Du sport ou du cochon
Il s'appelait Victor Cosson. Mais pour ses amis - et ils étaient nombreux…-, c'était "Totor" de Billancourt. Un vrai titi des faubourgs, auréolé de gloire le
temps d'un été et d'une troisième place sur le Tour de France cycliste 1938. À 93 ans, ce joyeux témoin d'une période faste des pelotons, ces années trente riches en champions tricolores, s'est
éteint chez lui, dans la nuit du 18 juin 2009, à Boulogne-Billancourt. "Ce sont des choses qui arrivent à cet âge-là !", nous aurait-il lancé en clignant de l'œil. N'empêche cher Totor,
ta famille, tes potes et tous ceux qui t'aimaient en ont gros sur la patate…Tes histoires de courses d'avant-guerre, tu les racontais comme pas un. Sans chichis, ni grandiloquence. Tu aimais les partager autour d'une bonne table, fourchette en l'air et verre à la main. Si ton appartement, rempli de souvenirs, semblait être resté dans son jus depuis tes folles années, tu ne vivais pas pour autant dans le passé. Tes copains, tu les choisissais sans distinction d'âge, anciens coéquipiers, journalistes ou rivaux chenus, comme "jeunots" ayant à peine entamé la quarantaine. Des histoires d'amitié toute simple, scellées dans la complicité d'anecdotes partagées autour de ta table de salle à manger ou de ton petit studio photo, où les clichés sépia de ta jeunesse n'arrêtaient pas de faire des petits.
Jusque récemment, tu descendais toujours à pied tes quatre étages, tu allais faire ton tiercé au PMU du coin, casser la graine au restaurant, saluer au passage ceux, nombreux, qui te connaissaient dans le quartier. Autonome comme beaucoup de nonagénaires rêvent de l'être, par la grâce de ces "gènes de dinosaure", dont tu imaginais ta famille dotée, tant elle produisait de quasi-centenaires.… Hélas, même les dinosaures s'éteignent un jour. Ton enthousiasme aurait pu rendre jaloux bien des gamins, mais ta mécanique, elle, était usée par la vie. C'est comme ça. Mais tu laisses un sacré vide, de ceux que même les plus valeureux coursiers n'arrivent pas à combler. T'as passé la flamme rouge et la ligne d'arrivée en solitaire. T'auras sûrement une anecdote ou un bon mot pour Saint Pierre. D'anciennes photos à dédicacer pour tes supporters, qui au Ciel t'attendent depuis un bail. Et nous autres, peloton d'orphelins, on suivra tôt ou tard, on le sait. On n'est pas pressés non plus… Mais quand on te retrouvera, cochon qui s'en dédit, on fera une bringue à déplumer les anges du paradis !
Victor Cosson
envoyé par cghautsdeseine. - Découvrez les dernières vidéos de sport.
Vidéo produite et réalisée par le Conseil général des Hauts-de-Seine en juillet 2007.
www.hauts-de-seine.net
Victor Cosson sera enterré jeudi 25 juin 2009 à 14h30 au cimetière nouveau de Boulogne-Billancourt
(rue Pierre-Grenier, à deux pas du métro porte de Saint-Cloud).
Mon père, Jean-Baptiste De Grégori, un boulonnais, a connu Victor Cosson à l'ACBB. Je me souviens que vers 1955 (j'étais petit) j'étais avec lui à AX les Thermes lors d'une étape du Tour et comme il connaissait pas mal de monde dans le milieu du cyclisme j'ai pu circuler parmi les grands noms de l'époque et je me souviens qu'il a parlé avec Totor, il m'a fait grimper sur sa moto ce jour-là.
Mon père est mort en 1986 mais l'une des courses où il a eu un bon classement est Paris Camembert (cette course était ouverte aux amateurs) Totor a gagné cette course mais je ne sais pas si c'est cette année là que mon père s'est "distingué". Où peut-on trouver le palmarès de cette course depuis sa création?
Merci
"Totor" a remporté Le Grand Prix de Camenbert (ancienne appellation de Paris-Camembert) en 1943. Pour retrouver des classements et des infos sur les anciens coureurs, vous pouvez essayer : http://www.memoire-du-cyclisme.net/
Je suis triste aussi, comme toi. Tu l'as dit : "un bon coup de fourchette" ! Il aimait la vie et les gens. J'espère que l'Equipe lui fera un hommage digne de sa générosité et de son enthousiasme.