Du sport ou du cochon
Un
demi siècle après sa mort, Marcel Cerdan conserve intact son pouvoir de fascination. Dans les foires aux vieux
papiers, les aficionados du "Bombardier de Casablanca" continuent à faire grimper la cote du moindre document portant son paraphe. Dans les salles obscures, le triomphe de
La Môme a une nouvelle fois remis sur le devant de la scène son idylle avec Edith Piaf. Le Cerdan du film, aux allures de "gravure de mode" bien plus sûr
de son pouvoir de séduction que l'original, a du charisme, il faut le reconnaître… Mais pas grand chose à voir avec le magnétisme animal du champion du monde, aussi irrésistible sur un ring que
simple et direct dans la vie.Un homme, aussi, prisonnier de sa légende, comme tous ceux morts jeunes, au faîte de la gloire. On ne compte plus les biographies voire les hagiographies qui lui ont été consacrées et ce n'est pas le moindre mérite du Marcel Cerdan de Jacques Marchand, paru récemment aux éditions Prolongations (1), de ne pas se contenter d'épousseter l'icône. Jeune journaliste au quotidien Sports, Jacques Marchand, qui deviendra quelques années plus tard rédacteur en chef chargé de la boxe puis du cyclisme à L'Equipe, a alors pour mission de suivre à la trace le futur champion du monde.
Pendant trois ans, de Paris à Casablanca, il partage ainsi son quotidien. De séances de cinéma "sauvages" sur le boulevard de Clichy, rendez-vous pour lesquels Marcel n'hésite pas à sécher certains entraînements, en déplacement au Maroc sur les terres d'origine du champion, le journaliste pratique l'homme au jour le jour et recueille ses confidences, dont celle tenue secrète de sa liaison avec Piaf. Le portrait que dessine cet ouvrage est donc bien loin du Cerdan statufié aux exploits taillés dans le marbre.
Lors du voyage au Maroc qu'il effectue en 1947 avec le champion, c'est même un Marcel Cerdan à la
dérive que nous révèle Jacques Marchand. Un champion rongé par le doute, craignant pour sa santé, infiniment vulnérable et bien
peu conforme à sa légende. Le temps écoulé depuis ces conversations "off the record" - on imagine alors la frustration du journaliste…- donne une saveur
particulière au récit , celle de l'authenticité, car on sent qu'en témoin intègre le confident d'alors, qu'Edith Piaf et son entourage ne tarderont pas à écarter du cercle des intimes de Marcel,
ne cherche ni à noircir le tableau, ni à embellir la réalité. Bref, un livre à dévorer de toute urgence pour mieux comprendre les ressorts du destin hors du commun d'un homme simple, pris dans le
tourbillon de la gloire…(1) Marcel Cerdan de Jacques Marchand, Editions Prolongations, 119 p, 12€.
Sam 17 mar 2007
Aucun commentaire