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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Mauvais perdants

Philostrate #Olympisme
    "En une journée, Michel Platini aura montré qu'il était possible de s'imposer sans arrogance, de convaincre sans corrompre et d'être français sans échouer tout près du but." Pas mal l'envolée, non ? Extraite de l'éditorial de notre grand quotidien sportif national daté de samedi, cette citation nous ramenait d'un coup un siècle en arrière. À l'époque L'Auto et son directeur, Henri Desgrange, exaltaient à longueur de colonnes les "triomphes du muscle français". Plus près de nous, l'amertume qui point entre ces lignes un tantinet revanchardes nous renvoyait en juillet 2005, lors d'une réunion restée fameuse du Comité international olympique à Singapour.

    Rappelez-vous cette soirée de l'été 2005, où le CIO devait choisir la ville hôte des JO 2012. Paris, sûr de son coup et du bien-fondé d'avoir fait des politiques le fer de lance de sa candidature, s'en allait se coucher, son maire en tête, avec la satisfaction du devoir accompli. Fort surtout d'un dossier exemplaire et imparable, soi-disant taillé pour la victoire. C'était oublier un peu vite que, comme en politique, ce genre de succès, au CIO plus qu'ailleurs, ne s'obtient qu'en mettant jusqu'au coude les mains dans le cambouis. En prenant aussi parfois, qu'on le veuille ou non, des libertés avec le règlement…

    Le lendemain, patatras ! L'Anglois raflait la mise et le Gaulois ravalait sa superbe, n'admettant que de mauvaise grâce et du bout des lèvres la victoire de Londres, portée par un leader charismatique et crédible, l'ancien athlète Sebastian Coe. Entendre à ce moment le maire de Paris s'étonner du va et vient tardif de membres du CIO autour de la chambre du premier ministre britannique, venu en renfort, pendant que le porte-drapeau de la candidature parisienne allait lui piquer un roupillon, avait alors quelque chose de surréaliste. Qu'un homme politique, supposé rompu aux luttes d'influence, découvre soudain la réalité du lobbying avait de quoi surprendre. Venant d'un professionnel de la communication, dont l'agence naguère faisait aussi valoir ses talents de conseil auprès de groupes industriels passés maîtres dans cet art tenant plus de la Blitzkrieg que du fleuret moucheté, laissait même carrément pantois.

    Bref, ça sentait le mauvais perdant à plein nez. Depuis, la France et ses édiles - certains de ses plumitifs aussi selon le bon vieux principe du "journalisme participatif" toujours en vigueur quand "la patrie est en danger"…- rêvaient donc de revanche. Ils l'ont, avec l'élection de Michel Platini à la présidence de l'UEFA. D'ailleurs, samedi, histoire d'en remettre une couche, le même quotidien sportif, décidément en verve, stigmatisait quelques pages plus loin "L'Allemagne, mauvaise perdante" pour avoir exprimé sa déception après la défaite de Lennart Johansson. Il est vrai qu'en la matière, nous n'avons de leçons à prendre de personne. Nous jugeons donc en connaisseurs !

    PS : Au fait, que savons-nous des promesses conclues dans le secret des alcôves par notre cher Platoche pour emporter le morceau ? Les fédérations de l'Est ne se distinguent d'ordinaire ni par leur angélisme ni par leur désintéressement. Mais pour notre chevalier blanc national, ils auront sans doute fait une exception…

Vous avez dit "artistique" ?

Philostrate #Olympisme
patineuses-gravure-environ-1900.jpg Le patinage et la danse artistique et sportive ont beaucoup en commun. Seule la surface diffère : miroir de glace pour les uns, parquets cirés pour les autres. Sinon, patineurs et danseurs sont comme les deux faces d'une seule pièce. Même goût pour les costumes pailletés au genre très sûr. Même répertoire musical plus ou moins heureux. Même juges conservateurs aux notes souvent contestées. Même public tranquille aussi, amateur de coussins brodés et de peluches aux couleurs acidulées. Il y a donc une profonde injustice à voir les uns figurer au programme des Jeux olympiques d'hiver et célébrés dans les gazettes et les autres, la boule à tango en berne, oubliés de la grande kermesse olympique.

