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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

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J’étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Epilogue)

Jean-Claude Duce

Vainqueur du Tour de France cycliste 1909, le jovial François Faber était avant la Grande Guerre un champion populaire. Grandi en banlieue parisienne, le « Géant de Colombes », généreux et bon vivant, avait opté pour la nationalité luxembourgeoise de son père, mais était considéré par le public comme un enfant du pays. Quand la guerre éclate pendant l’été 1914, il s’engage dans la Légion étrangère pour défendre la France, qui avait fait « sa fortune ».

Son "Grand match" dans l'Artois, le "Géant de Colombes" n'aura pour ainsi dire pas le temps de le livrer. Quand à dix heures, le 9 mai 1915, le 33e corps d'armée commandé par le général Pétain sort d'un seul bond de ses tranchées, "Le Grand", comme l'appelaient affectueusement ses frères d'armes, est presque instantanément fauché par la mitraille, à l'entrée des Ouvrages Blancs. Témoin de la scène, un autre légionnaire se rappellera l'avoir vu dans le chaos de l'assaut porter ses mains à l'abdomen et crier "Je suis touché !". Il ne sera pas la seule victime de cette terrible journée. Quand au terme de leur furieuse poussée les légionnaires atteignent à onze heures trente la cote 140 et la crête de Vimy, ils n'ont plus guère qu'un sergent de valide pour les commander. Tombés les capitaines Leliagre, Boutin, Jourdeuil et Osmont, idem pour les commandants Noiré, Muller et Gaubert. Comble de l'ironie, toutes ces pertes auront pour ainsi dire été vaines. Faute de soutien, les légionnaires doivent en effet se résoudre à abandonner la crête de Vimy pour se replier sur des positions plus sûres. Elle ne sera reprise qu'en 1916 par les Canadiens. Sur le champ de bataille des Ouvrages Blancs, le corps du caporal Faber ne sera jamais retrouvé au grand désespoir de tous ceux qui l'aimaient, et ils étaient nombreux… "La caractéristique de Faber, écrit, meurtri, Henri Desgrange dans L'Auto du 19 mai 1915, était sa bonté. Celle-ci se manifestait partout, aussi bien dans ses relations de vie courante que dans les courses. On peut dire de lui qu'il n'avait en course aucun adversaire, seulement des concurrents (...) Il était unanimement aimé et estimé". "Pauvre Grand, nous l'admirions tant !" résument ses compagnons d'arme dans le mot de condoléance adressé à sa veuve, à qui revient désormais la responsabilité d'élever seule leur bébé, qu'il n'aura jamais vu. Ainsi se fracassait, à 28 ans, le destin d'un des champions les plus populaires d'avant la Grande Guerre. N'oublions jamais ceux tombés dans l'Artois et ailleurs en ce funeste printemps 1915.

Retrouvez les épisodes précédents : Vol.1, Vol. 2, Vol.3, Vol. 4, Vol. 5, Vol. 6, Vol. 7, Vol. 8, Vol. 9, Vol.10 

J'étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.3)

Jean-Claude Duce
J'étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.3)

Vainqueur du Tour de France cycliste 1909, le jovial François Faber était avant la Grande Guerre un champion populaire. Grandi en banlieue parisienne, le « Géant de Colombes », généreux et bon vivant, avait opté pour la nationalité luxembourgeoise de son père, mais était considéré par le public comme un enfant du pays. Quand la guerre éclate pendant l’été 1914, il s’engage dans la Légion étrangère pour défendre la France, qui avait fait « sa fortune ». Un siècle après sa disparition, c’est en hommage à son parcours et à celui de tous ses frères d’armes qu’il nous raconte à sa manière ses derniers jours.

