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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

#coup de coeur de philostrate

Tour de France, bon baisers du centième

Philostrate #Coup de coeur de Philostrate

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     Si depuis 1903 la France a plus d'un Tour dans son sac, celui de 2013, qui vient de s'achever, est un bon millésime. Sportivement, ça se discute, même si Christopher Froome dans le Ventoux, Christophe Riblon dans l'Alpe d'Huez, Nairo Quintana au Semnoz ou la spectaculaire étape de plaine Tours/Saint-Amand-Montrond, ont agréablement secoué la torpeur estivale. Médiatiquement en revanche, le succès est incontestable. Passons sur la suspicion collant à l'oreillette du maillot jaune, inévitable tant le cyclisme est devenu dans le monde du sport l'arbre qui cache la forêt du dopage, pour nous en tenir à la carte postale animée écrite pendant trois semaine par le peloton sur les routes de France…

 

     Un public toujours enthousiaste et bon enfant. Des paysages à couper le souffle, mis en valeur par une réalisation planant très loin au-dessus des retransmissions télévisées du Giro ou de la Vuelta. Et la confirmation, qu'à tort ou à raison, même en période de crise et dans un pays indécrottablement dépressif comme le nôtre, le Tour reste au mitan de l'été le dernier ilôt d'insouciance. Une oasis certes fragile mais préservée, où se retrouvent avec délice et une certaine naïveté, ceux-là même qui le reste de l'année jettent un regard indifférent sur les pérégrinations des coureurs.

 

     A tel point que devant l'Arc de triomphe, transformé en écran géant pour l'arrivée sur les Champs-Elysées, une seule question se posait hier soir. Avec pareil ambassadeur, pourquoi ne pas fermer purement et simplement les offices de tourisme de Paris et de tout le pays ? Le Tour de France, retransmis partout dans le monde, ne vaut-il pas mieux que n'importe quelle campagne de pub, lui qui renvoie, une fois n'est pas coutume, une image souriante de nos villes et de nos campagnes ? En faisant dès son origine de la France son écrin, la Grande Boucle reste une épreuve à part dans l'imaginaire collectif. Un formidable théâtre à ciel ouvert, où malgé les drames et la vilaine cuisine qui parfois mijotent en coulisse, plane encore un parfum d'enfance et de liberté, qu'il faut absolument défendre et préserver.

Elisabeth II, 60 ans de règne et rien de neuf sous les crampons…

Philostrate #Coup de coeur de Philostrate

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     Le 6 février 1952, à la mort du roi George VI, sa fille Elisabeth, alors âgée de 25 ans, accède au trône d'Angleterre. Soixante plus tard, Elisabeth II règne toujours sur Albion, qui s'apprête à fêter son Jubilé de Diamant. Doyenne des monarques d'Europe, "Lizzie" n'a jamais avoué d'autre passion sportive que les courses de chevaux. En garante de la tradition, elle aurait pourtant tout à gagner à s'intéresser un peu plus aux histoires de crampons qui font la grandeur du gazon briton. Sur les verts pâturages, où William Blake rêvait de bâtir sa Jerusalem céleste - "And did those feet, in ancient time…" que ceux qui n'ont jamais vu Les Chariots de Feu ou assisté à la Last Night of the Proms passent leur tour…-, la reine constaterait, avec délectation, que rien n'a changé ou presque en six décennies.

 

      Tiercé de tête du championnat d'Angleterre 1952. Le titre va à Manchester United, les places d'honneur à Tottenham et Arsenal. Soixante ans plus tard, les Red Devils n'ont raté qu'à la différence de buts leur vingtième sacre en Premier League, coiffés sur le poteau par leurs rivaux de City. On imaginerait presque leur immarcescible manager, Alex Ferguson, faire le trait d'union entre ces deux époques ! Mais c'est un autre Ecossais célèbre, Matt Busby, qui règne sur MU dans les années 1950 et Sir Alex n'est encore qu'un gamin de 16 ans quand le 6 février 1958 l'équipe première du club est décimée dans ce qui reste comme l'une des plus terribles catastrophes aériennes de l'histoire du sport.

