Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Grande Boucle et "Front Popu"

Jean-Claude Duce

C'était l'été 1936, celui du Front Populaire et des premiers congés payés. A l'occasion de deux jours de repos à Cannes le 20 juillet et Perpignan le 24, les coureurs du Tour de France goûtaient aux plaisirs de la plage à l'unisson de celles et ceux qui, pour certains, voyaient pour la première fois la Grande Bleue. Equipes belges et allemandes mélangées, Français hilares ou Luxembourgeois joueurs, c'est vrai qu'il flotte sur les géants de la route de cet été-là un petit air de "Front Popu" que restitue bien cette série de photos tirées de la grande malle aux trésors de Gallica

Images : gallica.bnf.f
Images : gallica.bnf.f
Images : gallica.bnf.f
Images : gallica.bnf.f
Images : gallica.bnf.f
Images : gallica.bnf.f
Images : gallica.bnf.f
Images : gallica.bnf.f
Images : gallica.bnf.f

Images : gallica.bnf.f

Le Tour, c'est l'exploitation dans toute sa magnificence !

Philostrate #Les lectures de Philostrate
En 1907, le Tour de France jouit déjà d'une belle réputation. Le passage des coureurs les jours d'étapes provoque dans les villes  une belle effervescence et  fait le bonheur des commerçants locaux. Parfois trop. Du moins à en juger par le récit pittoresque rapporté par Alphonse Baugé, directeur sportif de l'équipe Labor, dans cette lettre écrite à Grenoble le 17 juillet 1907. Il y fait le détail des dépenses consenties pour équiper et soigner ses coureur. Cent dix ans après, sa lecture reste savoureuse…


    "Il fait ici une chaleur torride et j'ai dû acheter deux casquettes blanches, l'une pour Ringeval, l'autre pour Maitron : coût 2fr.90. Aïe donc les frais ! J'ai aussi fait acquisition de couvre-nuque très pratiques, - blancs, évidemment. J'en ai acheté dix à 0fr. 50 : total, cent sous. Aïe donc les frais ! Ménager avait besoin de chaussures, je lui en ai offert aux frais de la princesse… Labor : payé 13fr. 95. Aïe donc les frais !

    J'ai requis un photographe qui a pris le quatuor. D'ici deux jours, vous recevrez les épreuves. Les Sports ont, eux aussi, passé une commande, devant publier un supplément spécial à l'occasion du Tour de France. Je n'ai donc pas hésité à les faire mettre en tenue, immédiatement, avec l'inscription Labor sur la poitrine, c'est-à-dire face à l'appareil. Aïe donc les affaires ! (…

Le Tour, c'est l'exploitation dans toute sa magnificence !

    Je vous adresse ci-inclus le relevé des frais jusqu'à ce jour. Peut-être cette douloureuse vous causera-t-elle quelque surprise, mais je suis persuadé que vous comprendrez que mes dépenses sont absolument indispensables. Je compte, je discute et je me débats absolument comme si cet argent sortait de ma poche. Soyez persuadé que je ne "marche" pas sans réfléchir et sans compter. (…)

    Les soigneurs eux-mêmes sont victimes d'un "coup de fusil" d'une suprême élégance. On leur compte carrément une bouteille d'eau de Vichy 1fr 25 ! Quatre bidons de riz au lait (deux litres) 6 francs ! Une côtelette, 0fr. 80, etc. En résumé, c'est l'exploitation dans toute sa magnificence. Or, attendu la rapidité des étapes, c'est à dire à peine si l'on est arrivé qu'il faut immédiatement songer à repartir, vous comprendrez facilement que les soigneurs, arrivant quelquefois juste à temps dans les contrôles pour préparer leur "popote", n'ont pas le temps matériel de courir au meilleur marché, car ils risqueraient fort de "louper" leur service de ravitaillement."
 

