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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

#cyclisme

Bistrots et grand plateau

Philostrate #Cyclisme, #paris-roubaix

  Vestige d'une convivialité en voie d'extinction dans le sport professionnel, l'histoire du cyclisme s'est souvent écrite au bord du zinc. Et pas seulement sur celui des nombreux "Bars des sports", où le monde se refait à l'heure de l'apéro… La foule des amateurs massée sur le passage de Paris-Roubaix, certains tout droit sortis d'un estaminet voisin une mousse à la main, l'ignore peut-être, mais quelques-uns des épisodes les plus fameux de la légende de la petite reine ont eu pour cadre un coin de bistrot.

Paris-Roubaix 1922, devant le Café de La Terrasse à Pontoise, image http://gallica.bnf.fr

Paris-Roubaix 1922, devant le Café de La Terrasse à Pontoise, image http://gallica.bnf.fr

    À commencer par la signature de l'acte de naissance de la plus célèbre des courses au monde, la Grande Boucle. En novembre 1902, c'est au Café Zimmer, à deux pas du Faubourg Montmartre, siège du journal L'Auto, que le journaliste Géo Lefevre expose à son patron Henri Desgrange son idée d'un "Tour de France, en plusieurs étapes, avec journée de repos". D'abord perplexe devant le projet un peu fou de son collaborateur, le directeur de la rédaction du grand quotidien sportif y voit l'occasion de tuer une fois pour toute la concurrence du Vélo de son rival Pierre Giffard. Va donc pour le Tour de France dont L'Auto organise la première édition en juillet 1903 et que "HD" qualifie dès lors de "plus grande course cycliste du monde entier"… Lors de ce premier Tour de France et de plusieurs des suivants, l'arrivée de l'épreuve est jugée devant l'auberge du "Père Auto" à Ville-d'Avray, où est installé l'ultime point de contrôle et proclamé le vainqueur. Le préfet Lépine ayant interdit la tenue de courses cyclistes dans Paris intra muros, c'est dans cet établissement sis sur la route de Versailles que se joue le dernier acte de l'édition 1903. Le vainqueur, Maurice Garin, et les autres rescapés de ce long raid de 2428 kilomètres rallient ensuite le vélodrome du Parc des Princes en cortège pour y être fêtés en héros, marche triomphale de Ville-d'Avray à Paris qui se répétera plusieurs années de suite.

Les frères Pélissier, Critérium des As 1926, image http://gallica.bnf.fr

Les frères Pélissier, Critérium des As 1926, image http://gallica.bnf.fr

    Mais le vrai coup de Trafalgar des bistrots, celui qui marquera les esprits par la rencontre de deux frangins roublards et d'un célèbre reporter, a pour cadre le café de la Gare à Coutances, le 27 juin 1924. Ce jour-là, le vainqueur français de l'édition précédente, Henri Pélissier, flanqué comme toujours de son frère Francis, abandonne avec fracas le Tour de France dans l'étape Cherbourg-Brest, préférant s'asseoir devant un bon bol de chocolat chaud que de continuer à s'échiner sur la route. Motif de cet énième coup de sang contre le réglement de l'épreuve et son patron, l'intraitable Henri Desgrange : une sombre histoire de contrôle de maillot par un commissaire trop zélé le matin sur la ligne de départ. Rejoints par le célèbre reporter Albert Londres, qui immortalisera la scène dans Le Petit Parisien, Henri et son "frérot" se servent en réalité du café de la Gare comme d'une tribune pour étaler une nouvelle fois leurs griefs contre l'organisation du Tour de France. Un réglement inhumain, des conditions de course et de vie que l'on n'infligerait même pas à des bêtes… : tout y passe ! La malignité des Pélissier n'ayant d'égal que la naïveté de Londres, frais émoulu dans le monde cycliste, son article accouchera des fameux "forçats de la route", terme que le bouillonnant Henri avait déjà lâché mais avec beucoup moins de succès dans les éditions précédentes.

