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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Ragueneau, roi du cross de la Belle Epoque

Jean-Claude Duce

En accueillant le 1er mars 1903 le championnat national de cross, les bois de Ville-d'Avray et le parc de Saint-Cloud confirment l'implantation en région parisienne d'une discipline en pleine mutation. Avec au rendez-vous plus de 5000 spectateurs et la démonstration d’un champion, Gaston Ragueneau.

    L'annonce en 1903 de l'organisation dans le parc de Saint-Cloud du championnat national de cross n'a rien d'une surprise pour ceux, de plus en plus nombreux, qui suivent alors le développement en France des sports athlétiques. Depuis sa première édition quinze ans plus tôt, cette compétition, née sous l'impulsion des grands clubs parisiens, n'a en effet jamais quitté les bois de Meudon et de Ville-d'Avray, attirant au gré des saisons curieux et athlètes sous les frondaisons de Bellevue, Chaville ou dans les allées du parc de la Faisanderie à Saint-Cloud. Ce printemps-là cependant, la course rassemblant les ténors du cross national n'a plus rien à voir avec les joyeuses parties de campagne des années pionnières. "En ces temps primitifs, note Henri Desgrange dans les colonnes de l'Auto du 1er mars 1903, on courait volontiers avec ses godillots et sa tunique de lycéen. Nous n'avions pas encore dégagé l'impressionnante silhouette du coureur à pied, aux mouvements libres et souples dans l'ample culotte; nous ne soupçonnions pas la course à travers bois et nous n'aurions jamais cru possible ce qui va se passer aujourd'hui dans les bois de Ville-d'Avray."

Ragueneau, roi du cross de la Belle Epoque

    En 1903, l'athlétisme est déjà sorti du petit cercle d'initiés qui l'a vu naître pour partir à la conquête d'un public plus large, et ses premiers champions ont su se frayer un chemin à la une des journaux populaires. Le 1er mars à 10 h, sur la ligne de départ tracée à l'emplacement de l'ancien château de Saint-Cloud, ce sont eux que les connaisseurs cherchent du regard parmi les 309 athlètes engagés. L'un de ces "vigoureux jeunes gens" se distingue tout particulièrement avec sur les épaules le maillot cerclé rouge et blanc de la Société athlétique de Montrouge : Gaston Ragueneau, dont le seul patronyme suffit à enthousiasmer les amateurs. Il a déjà remporté l'épreuve à deux reprises et n'a dès les premiers mètres qu'une idée en tête, récidiver. Avec son plus dangereux rival, Louis Bonniot de Fleurac du Racing club de France, le Montrougien impose d'emblée aux autres concurrents un train d'enfer : dans le sous-bois conduisant au lieu dit de l'Etoile de chasse, les bousculades et les chutes sont nombreuses.

    Dans la côte des Jardies menant à Sèvres, Ragueneau devance déjà son adversaire de 150 mètres et le Racingman, au terme de la première boucle du parcours, doit consentir de gros efforts pour limiter les dégâts. Dans son sillage, plusieurs coureurs tentent à leur tour de revenir sur le champion de Montrouge, mais leurs tentatives resteront vaines : au terme des 16 km 400 de l'épreuve, Ragueneau franchit la ligne d'arrivée avec plus de 400 mètres d'avance sur ses concurrents qui, couverts de boue comme lui, ont pour certains d'entre eux payé cher leurs efforts. C'est le cas d'un certain Lebras, dont L'Auto conte la mésaventure le lendemain : "Le petit Lebras, du Stade français, qui était troisième après la première boucle, revenait très bien, lorsqu'au saut d'un ravin profond de 3 mètres il tombait si malheureusement qu'il se tordait la cheville gauche et ne pouvait se relever. Le pauvre garçon qui pleurait à chaudes larmes fut ramené en voiture automobile et un sérieux massage a pu le remettre à peu près en état..." Gaston Ragueneau, lui, bon pied bon œil, n’en est ce jour-là qu’à la moitié d'une série de six victoires dans le cross national, qui ne s’achèvera qu’en 1907.