Extrait de Lettres à mon Directeur par Alphonse Baugé édité en 1908 par la Librairie de L'Auto. Pour ceux qui aiment les calculs, un franc 1907 vaut environ 3,50 euros…


  

Les visages de Paris 1924, Johnny Weissmuller l’apatride des Tourelles

Jean-Claude Duce #Les visages des JO de Paris 1924

     Un siècle avant les JO de 2024, à l’organisation desquels la capitale française est candidate, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’imagine un nouveau destin olympique…

Les visages de Paris 1924, Johnny Weissmuller l’apatride des Tourelles

    Le regard charbonneux dans une pose presque martiale mettant en valeur son imposante carrure : sur le bord de la piscine des Tourelles à Paris, Johnny Weissmuller semble plein d’assurance, prêt à assumer lors de ces Jeux olympiques de 1924 son statut de meilleur nageur du monde. Pourtant, l’athlète conquérant cache un lourd secret. Pour faire partie de la délégation américaine, le gaillard a dû en effet trafiquer ses papiers et jouer avec son identité. Car Johann Peter Weissmuller, né en 1904 à Freidorf dans l’empire d’Autriche-Hongrie puis émigré sept mois plus tard aux Etats-Unis avec ses parents n’est pas citoyen américain quand arrive sa sélection olympique. La disparition de l’empire de Sissi et ses amis où il avait vu le jour a fait de lui un apatride. Avec la complicité de son père, Johnny endosse alors l’identité de son frère cadet Peter Jr, né lui sur le sol américain, pour se faire établir un passeport en bonne et due forme. Un tour de passe-passe qui lui permet de débarquer en France avec la délégation américaine et l’étiquette de favori des épreuves de nage libre.

    Sa spécialité : le crawl, dans une technique jugée aujourd’hui peu académique, puisqu’il nage la tête hors de l’eau. Comme un nageur de water-polo. Mais surtout comme un requin furieux. Weissmuller, après une coulée qui lui donne déjà un avantage certain sur ses concurrents, glisse sur l’eau avec une frénésie animale. Digne de Tarzan, le roi de la jungle, célèbre apatride comme lui, qu’il incarnera sur grand écran à partir de 1932 au point de devenir l’une des vedettes d’Hollywood.

Image http://gallica.bnf.fr

Image http://gallica.bnf.fr

    Quand il s’impose sur 100 m dans la piscine des Tourelles, le grand Johnny ne se tape pas la poitrine en poussant le célèbre cri de « l’homme singe » qui deviendra quelques années plus tard sa signature. Mais ses adversaires, eux, ont plusieurs lianes de retard. Après avoir été le premier nageur au-dessous de la minute sur 100 m nage libre, il devient à Paris champion olympique de la spécialité, titre qu’il conservera quatre ans plus tard à Amsterdam. Pour faire bonne mesure, il remporte deux autres médailles d’or sur 400 m nage libre et relais 4x200 m nage libre. Pas mal pour quelqu’un qui avait commencé la natation pour soigner les séquelles d’une poliomyélite ! Une vraie « success story », qui lui vaudra ensuite de ne plus jamais avoir à tricher sur son identité en étant dans la foulée de ses exploits olympiques reconnu citoyen américain à part entière.

Autres figures des JO de 1924 à découvrir : Pierre Chayriguès, Géo André, Louis Faure-Dujarric

L'olympisme, foire universelle des jeux sportifs

Philostrate #Les lectures de Philostrate

Alors que les villes sont de plus en plus réticentes à se porter candidates à l'accueil du grand cirque olympique, certains s'inquiétaient dès les années 1920 de la voracité de l'ogre enfanté par Coubertin. C'est le cas de l'éditorialiste Jean de Pierrefeu, perplexe, déjà, devant le gigantisme des Jeux de 1924 organisés à Paris.