    Aujourd'hui, des cafés comme "Chez Monique" dans la tranchée d'Arenberg, "Le carrefour de l'Arbre" à Gruson, hauts lieux de Paris-Roubaix, ou "L'Allumette" à Bouvines continuent à perpétuer la tradition. Et à faire des recettes mémorables lorsque revient la saison des classiques de printemps…

Le Jaja 2013, c’est de la piquette…

Philostrate #Cyclisme

JeuxMaillotJaune2.jpg

 

     Le millésime de cette année 2013 risque de laisser un goût amer à Laurent Jalabert. Un véritable tord-boyaux pour notre Jaja national. D’abord, il manque en mars de se retrouver dispersé façon puzzle aux quatre coins du Tarn par un automobiliste. Et maintenant, c’est une fuite au goût d’EPO, consécutive à son passage devant  la commission d’enquête du Sénat sur le dopage, qui lui coûte son poste de consultant sur le Tour de France et vient mettre un sale coup à sa réputation.


     Putain d’année en vérité.… N’en déplaise au parlementaire indélicat qui en s’asseyant sur le droit de réserve a donné ce scoop opportun au Saint-Just de la plume qui sévit dans la rubrique dopage de notre quotidien sportif national, ce dernier coup du sort n’aurait pourtant jamais dû lui être fatal. En 1998, date de l’échantillon d’urine qui vaut à Jaja ses tracas, l’EPO était en effet tombée sur le peloton comme la vérole sur le bas clergé breton. Avoir dans son équipe un médecin “performant” capable de “préparer” aux petits oignons les coureurs à coups de piquouzes bien senties était même un must pour les grandes écuries.  L’EPO étant à l’époque indétectable,  tout le monde y allait allègrement et que Jalabert n’ait pas été le dernier n’en fait pas pour autant le premier.


     Alors pourquoi se retrouve t-il aujourd’hui dans cette mélasse ? Tout simplement parce que Jalabert, garçon au machiavélisme somme toute limité, s’est enfermé dans le mensonge et a préféré biaiser plutôt que d’assumer. C’est tout le problème du cyclisme, à qui la presse, les poltiques et tous ceux désireux de se donner la belle image à la faveur de la sainte croisade contre le dopage, ont tellement tapé sur la tête que ses représentants n’ont même plus l’idée d’argumenter. Pour Jalabert le discours à adopter était pourtant simple : je n’ai jamais été contrôlé positif, mais oui, à l’époque, l’EPO faisait partie du protocole que les médecin de  nos équipes appliquaient pour nous préparer.  Alors, qu’à postériori un contrôle, qui n’a aucune valeur juridique ou disciplinaire, ait pu en trouver des traces dans un flacon d’urine issu d’un échantillon B n’a rien d’étonnant.


     Si Jalabert n’était pas le gentil garçon que nous connaissons, il aurait pu aussi s’interroger tout haut sur le bien fondé et l’honnêteté de ces analyses rétroactives, servant désormais à alimenter une vaine chasse aux sorcières, alors qu’elles ne devaient avoir à l’origine qu’une vocation scientifique. Il aurait même pu ironiser sur tous ces échantillons miraculeusement conservés lorsqu’il s’agit des coureurs cyclistes, mais depuis longtemps détruits lorsqu’il s’agit de nos footballeurs champions du monde en 1998, dont certains et non des moindres jouaient alors en Italie où l’EPO coulait à flots…


     Ou mieux, si notre Jaja avait eu des dons de comédien, il aurait pu comme Bjarn Riis, “Monsieur 60%”, verser de grosses larmes de crocodile en disant qu’il se repentait. Moyennant quoi, il pourrait toujours exercer sur le Tour de France, y compris des responsabilités sportives auprès des nouvelles générations de coureurs. Mais Jalabert n’a pas été assez finaud sur ce coup-là. Il a préféré se murer dans le silence et la belle machinerie de notre société, tout aussi bien-pensante qu’elle-même médicalement assistée, a pu entreprendre avec gourmandise de le broyer.

En souvenir de l'ami Totor

Philostrate #Cyclisme

Victor-Miroir.jpg

 

     Le 18 juin 2009, Totor Cosson prenait la tangente. A 93 ans, son échappée solitaire le menait tout droit chez Saint Pierre, qui devait l'attendre une casquette sur le coin de l'œil et un ballon de rouge à la main. Comme au temps joyeux des équipes nationales, qui redonnaient des couleurs au Tour de France en attirant par milliers les spectateurs au bord des routes. Les champions cyclistes des années trente jouissent alors d'une aura au moins égale aux grands footballeurs d'aujourd'hui, sans en avoir toutefois le compte en banque…

 