« Ah mes agneaux, j'me souviendrai de ce 2 mai 1915 ! Sergent Faber, paraît qu'on va bientôt m'appeler, sergent Faber ! Quand les aminches m'ont appris ça, ça m'a laissé comme deux ronds de flan. Paraît que c'est à cause de la bonne influence que j'ai sur le baton… J'fais pourtant rien de plus que quand j'étais dans les pelotons, mais les gars disent que je suis bon camarade. C'est vrai, j'suis plutôt du genre partageur : sur le Tour de France, filer une côtelette à un isolé ou laisser ma pompe à un compagnon qu'avait percé, même si ça faisait braire l'père Desgrange, c'était normal pour moi. Faut se serrer les coudes quand on n'est pas nés avec une cuillère d'argent dans le bec. Ici encore plus que sur un vélo, où on peut se faire refroidir au détour de chaque boyau. Pan, rétamé le biffin, baissez le rideau de fer ! Après, ça te fait une belle jambe qu'un gradé ou un sous-préfet vienne frémir de la gueule sur tes os… Alors moi, mes poteaux légionnaires, j'les soigne quand je peux. Quand l'père Desgrange, qu'est pas rancunier, m'envoie une liasse de L'Auto, j'fais la lecture aux autres le soir dans la cagna. Quand j'dégotte un kil de pinard, chacun son gorgeon ! Tiens, pas plus tard qu'aujourd'hui, j'ai eu la visite d'un ancien des pelotons, un Tour de France 1911 et 1914, Charles Cruchon. Il est cycliste à l'état major du 279e d'Infanterie et quand il a su que j'étais cantonné dans le secteur, y s'est pointé recta, une boutanche de verveine de terrassier sous le bras. On a parlé du bon temps, de nos aventures sur la Grande Boucle, puis il est retourné à ses affaires. Moi, j'ai offert des coups de picton aux gars, il n'y a qu'ça de vrai pour vous refaire un poilu, puis on s'est remis au turbin. On creuse, toujours et encore quand on se fait pas trop marmiter par les Alboches. D'ailleurs, faut qu'j'y retourne, ma pelle me fait de l'œil. Salut les planqués, à la revoyure !"

J’étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.9)

Jean-Claude Duce
J’étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.9)

Vainqueur du Tour de France cycliste 1909, le jovial François Faber était avant la Grande Guerre un champion populaire. Grandi en banlieue parisienne, le « Géant de Colombes », généreux et bon vivant, avait opté pour la nationalité luxembourgeoise de son père, mais était considéré par le public comme un enfant du pays. Quand la guerre éclate pendant l’été 1914, il s’engage dans la Légion étrangère pour défendre la France, qui avait fait « sa fortune ». Un siècle après sa disparition, c’est en hommage à son parcours et à celui de tous ses frères d’armes qu’il nous raconte à sa manière ses derniers jours.

« Ah mes aïeux, quelle journée ! J'vais m'en souvenir longtemps de ce 8 mai 1915 ! Ça y est, je suis papa. J'ai enfin reçu une lettre d'Eugénie. C'est une petite Raymonde, elle est née le 5 mai. Je l'avais dit à Nini, ce sera une fille et tu feras une belle petite maman ! Tu pourras l'éduquer et la parer à ta façon, alors que si ça avait été un gars, il se serait pas passé longtemps avant que je le mette à la bicyclette. Enfin, mon tour viendra hein ! Quand j'ai annoncé la nouvelle au bataillon, les gars étaient presque aussi heureux que moi. C'est bath de les voir ! Un qui arrive une bouteille de picton sous le bras pour trinquer, un autre qui, verse sa larme en s'rappelant lui aussi le grand jour, mes deux sergents qui se battent à qui sera le parrain… Faut pas croire, on est des sentimentaux nous les légionnaires ! D'ailleurs, on avait un peu anticipé la bonne nouvelle en liquidant cinq bouteilles de champagne. Ah, on était frais ! Pourtant, ce matin, on a bien cru que ça y était. le bataillon était préparé pour l'assaut et puis il y a eu un nouveau contre ordre. Les nuits et les petits matins se suivent : grêle d'obus sur les Boches puis rassemblement dans les tranchées en attendant l'offensive. C'est pas encore pour aujourd'hui, mais j'crois que le grand déclenchement approche. Tant mieux, ma bonne fortune a contaminé tous les hommes. Remonté comme un coucou le bataillon C, les Fritz ne vont pas avoir beau jeu ! Bon, j'vous laisse, papa Faber a encore une tournée à honorer. Ah c'que je suis heureux…A la revoyure !"

J’étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.1)

Jean-Claude Duce
J’étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.1)

Vainqueur du Tour de France cycliste 1909, le jovial François Faber était avant la Grande Guerre un champion populaire. Grandi en banlieue parisienne, le « Géant de Colombes », généreux et bon vivant, avait opté pour la nationalité luxembourgeoise de son père, mais était considéré par le public comme un enfant du pays. Quand la guerre éclate pendant l’été 1914, il s’engage dans la Légion étrangère pour défendre la France, qui avait fait « sa fortune ». Un siècle après sa disparition, c’est en hommage à son parcours et à celui de tous ses frères d’armes qu’il nous raconte à sa manière ses derniers jours.