    "Aimez-vous les Jeux olympiques ? On en a mis partout. Du bassin d'Argenteuil à la piscine des Tourelles en passant par le Vel d'Hiv', tout marche à la fois le matin et l'après-midi. Mon ticket d'entrée aux Tourelles portait, le 20 juillet, ce chiffre effarant : 259e réunion ! Et ce n'est pas tout, au vélodrome de Vincennes on verra fleurir la 272e et au fronton basque de Billancourt la 281e…

    Comme l'hydre de la fable, l'Olympisme moderne étend sur toutes choses ses bras tentaculaires, mais pour vouloir trop embrasser, ne risque t-il pas de périr ? Il n'y a pas de raison pour que, dans quatre ans, le tir à l'arc, en honneur dans l'Ile-de-France, la Picardie et dans tant de charmants "patelins" de l'Afrique centrale, ou que le boomerang, spécialité de l'Australie, ne soient également de la fête; ils le méritent autant que le tir de chasse sur pigeons d'argile, qui possède son champion olympique.

L'olympisme, foire universelle des jeux sportifs
    Je me garderai bien de blâmer l'énorme complexité de ces Jeux qui ont coûté tant d'efforts aux organisateurs, mais il faut bien constater que l'Olympisme, transformé en une Foire universelle des Jeux sportifs, perd ce caractère de culture humaine qu'on voulait lui donner. Soit par désir de ne laisser à l'écart rien de tout ce qui constitue l'activité de jeu de l'homme d'aujourd'hui, soit par nécessité d'accueillir les groupements qui se prétendent tous aussi indispensables les uns que les autres, le Comité international élargit démesurément les limites de l'Olympisme, lequel, par définition, est une sportivité choisie et stylisée. Je suis persuadé qu'il faudra procéder tôt ou tard à une reconcentration pour épurer l'idée olympique et redonner aux Jeux une ligne harmonieuse, simple et belle."
 
Texte de Jean de Pierrefeu, paru dans l'édition du 26 juillet 1924 de L'Illustration, à l'occasion des Jeux olympiques de 1924 à Paris.

Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?

Jean-Claude Duce

    En 2024, Anne Hidalgo nous l'assure : si Paris organise les JO, les nageurs, dans le sillage du triathlon olympique, feront leur grand retour dans la Seine. Interdites à la baignade depuis 1923, les eaux du fleuve pourraient donc à nouveau s'agiter entre la passerelle de l'Avre et le pont de Suresnes, voire au pied même de la tour Eiffel en plein Paname. Après Jacques Chirac en son temps, la maire de Paris y va à son tour de sa promesse de lendemains qui baignent, là où le commun des mortels ne voit le plus souvent dans la Seine qu'une autoroute tout juste bonne à charrier rats, silures, microbes et autres reliefs flottants du quotidien de dix millions de Franciliens…

    Polluée la Seine dites-vous ? Certainement moins qu'il y a un siècle, où l'on était guère regardant sur la qualité des eaux déjà sévèrement troublées par l'industrialisation, dont les rejets prennent alors bien souvent directement le chemin du fleuve. Cela n'empêche pas les sportifs en quête d'ébats aquatiques d'y plonger tête la première et sans combinaison s'il vous plaît ! En 1900, Sequana, déesse tutélaire du fleuve, a même droit aux honneurs de l'Olympe. Le 11 août à 11h30 à Asnières, les quarante-sept participants du concours de natation olympique y disputent une course de 1000 m, remportée par l'Anglais John Jarvis, sans même que l'on juge bon d'interrompre le trafic fluvial. Les traversées de Paris à la nage font alors partie du folklore estival et les quais sont même noirs de monde le 16 septembre 1905 pour voir huit concurrents relever le défi de 12 kilomètres qui leur est proposé par le quotidien L'Auto entre le pont National et le viaduc d'Auteuil. Vainqueur, le Parisien Paulus n'a rien d'un surhomme, mais, nous dit L'Illustration, est "un notable commerçant, âgé de quarante-quatre ans, père de quatre enfants, dont la célébrité relative commença aux bains Deligny en 1885…"

    La vision d'Anne Hidalgo rêvant de voir barboter dans la Seine nos valeureux athlètes puis tous les Parisiens, ne tient donc pas à proprement parler de l'utopie. Des triathlètes l'ont déjà fait, à intervalle plus ou moins régulier. S'il vaut mieux éviter d'y de boire la tasse, les progrès de l'assainissement et les normes toujours plus draconiennes en matière de traitement et de rejet des eaux usées pourraient permettre aux membres de la caravane aquatique olympique de fendre à nouveau en 2024 une onde, dont la pureté n'aurait sans doute pas inquiété leurs arrière-grands-parents…

Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?
Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?
Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?
Anne Hidalgo, dans la Seine jusqu'au cou ?