L'âge d'or des vélodromes

Jean-Claude Duce

A la fin du XIXème siècle, popularité du sport cycliste aidant, trois vélodromes voient le jour dans le seul Ouest parisien. Disparues aujourd'hui, ces pistes ont pourtant écrit quelques unes des premières pages de l'histoire du vélo en France.
 

 L'âge d'or des vélodromes

    Bien sûr, il existait déjà de l'autre côté du pont de Suresnes la "piste" de Neuilly Saint-James, petit kilomètre de route incertaine fréquenté par les coureurs de la Société d'encouragement… Mais lorsqu'à l'aube des années 1890 porté par le succès des premiers Paris-Brest et Bordeaux-Paris le sport cycliste prend son envol en France, les vélodromes dignes de ce nom sont encore rares. En région parisienne, il faut attendre 1891 pour qu'une piste vienne répondre à la demande des amateurs de plus en plus nombreux de courses de fond ou de vitesse, et c'est à Courbevoie, route de Bezons en bordure de la ligne de chemin de fer Saint-Lazare - Champ de Mars via Issy-les-Moulineaux, que ce premier vélodrome voit le jour. Sa piste de ciment de cinq cents mètres n'aura guère le temps de s'user. Située trop loin du centre de la capitale, cette arène de cinq mille places cesse d'être exploitée un an seulement après son ouverture pour finalement disparaître quelques années plus tard. La concurrence était trop rude : en 1892 le directeur des Folies-Bergères, Clovis Clerc, s'était en effet décidé à financer à Neuilly la construction d'un autre vélodrome appelé lui à un bel avenir. Installée à proximité de la Porte-maillot, sur les terrains où Buffalo Bill et son "Ouest sauvage" avaient conquis le cœur des Parisiens, cette piste de 333 m conçue en partie par Henri Desgrange - qui y établira le premier record du monde de l'heure sans entraîneur (35,325 km) - fera les beaux jours du sport cycliste jusqu'en 1899.

     L'âge d'or des vélodromes

        Le 27 août 1893, quelques semaines seulement après l'inauguration de Buffalo, un troisième vélodrome ouvre ses portes à Levallois. Située à deux pas du fleuve, au bout de la rue de Courcelles, la piste de 500 m du vélodrome de la Seine, faite à l'origine de pavés de bois, s'usera assez vite et finira par céder la place à un anneau de ciment aux virages relevés surnommés par les coureurs les "falaises de la Seine". Exploitée pendant plusieurs années, la piste de Levallois accueillera quelques morceaux de bravoure du sport cycliste et aura l'honneur notamment de voir triompher le sprinter américain Zimmermann, déjà champion d'Amérique et d'Angleterre, à l'occasion d'un handicap resté dans les annales comme la dernière course disputée en France par ce "crack de la pédale". Ce jour là, opposé à seize concurrents sur un mille (1609,32 m), le grand "Zim", déjà vainqueur à Buffalo du premier Bol d'or cycliste, bat le record français de la distance en deux minutes et neuf secondes. Bien que plus longue que celle de Courbevoie, l'heure de gloire de la piste de la Seine sera pourtant elle aussi de courte durée. Fermé au bout de quelques années, le vélodrome restera un moment inutilisé puis sera démoli pour permettre la construction d'usines de plus en plus nombreuses à l'approche de la première guerre mondiale. Buffalo, à Neuilly puis Montrouge, n'aura alors plus pour seul rival dans l'ouest parisien que le parc des Princes dont l'âge d'or s'étendra bien au-delà de ces folles années de la course sur piste....

