le beau manteau immaculé vire au gris et l'empreinte énergétique de ces Jeux au grand air tient de la patte de dinosaure. Mais qu'importe, le rêve olympique n'a pas de prix. Peut-être cette anecdote sportivo-climatique n'est-elle qu'un signe avant-coureur de la fin annoncée des Jeux d'hiver ? Après tout, si nous continuons à faire chauffer la Terre comme une cocotte-minute, l'avenir de cette sympathique sauterie entre pistes et patinoires risque fort de s'écrire en pointillés. "Mais tous les spécialistes ne sont pas d'accord", comme dirait Claude Allègre. Il est même des climatologues qui prévoient que le réchauffement climatique, en modifiant la route du Gulf Stream, pourrait par ricochet contribuer au refroidissement de nos côtes. La Gironde aurait alors à peu de choses près un climat semblable à celui du Québec. Et si Bordeaux était finalement la meilleure ville candidate pour espérer un jour voir la France organiser à nouveau les Jeux d'hiver ?
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Samedi 5 septembre 2009 6 05 /09 /2009 09:10
    La Chine, un an après… Douze mois se sont écoulés depuis le passage de la caravane olympique à Pékin et les sujets fleurissent dans les journaux. Que sont devenues les installations olympiques ? Le fameux "Nid d'oiseau" s'est-il transformé en poule aux œufs d'or touristique ? Comment se portent une saison plus tard les héros médaillés de Beijing 2008 ?

    Mais curieusement, à l'heure des bilans, le CIO pointe aux abonnés absents. La multinationale olympique reste muette. Elle n'avait pourtant pas ménagé ses efforts pour faire passer la pilule chinoise auprès de ceux doutant du bien-fondé de confier les JO au plus grand régime autoritaire de la planète. Mister Rogge et ses affidés ne nous avaient-ils pas promis qu'avec la Chine, l'olympisme faisait un pari sur l'avenir ? Que le passage de la flamme et de ses anneaux dans l'empire du Milieu allait inévitablement contribuer à une ouverture des hiérarques pékinois sur le monde ? Que les droits de l'homme ne pourraient qu'en tirer bénéfice ? Comme à Berlin en 1936, où, après le passage des Jeux, Hitler s'est tellement adouci qu'il n'a pu attendre une olympiade pour donner au monde entier de tendres accolades…
   
    Je ne crois pas plus aux vertus thaumaturges de l'olympisme sur les dictatures aujourd'hui qu'il y a soixante-dix ans.
Ça tombe bien, ça m'évite de cruelles désillusions. Mais comment fait le CIO pour survivre à ses contradictions ? Son bel étendard humaniste, rongé par  les compromissions politico-économiques, ressemble à s'y méprendre à un torchon mité. "Tout le discours sur l'importance des JO pour la libéralisation de la société et de la politique chinoise est évidemment nul et non avenu. L'effet a même été contraire.", constatait cet été le sinologue François Godement (1). Ce ne sont pas les Ouïgours et les Tibétains qui hélas le contrediront… Pékin 2008 n'a été qu'une belle démonstration nationaliste du savoir-faire made in China. Elle a dû rassurer tous ceux qui doutaient qu'en Chine on sache faire danser et défiler les petits enfants ou fleurir les feux d'artifice. Pour ma part, je n'ai qu'un regret : que le CIO n'ait pas profité de cette olympiade pour s'initier à l'art de l'autocritique, cher aux Maoïstes. Ce triste épisode dans l'histoire de l'olympisme aurait au moins servi à quelque chose…

(1) Sud-Ouest, édition du 9 août 2009.
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