James Moore, à jamais le premier !

Jean-Claude Duce

C'est un 31 mai, en 1868, qu'est organisée la première course cycliste de l'histoire, dans le parc de Saint-Cloud, alors domaine impérial. Et c'est à un Anglais, parisien d'adoption, que revient ce jour-là l'honneur de battre tout le monde au poteau.

James Moore, à jamais le premier !

     Le 31 mai 1868, la foule des grands jours est réunie dans le parc de Saint-Cloud. Ouvert exceptionnellement au public par la famille impériale, le domaine accueille pour la Pentecôte une grande fête, avec bal et feu d'artifice. Pourtant sur les coups de quinze heures, ce ne sont pas ces réjouissances mais une course qui fait se presser les curieux dans le bas parc à deux pas de la Seine. Autour de la grande allée de cinq cents mètres, sur laquelle les coureurs devront effectuer un aller-retour, les élégantes à l'abri de leurs ombrelles et les hommes en redingotes et hauts de forme s'impatientent. L'objet de leurs regards curieux ? Le vélocipède, cette nouvelle machine dont tout le monde parle, "cet instrument disgracieux, cette roue aux rayons plus fins que des pattes de faucheux et qui, rapide comme le vent, fend l'air et anéantit les distances", selon la description qu'en donne alors Jules Claretie dans les colonnes de L'Illustration. Une tribune des plus officielles a même été dressée, d'où un public choisi tente d'apercevoir le visage des audacieux coureurs et de leurs étranges montures.

James Moore, à jamais le premier !

    Si trois épreuves sont au programme - dont une course de lenteur, où les concurrents doivent prouver leur habileté en restant en selle tout en avançant le plus lentement possible sur cinquante mètres -, c'est celle pour vélo d'un mètre qui passionne le plus les parieurs. Elle ne compte que cinq engagés, tous équipés d'engins sortis des usines Michaux voisines, alignés près du poteau de départ, au sommet duquel flotte un grand drapeau tricolore. Parmi eux, un jeune Anglais de 19 ans vivant en France, James Moore. Les noms des coureurs ne sont en ces temps héroïques connus que par une poignée de passionnés, mais le sociétaire du Véloce Club de Paris va inscrire le sien pour toujours dans l'histoire du sport cycliste. Une fois donné le signal du départ, l'effort violent et l'équilibre précaire que se doivent de préserver les coureurs sur le terrain accidenté font parcourir des frissons dans l'assistance. A chaque instant, les spectateurs s'attendent à voir l'un de ces funambules se rompre l'échine. Au terme d'un rush échevelé, là où les spécialistes attendaient plutôt les Polocini, Drouet et Castera - l'un des meilleurs coureurs français du moment -, c'est James Moore, qui sort vainqueur de l'empoignade, au terme d'un effort de deux minutes et trente-cinq secondes. "Le Parisien volant", comme ses victoires lui vaudront plus tard d'être surnommé, vient d'entrer dans la légende. Et bien des années plus tard, en 1930, vieillard chenu de quatre-vingt ans passés (image ci-dessus), c'est avec fierté qu'il prend encore la pose pour célébrer l'anniversaire de son succès dans la première course cycliste de l'histoire, un après-midi du printemps 1868 dans l'Ouest de Paris.