     Le temps d'un été, celui de 1938, la France des congés payés découvre donc la bonne bouille de Victor Cosson. Le "môme Totor" de Billancourt n'a que 23 ans, mais en s'emparant de la troisième place du classement général au terme de l'étape Marseille-Cannes, il se révèle soudain au grand public. Profitant des dissenssions au sein de l'équipe de France et d'un coup de pédale prometteur en montagne, il s'accroche au podium jusqu'à Paris pour finir troisième et premier Français du Tour, derrière l'Italien Gino Bartali et le Belge Félicien Vervaecke. "A Boulogne, j'étais devenu un héros local, s'émerveillait-il encore en 2006 *. Les gens me reconnaissaient dans la rue. Surtout, cette troisième place m'a permis de signer un peu partout des contrats pour des courses sur vélodrome, en France comme à l'étranger."

 

     Hélas, cette popularité n'a qu'un temps. La guerre va passer par là. Une fois la paix revenue, Victor ne retrouvera  jamais sa forme de l'été 38.Quand sonne l'heure de la retraite sportive, il n'en reste pas moins une figure des pelotons, en y exerçant jusque dans les années 1970 la profession de motard de presse. Avec sa joyeuse bande d'amis de tous âges, l'ami Totor a ensuite continué jusqu'à sa mort en 2009 à distiller ses souvenirs et sa joie de vivre avec un bonheur égal. Quatre ans jour pour jour après sa disparition at alors que s'approche le départ de la centième édition du Tour de France, ses amis et tous les amoureux sincères du vélo n'ont qu'un souhait : que ceux qui président désormais aux destinées de la Grande Boucle n'oublient jamais les héros anonymes qui en ont fait l'histoire. Derrière les cracks aux palmarès interminables, derrière les cannibales et les boulimiques de victoires, ce sont eux, qui, hier comme aujourd'hui, en préservent l'humanité et le capital sympathie…

 

* Citation extraite du livre d'entretiens Victor Cosson, champion cycliste des années sombres paru en 2007 aux éditions Le Pas d'Oiseau.

2010, l'été meurtrier

Philostrate #Cyclisme

JeuxMaillotJaune1.jpg     "Les folles années 70", "Les délirantes années 90", "Les ébouriffantes années 2000"… : dans un paysage audiovisuel où l'année à peine terminée dispose de son "best of" en images, il est de bon ton de faire de l'audience en diffusant les vieilleries compilées des décennies passées. Un clin d'œil amusant ou démoralisant dans le retroviseur, où défilent des images souvent embellies par la patine du temps. Le sport n'échappe pas à la règle et au jeu des comparaisons, le présent part souvent avec un handicap, car on ne l'a pas encore réécrit… Prenez notre été 2010 : c'est comme s'il s'acharnait à briser un à un nos souvenirs sportifs joyeux des années 80.

 

    D'un côté la bonne humeur rayonnante d'une équipe de France de football de nouveau sur le haut de la vague par la grâce d'une génération d'exception. Platini, Giresse, Tigana, Trésor, demi-finale mondiale de légende à Séville en 1982, premier trophée européen conquis à Paris en 1984… De l'autre, l'équipe de France paranoïaque de Raymond Domenech, triste comme cette année 2010, au point de finir la coupe du monde en Afrique du Sud boudant l'entraînement bouclée dans un autocar. Pas besoin d'en rajouter. Bonjour tristesse…

 

    Et que dire de la disparition de Laurent Fignon cette semaine ? Avec ses lunettes d'instit, ses cheveux blonds aussi raides que ses réparties et son insolence, il avait donné un sacré coup de jeune au peloton du début des années 80. Un fichu caractère, dans un autre registre que Bernard Hinault mais tout aussi coriace. Deux Tours de France, 1983, 1984, les maillots de Renault-Gitane et de Système U…Des tours encore flamboyants et sans oreillettes. Cet été, en l'entendant commenter la Grande Boucle comme consultant avec ses cordes vocales ravagées par la maladie, on se disait que le bonhomme avait sacrément du cran. Et qu'il avait trouvé dans cette proximité avec la course que lui offrait son rôle de commentateur la force de tenir tête au crabe sournois qui achevait de le dévorer. Pour lui, rien que pour lui, il aurait fallu que ce Tour 2010, pourtant chiche en panache, ne s'arrête jamais. Mais il s'est achevé, comme toujours, sur les Champs-Elysées et pour Fignon le compte à rebours s'est accéléré. 31 août fin de l'échappée. Ne reste que le souvenir des étés passés.