 

      Tournoi des Cinq Nations 1952. L'Angleterre s'impose face à l'Ecosse à Edimbourg 19 à 3. Ce printemps, le XV de la Rose est venu à bout du XV du Chardon 13 à 6, toujours à Murrayfield. Pour mémoire, c'est le Pays de Galles qui s'impose dans le tournoi l'année où Elisabeth devient reine, précédant de deux points l'Angleterre, venue s'imposer 6 à 3 à Paris face à la France, tout comme l'Irlande (11 à 8)… A un nul près face aux joueurs du Trèfle, le parallèle avec 2012 est saisissant, non ?

 

      Pour une monarque de 85 ans, qui a vu le monde se transformer et pas mal de ses valeurs balayées par le vent du changement, les joutes sportives, a fortiori l'année où Londres accueille les Jeux olympiques, pourraient donc constituer l'un des derniers bastions de la tradition. A moins qu'Elisabeth II ne soit une adepte du "No sport", à qui Winston Churchill attribuait sa longévité… Quoiqu'il en soit, Rule Britannia and…  Long Live The Queen !

Philostrate se met au vert

Philostrate #Coup de coeur de Philostrate
Amis lecteurs, bon été !

Philostrate interrompt ses émissions jusque fin août.

Quelques images pour vous faire patienter…


L'annonce faite à "Maké"

Philostrate #Coup de coeur de Philostrate
    L'histoire veut que le Tout-puissant se soit adressé à Jeanne d'Arc dans un champ de sa Lorraine natale. C'est sur la pelouse du Parc des Princes ou les terrains d'entraînement du camp des Loges que Claude Makélélé, lui, a dû entendre des voix célestes. Là où la Pucelle d'Orléans s'était vu confier la mission de bouter les Anglais hors de France, le vieux "Maké" se sent désormais investi d'une mission quasi-divine, celle de remettre à lui seul le Paris Saint-Germain dans le droit chemin.

    Vaste programme. Drôle d'idée surtout, car de quelle légitimité peut se revendiquer l'ancien international pour jouer les redresseurs de torts au PSG ? Maké a un palmarès, certes. Il a joué les tauliers cette saison dans le vestiaire et le milieu de terrain parisiens, d'accord. Mais au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. S'il a plutôt bien tenu la distance dans une équipe jouant au train de sénateur du championnat de France, à la vitesse de croisière Ligue des Champions il aurait sans doute tiré la langue plus que de raison. Surtout, arrivé l'été dernier, que représente Makélélé dans l'histoire du club de la capitale pour s'imaginer ainsi l'incarner aujourd'hui ?

    Rien ou presque. A moins que nous n'ayons raté un épisode. Peut-être, vu son grand âge, Makélélé faisait-il déjà partie, alors fringant trentenaire, de l'équipe qui permit à Paris d'écrire les premières lignes de son palmarès au tout début des années 1980 ? Si c'est le cas, cela nous a échappé, ainsi qu'aux glorieux anciens ayant porté la coupe de France à bout de bras en 1982 et 1983… Par contre, nous sommes quelques uns à nous rappeler très clairement cette finale de coupe en 1993 au Parc des Princes où, venu chercher fortune avec ses virevoltants équipiers Nantais, Maké en était reparti cul nu et fessé de trois buts par des Parisiens où jouaient alors les Kombouaré, Roche, Le Guen et consorts…

    Sauf à confondre Sébastien Bazin avec Dieu le Père, on ne voit pas de quel buisson ardent peut se prévaloir Maké pour se croire ainsi prophète dans un pays qu'il devra conquérir avant d'être le sien. Bouffi d'orgueil, notre bistrotier haut de gamme, dont le café chic est l'unique brevet de parisiannité, risque plutôt de s'attirer de sérieuses inimitiés dans les virages en jouant ainsi les matamors.