Les visages de Paris 1924, Faure-Dujarric l’architecte ciel et blanc

Jean-Claude Duce

Un siècle avant les JO de 2024, à l’organisation desquels la capitale française est candidate, Paris organisait les derniers Jeux en date sur les bords de  Seine. Celles et ceux qui ont alors fait l’actualité ont tous marqué de leur empreinte l’histoire de l’olympisme. Cette galerie de portraits vous invite à les découvrir au moment même où Paris s’imagine un nouveau destin olympique…

Loulou et son bitos… Image : http://gallica.bnf.fr/

Loulou et son bitos… Image : http://gallica.bnf.fr/

     Sur la photo, Louis Faure-Dujarric a l’air aussi raide que les poils de sa moustache. A 47 ans, c’est une âme de « sportsman » qui vibre pourtant sous le costume de l’homme respectable. Pas bedonnant pour un rond le bourgeois, mais sec comme un coup de trique en adepte de l’exercice physique, que ce Racingman bon teint pratique depuis son plus jeune âge. A 18 ans, il est même finaliste avec son club du deuxième championnat de France de rugby de l’histoire à Bécon-les-Bruyères, défait 7 à 3 par cet embarrassant rival parisien qu’est déjà le Stade Français. Dès lors, même pendant ses études d’architecte, l’ancien capitaine des quinzistes ne reniera jamais son attachement ciel et blanc, au point d’occuper la vice-présidence du Racing, quand Paris s’apprête à accueillir les Jeux olympiques de 1924. Il sera même l’un de ceux qui permettront au comité d’organisation de sortir de l’impasse dans lequel les élus de la capitale l’avaient placé en se montrant incapables de faire aboutir le dossier du grand stade destiné, entre autres, à accueillir les épreuves d’athlétisme, de football et de rugby. Grâce au maire de Colombes et au Racing, c’est dans cette banlieue ouvrière, sur l’emplacement de l’ancien Stade du Matin, que va voir le jour l’enceinte appelée à rester pour de nombreuses années le temple du sport français.

Dans les tribunes du stade olympique, se cache Winston Churchill, saurez-vous le retrouver ? Image : http://gallica.bnf.fr/

Dans les tribunes du stade olympique, se cache Winston Churchill, saurez-vous le retrouver ? Image : http://gallica.bnf.fr/

     En plus d’être Racingman, Louis Faure-Dujarric, architecte disposant déjà d’une solide réputation, a l’expérience des édifices sportifs, pour avoir entre autres construit le court central de Roland-Garros. Il sera donc l’homme du stade olympique. En un an et demi seulement, il donne naissance à ce qui se fait de mieux à l’époque en matière d’architecture sportive : un géant de 60 000 places, dont 20 000 couvertes et assises réunies dans deux tribunes longeant les lignes droites de la piste d’athlétisme. Un stade fonctionnel, offrant aux spectateurs un large champ vision grâce à ses gradins au profil parabolique et à sa piste d’athlétisme relevée en mâchefer rosé, tranchant joliment avec le vert de la pelouse centrale. Ses charpentes légères de fer et de bois, ses assises en ciment lui donnent, comme l’écrit Dans L’Illustration Jean de Pierrefeu, nostalgique des stades antiques, « l’élégance d’une épure géométrique, (…) la froide beauté des formules algébriques et la grâce squelettique du calcul. » Les spectateurs, qui entrent et sortent facilement de cet ovale posé au pied des cheminées d’usines, apprécient, eux… Et lorsque le 5 juillet 1924 Géo André prononce le serment olympique, il salue aussi un peu le grand œuvre de Faure-Dujarric, l’architecte ciel et blanc.

Coubertin, quand le baron s'emmêlait la moustache…

Philostrate #Les lectures de Philostrate

Au congrès olympique de Budapest en 1911, Pierre de Coubertin, toujours soucieux de faire évoluer le programme de "ses" Jeux rénovés, propose aux membres du CIO d'y intégrer quelques nouvelles disciplines, parfois inattendues, qui ne connaîtront pour certaines qu'un succès mitigé. La parole au baron…

Pierre de Coubertin était comme vous, il faisait du sport dans son fauteuil… Et le lancer de nains, t'y a déjà pensé Pierrot au lancer de nains ? (Image Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530674809/f1.item.r=Coubertin,%20Pierre%20de)