Ne vous y trompez pas, briller sous les projecteurs demande autant d'abnégation et d'engagement dans les deux disciplines ! Les danseurs, adeptes du tango, du paso-doble ou de la salsa, fournissent un effort physique aussi considérable dans leurs grands championnats internationaux que les patineurs, quelle que soit leur spécialité. Il y a aussi de la sueur et des larmes. Alors pourquoi, dans un cas, la dimension "artistique" de la discipline constituerait-elle un frein, alors que dans l'autre on s'accommode, certes en protestant mais cela fait partie du folklore, du caractère plus que subjectif des notes rendues par des juges pas toujours intègres ? Je vous vois froncer les sourcils. "Mais dans ce cas, mon bon Philostrate, on ne s'en sortirait pas !", direz-vous. "Comment, par exemple, justifier ensuite que le curling soit au programme des Jeux d'hiver sans que la pétanque ne figure à celui des Jeux d'été, ou que le taekwando soit olympique aux dépens du karaté ?"

Eh bien justement, on ne s'en sort pas ! Les Jeux olympiques sont devenus une telle usine à gaz, où chacun souhaite se glisser, que leur organisation a vocation à rester pour l'éternité une affaire de pays riches ou de dictatures prêtes à y engloutir tout leur budget, pourvu que leurs athlètes y brillent à coup sûr. Alors oui, n'en déplaise à notre récent double champion d'Europe de patinage, Brian Joubert, à nos médaillés de ski artistique et acrobatique ou aux tennismen venus y vivre des émotions d'amateur, oui, il faut élaguer le programme des JO. Au revoir, les grands sports professionnels ayant d'autres Graal à conquérir, au revoir les disciplines locales que l'on tire ensuite comme des boulets des olympiades durant. Revenons à une dimension un peu plus humaine de l'événement. Faute de quoi et pour que tout le monde soit sûr d'être invité au banquet, lançons une vaste campagne olympique en faveur de la danse artistitique et sportive, du parachutisme, des fléchettes, de la pétanque, du surf, du billard, de la boxe française, du polo, du squash, etc, etc.

Plaintes et amour-propre

Philostrate #Société et médias
    L'homme d'aujourd'hui est plus sensible à la procédure qu'à l'honneur. Illustration par quelques faits divers "sportifs" sortis dans la presse ces derniers jours.

    Le premier anecdotique : lors d'une réunion de catch de banlieue, à Nanterre, une spectatrice, sans doute rendue hystérique par ce spectacle de haute volée, lance une bouteille sur le ring. Ni une ni deux, l'arbitre "rend la politesse" à la furie en lui assénant coups de pieds et coups de poings, enchaînement conclu par un vigoureux lancer de chaise. Bilan : œil au beurre noir, dents cassées et plainte de la spectatrice irascible, tombée sur plus irascible qu'elle…

    Second fait divers, moins original. Match Toulouse-Ulster le week-end dernier comptant pour la coupe d'Europe de rugby. Faisant preuve de la sportivité proverbiale qui différencie les publics de l'Ovalie et du football, une partie des supporters de l'équipe nord-irlandaise couvre d'injures Trevor Brennan, leur voisin de République d'Irlande, dont le seul tort est de jouer pour les Toulousains. Une remarque de trop sur la mère du joueur - tiens, ce n'est pas sa sœur, non ça c'est une spécialité italienne…- fait tout basculer. Brennan franchit la barrière séparant le public du terrain et assène une bonne rouste au plus acharné de ces fans insultants. Aux dernières nouvelles, le supporter rossé "s'interrogeait sur la possibilité de déposer une plainte à la police"

    Loin de moi l'idée de pardonner les gestes par trop fougueux des offensés, au centre de ces deux malheureuses histoires. Je m'interroge néanmoins. En d'autres temps, conscients du fait que "Qui sème le vent récolte la tempête", les deux "agresseurs agressés" n'en auraient pas rajouté et auraient évité de demander justice. Aujourd'hui, par un phénomène de victimisation des agresseurs observé dans l'ensemble de la société et par appât du gain d'éventuels dommages et intérêts, même le loup au milieu du troupeau en est à se parer de la blanche robe de l'agneau. Que ce soit devant un tribunal ou le micro d'un journaliste, le coupable, qui le premier a ouvert la boîte de Pandore, refuse désormais obstinément d'assumer les conséquences de ses gestes ou de ses intentions.

