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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

Pourtant, que la montagne est belle…

Philostrate #Société et médias
    En 2004-2005 les canons à neige utilisés pour pallier les caprices du climat dans les stations de ski françaises ont consommé 13 millions de mètres cubes d'eau. L'équivalent de la consommation annuelle des habitants de Marseille ! Le chiffre, relevé dans la dernière édition du magazine Sport et Vie (1), donne le tournis. Quid en effet de l'impact environnemental des sports de plein air, que notre société de loisirs place désormais parmi les activités préférées des Français ? Trop souvent, l'analyse se limite aux bienfaits de leurs retombées sur l'économie locale. Mais en montagne, où les écosystèmes sont fragilisés par la rudesse des conditions, la ruée vers l'or blanc et les sommets risque à terme de causer des dommages irréversibles.

    Les voies surfréquentées menant au sommet du Mont-Blanc et des chaînes himalayennes peinent désormais à évacuer les déchets des colonnes d'alpinistes, partis en rangs serrés goûter à l'ivresse des cimes. Les stations de ski, en butte au réchauffement climatique, n'ont d'autre solution pour survivre que d'utiliser à une cadence infernale les canons à neige. Pour un coût énergétique exhorbitant. Avec aussi des conséquences non négligeables sur un environnement guère emballée par cette neige artificielle, bien plus compacte que celle tombée du ciel. Sans compter les remontées mécaniques. Durant ces dernières décennies, elles ont fleuri bien plus vite sur les pentes que les edelweiss. Dame, c'est qu'il faut satisfaire le "client", skieur ou snowboarder en quête d'adrénaline ! Pas question de le faire attendre ou de lui imposer des remontées en peaux de phoques…

    Mais où s'arrêtera cette fuite en avant ? La contemplation a beau ne plus être le fort des citadins vomis par les TGV en haute saison, continueront t-ils longtemps à venir dépenser plus que de raison pour voir une montagne transformée en terrain de jeu sans vie, défigurée pour avoir satisfait au moindre de leurs désirs ? Il serait trop facile de faire porter la responsabilité de cette dérive aux seules populations locales, dont la survie dépend souvent, on le sait, de l'économie du tourisme et des loisirs. Non, à l'image des surfeurs sur les plages de l'océan Atlantique, il faut qu'émerge, et surtout parmi les populations de passage, une génération de sportifs écocitoyens, qui ne soient pas seulement des consommateurs de sensations fortes.

    Les équipementiers qui prospèrent sur la vague des activités de plein air et de "l'outdoor" ont un rôle déterminant à jouer dans cette prise de conscience. La nature n'est pas seulement un slogan publicitaire, mais elle doit aussi être préservée, sous peine de tuer la poule aux œufs d'or. Certains l'ont bien compris et n'ont pas attendu que la mode soit au développement durable pour s'impliquer dans la protection de l'environnement. Il y a plus de trente ans, un Américain fou de surf et d'escalade, Yvon Chouinard, décidait de créer sa propre marque d'équipement de plein air. Aujourd'hui, sa société, Patagonia (2), se distingue à la fois par la qualité de ses produits et par son engagement sans faille en faveur de la protection de l'environnement et d'un commerce plus équitable. La marque est sur tous les fronts, mène ses propres actions de protection du monde sauvage, mais subventionne aussi de petites associations agissant à la source des problèmes environnementaux.

    Chouinard et Patagonia sont co-fondateurs de la "Conservation Alliance", qui depuis 1989 encourage les sociétés travaillant dans le secteur du plein air à soutenir les associations spécialisées dans la protection d'espaces sauvages menacés. La marque est aussi adhérente du 1% pour la Planète,  qui permet à toute entreprise de faire don d'au moins 1% de son chiffre d'affaire net annuel au profit d'associations environnementales. Un exemple, qui devrait inspirer tous les organisateurs de compétitions, fédérations et autres professionnels du tourisme vivant de la nature et de ses bienfaits.