    Les visages oubliés de la coupe de France

    Jean-Claude Duce

        Elle en a compté des prétendants la vieille dame en cent ans d'histoire ! Des amoureux transis, n'ayant pour certains aucune chance de l'approcher, mais dont sa seule évocation suffisait à faire briller les yeux. La coupe de France de football fête cette année son centenaire et avec elle c'est la mémoire de générations de soupirants anonymes qu'il faudrait honorer. Plus que les vainqueurs ayant un jour brandi le trophée, ce sont eux, les participants aux milliers de matchs organisés depuis 1917 sur des terrains boueux, qui en ont avec bonheur écrit l'histoire. En voici un petit échantillon sorti des années 1920, du temps où la coupe de France n'était encore qu'une jeune fille. Tirées des collections de Gallica, ces photos d'équipes aux noms parfois oubliés (US Suisse, Olympique de Paris, Jeunesse Athlétique de Saint-Ouen), ces joueurs aux gabarits souvent improbables ayant échappé aux massacres de la "Der des Ders" constituent autant de témoignages émouvants d'une passion jamais contrariée…

    Images http://gallica.bnf.fr
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    Bistrots et grand plateau

    Philostrate #Cyclisme, #paris-roubaix

      Vestige d'une convivialité en voie d'extinction dans le sport professionnel, l'histoire du cyclisme s'est souvent écrite au bord du zinc. Et pas seulement sur celui des nombreux "Bars des sports", où le monde se refait à l'heure de l'apéro… La foule des amateurs massée sur le passage de Paris-Roubaix, certains tout droit sortis d'un estaminet voisin une mousse à la main, l'ignore peut-être, mais quelques-uns des épisodes les plus fameux de la légende de la petite reine ont eu pour cadre un coin de bistrot.

    Paris-Roubaix 1922, devant le Café de La Terrasse à Pontoise, image http://gallica.bnf.fr

    Paris-Roubaix 1922, devant le Café de La Terrasse à Pontoise, image http://gallica.bnf.fr

        À commencer par la signature de l'acte de naissance de la plus célèbre des courses au monde, la Grande Boucle. En novembre 1902, c'est au Café Zimmer, à deux pas du Faubourg Montmartre, siège du journal L'Auto, que le journaliste Géo Lefevre expose à son patron Henri Desgrange son idée d'un "Tour de France, en plusieurs étapes, avec journée de repos". D'abord perplexe devant le projet un peu fou de son collaborateur, le directeur de la rédaction du grand quotidien sportif y voit l'occasion de tuer une fois pour toute la concurrence du Vélo de son rival Pierre Giffard. Va donc pour le Tour de France dont L'Auto organise la première édition en juillet 1903 et que "HD" qualifie dès lors de "plus grande course cycliste du monde entier"… Lors de ce premier Tour de France et de plusieurs des suivants, l'arrivée de l'épreuve est jugée devant l'auberge du "Père Auto" à Ville-d'Avray, où est installé l'ultime point de contrôle et proclamé le vainqueur. Le préfet Lépine ayant interdit la tenue de courses cyclistes dans Paris intra muros, c'est dans cet établissement sis sur la route de Versailles que se joue le dernier acte de l'édition 1903. Le vainqueur, Maurice Garin, et les autres rescapés de ce long raid de 2428 kilomètres rallient ensuite le vélodrome du Parc des Princes en cortège pour y être fêtés en héros, marche triomphale de Ville-d'Avray à Paris qui se répétera plusieurs années de suite.