« Ben mes biquets, me d’mandez pas comment mézigue fait aujourd’hui pour vous écrire sur vos drôles de machines. La vérité c’est que j’en sais que pouic ! Mais ça va en boucher un coin à plus d’un, comme quand malgré mes quatre-vingt-dix kilos et mes épaules de docker j’arrivais à me farcir des cols comme qui rigole ! Aujourd’hui, nous sommes le 30 avril 1915, j’écris cette bafouille sur un coin de table plein d’échardes et on est loin de mes exploits sur route. Faut dire que c’est pas le « Géant de Colombes » qui vous parle, vainqueur du Tour de France, du Tour de Lombardie, de Bordeaux –Paris et de Paris-Roubaix entre autres joyeusetés, mais le caporal Faber du 2e régiment de marche du 1er étranger ! Et j'suis pas dans la roue du Frisé, mon grand rival Octave Lapize, mais face aux Fritz, ces maudits Alboches, laids à faire rater une couvée de singes, qui grouillent comme des cloportes dans les tranchées d’en face. A l’heure où j’vous écris, j’suis cantonné avec mon régiment au Mont Saint-Eloi, pas loin d’Arras, où on vient d’arriver avec les vaillants de la division marocaine. On a quitté la Champagne pour l’Artois, mais la chanson est la même : gagner le « Grand Match », comme l’appelle le père Desgrange dans L’Auto, dérouiller les Pruskos puis revenir gentiment à Paname vider des godets, serrer fort nos mamans et bécoter nos p’tites femmes. Il paraît qu’ici un gros coup de prépare… Mais faut que j’vous laisse, les copains m’appellent, paraît que le lieutenant-colonel Cot a des choses à nous dire. J’vous recause bientôt, promis… A la revoyure ! »

J'étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.4)

Jean-Claude Duce
J'étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.4)

Vainqueur du Tour de France cycliste 1909, le jovial François Faber était avant la Grande Guerre un champion populaire. Grandi en banlieue parisienne, le « Géant de Colombes », généreux et bon vivant, avait opté pour la nationalité luxembourgeoise de son père, mais était considéré par le public comme un enfant du pays. Quand la guerre éclate pendant l’été 1914, il s’engage dans la Légion étrangère pour défendre la France, qui avait fait « sa fortune ». Un siècle après sa disparition, c’est en hommage à son parcours et à celui de tous ses frères d’armes qu’il nous raconte à sa manière ses derniers jours.

« 3 mai 1915, un grand coup se prépare. Les rumeurs courent plus vite que les totos sur nos couvrantes. Hier Cruchon m'a parlé d'une réunion avec toutes les huiles, Philippe Pétain, le général du 33e corps d'armée, y était… Ça sent le casse-pipe pour nozigue. Mais rien de neuf sous le soleil, on continue à terrasser. Ah, vont être beaux nos boyaux, soignés aux p'tits oignons ! Creuser, sortir de la terre, charrier des paquetons… Ça m'rappelle quand avec mes frangins, Ernest et Jules, "La Pellette" et "Patte de Pie", on vidait les péniches sur les quais de Seine pour la maison Béraud. Ah, c'était bath, on en bavait mais on se fendait la pipe ! Le café-rhum de notre p'tite maman le matin. Les déjeuners chez Moisan à Colombes, le "repas des fauves" comme écrivait Charles Ravaud dans L'Auto. C'est vrai que fallait pas nous en promettre côté fourchette, toujours un boyau de vide les frérots ! Boulotter un demi-gigot et un poulet entier dans un même repas, ça nous faisait pas peur… Ici, ça "creuse" tout autant de creuser, mais tintin pour le quadrille de la mâchoire. Faut savoir se contenter de peu et encore, j'suis pas l'plus à plaindre, j'ai quelques colis pour améliorer l'ordinaire. Quand ça arrive, c'est la tournée du caporal Faber ! Mais c'est pas du ravito que j'attends le plus en ce moment. J'aimerais bien avoir des nouvelles d'Eugénie, savoir si nous sommes papa et maman. J'suis sûr qu'elle va nous faire une petite fille, j'lui ai écrit… Mais rien pour le moment, alors j'me remets au turbin. Faut en profiter, c'est plutôt calme dans le secteur, à part quelques cadeaux tombés du ciel sur les Fritz de la part de nos artiflos ce matin, rien depuis. A la revoyure, j'espère pouvoir vous écrire une autre bafouille demain, si ces maudits Boches m'en laissent le temps…"