Pierre de Coubertin était comme vous, il faisait du sport dans son fauteuil… Et le lancer de nains, t'y a déjà pensé Pierrot au lancer de nains ? (Image Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530674809/f1.item.r=Coubertin,%20Pierre%20de)

  "Une autre nouveauté fut la création du "Pentathlon moderne". Je l'avais déjà présenté au CIO à deux reprises et l'accueil avait été incompréhensif, presque hostile. Je n'avais pas insisté. Cette fois, la grâce de l'Esprit-Saint sportif éclaira mes collègues et ils acceptèrent une épreuve à laquelle j'attachais une grande valeur. Véritable sacrement de l'athlète complet, le Pentathlon moderne devait comprendre : une course à pied, une course à cheval, une course de natation, un assaut d'épée et finalement une épreuve de tir à laquelle j'aurais préféré substituer une course à l'aviron, mais cela eût compliqué grandement l'organisation, déjà passablement difficile.

    (…) La troisième des réalisations dont je veux parler fut l'institution de prix de chasse et d'alpinisme destinés à récompenser la plus belle ascension et le plus bel exploit cynégétique accomplis depuis la célébration de la précédente Olympiade. L'idée avait été émise dès le congrès initial de 1894 et nous avait été transmise par cette assemblée sous forme d'un vœu favorable. Je la voyais complétée plus tard par un troisième prix olympique du même genre pour l'aviation.

    Tout cela était dans l'ordre : all games, all nations. C'était de plus d'une organisation facile, de frais insignifiants… Cependant, sur ce triple terrain, une indifférence apathique et parfois même un mauvais vouloir sans cause discernable se sont manifestés. Cela s'est fait, cela ne s'est plus fait; il n'y a eu là que caprice et manque de suite apparents. J'espère qu'on reviendra à la formule susdite. Elle est bonne…"
 
Extrait de Mémoires olympiques par Pierre de Coubertin, édité en 1931 par le Bureau international de pédagogie sportive du CIO à Lausanne.

J’étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Epilogue)

Jean-Claude Duce

Vainqueur du Tour de France cycliste 1909, le jovial François Faber était avant la Grande Guerre un champion populaire. Grandi en banlieue parisienne, le « Géant de Colombes », généreux et bon vivant, avait opté pour la nationalité luxembourgeoise de son père, mais était considéré par le public comme un enfant du pays. Quand la guerre éclate pendant l’été 1914, il s’engage dans la Légion étrangère pour défendre la France, qui avait fait « sa fortune ».

Son "Grand match" dans l'Artois, le "Géant de Colombes" n'aura pour ainsi dire pas le temps de le livrer. Quand à dix heures, le 9 mai 1915, le 33e corps d'armée commandé par le général Pétain sort d'un seul bond de ses tranchées, "Le Grand", comme l'appelaient affectueusement ses frères d'armes, est presque instantanément fauché par la mitraille, à l'entrée des Ouvrages Blancs. Témoin de la scène, un autre légionnaire se rappellera l'avoir vu dans le chaos de l'assaut porter ses mains à l'abdomen et crier "Je suis touché !". Il ne sera pas la seule victime de cette terrible journée. Quand au terme de leur furieuse poussée les légionnaires atteignent à onze heures trente la cote 140 et la crête de Vimy, ils n'ont plus guère qu'un sergent de valide pour les commander. Tombés les capitaines Leliagre, Boutin, Jourdeuil et Osmont, idem pour les commandants Noiré, Muller et Gaubert. Comble de l'ironie, toutes ces pertes auront pour ainsi dire été vaines. Faute de soutien, les légionnaires doivent en effet se résoudre à abandonner la crête de Vimy pour se replier sur des positions plus sûres. Elle ne sera reprise qu'en 1916 par les Canadiens. Sur le champ de bataille des Ouvrages Blancs, le corps du caporal Faber ne sera jamais retrouvé au grand désespoir de tous ceux qui l'aimaient, et ils étaient nombreux… "La caractéristique de Faber, écrit, meurtri, Henri Desgrange dans L'Auto du 19 mai 1915, était sa bonté. Celle-ci se manifestait partout, aussi bien dans ses relations de vie courante que dans les courses. On peut dire de lui qu'il n'avait en course aucun adversaire, seulement des concurrents (...) Il était unanimement aimé et estimé". "Pauvre Grand, nous l'admirions tant !" résument ses compagnons d'arme dans le mot de condoléance adressé à sa veuve, à qui revient désormais la responsabilité d'élever seule leur bébé, qu'il n'aura jamais vu. Ainsi se fracassait, à 28 ans, le destin d'un des champions les plus populaires d'avant la Grande Guerre. N'oublions jamais ceux tombés dans l'Artois et ailleurs en ce funeste printemps 1915.