    Prenez en novembre le triste épisode de la porte de Saint-Cloud, après le match de coupe d'Europe de football entre le PSG et l'Hapoel Tel Aviv. Partis pour lyncher un jeune supporter portant une écharpe israélienne, quelques dizaines d'excités que l'on n'ose qualifier "d'Ultras" revinrent à un de moins, un policier passant par là ayant eu à faire feu pour protéger la victime désignée du pogrom et s'éviter lui-même un mauvais sort. Les jours suivants, les médias s'attardaient sur la marche silencieuse des amis du jeune supporter abattu lors de cette flambée de violence et les gestes de solidarité des autres Ultras de France. Ces derniers, encouragés par la discrétion des commentaires dans la presse, oubliant un peu vite au passage que c'est plus sûrement la haine entretenue chaque week-end dans les stades qu'une balle perdue qui fut ce soir-là fatale à l'un des leurs…

Ethique et toc

Philostrate #Football
    La coupe du monde de football 2010 servira t-elle de référence dans le domaine social ? C'est en tout cas ce que souhaite la Confédération syndicale internationale (CSI). Cet organisme, qui vient de lancer une campagne intitulée "Un travail décent pour une vie décente", a décidé en effet de s'intéresser aux problèmes de sécurité et de législation du travail sur les chantiers de construction et de rénovation des stades de la prochaine coupe du monde en Afrique du Sud. La CSI, qui tente de sensibiliser les plus hautes autorités locales à cette question, aura fort affaire et pas seulement parce que, dans un pays où près de la moitié de la population est au chômage, on reste peu regardant sur les conditions d'embauche. En effet, les problèmes d'éthique, peu importe l'hémisphère, ne moblisent guère la "grande famille du football". Ou si peu… Lorsqu'il s'agit de faire lire d'un air contrit aux capitaines des équipes un texte contre le racisme avant les matches, la FIFA est là et bien là.

    C'est dans l'air du temps et ça ne mange pas de pain. En revanche, lorsqu'il convient de farfouiller dans les arrière-cours peu ragoûtantes des sponsors amis qui fournissent les équipements dûment labellisés, la vénérable institution fait plutôt profil bas. La photo d'un gamin pakistanais cousant pour une célèbre marque un ballon de football dans une rue de Lahore - d'où provient 80% de la production mondiale - plaidait pourtant pour l'introduction d'un peu plus de commerce équitable dans le marché sportif. La multinationale, qui ne manque pas de vanter les valeurs humaines du sport et son rôle dans l'épanouissement des individus, peut toujours arguer qu'il ne s'agit là que de sous-traitants et qu'il est impossible de tout contrôler. N'empêche, quand on capitalise sur le rêve pour tirer des poches des parents des enfants des pays développés jusqu'au dernier billet, il paraît difficile de botter en touche avec une telle désinvolture. FIFA et UEFA auraient dû depuis longtemps mettre les entreprises qui prospèrent grâce à leur discipline au pied du mur. En exigeant autre chose que des promesses dès lors qu'il s'agit de signer des contrats de license. En favorisant l'adoption d'un étiquettage spécifique "Commerce équitable" sur les maillots et ballons vendus ici à nos chers bambins et parfois cousus par d'autres, sous la coupe de patrons que l'on imagine être tout sauf des philantropes…

    Ce ne serait qu'un geste, les associations de consommateurs auraient au moins un argument concret à faire valoir en cas de contournement avéré du label. Mais voilà, il est plus simple de faire de belles campagnes de communication et de l'humanisme à coup de slogans que de se frotter aux dérives d'un business dont tout le monde profite. D'ailleurs, où est le problème ? "Je ne vois pas où l'argent pose un problème…", martelait encore ce matin l'un des deux candidats à la présidence de l'UEFA dans un entretien accordé à notre quotidien sportif national. Et c'était l'homme du changement, ancien tireur de coup francs de génie, que l'on a connu plus inspiré. C'est vous dire…