    Les frères Pélissier, Critérium des As 1926, image http://gallica.bnf.fr

    Les frères Pélissier, Critérium des As 1926, image http://gallica.bnf.fr

        Mais le vrai coup de Trafalgar des bistrots, celui qui marquera les esprits par la rencontre de deux frangins roublards et d'un célèbre reporter, a pour cadre le café de la Gare à Coutances, le 27 juin 1924. Ce jour-là, le vainqueur français de l'édition précédente, Henri Pélissier, flanqué comme toujours de son frère Francis, abandonne avec fracas le Tour de France dans l'étape Cherbourg-Brest, préférant s'asseoir devant un bon bol de chocolat chaud que de continuer à s'échiner sur la route. Motif de cet énième coup de sang contre le réglement de l'épreuve et son patron, l'intraitable Henri Desgrange : une sombre histoire de contrôle de maillot par un commissaire trop zélé le matin sur la ligne de départ. Rejoints par le célèbre reporter Albert Londres, qui immortalisera la scène dans Le Petit Parisien, Henri et son "frérot" se servent en réalité du café de la Gare comme d'une tribune pour étaler une nouvelle fois leurs griefs contre l'organisation du Tour de France. Un réglement inhumain, des conditions de course et de vie que l'on n'infligerait même pas à des bêtes… : tout y passe ! La malignité des Pélissier n'ayant d'égal que la naïveté de Londres, frais émoulu dans le monde cycliste, son article accouchera des fameux "forçats de la route", terme que le bouillonnant Henri avait déjà lâché mais avec beucoup moins de succès dans les éditions précédentes.

        Aujourd'hui, des cafés comme "Chez Monique" dans la tranchée d'Arenberg, "Le carrefour de l'Arbre" à Gruson, hauts lieux de Paris-Roubaix, ou "L'Allumette" à Bouvines continuent à perpétuer la tradition. Et à faire des recettes mémorables lorsque revient la saison des classiques de printemps…

    Saint-Patrick côté sport

    Jean-Claude Duce

    En ce jour de Saint-Patrick, j'avais envie de rendre hommage à tous les robustes gaillards qui depuis deux siècles au moins parcourent les champs de la Vert Erin une crosse de hurling sur l'épaule ou un ballon de rugby ou de football gaélique sous le bras. Histoire de prouver à ceux qui pourraient encore en douter que les Irlandais ne font pas que lever le coude. Je suis donc allé me promener sur le site de la Bibliothèque Nationale d'Irlande (http://catalogue.nli.ie) et j'y ai pêché ces jolis clichés un brin surannés. Alors calez-vous un trèfle derrière l'oreille, sirotez votre stout, régalez-vous et reprenez en chœur : No, Nay, Never, no, nay, never, no more, will I play the Wild Rover, no, never, no more !

    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie
    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie

    Source, Bibliothèque nationale d'Irlande : http://catalogue.nli.ie

    Le motoball, vous connaissez ?

    Jean-Claude Duce

    Déjà réputé pour ses courses de lévriers, le stade municipal de Courbevoie fait dans les années 1950 les belles heures d'une discipline importée d'Angleterre, le motoball.  Ou quand libéro rime avec mécano.
     

    Le motoball, vous connaissez ?

        L'idée ne pouvait venir que d'un Anglais. Associer le football, discipline reine au pays de sa très gracieuse majesté, et le motocyclisme ne semblait en effet guère évident au premier abord. Cuir à tous les étages ! Du ballon aux bottes en passant par les selles des 500 cm3 équipant alors les dix protagonistes de cette discipline "made in Britain", les années vingt voient le motoball prospérer et traverser la Manche pour faire des adeptes en France. Au moment où les premiers clubs se créent dans l'Ouest parisien, notamment à Versailles, un complexe sportif municipal flambant neuf ouvre ses portes rue Aristide-Briand à Courbevoie. La rencontre du motoball et du cynodrome, où les amateurs de courses de lévriers se pressent déjà par milliers, semble dès lors inévitable. Après-guerre, les motards du club local ou de l'équipe de France n'auront aucun mal à se faire une place dans l'enceinte habituée depuis longtemps déjà aux spectacles insolites.
     

    Le motoball, vous connaissez ?