United colors of chemicals

Philostrate #Cyclisme

CoursedansParis1941-2-.jpg     Décidément, les Américains sont des gens formidables. Le Tour de Californie cycliste en atteste : plus pragmatique qu'un Yankee, tu meures ! Alors que nous, pauvres Européens réactionnaires, en sommes encore à noircir les colonnes des journaux sur les questions de sport professionnel et d'éthique, nos bienfaiteurs d'outre-Atlantique, aux mâchoires carrées et aux burgers triomphants, n'ont plus en la matière ces pudeurs de rosières.

 

     Le laboratoire Amgen se présente pour sponsoriser le Tour de Californie ? Banco ! L'épreuve devient illico "The Amgen Tour of California"… Et peu importe que ce poids lourd de l'industrie pharmaceutique, pionnier en matière de biotechnologies, soit surtout connu pour avoir développé dans les années 1980 les premières protéines recombinantes du marché. EPO, ces initiales vous disent quelque chose ? Aux coureurs, oui… Dès lors, que ce bienfaiteur des pelotons voit son nom accolé à une épreuve cycliste n'est que justice.

 

     De ce côté-ci de l'Atlantique, cette association de la pharmacie et du pédalier aurait fait gronder un torrent de polémiques. Quoi de plus logique pourtant, et rentable avec ça ! Pour ma part, je préconise depuis longtemps que les sponsors des grandes équipes du peloton international soient exclusivement constitués de laboratoires pharmaceutiques. Tout le monde en sortirait gagnant. Les équipes, qui pourraient ainsi bénéficier de la prodigalité de ces généreux partenaires et de leur inventivité chimico-technologique. Les coureurs, qui n'auraient pu à passer par de sombres filières organisées par des Mabuse à la fiole douteuse pour se procurer leurs remontants aux vertus salutaires. Et les laboratoires eux-mêmes, qui auraient là un échantillon de patients consentants, cobayes entièrement soumis aux impératifs de la recherche et du développement.

 

     Même les défenseurs de la cause animale y trouveraient leur compte. Songez au nombre conséquent de souris blanches, cochons d'Indes et autres macaques qu'épargnerait cette pimpante caravane pharmaceutique, soudain libérée du poids de tant d'années de culpabilité. God bless America et le pays du dollar roi !

De Vlaeminck, gitan amère

Philostrate #Cyclisme

JeuxMaillotJaune2.jpg     C'est toujours triste un ancien champion amère et aigri. Roger De Vlaeminck, "Le gitan d'Eeklo", n'a jamais été très commode, convenons-en. Aussi peu amène avec ses rivaux et les journalistes que dur au mal sur les routes des classiques du temps de sa splendeur. Mais là, l'entendre répéter à la veille de Paris-Roubaix qu'il ne voyait pas en quoi on pouvait le comparer à Tom Boonen, en course ce week-end pour égaler son record de quatre victoires dans la reine des classiques, ne faisait guère honneur au personnage.

 

    A sa décharge, Boonen a échoué et ne s'est donc pas hissé à la hauteur de son auguste pédalier. Mais tout de même. Le voir dévaloriser les performances de son successeur dans le cœur des Flamands et de son rival suisse, Fabian Cancellara, sous prétexte qu'après le Grand Prix E3 les deux coureurs avaient fait l'impasse sur Gand-Wevelgem pour mieux se concentrer sur le Ronde et Paris-Roubaix, c'est un peu pousser loin la manœuvre… On serait presque tenté de dire, "Ta gueule, l'ancien !", sauf le respect légitime dû à ce rugueux dompteur de pavés, aussi atrabilaire soit-il.