Démagogie rugbystique

Philostrate #Rugby
    Parfois, en une citation, un journaliste arrive à tirer la quintessence d'un homme. C'était le cas vendredi dernier, dans un article paru en page 8 de notre grand quotidien sportif national. Consacré au projet de nouveau stade Jean-Bouin, il permettait à l'adjoint aux sports de la mairie de Paris de dire encore une fois tout le bien qu'il pensait des rugbymen du Stade français, mais en des termes pour le moins suprenants. Il avançait ainsi, pour démontrer la légitimité des Stadistes dans la capitale : "Joueurs et entraîneurs habitent Paris, ce qui n'est pas le cas des joueurs du PSG, plutôt résidents des Yvelines". Argument définitif. Pour l'avoir croisé, on se doutait bien que la classe et la finesse d'analyse n'étaient guère le fort de l'adjoint au maire de Paris. Mais on était loin de se douter qu'il avait aussi un QI de moule de bouchot.

    Car à l'heure du sport professionnel, dans lequel le rugby s'efforce comme tous les autres de barboter, ce type de comparaison est tout aussi maladroit que vide de sens. Faute de pouvoir aligner sur le terrain onze ou quinze Parisiens pur jus, il faudrait donc que nos vaillants représentants à crampons résident intra-muros pour être dignes de représenter la capitale. La belle affaire ! En s'arrêtant à ce type de considération géographique, n'en déplaise à ce monsieur, le Stade français serait un club des Hauts-de-Seine. Pardi, ses rugbymen s'entraînent à la Faisanderie dans le parc de Saint-Cloud et au stade Marcel-Bec en forêt de Meudon, son ancien entraîneur, aujourd'hui sélectionneur de l'équipe de France, habite Boulogne tout comme quelques uns des joueurs de l'effectif actuel… Mais il est vrai qu'en cette année de coupe du monde de rugby, retour sur investissement oblige, la discipline doit être parée de toutes les vertus.

    L'année 2007 sera rugbystique ou ne sera pas, notre quotidien de sport national le disait lui-même dès son édition du 1er janvier ! La France est en pleine fièvre ovale, regardez cette affluence dans les stades ! Enfin, tenez-vous en surtout à Paris et Toulouse, car derrière les tribunes sont le plus souvent dignes d'une belle rencontre de Ligue 2 de football… Mais enfin, vous voyez bien quand même que le rugby est désormais pratiqué partout chez nous et que le cœur du pays bat à l'unisson de l'équipe nationale ! Vu de Bretagne ou du Nord, ce n'est pas toujours évident… Convenez tout de même que nos beaux joueurs huilés posant lascivement sous les douches et leurs joyeux supporters karaokant couramment le Joe Dassin sont plus sympathiques que leurs homologues footballeurs et leurs hooligans hystériques. Peut-être côté tribunes. Mais sur le terrain comme en coulisse, les gentlemen-éphèbes ne donnent pas toujours l'exemple non plus. Enfin, pour faire plaisir du côté de l'Hôtel de ville, on veut bien accorder au Stade Français son brevet de "parisiannité". À une condition toutefois : que le maire de la capitale et son adjoint répètent après nous "London", "Rule Britannia" et "Sebastian Coe" sans s'étrangler ou se fâcher tout rouge…

Trop polis les nageurs ?

Philostrate #Natation
    Se promener au bord d'un bassin olympique, parmi des nageurs de haut niveau, est un réel plaisir. Difficile de trouver athlètes plus disponibles et ouverts, faisant honneur tant à leur statut de champion qu'à leur discipline. Même "Laurette" Manaudou, drainant dans son sillage des bancs de journalistes-rémoras, reste étonnament abordable au regard d'autres "stars" du "sport business". Par nature, le nageur est le plus souvent poli et discret.

    Trop peut-être… Car dans l'arène médiatique, il faut savoir jouer de la grosse caisse pour se faire entendre. L'émoi tout relatif suscité par la programmation matinale des finales olympiques de natation à Pékin en 2008 en est le parfait exemple. D'ordinaire, les nageurs disputent les séries le matin et les finales le soir. Problème : à cause du décalage horaire entre la Chine et les Etats-Unis, ce planning ne convenait pas à NBC, diffuseur des JO outre-Atlantique et principal bailleur de fonds, grâce aux droits télé, du Comité international olympique. Connu pour son pragmatisme dès lors qu'il s'agit de gros sous, le CIO n'a donc pas hésité à s'asseoir sur la tradition pour programmer les finales dès le matin, balayant les réserves polies de la Fédération internationale de natation et des quelques champions émus par la nouvelle. Les Américains pourront donc suivre en direct, bien calés dans leurs canapés, les aventures aquatiques de leurs beaux bébés élevés à la viande aux hormones et tout va pour le mieux sous le ciel olympique !