        Evoluant parmi l'élite nationale, les Courbevoisiens, tout de jaune vêtus, ont leurs inconditionnels dans les années 1950. Les matches contre les bleus et blancs du Versailles moto club ou les voisins de l'Excelsior de Gennevilliers attirent dans les gradins les amateurs de sensations fortes. "Motoball, sport du siècle !", clament alors les affiches placardées en ville pour annoncer les rencontres dominicales. Sur le terrain de football municipal, où seule la zone de deux mètres autour du gardien est redessinée, le spectacle est toujours au rendez-vous. Sur leurs motos de cross de 250 cm3 qui ont remplacé les grosses cylindrées des origines, les cinq joueurs de chaque équipe se disputent avec âpreté la sphère de cuir d'un kilo leur servant de ballon. Dans les mêlées pétaradantes, les accrochages sont fréquents et casques, gants, bottes et jambières protectrices ne sont pas de trop pour protéger ces gladiateurs des temps modernes. Le gardien n'est pas le moins exposé : pour arrêter les tirs adverses sans jamais lâcher sa "gauloise", surnom donné aux machines spécialement adaptées à ce poste, il doit rivaliser de souplesse et parfaitement maîtriser l'art des glissades.

    Le motoball, vous connaissez ?

        Le public de l'après-guerre, dont la télévision n'a pas encore tari la curiosité, apprécie. En 1952, plus de dix mille spectateurs viennent même assister à Courbevoie au triomphe de l'équipe de France de motoball sur son homologue belge par trois buts à zéro ! Chez les tricolores, le gardien Bourguelat et l'attaquant Perdriau, tous deux membres du club local alors dirigé par Jacques Bon, ne sont pas les moins en vue. Dans les années suivantes, matches internationaux - une sélection de Paris viendra notamment à bout des redoutables allemands de Nüremberg...- et rencontres de championnat se succéderont à un rythme soutenu à Courbevoie. Jusqu'à ce que, vaincu par la concurrence d'autres disciplines moins confidentielles relayées par le petit écran, le motoball et la plupart des clubs qui le faisaient vivre en région parisienne passent de mode ou disparaissent...

    Images : archives perso et gallica.bnf.fr

    Ecoutez parler Raymond Kopa !

    Jean-Claude Duce

         Raymond Kopa, l'un des joueurs les plus populaires de l'histoire du football français, vient de disparaître à l'âge de 85 ans. Bien trop jeune pour l'avoir vu jouer, j'ai toujours su que ce monsieur, déjà âgé, que je voyais de temps à autre à la télé, siégeait quelque part entre Michel Platini et Zinédine Zidane au panthéon de ceux qui avaient séduit le cœur des Français, bien au-delà du cercle des seuls amateurs de ballon rond. Alors oui, on peut parler des grands clubs dont il a défendu les couleurs dans l'Europe d'après-guerre, le Stade de Reims et le Real Madrid. On peut aussi dérouler ses faits d'armes et son palmarès. Mais ce qui me frappe surtout, quand on le voit s'exprimer comme dans cette interview de 1963 pour "Les coulisses de l'exploit", c'est combien notre société a changé en un demi siècle.

        Fils de mineur polonais, n'ayant échappé que de peu à une vie sous terre, Raymond Kopa s'exprime devant la caméra dans un langage châtié. Alors que chez lui on ne parlait que le Polonais et que, de son propre aveu, l'école n'était guère son fort, son intégration avait finalement réussi au point d'en faire non seulement une référence dans sa discipline, mais aussi un homme doté d'un bagage suffisant pour réussir sa vie une fois sa carrière sportive achevée. Et disserter avec aisance et précision devant une caméra. Oui, écoutez parler Raymond Kopa, c'est la voix d'une France qui savait encore accueillir et assimiler les immigrés, donner suffisamment d'éducation à ses fils, même d'extraction les plus modestes, pour les aider à grandir. Et en faire non seulement des sportifs, mais des hommes accomplis.

    1954, quand le XV de France de Jean Prat matait les Anglais et les All Blacks à Colombes

    Jean-Claude Duce

    Entre  mars et avril 1954, l'équipe de France de rugby emmenée par Jean Prat remporte deux victoires historiques sur les All Blacks néo-zélandais et le XV d'Angleterre. Sept ans seulement après le retour du Tournoi des cinq nations sur la pelouse du stade Yves-du-Manoir. De quoi faire aujourd'hui rêver Bernard Laporte et Guy Novès...