J'étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.5)

Jean-Claude Duce
J'étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.5)

Vainqueur du Tour de France cycliste 1909, le jovial François Faber était avant la Grande Guerre un champion populaire. Grandi en banlieue parisienne, le « Géant de Colombes », généreux et bon vivant, avait opté pour la nationalité luxembourgeoise de son père, mais était considéré par le public comme un enfant du pays. Quand la guerre éclate pendant l’été 1914, il s’engage dans la Légion étrangère pour défendre la France, qui avait fait « sa fortune ». Un siècle après sa disparition, c’est en hommage à son parcours et à celui de tous ses frères d’armes qu’il nous raconte à sa manière ses derniers jours.

« Aube du 4 mai 1915. Les alouettes s'en tapent des guerres des hommes. Cette nuit impossible de pioncer, nos artiflos ont marmité les Pruskos dans les grandes largeurs. On est tous nerveux comme des rosières. Alors depuis que le jour s'est levé et que le déluge s'est arrêté, je regarde les oiseaux tournoyer dans le ciel. Au-dessus de nos lignes. Au dessus des lignes des Fritz. Au-dessus de la route d'Arras à Béthune, planquée là-haut, derrière ces satanés Ouvrages Blancs. C'est drôle de se dire que c'est sur des routes comme celle-là, pas loin d'ici, que le brave docker que j'étais est devenu le "Grand Faber", comme m'ont appelé les baveux de L'Auto. Quand la poisse ne m'envoyait pas valdinguer dans le fossé, j'étais le taulier sur les étapes les plus dures du Tour de France, dans le Nord et dans l'Est, près de mon cher Luxembourg. Jamais aussi à l'aise que dans la tempête le "Géant de Colombes", avec le zéphyr en pleine poire et la drache qui vous rince jusqu'aux os. Les hallebardes sur les reins, j'avais connu ça quand je faisais le terrassier, été comme hiver, alors jouer à l'"hommes vapeur" sur ma fée d'acier, pensez donc… Je passais la ligne d'arrivée fait comme un un barbet, mais heureux comme un môme ! Et d'ces gueuletons après… Ici, les gueuletons, nib ! On bosse comme des Romains, on creuse, on consolide, on évacue la caillasse, en gardant un œil sur les gaspards qui nous filent entre les pattes et les Boches, qui rectifient en cinq sec la moindre bobine qui dépasse. Parlez d'une vie. Enfin, comme dirait Baugé, faut surtout pas laisser le cafard nous grignoter la cervelle. Allez, j'vais m'envoyer un kahoua histoire de chasser les idées noires. A la revoyure !"

J’étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.7)

Jean-Claude Duce
J’étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.7)

Vainqueur du Tour de France cycliste 1909, le jovial François Faber était avant la Grande Guerre un champion populaire. Grandi en banlieue parisienne, le « Géant de Colombes », généreux et bon vivant, avait opté pour la nationalité luxembourgeoise de son père, mais était considéré par le public comme un enfant du pays. Quand la guerre éclate pendant l’été 1914, il s’engage dans la Légion étrangère pour défendre la France, qui avait fait « sa fortune ». Un siècle après sa disparition, c’est en hommage à son parcours et à celui de tous ses frères d’armes qu’il nous raconte à sa manière ses derniers jours.