    À l'heure du sport spectacle, la politesse est, si ce n'est un vilain défaut, du moins une faiblesse qui peut coûter cher. Pas besoin d'aller jusqu'à la grande muraille d'ailleurs pour le constater. J'étais récemment sur le bord de la piscine Georges-Vallerey à Paris, seul stade nautique de la capitale dont la vétusté fait honneur au sport français. Ce jour-là, s'y déroulaient les championnats de France interclubs, naguère grande fête de la natation française, aujourd'hui saucissonnée en rencontres régionales mal ficelées privant de confrontations directes les ténors de la spécialité. Les épreuves du comité d'Ile-de-France, dominées à Paris par Clichy, venaient de se terminer. Mais le club banlieusard en était à attendre la fin des courses à Marseille, prévues une heure et demie plus tard, pour savoir si, oui ou non, après un ultime décompte de points, il pouvait arracher le titre national à son rival du Canet-en-Roussillon ! Outre l'équité sportive discutable de finales régionales "simultanées" organisées avec décalage horaire (sic), les amateurs présents ne pouvaient que regretter l'unité de temps et d'espace de l'ancienne formule, qui réunissait les meilleurs clubs de France chaque année dans une ville différente pour un week-end. La fédération nationale voudrait tordre le cou à cette épreuve qu'elle ne s'y prendrait pas autrement…

    Déçus, certains présidents de club, principaux cocus de l'histoire car contribuant à faire vivre au quotidien une bonne partie des nageurs de l'élite, juraient en ce dimanche de décembre qu'ils allaient protester officiellement auprès de leur fédération pour obtenir un retour en arrière. Mais leurs timides éclats de voix étaient comme une vaguelette à la surface d'un bassin olympique. Trop polis eux aussi ? Sans doute.

Le Guen plus fort que "le Menhir"

Philostrate #Football
    Paul Le Guen n'aurait jamais dû quitter le Paris Saint-Germain et son retour nous renvoie neuf ans en arrière, aux origines d'un bouleversement dont le club de la capitale paie aujourd'hui encore les conséquences. Rappelez-vous le passage de témoin entre les deux frères ennemis de la maison Canal+. D'un côté, Michel Denisot, président-délégué du PSG, fort d'un bilan honorable en sept ans d'exercice. De l'autre, Charles Biétry, patron du service des sports de la chaîne cryptée et inventeur du football à la sauce Canal - pour ne pas dire du football tout court, postulat plus conforme à l'ego du bonhomme.

    En mai 1998, à l'issue d'un étonnant jeu de chaises musicales dont Canal a le secret, les deux compères - des amis de trente ans, au sens Chirac-Balladur ! - échangent leurs fonctions. Là, on va voir ce que l'on va voir ! Le temps pour le PSG de faire un dernier doublé Coupe de France- Coupe de la Ligue et le nouveau président-délégué entreprend d'imposer sa marque sur le mode "Du passé faisons table rase". Les cadres de l'ancienne équipe en fin de cycle, dont Paul Le Guen, sont invités à aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Plus besoin de leur expérience, ni sur la pelouse, ni dans l'encadrement du club. Non, il faut tourner la page.

    Biétry a senti venir le vent de ses chères contrées du Ponant, qui lui souffle, entre autres, que le Guingampais Nicolas Laspalles et le Nantais Bruno Carotti sont faits d'un granit sur lequel bâtir les succès à venir. Il y a aussi Okocha, le dribbleur fou aux fulgurances rarement décisives, que devait ensuite s'arracher toute l'Europe. Après un passage en demi-teinte à Paris, "Jay-Jay" ne trouvera rien de mieux que Bolton pour aller traîner sa peine. Entretemps, après avoir enchaîné revers sportifs et décisions calamiteuses, Charles Biétry achève dès décembre 1998 son parcours au terminus des prétentieux, après seulement sept mois d'exercice - un record à Paris, hormis le court interim de Guy Crescent en 1971 ! Côté rupture, c'est réussi. Pour avoir voulu démontrer qu'il pouvait s'imposer seul, s'en s'embarrasser de l'héritage de son prédécesseur, l'éphémère président-délégué a brisé une dynamique, qui certes connaissait aussi des ratés, mais avait le mérite d'exister.