(1) Sport et Vie N°100 daté de Janvier-Février 2007.
(2) D'ordinaire, Philostrate s'attache à ne citer aucune marque, mais s'accorde ici une exception du fait du caractère exemplaire de l'engagement de la société en question…

Foulées honteuses

Philostrate #Athlétisme
    L'histoire de l'athlétisme est pavée d'injustices, souvent jetées comme un voile d'ombre sur de brillantes carrières. L'une des plus fameuses reste celle faite à Jules Ladoumègue, privé de Jeux olympiques en 1932 pour avoir enfreint les strictes règles de l'amateurisme. Seul tort du brave Julot, star du demi-fond de l'époque : avoir accepté de menus cadeaux en nature dans des réunions d'exhibition, où son extraordinaire foulée faisait le bonheur et la fortune des organisateurs. L'anecdote veut que ce soit un service en argent - doublé, aussi, du peu d'enthousiasme montré par l'athlète à se justifier - qui ait coûté au vice-champion olympique du 1500m à Amsterdam son billet pour Los Angeles…

    Sept décennies plus tard, l'injustice en France a changé de forme. Ce sont cette fois des athlètes peu scrupuleux qui, par leur attitude inqualifiable de mercenaires, s'ingénient à discréditer l'une des disciplines les plus nobles d'Olympie. Le demi-fond français - et international…- est malade du dopage. Par chance pour lui, son peu de médiatisation hors JO ou grands championnats lui  permet le plus souvent d'échapper aux gros titres.  Mais pas aux contrôles douaniers,  comme le prouve la mésaventure survenue le 22 janvier dernier à la recordwoman de France du 1500m et à son  mari à l'aéroport de Roissy.

    Dans les bagages du couple, de retour d'un stage aux Etats-Unis, les douaniers découvrent ce jour-là des ampoules d'hormone de croissance et autres substances médicamenteuses relevant de la panoplie du parfait dopé. La fédération française d'athlétisme, qui avait la gazelle et son envahissant compagnon depuis plusieurs mois dans le collimateur, en profite pour diligenter, comme il se doit en pareil cas, un contrôle antidopage, qui devrait prochainement livrer son verdict.

    L'athlète en cause n'a pas attendu les résultats de ces échantillons pour contre-attaquer. Elle vient en effet de faire déposer par son avocat une requête visant à contester le déroulement du contrôle, arguant d'un vice de forme et ce avant même que les analyses n'aient été effectuées ! On peut légitimement se demander quel intérêt aurait une championne n'ayant rien à se reprocher à prendre ainsi les devants… Mais laissons-lui au moins le bénéfice du doute, si ce n'est de la décence. La recordwoman de France et son compagnon n'ont de toute façon jamais brillé par leur classe. L'une, menaçant de boycotter l'équipe de France si la fédération ne faisait pas pression sur l'employeur de son mari pour qu'il le libère lors des grands rendez-vous internationaux. L'autre, brandissant régulièrement la menace d'emmener sa véloce moitié croquer des petrodollars dans le Golfe persique, si les instances nationales s'avisaient de ne pas la traiter avec les égards dûs à son auguste personne. Pour ma part, je trouve l'idée plutôt séduisante. Laissons-les donc monnayer leurs foulées honteuses dans les émirats et tirer sans vergogne des chèques aux cheiks ! Le sport français y perdra peut-être des chances de podium. Mais il ne pourra que mieux s'en porter.

Présomption d'innocence

Philostrate #Dopage
    Si tant est que les coureurs cyclistes lisent autre chose que la rubrique "Petite reine", certains ont dû s'étrangler en parcourant les papiers parus ces deux derniers jours en page "Rugby" de notre grand quotidien sportif national. Les trésors de prudence déployés par le spécialiste maison en matière de dopage, par ailleurs  attaché de presse officieux et bouclier du laboratoire national de Châtenay-Malabry depuis les fuites habilement orchestrées autour de l'affaire Armstrong, ont ici de quoi surprendre.