    Qu'il range ses habits de Zorro improbable dans l'armoire et se contente simplement de faire la promotion de sa biographie. Faute de nettoyer les prétendues "saletés" qui handicapent selon lui le PSG, son bouquin, comme celui de Rothen avant lui, pourra toujours servir à caler un ou deux meubles bancals du centre d'entraînement parisien…

Armistice

Philostrate #Coup de coeur de Philostrate
    Regardez comme ils ont l'air grave nos pionniers du cyclisme au départ de ce Bordeaux-Paris 1904. Comme si ces gaillards, pourtant habitués aux coups durs, pressentaient que d'autres épreuves, bien plus redoutables que celles de la route, les attendaient dans la décennie à venir.

   
   
    Aujourd'hui où nous commémorons le quatre-vingt-dixième anniversaire de l'Armistice de la Grande Guerre,
n'oublions pas ceux qui dans le peloton payèrent comme les autres de leurs vies leur engagement dans le plus grand conflit de l'histoire du XXe siècle. Ne les vénérons pas comme des héros de la République, laissons cela aux propagandistes de l'époque. Non, respectons-les seulement comme de braves gars qui, comme leurs voisins de tranchées et d'infortune, boulangers, ronds de cuir, paysans et ouvriers, sont partis avec plus ou moins d'enthousiasme faire ce qu'ils pensaient être leur devoir.

    Alors Petit-Breton,Faber, Lapize, Friol, Engel, Henri Alavoine, Comes, Lafourcade et, vous tous, géants de la route qui ne vécurent pas assez longtemps pour vivre la délivrance du 11 novembre 1918, permettez-nous en ce jour du souvenir, de vous adresser nos pensées affectueuses, comme nous le ferions à tous nos arrière-grands-pères tombés dans la Marne, l'Artois ou la Meuse.

    Les récits de vos exploits sportifs vous ont survécu. Faisons en sorte que vos silhouettes, à jamais disparues dans le fracas du champ de bataille, ne soient elles non plus jamais oubliées…
 

Jo cool

Philostrate #Coup de coeur de Philostrate
    Qu'est-ce-qui rend Jo Wilfried Tsonga si sympathique ? Son physique ? Sans doute, même si sa carcasse d'ours débonnaire est aussi sa pire ennemie, comme en témoignent les blessures à répétition qui ont longtemps retardé son éclosion. Son jeu ? C'est un cogneur, comme il y en a d'autres sur le circuit de tennis professionnel, un puncheur de haute volée, certes, mais ça ne suffit pas à expliquer sa formidable cote de popularité. Non, ce qui rend le vainqueur du tournoi de Bercy 2008 si différent, c'est que contrairement à la plupart de ses collègues, il "joue" encore au tennis.

    C'est drôle comme les notions de jeu et de plaisir de jouer disparaissent peu à peu du vocabulaire sportif en général. On ne joue plus un match, on le dispute. Pire, selon la terminologie en vogue chez les journalistes sportifs, on "fait le métier". Pas étonnant que dans ces conditions, un gars qui s'éclate en tapant dans la balle sur un court de tennis, un terrain de foot ou de rugby semble s'être trompé d'époque. Au plus haut niveau, le plaisir tout simple de pratiquer son sport est devenu inversement proportionnel à la renommée des champions.  Ou alors, on simule le plaisir, on l'exprime avec une telle rage gonflée aux hormones que cela en devient un rituel guerrier, à l'image de ces basketteurs et footballeurs américains pour qui l'hystérie semble être une seconde nature.