« 6 mai 1915, c'est la Sainte Prudence… En v'là une dont on a bien besoin et j'vous fiche mon billet que plus d'un légionnaire doit lui faire une p'tite prière ! Calotin ou pas, on s'cherche tous des protections ici. Un crucifix, un chapelet, un trèfle à quatre feuilles, une patte de lapin, une arme arrachée aux Fritz, tout est bon pour faire fuir la Sorcière aux dents vertes. Savez pas qui c'est ? C'est le p'tit nom qu'on donne à la déveine dans les pelotons. Moi, j'peux dire que je l'ai croisée souvent la vilaine : des fois c'était sous la forme d'un trottoir ou d'un rail de chemin de fer, des fois d'un clebs, même d'une poule et v'lan ! Un beau soleil pour le père Faber ! J'en ai raté quelques-unes des victoires à cause de ce genre de cabrioles au début de ma carrière. Même un Paris-Roubaix en 1908, avec une chute juste à l'entrée du vélodrome. Les yeux pleins de boue et de raisiné, j'ai vu Vanhouwaert et Lorgeou me filer sous le pif avant de passer la ligne d'arrivée. Heureusement, je me suis rattrapé en 1913. Enfin, avec tous les mauvais tours qu'elle m'a joués en course la Sorcière aux dents vertes, j'espère bien qu'elle va m'oublier maintenant. Ce que récoltent les malchanceux ici, ça se soigne pas avec des compresses, un massage et les boniments du père Baugé ! Une abeille dans la caboche et tu lâches la rampe… C'est trop con quand on y pense. Bon, c'est l'heure du rata. Sont pas avares non plus en piquette aujourd'hui. Bientôt, ce sera notre tour de jouer nos osselets sur un coup de dé. Allez, priez pour nous et à la revoyure !"

J’étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.6)

Jean-Claude Duce
J’étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.6)

Vainqueur du Tour de France cycliste 1909, le jovial François Faber était avant la Grande Guerre un champion populaire. Grandi en banlieue parisienne, le « Géant de Colombes », généreux et bon vivant, avait opté pour la nationalité luxembourgeoise de son père, mais était considéré par le public comme un enfant du pays. Quand la guerre éclate pendant l’été 1914, il s’engage dans la Légion étrangère pour défendre la France, qui avait fait « sa fortune ». Un siècle après sa disparition, c’est en hommage à son parcours et à celui de tous ses frères d’armes qu’il nous raconte à sa manière ses derniers jours.

« J'ai jamais été un lâcheur, pas plus maintenant que sur un vélo. Mais comme tous les gars ici, j'aimerais bien parfois que ce bazar s'arrête. Toutes les nuits maintenant, nos artiflos bombardent les lignes allemandes. Derrière les chevaux de frise, les Fritz dégustent. Nous aussi : on essaie bien de gratter quelques minutes de sommeil, mais avec la trouille que les Boches nous marmitent à leur tour et le barouf fait par les obus qui pleuvent, ceinture ! La plupart du temps, on se serre, comme des moineaux sur un fil télégraphique. Ah ça, on a moins fière allure qu'en août 1914 quand on s'est enrôlés ! Trois mille Luxembourgeois qu'on était à Paris, venus comme un seul homme nous engager pour défendre la France et notre petit pays. Qu'elle semble loin la caserne de Reuilly… "Bon pour le service !", qu'ils ont dit et v'là bibi devenu le matricule 25860. Depuis, les légionnaires du 1er Etranger en ont vu du pays : les classes à Bayonne, le regroupement de tous les volontaires dans l'Yonne, le départ au front et le baptême du feu, en Champagne. Et aujourd'hui, l'Artois. Mon bataillon, le C, attend toujours des nouvelles. On sent qu'une offensive se prépare, un truc bien plus maousse que ce qu'on a connu fin 1914 autour du fort de la Pompelle, où ça a pourtant méchamment bastonné. Mais bizarrement, si j'oublie une minute le manque de sommeil, ces mois de vie à la dure m'ont pas trop usé. Je me sens assez costaud et je me dis parfois que si la saison cycliste commençait maintenant, les camarades devraient en mettre un sacré coup pour me suivre ! Mais faut pas penser à ça… Si seulement j'pouvais recevoir une lettre d'Eugénie aujourd'hui pour m'annoncer la bonne nouvelle. Mince, v'là que j'pique du nez… J'vais essayer de pioncer un peu. A la revoyure !"

J’étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.8)

Jean-Claude Duce
J’étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.8)

Vainqueur du Tour de France cycliste 1909, le jovial François Faber était avant la Grande Guerre un champion populaire. Grandi en banlieue parisienne, le « Géant de Colombes », généreux et bon vivant, avait opté pour la nationalité luxembourgeoise de son père, mais était considéré par le public comme un enfant du pays. Quand la guerre éclate pendant l’été 1914, il s’engage dans la Légion étrangère pour défendre la France, qui avait fait « sa fortune ». Un siècle après sa disparition, c’est en hommage à son parcours et à celui de tous ses frères d’armes qu’il nous raconte à sa manière ses derniers jours.