    Soudain, notre homme, sans doute rendu prudent par la perspective de la prochaine coupe du monde de rugby et les réactions d'un milieu guère  habitué à se laisser malmener, redécouvrait la présomption  d'innoncence. Morceaux choisis, à propos des 19 échantillons contenant des substances interdites, relevés dernièrement dans le rugby français. Édition du mercredi 31 janvier, page 12 : "Bien entendu, il serait actuellement malhonnête intellectuellement d'assimiler les neuf dossiers soumis à des autorisations à usage thérapeutique (AUT) à des cas strictement positifs - au sens réglementaire - tant que la FFR n'a pas totalement instruit les dossiers." Mieux encore, ce ouf ! de soulagement en forme de cri du cœur, paru page 11 dans l'édition du jeudi 1er février : "Fin des fantasmes et des supputations concernant deux éventuels joueurs du Top 14 impliqués dans  des affaires de dopage."

    Oscar Pereiro et certains de ses confrères cyclistes auraient sans doute aimé faire l'objet des mêmes égards en pareilles circonstances. Mais, il faut bien le savoir, il y a des sports où la présomption d'innocence existe, d'autres où entre insinuations et raccourcis faciles elle n'est plus qu'une vue de l'esprit. Il y a des disciplines pour lesquelles le laboratoire national antidopage respecte scrupuleusement le secret médical, d'autres où des numéros d'échantillons d'urine censés être préservés à titre expérimental sortent dans la presse, afin de mettre en évidence, rétroactivement, la présence de produits indécelables à l'époque des faits (sic). Il y a des sports où, lorsque l'analyse d'un échantillon B vient contredire celle de l'échantillon A il convient de se réjouir sans réserve - rappelez-vous en 2005 la mésaventure de notre skieur de fond national le plus en vue…-, d'autres où le jeu des sous-entendus habilement distillés laissera toujours planer le doute.

    C'est là, finalement, une belle leçon de journalisme d'investigation à la française. Tire sur les ambulances tant que tu le peux, mon fils, accable ceux pour qui la foule ne nourrit que peu de sympathie et sors les griffes, pourvu que l'on te lâche la bride. Mais fais patte de velours lorsque les "intérêts supérieurs de la nation" sont en jeu et que tu t'aventures sur un terrain vierge ou mouvant. À ce petit jeu, certains ont le droit à la clémence du jury voire à l'erreur, d'autres pas.

P.S : La taille des articles en question est aussi intéressante à souligner. À peine un quart de page dans les deux cas. Pensez-donc, pas de quoi fouetter un chat ! Cela dit, lorsqu'un finaliste de Roland-Garros 2005 est convaincu de dopage, il n'a même pas les honneurs de la "Une" de notre unique quotidien sportif. Suis-je bête, c'était l'affaire Puerta, pas l'affaire Puerto ! Décidément, il n'y en a vraiment que pour les cyclistes…

Gare à Roland v'là Roger !

Philostrate #Tennis
Roger Federer est un champion reposant. Ne voyez aucune malice dans cette remarque. Aucune allusion non plus à cette domination sans partage qui enlèverait à sa discipline ce petit piment, qu'elle a du reste perdu depuis pas mal d'années. Au contraire, Federer fait honneur au tennis, moins par son éblouissant palmarès que par ses qualités d'homme et d'athlète au sens noble du terme.

Ce Roger-là est humain, jusque dans son irrésistible ascension vers les sommets. Son physique, bien que poli pour briller sur les courts, semble normal. Il n'a pas l'air d'avoir emprunté son bras droit à Hercule ni d'enfiler en douce des cuissards, histoire d'avoir l'air d'un cycliste au moment d'aller consulter un quelconque Mabuse ibère. Même les plus suspicieux - et j'en fais partie, vous l'aurez compris…- n'ont pas de mal à croire qu'une ration de muesli bio et un bon bol d'air des alpages suffisent à combler son heureuse nature. Pas du genre grande gueule non plus. L'Helvète ne roule pas des mécaniques, n'accumule pas les fiancées peroxydées - sa placide dulcinée, souvent assise avec son sac à main sur les genoux, dégage presqu'autant de sex appeal que  Bernadette C. -, ne fait pas dans les déclarations fracassantes…

Il joue, et bien, c'est d'ailleurs tout ce qu'on lui demande. Il triomphe, avec naturel mais sans fausse modestie. Il affiche ses ambitions aussi, calmement et sans forfanterie. L'Open d'Australie 2007, sa dixième victoire dans un tournoi du Grand Chelem, l'ayant vu se hasarder plus que d'ordinaire du côté du filet, on se dit même qu'il pourrait encore avoir de belles années de popularité devant lui. Surtout si, d'aventure, Roland-Garros, qui s'est jusqu'à présent toujours dérobé, s'offrait enfin à lui ce printemps.