    Alors Jo, reste cool, c'est tout ce que l'on peut te souhaiter pour la suite de ton parcours. Tu peux gagner ou perdre des tournois, te planter lamentablement ou faire péter les scores, peu importe. Tu peux en la matière prendre exemple sur ce "vieux fossile" du tennis, devenu star de la chanson, notre Yann' national. Plus "sérieux", selon les critères des rabat-joie dont il s'est toujours moqué comme de sa première dreadlock, Noah aurait sans aucun doute un palmarès plus étoffé. Mais en aurait-il pour autant pris plus de plaisir; plaisir, soit dit en passant, qu'il savait bien nous faire partager le lascar…

     Le plus dur, c'est de ne pas succomber à l'usure, de ne pas plier sous la double pression sportive et médiatique. Prenez Laure Manaudou. On se demande encore comment, avec ce pitbull des bassins de Philippe Lucas comme entraîneur, mais au début de sa gloire elle semblait s'amuser la naïade ! Aujourd'hui, la sirène est cramée, de trop d'amours surexposés, de trop d'heures passées à compter les carreaux du fond de la piscine. La jolie torpille au sourire simple et nacré en est rendue à remplacer la sardine qui bouche l'entrée du Vieux port dans les conversations des Marseillais. Alors gaffe Jo, prudence ! Ce serait tout de même dommage de te retrouver dans cinq ou six saisons à jouer ta partition avec autant d'entrain qu'un Davydenko ou un Stepanek de bas étage. Tu t'emmerderais sacrément, et nous avec…

La nostalgie camarade…

Philostrate #Coup de coeur de Philostrate
    2008 sera t-elle l'année du sport russe ? C'est bien parti pour. Les deux sports collectifs rois dans l'ancienne Union soviétique nous offrent en effet cette saison une inattendue cure de jouvence. Du temps où les maillots rouges des équipes nationales de la "Mère Russie" constituaient l'unique tache de couleur dans l'univers désespérément gris du défunt bloc de l'Est…

    Les hockeyeurs ont ouvert la voie en mai au Québec. Le talent de la jeune garde rouge réussissait à déjouer les pièges d'un arbitrage à domicile - un euphémisme…- pour battre sur le fil (5-4) les Canadiens en finale des championnats du monde. La glace slave retrouvait ses héros, vingt ans après la K-L-M, ligne d'attaque légendaire associant Kroutov, Larionov et Makarov, qui étaient dans les années 1980 aux patinoires ce que les SS20 étaient à la géostratégie.

    En Autriche, pays aux premières loges lors de la Guerre froide, les footballeurs russes semblent décidés à leur emboîter le pas. Les coéquipiers d'Archavine jouent peut-être trop bien pour aller au bout de leurs rêves dans ce championnat d'Europe, n'empêche… Ils resteront quoiqu'il arrive la bonne surprise d'une compétition par ailleurs plutôt terne.

    En pratiquant un jeu audacieux, où les talents individuels s'épanouissent au service du collectif, ils redonneraient presque le sourire aux vieux vendeurs de L'Humanité Dimanche, qui ont remisé leurs espoirs de "lendemains qui chantent" quelque part entre l'intégrale des Chanteurs de l'Armée rouge et leurs 33 tours de Jean Ferrat. Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents communistes pourrait-on dire en reprenant le titre d'un film célèbre. Ça reste à prouver.  Mais on peut bien s'offrir un coup de nostalgie sportive camarade, ça ne mange pas de pain. D'autant que les Lev Yachine, Rinat Dassaev et consorts restent, avec ses cosmonautes triomphants, l'un des rares bons souvenirs offerts par l'URSS…


Relais solidaire

Philostrate #Coup de coeur de Philostrate
 
   Ils auraient pété dans l'eau du grand bain pour faire jacuzzi que ça n'aurait pas été pire. Dans l'atmosphère feutrée de la Croix Catelan, fief du Racing club de France, le mot "grève" est aussi choquant que l'apparition de Madonna dans un défilé de rosières. Pourtant, c'est bien une grève du relais que les représentants du Cercle des Nageurs de Marseille ont fait lors de l'Open de France mercredi dernier.