    Le club parisien ne s'en est d'ailleurs depuis jamais vraiment remis. Le retour de Paul Le Guen, après ceux d'Alain Roche, de Vincent Guérin et le bien mauvais sort fait l'an dernier à Laurent Fournier - en attendant un jour l'arrivée de Raï ? - démontrent que, comme dans tous les grands clubs européens, les anciens cadres ont à Paris aussi un rôle à jouer. Les inconditionnels du PSG ont donc raison, malgré la crise, de se réjouir de l'arrivée de l'homme de Pencran. Quant à Charles Biétry, ludion médiatique passé de Canal à France Télévision via TF1, espérons qu'il ait au moins pris conscience de ses limites. Le "Menhir", son sobriquet au temps de sa grandeur - surnom peu charitable pour les inusables mégalithes…- peut donc bien prendre racine dans son Ille-et-Vilaine natale. Au Parc des Princes, personne ne le regrette.

L'étoile de glace de Cristobal Huet

Philostrate #Sports de glace
    L'information n'a l'air de rien, mais pour la première fois, le 24 janvier prochain, un gardien de but français prendra part au Match des étoiles de la Ligue nationale de hockey, réunissant en Amérique du Nord les meilleurs de la discipline. Retenu parmi les plus grandes stars mondiales du hockey sur glace professionnel, Cristobal Huet, gardien de la prestigieuse équipe du Canadien de Montréal, offre ainsi un ballon d'oxygène bienvenu à un sport qui, en France, n'a guère l'occasion de se mettre en vedette. Longtemps tenue à bout de bras par des joueurs, étonnamment performants au regard des conditions que leur offrait la Fédération française des sports de glace, l'équipe de France joue désormais dans le Groupe B mondial.

    Depuis, le hockey a repris son indépendance en créant sa propre fédération, mais il lui faudra patienter encore pour espérer se refaire une place au soleil, comme ce fut un temps le cas à la fin des années 1980 et au début de la décennie suivante. Les Jeux olympiques d'Albertville avaient alors largement contribué au regain de popularité d'une disicpline pratiquée chez nous depuis la fin du XIXe siècle. La présence à Paris d'un club jouant les premières places en championnat, les Français Volants, y était aussi pour beaucoup. L'équipe, qui disputait même ses matches sur la glace du Palais omnisport de Paris Bercy devant les caméras de télévision, apportait alors au hockey ce coup de projecteur médiatique indispensable pour sortir de l'anonymat. On peut le regretter, mais le monde des médias est ainsi fait : plus la discipline est modeste, plus la présence d'un club performant à Paris attire la presse et fait "mousser" le championnat, y compris en rugby, où les récents matches à succès du Stade Français à Saint-Denis suffisent à faire croire à certains que le pays est en pleine "Ovalimania"…

    Hélas pour le hockey, les Français Volants sombrèrent comme nombre d'autres clubs du moment dans le gouffre financier qu'ils avaient méthodiquement creusé et les virtuoses du palet redescendirent vite au pied de l'échelle médiatique. Dans ces conditions, on comprend que voir un gardien grenoblois porter haut les couleurs de la France dans le championnat le plus relevé de la planète soit perçu par les amateurs comme une bonne nouvelle. Quoique. Quand nos journalistes commencent à devoir s'intéresser à des sports considérés ce ce côté-ci de l'Atlantique comme exotiques, cela donne parfois des résultats plutôt inattendus. Ce dimanche, notre grand quotidien sportif national se fendait ainsi d'un article en page 13 pour annoncer la sélection de Cristobal Huet pour le Match des étoiles de la NHL. Le journaliste commis d'office pour relater l'événement y parlait de la soirée difficile que venait de connaître le gardien de Montréal sur la glace d'Ottawa face à l'équipe locale des "Capitals".