Federer a fait des Internationaux de France son but ultime, laissant même à penser que, si son palmarès ne devait plus s'enrichir que d'un seul Grand Chelem, ce serait celui-ci qu'il choisirait. Connors, dont il chasse le record de longévité à la première place mondiale, s'est toujours cassé les dents sur la terre battue de la porte d'Auteuil. Et quoiqu'il en dise, Jimbo l'irascible en a gardé un goût d'inachevé. Sampras aussi, malgré ses quatorze victoires en Grand Chelem, sur lesquelles lorgne aussi désormais le grand Roger. Souhaitons lui de faire mieux que ses deux augustes anciens. Souhaitons le pour le tennis. Souhaitons le pour le sport en général.

Mauvais perdants

Philostrate #Olympisme
    "En une journée, Michel Platini aura montré qu'il était possible de s'imposer sans arrogance, de convaincre sans corrompre et d'être français sans échouer tout près du but." Pas mal l'envolée, non ? Extraite de l'éditorial de notre grand quotidien sportif national daté de samedi, cette citation nous ramenait d'un coup un siècle en arrière. À l'époque L'Auto et son directeur, Henri Desgrange, exaltaient à longueur de colonnes les "triomphes du muscle français". Plus près de nous, l'amertume qui point entre ces lignes un tantinet revanchardes nous renvoyait en juillet 2005, lors d'une réunion restée fameuse du Comité international olympique à Singapour.

    Rappelez-vous cette soirée de l'été 2005, où le CIO devait choisir la ville hôte des JO 2012. Paris, sûr de son coup et du bien-fondé d'avoir fait des politiques le fer de lance de sa candidature, s'en allait se coucher, son maire en tête, avec la satisfaction du devoir accompli. Fort surtout d'un dossier exemplaire et imparable, soi-disant taillé pour la victoire. C'était oublier un peu vite que, comme en politique, ce genre de succès, au CIO plus qu'ailleurs, ne s'obtient qu'en mettant jusqu'au coude les mains dans le cambouis. En prenant aussi parfois, qu'on le veuille ou non, des libertés avec le règlement…

    Le lendemain, patatras ! L'Anglois raflait la mise et le Gaulois ravalait sa superbe, n'admettant que de mauvaise grâce et du bout des lèvres la victoire de Londres, portée par un leader charismatique et crédible, l'ancien athlète Sebastian Coe. Entendre à ce moment le maire de Paris s'étonner du va et vient tardif de membres du CIO autour de la chambre du premier ministre britannique, venu en renfort, pendant que le porte-drapeau de la candidature parisienne allait lui piquer un roupillon, avait alors quelque chose de surréaliste. Qu'un homme politique, supposé rompu aux luttes d'influence, découvre soudain la réalité du lobbying avait de quoi surprendre. Venant d'un professionnel de la communication, dont l'agence naguère faisait aussi valoir ses talents de conseil auprès de groupes industriels passés maîtres dans cet art tenant plus de la Blitzkrieg que du fleuret moucheté, laissait même carrément pantois.

    Bref, ça sentait le mauvais perdant à plein nez. Depuis, la France et ses édiles - certains de ses plumitifs aussi selon le bon vieux principe du "journalisme participatif" toujours en vigueur quand "la patrie est en danger"…- rêvaient donc de revanche. Ils l'ont, avec l'élection de Michel Platini à la présidence de l'UEFA. D'ailleurs, samedi, histoire d'en remettre une couche, le même quotidien sportif, décidément en verve, stigmatisait quelques pages plus loin "L'Allemagne, mauvaise perdante" pour avoir exprimé sa déception après la défaite de Lennart Johansson. Il est vrai qu'en la matière, nous n'avons de leçons à prendre de personne. Nous jugeons donc en connaisseurs !