    Une grève de solidarité avec leur entraîneur que la Fédération Française de Natation n'avait pas cru bon accréditer pour les JO à Pékin. Chez l'ami des champions, Arnaud Lagardère, qui inclut les médailles dans son business plan, cela fait désordre. Une version aquatique des damnés de la terre en somme…

    L'initiative peut faire sourire, mais elle est  révélatrice de l'état d'esprit qui peut encore régner dans le milieu de la natation. Au foot, les joueurs s'inventent parfois des pieds carrés et rivalisent de médiocrité pour obtenir le limogeage d'un entraîneur devenu gênant. Au tennis ou en athlétisme, les as de la raquette peuvent vivre une relation quasi-fusionnelle avec leur coach-mentor, puis le jeter en le taxant de gourou pervers, de dangereux manipulateur, ange gardien devenu croquemitaine des courts ou du tartan sans même s'en rendre compte. En natation, il est encore des athlètes capables d'être solidaires de leur entraîneur en toutes circonstances. C'est rafraîchissant, comme un plongeon dans la piscine du petit Arnaud un jour de printemps pourri…

Lazare, François, même combat

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Faberlegionnaire-2.jpg    Ces deux-là étaient compagnons d'armes, mais ne se sont sans doute jamais rencontrés. Lazare Ponticelli, notre dernier Poilu à qui la République rend hommage lundi, s'est engagé à seize ans  dans la Légion étrangère pour  servir la France, son pays d'adoption. Lui, le petit rital anonyme, est alors affecté au 4e de Marche du 1er Etranger. François Faber (ci-contre et ci-dessous), vainqueur du Tour de France cycliste cinq ans plus tôt, est encore un champion populaire quand éclate la Grande Guerre. Aîné de dix ans du jeune Italien, il prend pourtant la même décision que lui. Grandi en France mais de nationalité luxembourgeoise, il s'engage aussi dans la Légion étrangère, affecté pour sa part au 2e de Marche du 1er Etranger.

    Comme celui de milliers de combattants, le sort des deux légionnaires est désormais lié. Ils connaîtront la peur, les tranchées, l'odeur de mort et la morsure des rats. Lazare, matricule 19 718, sert dans l'Argonne. Il est des batailles terribles du Bois de Bolante, du Four de Paris, du ravin de la Fille morte. François, matricule 25 860, vit son baptême du feu à Sillery, Prunay, puis au fort de la Pompelle. La Légion est en première ligne et bien qu'ils ne soient jamais engagés dans le même secteur, les deux hommes voient leurs frères d'armes tomber un à un sous la mitraille.

Faberl-gionnaire1.jpg     Au printemps 1915, leur destin se sépare. Lazare l'Italien est rappelé par son pays, qui vient d'entrer en guerre. Il poursuit le combat sous un autre drapeau et d'autres cieux. En face, l'Autrichien remplace l'Allemand. François le Luxembourgeois est envoyé avec le 2e de Marche du 1er Etranger dans l'Artois dans le secteur de la ferme de Berthonval. C'est là, le 9 mai 1915, qu'il prend part à l'assaut meurtrier des Ouvrages Blancs, réseau de bastions et de redoutes creusés dans la craie par l'ennemi pour s'assurer le contrôle de la route d'Arras à Béthune. Une poussée furieuse, une boucherie sans nom. Le "Grand Faber", père de famille depuis seulement cinq jours, n'en reviendra pas. Son corps de gaillard ne sera jamais retrouvé, poilu parmi tant d'autres poilus, dont le champ de bataille labouré par les obus sera l'unique sépulture.

    François Faber avait 28 ans. Lazare Ponticelli, miraculé de quatre ans de guerre, a attendu de passer 110 ans pour le rejoindre au paradis des braves. Le "Grand Faber", dont la mort avait frappé l'opinion, a dû y accueillir à bras ouverts ce petit frère légionnaire, désormais célèbre lui aussi, pour être resté le dernier témoin à pouvoir raconter l'horreur de la Grande Guerre. Sûr qu'il dû lui présenter ses anciens rivaux, "Tatave" Lapize, vainqueur du Tour de France 1910, abattu aux commandes de son avion en 1916, ou Lucien Petit-Breton, sacré en 1907 et 1908, mort lui dans les Ardennes un an plus tard. Héros parmi les héros, Lazare, comme tous nos malheureux ancêtres qui n'en demandaient pas tant, a désormais sa place au banquet des glorieux fantômes. Espérons pour nous que l'histoire ne repasse pas trop souvent les plats…