« J'me sens pas dans mon assiette aujourd'hui. 7 mai 1915 et toujours pas de lettre de Nini… Peu- être bien que je suis papa et je le sais même pas. Quelle guigne ! Mais c'est pas ça qui me chiffonne le plus, c'est l'air qui tourne dans ma caboche depuis cette nuit. J'voyais les éclairs des obus tombant sur les lignes des Frisés rougir le ciel. J'entendais la terre exploser en gerbes chargées de ferraille et de barbaque pulvérisées. Depuis, je m'dis : si moi aussi je me retrouve éparpillé au fond d'un cratère, il leur restera quoi de moi à ceux que j'aime ? J'parle pas de la maison à Colombes et de tout le reste, ça j'ai fait le nécessaire pour qu'Eugénie et le gosse manquent de rien… Mais du souvenir que je leur laisserai. C'est là que j'ai réalisé que j'avais encore mon larfeuille avec dedans mes papiers et mes licences de quand j'étais coureur. J'aimerais pas que ça tombe entre les sales pattes d'un Prusko si je me faisais rectifier. C'est pour ça qu'j'ai harponné tout à l'heure mon pote George. Il est motocycliste à l'état-major de notre régiment. Quelle affaire ça a été de lui donner mes fafiots pour qu'il les mette en sécurité, au cas où… Voulait rien savoir le cochon, y disait que ça me porterait la poisse ! Mais plus cabochard que mézigue, y'a pas. Il a fini par tout prendre, sauf les talbins qui restaient, là j'ai pas insisté. Depuis, je m'sens un peu soulagé. M'est avis que la grande marche en avant que nous promet le commandant Noiré c'est pas encore pour aujourd'hui. J'vous tiens au jus, à la revoyure !"

J'étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.10)

Jean-Claude Duce
J'étais François Faber, champion cycliste et légionnaire… (Vol.10)

Vainqueur du Tour de France cycliste 1909, le jovial François Faber était avant la Grande Guerre un champion populaire. Grandi en banlieue parisienne, le « Géant de Colombes », généreux et bon vivant, avait opté pour la nationalité luxembourgeoise de son père, mais était considéré par le public comme un enfant du pays. Quand la guerre éclate pendant l’été 1914, il s’engage dans la Légion étrangère pour défendre la France, qui avait fait « sa fortune ». Un siècle après sa disparition, c’est en hommage à son parcours et à celui de tous ses frères d’armes qu’il nous raconte à sa manière ses derniers jours.

« Cette fois, c'est la bonne ! 9 mai 1915, le gros coup c'est pour aujourd'hui. Depuis quatre heures du matin, nous sommes massés dans l'attente du coup de sifflet qui nous fera bondir hors de nos tranchées. Trois corps d'armée au grand complet, dont nozigue, le bataillon C du 1er Etranger. Le commandant Noiré nous l'a confirmé : avec le 7e Tirailleurs, on va devoir se coltiner les Ouvrages blancs. Objectif : la crête de Vimy et la cote 140. Depuis six heures du matin, le déluge d'obus sur les lignes des Alboches est encore plus terrible que les nuits précédentes. Nos artiflots s'en donnent à cœur joie ! Le terre tremble comme jamais. Ça fait un moment que même les plus costauds n'ont plus le cœur à la plaisanterie. Y'en a bien qu'essaient de donner le change en sifflotant, mais la plupart, moi compris, ont des bobines à faire peur. Le regard perdu, le teint verdâtre, quand ils ne dégueulent pas tripes et boyaux. La tension est terrible. Tous les commandants sont à leurs postes : Noiré, Muller, Gaubert… Plus loin j'aperçois les capitaines Leliagre, Boutin, Jourdeuil et Osmont. Ils encouragent leurs hommes, même si on sait bien qu'eux aussi ont sacrément les pétoches, comme nous. "Ceux de gauche fonceront sur Carency, à nous les cote 140 !" On se répète la phrase mécaniquement, comme pour se convaincre qu'on s'y retrouvera tous, là-haut, sur leur foutue crête, dans quelques heures. L'artillerie poursuit son récital : pourvu que les Fritz qui restent soient marmités à point. Il est bientôt dix heures, je crois qu'c'est pour bientôt. J'ai les tripes retournées. J'vous laisse. Maintenant on y est jusqu'au cou, advienne que pourra !"

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