    PS : Au fait, que savons-nous des promesses conclues dans le secret des alcôves par notre cher Platoche pour emporter le morceau ? Les fédérations de l'Est ne se distinguent d'ordinaire ni par leur angélisme ni par leur désintéressement. Mais pour notre chevalier blanc national, ils auront sans doute fait une exception…

Vous avez dit "artistique" ?

Philostrate #Olympisme
patineuses-gravure-environ-1900.jpg Le patinage et la danse artistique et sportive ont beaucoup en commun. Seule la surface diffère : miroir de glace pour les uns, parquets cirés pour les autres. Sinon, patineurs et danseurs sont comme les deux faces d'une seule pièce. Même goût pour les costumes pailletés au genre très sûr. Même répertoire musical plus ou moins heureux. Même juges conservateurs aux notes souvent contestées. Même public tranquille aussi, amateur de coussins brodés et de peluches aux couleurs acidulées. Il y a donc une profonde injustice à voir les uns figurer au programme des Jeux olympiques d'hiver et célébrés dans les gazettes et les autres, la boule à tango en berne, oubliés de la grande kermesse olympique.

Ne vous y trompez pas, briller sous les projecteurs demande autant d'abnégation et d'engagement dans les deux disciplines ! Les danseurs, adeptes du tango, du paso-doble ou de la salsa, fournissent un effort physique aussi considérable dans leurs grands championnats internationaux que les patineurs, quelle que soit leur spécialité. Il y a aussi de la sueur et des larmes. Alors pourquoi, dans un cas, la dimension "artistique" de la discipline constituerait-elle un frein, alors que dans l'autre on s'accommode, certes en protestant mais cela fait partie du folklore, du caractère plus que subjectif des notes rendues par des juges pas toujours intègres ? Je vous vois froncer les sourcils. "Mais dans ce cas, mon bon Philostrate, on ne s'en sortirait pas !", direz-vous. "Comment, par exemple, justifier ensuite que le curling soit au programme des Jeux d'hiver sans que la pétanque ne figure à celui des Jeux d'été, ou que le taekwando soit olympique aux dépens du karaté ?"

Eh bien justement, on ne s'en sort pas ! Les Jeux olympiques sont devenus une telle usine à gaz, où chacun souhaite se glisser, que leur organisation a vocation à rester pour l'éternité une affaire de pays riches ou de dictatures prêtes à y engloutir tout leur budget, pourvu que leurs athlètes y brillent à coup sûr. Alors oui, n'en déplaise à notre récent double champion d'Europe de patinage, Brian Joubert, à nos médaillés de ski artistique et acrobatique ou aux tennismen venus y vivre des émotions d'amateur, oui, il faut élaguer le programme des JO. Au revoir, les grands sports professionnels ayant d'autres Graal à conquérir, au revoir les disciplines locales que l'on tire ensuite comme des boulets des olympiades durant. Revenons à une dimension un peu plus humaine de l'événement. Faute de quoi et pour que tout le monde soit sûr d'être invité au banquet, lançons une vaste campagne olympique en faveur de la danse artistitique et sportive, du parachutisme, des fléchettes, de la pétanque, du surf, du billard, de la boxe française, du polo, du squash, etc, etc.

Plaintes et amour-propre

Philostrate #Société et médias
    L'homme d'aujourd'hui est plus sensible à la procédure qu'à l'honneur. Illustration par quelques faits divers "sportifs" sortis dans la presse ces derniers jours.