    1954, quand le XV de France de Jean Prat matait les Anglais et les All Blacks à Colombes

        En ce bel après-midi du mois d'avril 1954, le brave René Coty, fraîchement élu par le Congrès président de la République, ne s'imagine sans doute pas qu'en prenant place dans la tribune officielle du stade Yves-du-Manoir il s'apprête à entrer dans l'histoire pour la seconde fois en quatre mois. Comme lui, près de 45 000 mille personnes, alléchées par les victoires du XV de France face à l'Ecosse et à l'Irlande, ont fait le déplacement jusqu'à Colombes pour soutenir les tricolores aux prises pour la deuxième fois en quelques semaines avec l'une des équipes les plus redoutables du moment. Combien parmi eux ont assisté le 1er mars au succès historique des coéquipiers du Lourdais Jean Prat, auteur des trois points de la victoire face à des All Blacks néo-zélandais au sortir d'une tournée triomphale en Grande-Bretagne? Sans doute peu, car aussi prestigieuse qu'elle fût, l'affiche n'avait alors  attiré qu'une dizaine de milliers de personnes..

        Mais en ce 12 avril 1954, la foule est au rendez-vous, Tournoi des cinq nations oblige. Plus que le XV d'Angleterre, déjà assuré par sa triple couronne de finir en tête de la compétition, l'équipe de France joue gros ce samedi-là. Une victoire, et les tricolores rejoindraient pour la première fois de leur histoire les Britanniques en tête de l'épreuve reine du rugby international. Sept ans seulement après avoir célébré la renaissance du Tournoi à Colombes, la perspective a de quoi séduire le public français. Dix minutes après le coup d'envoi donné par l'arbitre Gallois Ivor David, l'affaire semble pourtant mal engagée pour les hommes de Jean Prat. Blessure à la cheville pour Sanac, déchirure musculaire pour Cazenave : le XV de France boite bas et l'Angleterre rêve de grand chelem. Le public s'inquiète, tremble pour ses héros et explose lorsque, piqués au vif, les tricolores forcent pour la première fois la défense anglaise sur un essai d'André Boniface, venu jouer les gentlemen cambrioleurs près de la ligne de touche. L'euphorie ne sera que de courte durée : les clameurs de la foule résonnent encore dans les tribunes d'Yves-du-Manoir lorsque les Anglais reviennent au score pour rétablir une égalité qui accompagne à la mi-temps les deux équipes aux vestiaires...

        Contraints désormais de jouer face au vent, les Français reprennent pourtant la direction de la rencontre. Dès le début de la seconde période, ils portent un coup décisif sur un drop de l'inévitable Jean Prat, bourreau du XV d'Angleterre moins d'un mois après avoir fait mordre la poussière à l'ogre néo-zélandais. Devant leurs supporters abattus, les joueurs au maillot blanc frappé de la rose ne se remettront jamais du coup de patte du divin Lourdais (voir la vidéo hommage ci-dessus), scellée par un essai de son frère Maurice. La victoire (11-3) permet au XV tricolore de finir pour la première fois de son histoire en tête du Tournoi des cinq nations. Certes, le triomphe est partagé avec Gallois et Anglais, premiers ex æquo avec les Français, et il faudra encore attendre quatorze ans pour voir l'équipe nationale remporter le grand chelem sur cette même pelouse. Mais une page de l'histoire du rugby français vient de se tourner.