 

    Il n'y aurait donc plus de coureurs de grande classe. La jeune génération ne penserait qu'à l'argent. Certes. Mais n'était-ce pas aussi pour l'argent que, du temps de De Vlaeminck et de Freddy Maertens, un même coureur pouvait enchaîner deux Grands Prix en un week-end ? Pour ne pas être insensible à la nostalgie des années 70, rouflaquettes et crinières au vent, il faut savoir tout de même raison garder. Chaque époque, avec ses travers que bien souvent le temps patine, a ses champions. Un Cancellara, champion olympique, double vainqueur de Paris-Roubaix, victorieux du Tour des Flandres, de Milan San Remo, du Grand Prix E3 ou de cinq étapes du Tour de France, peut regarder ses aînés sans rougir. Tout comme Boonen. A moins qu'ils ne rougissent devant le peu de classe de leurs grands anciens. Mais là, c'est le respect qui leur interdit de le dire…

La guêpe de Le Mével

Philostrate #Cyclisme
    Il y en a qui gobent les mouches. D'autres qui bayent aux corneilles. Christophe Le Mével, lui, avale les guêpes. Ou plutôt croit les avaler. La mésaventure remonte à l'étape Pontarlier-Verbier. Le coureur de La Française des Jeux confie à l'arrivée aux journalistes avoir été perturbé pendant la course en pensant avoir gobé l'un de ces irascibles hyménoptères. Avec cette question lancinante "Que m'arrivera t-il si la guêpe me pique de l'intérieur ?" Une préoccupation qui, à force de bourdonner aux oreilles du champion pédalant, lui aurait, selon ses dires, fait perdre une partie de ses moyens…

    Je vous devine souriant, pensant "Ces coureurs français, il ne faut décidément pas grand chose pour les perturber !" Eh bien, sachez que je ne vous suis pas sur ce terrain. Certes, sur nos chaînes de télé ou nos stations de radio, nous avons régulièrement droit à la litanie "made in France" des "Si seulement je n'avais pas eu…" au choix : une crise de croissance, un coup de soleil, une dent de lait qui bouge, des dessous qui grattent, de la friture dans mon oreillette, etc. Mais je vous rassure, tendez-un micro après trois cents kilomètres à jouer des guiboles sous le cagnard à n'importe quel coursier étranger et vous aurez, peu ou prou, le même genre de réponse.

Le Flamand vous dira : "Ah, si seulement j'avais eu plus de pot (belge)". L'Espagnol pleurnichera : "Cette étape, si au moins y'E Povait l'Oublier !" L'Italien dira : "Cé CERA mieux demain, yé roulerai comme oune Ferrari (docteur Michele)…" Bref, chacun ira de son petit couplet, pour justifier son coup d'éclat ou sa contre-performance, c'est au choix. Mais je tiens à rassurer Christophe Le Mevel : il a moins de risque d'avaler une guêpe juché sur son vélo que les téléspectateurs assoupis sur leurs canapés, la mâchoire tombante devant le spectacle lénifiant que leur offre ce Tour de France 2009. Faites le test : le doux ronron de l'hélicoptère, la voix de Jean-Paul Ollivier lisant avec application son livre de route et le long défilé des leaders épiciers lançant de pseudo-attaques pour entretenir un semblant de suspens, après un bon déjeuner, il n'y a rien de tel pour faire une bonne sieste !

"Boonen" nouvelle pour le peloton

Philostrate #Cyclisme
    La chasse au dopage ne saurait passer par des lois scélérates ou des tribunaux d'exception. La décision de la Chambre arbitrale du sport autorisant Tom Boonen à s'aligner au départ du Tour de France 2009 le rappelle avec à propos. Sous couvert de défendre "l'image" de la course et au nom de la prétendue exemplarité des sportifs professionnels, ASO entendait en effet refuser au champion belge de courir la Grande Boucle. Les organisateurs de l'épreuve, désireux de laver plus blanc que la cocaïne dont les contrôles positifs laissent supposer que le triple vainqueur de Paris-Roubaix se poudre le nez, avaient simplement oublié un "détail." Effectué hors compétition, ce contrôle ne pouvait être passible de sanctions sportives…

    Alors, on peut toujours gloser sur l'image de sa discipline que Boonen renvoie au public. Les excès du Flamand, convaincu d'avoir franchi la ligne blanche au moins deux fois en un an, relèvent de la sphère privée, tant qu'il ne sont pas avérés dans l'exercice de son métier. C'est ce que vient de réaffirmer la justice sportive : il y a le droit et il y a la morale. Les pères la vertu prompts à enfourcher le cheval du dopage et à rouler du tambour dans les médias pour se donner bonne conscience devraient méditer cette leçon.