    Le premier anecdotique : lors d'une réunion de catch de banlieue, à Nanterre, une spectatrice, sans doute rendue hystérique par ce spectacle de haute volée, lance une bouteille sur le ring. Ni une ni deux, l'arbitre "rend la politesse" à la furie en lui assénant coups de pieds et coups de poings, enchaînement conclu par un vigoureux lancer de chaise. Bilan : œil au beurre noir, dents cassées et plainte de la spectatrice irascible, tombée sur plus irascible qu'elle…

    Second fait divers, moins original. Match Toulouse-Ulster le week-end dernier comptant pour la coupe d'Europe de rugby. Faisant preuve de la sportivité proverbiale qui différencie les publics de l'Ovalie et du football, une partie des supporters de l'équipe nord-irlandaise couvre d'injures Trevor Brennan, leur voisin de République d'Irlande, dont le seul tort est de jouer pour les Toulousains. Une remarque de trop sur la mère du joueur - tiens, ce n'est pas sa sœur, non ça c'est une spécialité italienne…- fait tout basculer. Brennan franchit la barrière séparant le public du terrain et assène une bonne rouste au plus acharné de ces fans insultants. Aux dernières nouvelles, le supporter rossé "s'interrogeait sur la possibilité de déposer une plainte à la police"

    Loin de moi l'idée de pardonner les gestes par trop fougueux des offensés, au centre de ces deux malheureuses histoires. Je m'interroge néanmoins. En d'autres temps, conscients du fait que "Qui sème le vent récolte la tempête", les deux "agresseurs agressés" n'en auraient pas rajouté et auraient évité de demander justice. Aujourd'hui, par un phénomène de victimisation des agresseurs observé dans l'ensemble de la société et par appât du gain d'éventuels dommages et intérêts, même le loup au milieu du troupeau en est à se parer de la blanche robe de l'agneau. Que ce soit devant un tribunal ou le micro d'un journaliste, le coupable, qui le premier a ouvert la boîte de Pandore, refuse désormais obstinément d'assumer les conséquences de ses gestes ou de ses intentions.

    Prenez en novembre le triste épisode de la porte de Saint-Cloud, après le match de coupe d'Europe de football entre le PSG et l'Hapoel Tel Aviv. Partis pour lyncher un jeune supporter portant une écharpe israélienne, quelques dizaines d'excités que l'on n'ose qualifier "d'Ultras" revinrent à un de moins, un policier passant par là ayant eu à faire feu pour protéger la victime désignée du pogrom et s'éviter lui-même un mauvais sort. Les jours suivants, les médias s'attardaient sur la marche silencieuse des amis du jeune supporter abattu lors de cette flambée de violence et les gestes de solidarité des autres Ultras de France. Ces derniers, encouragés par la discrétion des commentaires dans la presse, oubliant un peu vite au passage que c'est plus sûrement la haine entretenue chaque week-end dans les stades qu'une balle perdue qui fut ce soir-là fatale à l'un des leurs…

Ethique et toc

Philostrate #Football
    La coupe du monde de football 2010 servira t-elle de référence dans le domaine social ? C'est en tout cas ce que souhaite la Confédération syndicale internationale (CSI). Cet organisme, qui vient de lancer une campagne intitulée "Un travail décent pour une vie décente", a décidé en effet de s'intéresser aux problèmes de sécurité et de législation du travail sur les chantiers de construction et de rénovation des stades de la prochaine coupe du monde en Afrique du Sud. La CSI, qui tente de sensibiliser les plus hautes autorités locales à cette question, aura fort affaire et pas seulement parce que, dans un pays où près de la moitié de la population est au chômage, on reste peu regardant sur les conditions d'embauche. En effet, les problèmes d'éthique, peu importe l'hémisphère, ne moblisent guère la "grande famille du football". Ou si peu… Lorsqu'il s'agit de faire lire d'un air contrit aux capitaines des équipes un texte contre le racisme avant les matches, la FIFA est là et bien là.