    Seul hic : l'équipe des Capitals joue à Washington, la franchise évoluant à Ottawa portant le nom de Senators. Vous me direz, ce n'est pas le fin du monde, ce n'est que du hockey, pas besoin de se relire. N'empêche. Imaginez un journaliste québecois débarquant en France et écrivant sur les déboires du "Paris Saint-Gratien" ou du "Sporting de Marseille"en Ligue 1 de football. Il s'attirerait sans délai les sourires amusés et vaguement condescendants de ses confrères français qui lui feraient remarquer qu'à l'heure d'internet, il suffit de taper sur son clavier pour vérifier ce genre d'information. Et ils auraient raison… P.S : Pour ceux qui souhaitent suivre les aventures de Cristobal Huet en NHL, je conseille vivement la consultation régulière de la rubrique hockey du site internet de Radio-Canada (http://www.radio-canada.ca/sports/Hockey/). Vous y lirez des articles écrits par des journalistes rigoureux et passionnés par leur sujet.

Il y a dopés et dopés…

Philostrate #Dopage
    C'est un fait, il y a dans le vélo une culture du dopage. Dans les temps héroïques, on "salait la soupe" avec de la caféine ou on piquait des oranges à la strychnine pour s'enquiller les cols qu'infligeait aux premiers "Géants de la Route", droit comme un i dans sa voiture de directeur de course, Henri Degrange, alors tout puissant patron du Tour de France. Aujourd'hui, on a plus volontiers recours à la médecine, hormone de croissance, EPO et tutti quanti. Les temps changent, mais les "bonnes" vieilles habitudes demeurent …

    Une chose me chiffonne cependant, lorsque je vois le sort réservé dans les journaux à longueur de colonnes à nos braves cyclistes. Seraient-ils les seuls à recourir aux substances interdites pour se faire une place sous les projecteurs du grand cirque du sport spectacle ? Evidemment non et l'actualité nous le rappelle assez souvent. Mais force est de constater que tous ne naissent pas égaux devant le dopage.

    C'est qu'il y a dopés et dopés mon bon monsieur ! Prenez la gaffe commise récemment par notre Johnny Hallyday national, révélant au détour d'une interview que, telle une rock star, Saint Zizou - Priez pour nous ! - irait régulièrement se faire changer le sang en Suisse. L'anecdote, sur une pratique certes suspecte mais pas formellement interdite, n'a guère fait de bruit. Ni suscisté beaucoup de commentaires de la part de l'intéressé - ne le dérangez pas malheureux, il est en oraison ! -, ou des plumitifs, pourtant zélés lorsqu'il s'agit de crier haro sur le baudet à deux roues. Les footballeurs, eux, ont droit à de la considération voire même - Ô luxe suprême …- à la présomption d'innocence. Surtout lorsqu'ils ont une chance de ramener la coupe du monde à la maison. Dans pareil cas, on connaît pourtant des quotidiens sportifs qui n'hésitent pas, même pour de simples soupçons, à lâcher sans y toucher entre deux banalités que tel ou tel cycliste mis en cause est marié à la belle-sœur de la cousine par alliance de la meilleure amie de la concierge d'un sombre docteur Mabuse. Ce qui, vous l'aurez compris, fait du bonhomme en question si ce n'est un coupable, du moins un individu douteux…

    Les footballeurs, non, ce n'est pas pareil. D'ailleurs, si vous émettiez ne serait-ce que l'idée de faire des contrôles antidopages rétroactifs, par exemple sur les échantillons d'urine des champions du monde 1998, comme cela se fait désormais dans le vélo, vous ne pourriez pas. Les précieuses fioles ont immédiatement été détruites après la compétition, ce qui est encore le plus sûr moyen de ne rien trouver. Et comme la FIFA ne semble guère pressée de rendre systématique les contrôles sanguins, les stars du ballon rond, même celles passées à la Juventus de Turin à sa "grande époque", peuvent bien dormir sur leurs deux oreilles. Mais ne vous y trompez pas, je les aime bien nos amis footballeurs. Tout comme je suis admiratif devant les sculpturaux rugbymen de l'hémisphère Sud, les infatigables skieurs de fond, les sprinters "bodybuildés", les cyclistes affûtés, etc. Moi, je n'ai ni la passion ni la suspicion sélectives. Que voulez-vous, on ne se refait pas…

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