    Les délires sportivo-artistiques de la fête des caf conç'

    Jean-Claude Duce

        La fête des caf conç', ça vous parle ? Non ? Ce fut pourtant longtemps une institution, pour faire simple l'équivalent sportif du gala de l'Union des artistes. Créé par Dranem, gloire du music-hall qui entame sa carrière à la fin du XIXe siècle, ce rendez-vous annuel servait à lever des fonds destinés à financer une institution accueillant d'anciennes vedettes, trop flétries pour briller sous les feux de la rampe. Une maison de retraite quoi… Le principe de la journée est simple : le spectateur paie sa place, la plupart du temps au Parc des Princes ou au stade Buffalo, pour assister à une série d'épreuves alternant sport et cabotinage. Avec souvent de vrais athlètes venus se produire "pour la bonne cause" et des artistes de renom s'adonnant aux joies de la course de triporteurs, du concours d'élégance féminine à bicyclette, de la course en sacs ou à dos de chameaux, j'en passe et des meilleurs. Bref, on est là pour se poiler et faire rentrer de l'artiche, à vot'bon cœur m'sieurs dames, c'est pour une œuvre… Preuve que la formule correspond alors aux goûts de l'époque, la fête des caf conç' survit aux deux guerres, et se tient même sous l'Occupation, comme en témoigne ce reportage de l'Ina millésime 1940. Depuis, cette sympathique journée de pignolade artistico-sportive a disparu des écrans radar. On a bien le Téléthon, mais c'est moins folichon.

     

    Fête des caf conç' entre 1912 et 1921, source : http://gallica.bnf.fr
    Fête des caf conç' entre 1912 et 1921, source : http://gallica.bnf.frFête des caf conç' entre 1912 et 1921, source : http://gallica.bnf.fr
    Fête des caf conç' entre 1912 et 1921, source : http://gallica.bnf.frFête des caf conç' entre 1912 et 1921, source : http://gallica.bnf.frFête des caf conç' entre 1912 et 1921, source : http://gallica.bnf.fr

    Fête des caf conç' entre 1912 et 1921, source : http://gallica.bnf.fr

    Yéti foot

    Philostrate #Les lectures de Philostrate

    En décembre 1938, Le Miroir des Sports emmenait ses lecteurs à la découverte du football… tibétain ! Une parenthèse exotique offerte par Du sport ou du cochon, qui a volontairement conservé "Thibet" dans  l'orthographe de l'époque.

        "Le secrétaire de la Mission britannique au Thibet, rentré à Londres depuis quelques jours, a donné des informations très intéressantes sur la modernisation de Lhassa, la ville sainte et interdite du Thibet, la cité des lamas et des pèlerinages, et l'une des localités les plus inaccessibles du monde aux étrangers.

        - À Lhassa, raconte le secrétaire, il y a un terrain de football, situé à 4000 mètres d'altitude et dominé par les cimes himalayesques aux neiges éternelles. Toutes les semaines, un match met aux prises l'équipe de football de Lhassa United et celle des membres des Missions. L'équipe de Lhassa United comprend : un soldat du royaume voisin du Népal, un tailleur chinois, trois hommes fortement barbus du Ladakh dans le Cachemire, un indigène de l'état de Sikkim et cinq fonctionnaires thibétains.

    Bon, il se pointe quand le yéti ? Image : http://gallica.bnf.fr

    Bon, il se pointe quand le yéti ? Image : http://gallica.bnf.fr

        L'équipe de la capitale du Thibet pratique un football très orthodoxe, et chacun de ses joueurs est équipé à l'européenne. Malgré l'altitude, il ne fait pas froid sur le terrain, où il règne une température de 20°C et plus.

        Va pour la température; car nous commençons à savoir en France comment on pactise avec des températures de - 10°C, mais on ne nous dira tout de même pas que la pression atmosphérique est la même qu'au niveau de la mer. Plus que la température, c'est la faible pression atmosphérique qui handicape les équipes européennes en tournée à Mexico (2777 m) ou à La Paz (3630 m). Les joueurs non acclimatés se sentent sans forces; leurs jambes sont molles et ils ont le souffle court. L'année où la coupe du monde aura lieu au Mexique, en Bolivie, ou sur le plateau du Thibet, il se produira bien des surprises…"
     
    Article extrait du Miroir des Sports daté du mardi 27 décembre 1938. L'allusion aux températures de - 10°C, fait référence à un début d'hiver particulièrement rigoureux cette année-là en France.

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