    C'est dans l'air du temps et ça ne mange pas de pain. En revanche, lorsqu'il convient de farfouiller dans les arrière-cours peu ragoûtantes des sponsors amis qui fournissent les équipements dûment labellisés, la vénérable institution fait plutôt profil bas. La photo d'un gamin pakistanais cousant pour une célèbre marque un ballon de football dans une rue de Lahore - d'où provient 80% de la production mondiale - plaidait pourtant pour l'introduction d'un peu plus de commerce équitable dans le marché sportif. La multinationale, qui ne manque pas de vanter les valeurs humaines du sport et son rôle dans l'épanouissement des individus, peut toujours arguer qu'il ne s'agit là que de sous-traitants et qu'il est impossible de tout contrôler. N'empêche, quand on capitalise sur le rêve pour tirer des poches des parents des enfants des pays développés jusqu'au dernier billet, il paraît difficile de botter en touche avec une telle désinvolture. FIFA et UEFA auraient dû depuis longtemps mettre les entreprises qui prospèrent grâce à leur discipline au pied du mur. En exigeant autre chose que des promesses dès lors qu'il s'agit de signer des contrats de license. En favorisant l'adoption d'un étiquettage spécifique "Commerce équitable" sur les maillots et ballons vendus ici à nos chers bambins et parfois cousus par d'autres, sous la coupe de patrons que l'on imagine être tout sauf des philantropes…

    Ce ne serait qu'un geste, les associations de consommateurs auraient au moins un argument concret à faire valoir en cas de contournement avéré du label. Mais voilà, il est plus simple de faire de belles campagnes de communication et de l'humanisme à coup de slogans que de se frotter aux dérives d'un business dont tout le monde profite. D'ailleurs, où est le problème ? "Je ne vois pas où l'argent pose un problème…", martelait encore ce matin l'un des deux candidats à la présidence de l'UEFA dans un entretien accordé à notre quotidien sportif national. Et c'était l'homme du changement, ancien tireur de coup francs de génie, que l'on a connu plus inspiré. C'est vous dire…

Démagogie rugbystique

Philostrate #Rugby
    Parfois, en une citation, un journaliste arrive à tirer la quintessence d'un homme. C'était le cas vendredi dernier, dans un article paru en page 8 de notre grand quotidien sportif national. Consacré au projet de nouveau stade Jean-Bouin, il permettait à l'adjoint aux sports de la mairie de Paris de dire encore une fois tout le bien qu'il pensait des rugbymen du Stade français, mais en des termes pour le moins suprenants. Il avançait ainsi, pour démontrer la légitimité des Stadistes dans la capitale : "Joueurs et entraîneurs habitent Paris, ce qui n'est pas le cas des joueurs du PSG, plutôt résidents des Yvelines". Argument définitif. Pour l'avoir croisé, on se doutait bien que la classe et la finesse d'analyse n'étaient guère le fort de l'adjoint au maire de Paris. Mais on était loin de se douter qu'il avait aussi un QI de moule de bouchot.

    Car à l'heure du sport professionnel, dans lequel le rugby s'efforce comme tous les autres de barboter, ce type de comparaison est tout aussi maladroit que vide de sens. Faute de pouvoir aligner sur le terrain onze ou quinze Parisiens pur jus, il faudrait donc que nos vaillants représentants à crampons résident intra-muros pour être dignes de représenter la capitale. La belle affaire ! En s'arrêtant à ce type de considération géographique, n'en déplaise à ce monsieur, le Stade français serait un club des Hauts-de-Seine. Pardi, ses rugbymen s'entraînent à la Faisanderie dans le parc de Saint-Cloud et au stade Marcel-Bec en forêt de Meudon, son ancien entraîneur, aujourd'hui sélectionneur de l'équipe de France, habite Boulogne tout comme quelques uns des joueurs de l'effectif actuel… Mais il est vrai qu'en cette année de coupe du monde de rugby, retour sur investissement oblige, la discipline doit être parée de toutes les vertus.