Retrouvez les épisodes précédents : Vol.1, Vol. 2, Vol.3, Vol. 4, Vol. 5, Vol. 6, Vol. 7, Vol. 8, Vol. 9, Vol.10 

Quand Paris retrouve son palet

Philostrate #Sports de glace
    Avant de partir à la conquête des Alpes, le hockey sur glace a longtemps été une affaire parisienne. Au début du XXe siècle, le Cercle des Patineurs de Paris popularise la discipline en France sur les lacs gelés du bois de Boulogne. À l'exception de Lyon en 1907, les premiers championnats nationaux sont tous remportés jusque dans les années vingt par des  équipes de la capitale, les clubs montagnards devant attendre le sacre de Chamonix en 1922 pour inscrire leur nom au palmarès de la compétition.

    Les décennies suivantes sont certes marquées par un rééquilibrage géographique en faveur des Alpes, mais  le  hockey continue à attirer les foules à Paris. Dans les années 1930, c'est au Vel d'Hiv que Jeff Dickson, audacieux organisateur d'événements sportifs, fait découvrir aux Parisiens l'art du dribbling et de la glisse des joueurs québecois, dont le fameux Laframboise… Dans ces années folles naît aussi la légende des Français Volants de Paris, qui remportent alors leurs premiers titres. Après guerre, une équipe banlieusarde prend le relais. Montée grâce à la générosité de Philippe Potin, héritier de la célèbre chaîne d'épiceries qui laissera sa chemise dans l'aventure, l'ACBB hisse Boulogne-Billancourt jusqu'aux sommets du hockey européen.

 

Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle
Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle
Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle
Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle
Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle
Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle

Images : http://gallica.bnf.fr (trois premières du diaporame) et collection personnelle

    Bon gré mal gré, la tradition perdure dans les patinoires de Paris et sa banlieue jusque dans les années 1980, où l'ouverture du Palais omnisports de Paris Bercy (POPB) et la renaissance des Français Volants raniment les passions. Pour voir les Parisiens affronter leurs rivaux du Mont-Blanc, de Briançon ou de Grenoble, l'assistance dépasse souvent les 10 000 spectateurs à Bercy. Mais cette flambée ne sera que de courte durée : pour avoir vu trop grand, le club parisien sombre peu de temps après son dernier titre, plombé comme nombre de ses homologues par des problèmes financiers récurrents et peu aidé, il est vrai, par une Fédération française des sports de glace où le hockey n'est alors qu'une discipline parmi d'autres, pas forcément la plus mise en valeur…

    Depuis, le hockey a pris son indépendance et s'est inventé un grand rendez-vous parisien annuel. Organisée pour la première fois en février 2007 au POPB, la finale de la coupe de France de hockey y a battu tous les records d'affluence, donnant du baume au cœur à la jeune fédération française de hockey à l'origine de ce pari risqué. Retour en grâce prometteur pour une discipline que l'on n'avait plus vu à pareille fête à Paris depuis bien longtemps. Après une mise entre parenthèses en raison des travaux de rénovation de Bercy, ce match de prestige a fait son retour sur la glace de "l'Accor hotels Arena" en janvier 2016. Un véritable succès populaire déterminant lors du choix de la candidature française pour la co-organisation des championnats du monde 2017, qui se déroulent en ce moment sur la glace parisienne.

 

Afficher plus d'articles

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 > >>
Facebook Twitter RSS Contact