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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

#dopage

Dopé comme un bœuf espagnol

Philostrate #Dopage

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      Contador est décidément moins fort qu'Armstrong. Dans leurs démêlés extra-sportifs sur fond de dopage supposé, Lance vient une nouvelle fois d'écraser le brave Alberto, échappant à une disgrâce trop vite promise et aux tracasseries judiciaires, là où l'infortuné Ibère se retrouvait "Gros-Juan" comme devant avec deux ans de suspension dans la musette. Elle était pourtant sympa son histoire de steack au clenbutérol et pas si farfelue que cela, comme l'a confirmé récemment le docteur Jean-Pierre de Mondenard dans un article du Nouvel Obs

 

      A l'arrivée, il n'y a hélas que l'Espagne pour y croire. Et dur comme fer, à en juger par la crise politico-médiatique que les déboires de Contador, épicés par les sketches des Guignols de l'Info croquant les sportifs espagnols en chaudières, ont ouvert entre la France et la péninsule hystérique. Qu'on se le dise : en Espagne, les champions c'est sacré, pas touche ! Surtout en temps de crise, où le péquin moyen se raccroche à leurs exploits comme aux derniers feux de la Movida…

 

      Au point de sacrifier tout un pan de l'économie locale ? Sans remords semble t-il. Car défendre bec et ongles la version de Contador, c'est bien admettre que la viande de boeuf espagnole déborde de clenbutérol ! On se souvient des hauts cris poussés par les maraîchers locaux quand l'affaire du vrai-faux concombre tueur leur avait fait boire le bouillon, mais là, sous prétexte que l'intérêt supérieur du sport du royaume est en jeu, rien… Pourtant, les éleveurs bovins transpyrénéens devraient l'avoir mauvaise d'être ainsi les dindons, passablement chargés, de la farce. C'est donc pour eux que je voudrais avoir une pensée, à l'heure où ce pataquès alimente en Espagne un sentiment antifrançais carabiné, dont notre quotidien sportif national a été jusqu'à faire sa "Une" aujourd'hui. Si l'expression "dopé comme une vache espagnole" entre dans le langage courant, je ne donne pas chère de la filière bovine locale. A moins qu'elle ne s'affiche, pour redorer son blason, en sponsor maillot d'une équipe de cyclisme professionnelle. Le raccourcis serait saisissant et les pontes de l'UCI Pro Tour n'auraient pas fini de ruminer.

DHEA… on r'met ça ?

Philostrate #Dopage
    Nos sportifs feront de beaux vieux. Je sais, je n'ai pas toujours dit ça… Mais depuis les révélations cette semaine de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), je suis rassuré. Chez les footballeurs de Ligue 1, les rugbymen du Top 14 et les athlètes, la DHEA, hormone mère anti-vieillissement interdite par l'Agence mondiale antidopage, fait des adeptes. A en croire les résultats de ces analyses, effectuées sur 138 échantillons capillaires, les footeux, au nombre de sept parmi les vilains petits canards repérés par la patrouille des coupeurs de cheveux en quatre, seraient les plus accros à ce stéroïde miracle.

    "Une piqûre de rappel pour tous les acteurs du football français…", rappelait pour l'occasion, dans un trait d'humour involontaire, Jacques Lienard, ex-médecin de la FFF. Une nouvelle sacrément embarrassante surtout pour notre quotidien sportif national, étonnamment discret sur le sujet. Premier article riquiqui, mercredi 18 mars. Le peloton est sur ce coup loin d'être dans le groupe d'échappés, mais le papier en question est tout de même placé à côté de la rubrique cyclisme. C'est tellement commode. L'équation "dopage = vélo" est si bien intégrée, pourquoi s'en priver ?

    Second article, d'à peine un quart de page, le lendemain, jeudi 19 mars. Cette fois, le titre, "De la DHEA en Ligue 1", ne brouille pas les pistes. Mais que l'on est loin tout de même du temps où l'hystérie dopante était devenue la marque de fabrique de la rédaction ! La moindre seringue égarée par un diabétique négligent valait alors un appel de "Une". La chasse aux sorcières, dans un cyclisme professionnel apathique et sans réaction, allait bon train et L'Equipe, entraînée par quelques Saint Just de la plume, ne ratait pas une occasion de taper au mateau-pilon sur le peloton.

    Mais le football n'est pas le cyclisme, la bête est bien plus redoutable. Surtout, la consigne est venue d'en haut. De maman Amaury elle-même, qui a dit à ses ouailles qu'à force de scier la branche sur laquelle ils sont grassement perchés, ils allaient un jour ou l'autre en tomber. La chasse au dopage, OK, mais point trop n'en faut. Alors, là où Aujourd'hui en France, moins en vue dans le monde sportif, consacre deux pleines pages aux ballons ronds gonflés à la DHEA, notre quotidien sportif national, pourtant lui aussi de l'écurie Amaury, fait dans le suivi discret du dossier. Attention, ne croyez pas que je m'en plaigne, au contraire ! Je regrette simplement que par le passé le cyclisme n'ait pas bénéficié du même traitement. Mais, au risque de me répéter, le football n'est pas le vélo…

Veni, Viagra, Vici

Philostrate #Dopage
     Nul ne sait si, comme le père Dupanloup, Jacques Anquetil dans son cercueil bandait encore comme un chevreuil. Mais, connu pour ses éclats de forme turgescents dans les pelotons, "Maître Jacques" aurait sans doute apprécié la dernière topette en vogue chez les sportifs. Le Viagra. Ahhh, j'entends déjà des râles lubriques dignes des vestiaires du Stade Français, peuplés on le sait désormais d'éphèbes dénudés aux poses suggestives ! Pourtant, Viagra ne rime pas forcément avec effeuillage et parties de guiboles lascives dans la luzerne…

    Les alpinistes furent les premiers à tirer bénéfice de la petite pilule aux vertus priapiques. Non qu'ils se révèlent mous du piolet ou que la proximité des nuages les incitent à vouloir monter plus souvent que de raison au septième ciel. Mais simplement parce que, en favorisant une meilleure irrigation des tissus en oxygène et en faisant baisser la pression artérielle en altitude, le divin cacheton les aidait à passer outre les coups de bambou redoutés des rois des cimes. Jamais en retard d'une innovation toxicologique, les cyclistes, dont renifler l'air raréfié des sommets fait partie du bagage, n'ont pas tardé non plus à saisir cette nouvelle perche tendue vers eux par la médecine.