    L'année 2007 sera rugbystique ou ne sera pas, notre quotidien de sport national le disait lui-même dès son édition du 1er janvier ! La France est en pleine fièvre ovale, regardez cette affluence dans les stades ! Enfin, tenez-vous en surtout à Paris et Toulouse, car derrière les tribunes sont le plus souvent dignes d'une belle rencontre de Ligue 2 de football… Mais enfin, vous voyez bien quand même que le rugby est désormais pratiqué partout chez nous et que le cœur du pays bat à l'unisson de l'équipe nationale ! Vu de Bretagne ou du Nord, ce n'est pas toujours évident… Convenez tout de même que nos beaux joueurs huilés posant lascivement sous les douches et leurs joyeux supporters karaokant couramment le Joe Dassin sont plus sympathiques que leurs homologues footballeurs et leurs hooligans hystériques. Peut-être côté tribunes. Mais sur le terrain comme en coulisse, les gentlemen-éphèbes ne donnent pas toujours l'exemple non plus. Enfin, pour faire plaisir du côté de l'Hôtel de ville, on veut bien accorder au Stade Français son brevet de "parisiannité". À une condition toutefois : que le maire de la capitale et son adjoint répètent après nous "London", "Rule Britannia" et "Sebastian Coe" sans s'étrangler ou se fâcher tout rouge…

Trop polis les nageurs ?

Philostrate #Natation
    Se promener au bord d'un bassin olympique, parmi des nageurs de haut niveau, est un réel plaisir. Difficile de trouver athlètes plus disponibles et ouverts, faisant honneur tant à leur statut de champion qu'à leur discipline. Même "Laurette" Manaudou, drainant dans son sillage des bancs de journalistes-rémoras, reste étonnament abordable au regard d'autres "stars" du "sport business". Par nature, le nageur est le plus souvent poli et discret.

    Trop peut-être… Car dans l'arène médiatique, il faut savoir jouer de la grosse caisse pour se faire entendre. L'émoi tout relatif suscité par la programmation matinale des finales olympiques de natation à Pékin en 2008 en est le parfait exemple. D'ordinaire, les nageurs disputent les séries le matin et les finales le soir. Problème : à cause du décalage horaire entre la Chine et les Etats-Unis, ce planning ne convenait pas à NBC, diffuseur des JO outre-Atlantique et principal bailleur de fonds, grâce aux droits télé, du Comité international olympique. Connu pour son pragmatisme dès lors qu'il s'agit de gros sous, le CIO n'a donc pas hésité à s'asseoir sur la tradition pour programmer les finales dès le matin, balayant les réserves polies de la Fédération internationale de natation et des quelques champions émus par la nouvelle. Les Américains pourront donc suivre en direct, bien calés dans leurs canapés, les aventures aquatiques de leurs beaux bébés élevés à la viande aux hormones et tout va pour le mieux sous le ciel olympique !

    À l'heure du sport spectacle, la politesse est, si ce n'est un vilain défaut, du moins une faiblesse qui peut coûter cher. Pas besoin d'aller jusqu'à la grande muraille d'ailleurs pour le constater. J'étais récemment sur le bord de la piscine Georges-Vallerey à Paris, seul stade nautique de la capitale dont la vétusté fait honneur au sport français. Ce jour-là, s'y déroulaient les championnats de France interclubs, naguère grande fête de la natation française, aujourd'hui saucissonnée en rencontres régionales mal ficelées privant de confrontations directes les ténors de la spécialité. Les épreuves du comité d'Ile-de-France, dominées à Paris par Clichy, venaient de se terminer. Mais le club banlieusard en était à attendre la fin des courses à Marseille, prévues une heure et demie plus tard, pour savoir si, oui ou non, après un ultime décompte de points, il pouvait arracher le titre national à son rival du Canet-en-Roussillon ! Outre l'équité sportive discutable de finales régionales "simultanées" organisées avec décalage horaire (sic), les amateurs présents ne pouvaient que regretter l'unité de temps et d'espace de l'ancienne formule, qui réunissait les meilleurs clubs de France chaque année dans une ville différente pour un week-end. La fédération nationale voudrait tordre le cou à cette épreuve qu'elle ne s'y prendrait pas autrement…

    Déçus, certains présidents de club, principaux cocus de l'histoire car contribuant à faire vivre au quotidien une bonne partie des nageurs de l'élite, juraient en ce dimanche de décembre qu'ils allaient protester officiellement auprès de leur fédération pour obtenir un retour en arrière. Mais leurs timides éclats de voix étaient comme une vaguelette à la surface d'un bassin olympique. Trop polis eux aussi ? Sans doute.

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