Le culot de Toko

Philostrate #Coup de coeur de Philostrate
undefined    Le sport par les gestes. C'est le titre d'un petit livre passionnant, paru récemment chez Calmann-Lévy Ses auteurs empruntent les chemins de traverse de la littérature pour évoquer, avec humour et  tendresse, ces gestes qui sont le sel du sport. Dans un dernier chapitre attachant, les différents contributeurs de l'ouvrage s'amusent à raconter "le" geste qui, à l'heure de leurs premiers émois sportifs, les a marqués à tout jamais. Un exercice auquel devrait se livrer tout amateur et qui, pour ma part, nous ramène seize ans en arrière…

    Parc des Princes, mardi 28 septembre 1982, 20h. Le Paris S.G, vainqueur de la coupe de France face à Saint-Étienne quelques semaines plus tôt, participe à sa première campagne européenne. À l'aller, "mon" équipe s'est inclinée 1-0 à Sofia. Le retour s'annonce passionnant et lorsque je m'assoie vers 19h en Boulogne rouge, je vis déjà au rythme du match depuis plusieurs heures. J'aime cette tribune basse, car quand le vent est favorable, l'odeur de la pelouse vient vous chatouiller les narines. On se sent alors un peu plus proche des joueurs. Converti un an plus tôt au maillot bleu et rouge, moi, le Parisien de naissance, je suis habillé de la tête aux pieds aux couleurs de l'équipe. J'ai pris très au sérieux les exhortations de RTL, alors radio partenaire du football et du PSG, à mettre le Parc à l'envers pour ce premier grand rendez-vous continental.

    Une pluie de confettis, des fumigènes, quelques regards admiratifs mais un peu inquiets vers le kop au-dessus de nous. J'avoue que jusqu'à la 81e minute de jeu, le match lui même ne m'a pas laissé un souvenir impérissable. Mais à neuf minutes de la fin, alors que Paris, bien que menant 2-1, voit filer la qualification, la grâce des capricieux dieux du ballon touche Nabatingue Toko. La pression parisienne est terrible sur le but bulgare, juste devant nous. Un tir mal cadré atterri dans la tribune, tout près de moi. Le grand attaquant Tchadien s'élance vers le public pour le récupérer, aspirant vers lui la plupart des supporters, dont mézigue, hurlant à se briser les cordes vocales pour réclamer le but de la délivrance. Je reste appuyé à la rambarde en béton, au plus près du terrain, pour provoquer le miracle.

    Le jeu reprend. Un nouveau centre sur le but de Sofia et là, les cieux s'ouvrent. Toko se couche dans un geste d'une fluidité et d'une fulgurance incroyables pour son grand gabarit. La mère de toutes les demi-volées. Aujourd'hui encore, j'ai l'impression de voir, mieux, de sentir les filets trembler. À moins que ce ne soit le rugissement de la foule derrière moi. Nabatingue Tokomon Dieudonné hurle sa joie et vient vers nous. Je pourrais presque le toucher, malgré la fosse et les grilles qui nous séparent. Deux autres buts figent le score et scellent la victoire (5-1), mais Toko est le héros du Parc. À la fin du match, mi-ingénu, mi-chambreur, il confie au reporter Denis Ferdet, qui l'interroge sur ce geste parfait et ce but historique : "Mais vous me connaissez, j'en ai marqué des plus beaux que ça moi !". Le fantasque buteur regagne les vestaires sur ce commentaire définitif. Du culot, balle au pied comme devant les micros…

À lire : Le sport par les gestes. Sous la direction de François Bégaudeau et Xavier de la Porte. Calmann-Lévy. 2007. 189 pages. 14,90 €.

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