    Même pour défendre une noble cause, les chasses aux sorcières appartiennent à une époque révolue. D'autant que même en se plaçant d'un point de vue moral, ce genre d'oukaze est indéfendable. Boonen a certes choisi d'être un champion, connu et reconnu. Mais où est-il écrit, hormis dans les discours ampoulés des barbons de l'olympisme, qu'un gamin d'une vingtaine d'années, confronté à tous les excès de la popularité, devrait dans notre société assurer la fonction de mètre étalon de l'exemplarité ? Ces champions, professionnels du sport glorifiés à longueur d'ondes et de colonnes, nous contribuons tous les jours à les créer, à accentuer les travers de leur spersonnalités, à creuser les failles des plus fragiles d'entre eux. Le sportif de haut niveau est le reflet de notre société, ambigü, soumis au principe du "tout, tout de suite". Nous le façonnons à notre image et devons l'accepter comme tel. Le brûler en place publique pour ses écarts privés revient à nous affranchir de toute responsabilité dans le processus de création de ces monstres médiatiques que sont devenus nos champions. C'est indigne, surtout lorsque ceux les ayant un jour hâtivement bannis, se retrouvent le lendemain pour verser des larmes de crocodiles sur leurs cercueils…

Victor Cosson, un hommage en images

Philostrate #Cyclisme

Victor Cosson, échappé pour l'éternité…

Philostrate #Cyclisme
     Il s'appelait Victor Cosson. Mais pour ses amis - et ils étaient nombreux…-, c'était "Totor" de Billancourt. Un vrai titi des faubourgs, auréolé de gloire le temps d'un été et d'une troisième place sur le Tour de France cycliste 1938. À 93 ans, ce joyeux témoin d'une période faste des pelotons, ces années trente riches en champions tricolores, s'est éteint chez lui, dans la nuit du 18 juin 2009, à Boulogne-Billancourt. "Ce sont des choses qui arrivent à cet âge-là !", nous aurait-il lancé en clignant de l'œil. N'empêche cher Totor, ta famille, tes potes et tous ceux qui t'aimaient en ont gros sur la patate…

    Tes histoires de courses d'avant-guerre, tu les racontais comme pas un. Sans chichis, ni grandiloquence. Tu aimais les partager autour d'une bonne table, fourchette en l'air et verre à la main. Si ton appartement, rempli de souvenirs, semblait être resté dans son jus depuis tes folles années, tu ne vivais pas pour autant dans le passé. Tes copains, tu les choisissais sans distinction d'âge, anciens coéquipiers, journalistes ou rivaux chenus, comme "jeunots" ayant à peine entamé la quarantaine. Des histoires d'amitié toute simple, scellées dans la complicité d'anecdotes partagées autour de ta table de salle à manger ou de ton petit studio photo, où les clichés sépia de ta jeunesse n'arrêtaient pas de faire des petits.

    Jusque récemment, tu descendais toujours à pied tes quatre étages, tu allais faire ton tiercé au PMU du coin, casser la graine au restaurant, saluer au passage ceux, nombreux, qui te connaissaient dans  le quartier. Autonome comme beaucoup de nonagénaires rêvent de l'être, par la grâce de ces "gènes de dinosaure", dont tu imaginais ta famille dotée, tant elle produisait de quasi-centenaires.… Hélas, même les dinosaures s'éteignent un jour. Ton enthousiasme aurait pu rendre jaloux bien des gamins, mais ta mécanique, elle, était usée par la vie. C'est comme ça. Mais tu laisses un sacré vide, de ceux que même les plus valeureux coursiers n'arrivent pas à combler. T'as passé la flamme rouge et la ligne d'arrivée en solitaire. T'auras sûrement une anecdote ou un bon mot pour Saint Pierre. D'anciennes photos à dédicacer pour tes supporters, qui au Ciel t'attendent depuis un bail. Et nous autres, peloton d'orphelins, on suivra tôt ou tard, on le sait. On n'est pas pressés non plus… Mais quand on te retrouvera, cochon qui s'en dédit, on fera une bringue à déplumer les anges du paradis !



Vidéo produite et réalisée par le Conseil général des Hauts-de-Seine en juillet 2007.
www.hauts-de-seine.net

Victor Cosson sera enterré jeudi 25 juin 2009 à 14h30 au cimetière nouveau de Boulogne-Billancourt
(rue Pierre-Grenier, à deux pas du métro porte de Saint-Cloud).

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