    Le Viagra a donc fait son entrée dans la pharmacie des petits Faust du peloton, en témoignent quelques saisies récentes effectuées par les pandores. Certains esprits malicieux souligneront que les grimpeurs égarés sur ces chemins de perdition faute d'être Charly Gaul l'auront au moins… la gaule ! On aurait tort de sourire. Le recours au vigoureux remède, s'il se généralise, risque en effet de poser de graves problèmes dans les mois à venir. Surtout pour les équipementiers sportifs. Comment en effet concilier des tenues toujours plus près du corps avec ce nouveau traitement favorisant les durcissements intempestifs ?

    Imaginez le résultat sous une combinaison de natation, de ski ou un cuissard. Pour l'intimité et la discrétion on repassera, autant essayer de dissimuler un gigot dans le collant d'un danseur d'opéra ! La généralisation du Viagra comme produit dopant devrait donc faire radicalement changer la panoplie de nos champions. Avec un retour en force des shorts flottants, des pantalons bouffants et tenues de bains à l'ancienne, seuls à même de dissimuler dès lors leurs coupables raideurs…

Ricco bras cassé

Philostrate #Dopage
    Vous souvenez-vous du film Dans la peau de John Malkovich de Spike Jonze ? Une histoire déjantée dont les protagonistes découvraient par hasard un moyen de se glisser dans le corps de l'acteur le plus fêlé d'Hollywood. Eh bien aujourd'hui, moi, j'aimerais trouver un stratagème pour faire un raid éclair sous le scalp de Riccardo Ricco, palme d'or du dopage du Tour de France 2008.

    Que peut-il bien se passer dans la tête de ces champions de papier qui, comme les papillons de nuit sur une ampoule, s'obstinent à braver un danger contre lequel l'actualité sportive se charge si souvent de les mettre en garde ? Il faut en effet une sacrée dose d'inconscience, c'est un euphémisme, pour jongler avec les fioles et les fléchettes lorsque l'on se sait surveillé par les instances antidopage comme un barbu en djellaba dans un aéroport. "Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît" : encore une fois le cyclisme nous rappelle, hélas, que la célèbre maxime de Michel Audiard ne souffre guère d'exceptions…

    Il avait pourtant de l'allure ce héros venu du côté obscur de la Force. Du panache, une (trop) grande gueule, un goût de la provocation guère répandu chez les bonnets de nuit du peloton. Mais malgré ces qualités qui se révèlent autant de défauts et son taux d'hématocrite, "naturellement" stratopshérique, surveillé comme un marin en bordée dans un harem, il a fallu que le "Cobra" joue au plus fin, quitte à se mordre la queue.

     Comment Ricco et ceux qui comme lui s'imaginent encore intouchables peuvent-ils revendiquer l'amour du cyclisme ? En prenant le risque de tuer leur discipline à petit feu, ils ne sont finalement que dans la logique du sport business, où seule la gloire et ses attributs sonnants et trébuchants entrent en ligne de compte. Peu importe le flacon - d'EPO… - pourvu que l'on ait l'ivresse médiatique en se gavant de biffetons. Les Rastignac du sport aux urines douteuses feraient mieux d'écouter le pape, dénonçant pas plus tard qu'aujourd'hui les ravages du matérialisme chez l'homme du XXIe siècle.

    Bon, on peut toujours rêver, Gino "Le Pieux" Bartali ne ferait plus recette de nos jours dans le peloton… Une fois sa peine purgée, il y a peu de chances de croiser Ricco bras cassé en pénitence du côté de Lourdes, de sa grotte et ses eaux aux vertus supposées miraculeuses. Pour rester dans l'actualité, on l'imagine plus volontiers chercher un "second souffle" dans les nappes  phréatiques suspectes entourant nos centrales nucléaires. Histoire de trouver un substitut efficace à l'EPO, indécelable tant que les compteurs Geiger ne s'invitent pas sur les lignes d'arrivée de nos courses cyclistes si mal en point…

Des vessies pour des citernes

Philostrate #Dopage
    De nos jours, le champion se doit décidément d'être parfait. Performant et médiatique. Humain mais beau comme un demi-dieu. Diplômé ès science mais sans jamais céder à la tentation de la fléchette. Propre cela va de soi, mais avec des caractéristiques physiques de mutant sorti des pages de Marvel comics.

    Ce souci de la perfection va se nicher jusque dans la vessie de nos héros des temps modernes. Car il n'y a pas que les prix de l'essence à la pompe ou des matières premières qui flambent. Au début des contrôles antidopage, 35ml de son auguste miction suffisaient à conforter ou confondre l'Appolon.

    Nous sommes aujourd'hui rendus à 75ml et, sur proposition de l'Agence mondiale antidopage (AMA), l'échantillon prélevé au terme de chaque compétition devrait passer à 90 ml en 2009. Raison invoquée : le nombre grandissant de substances suspectes à détecter, qui multiplie les analyses en laboratoire. Sans parler des contre-expertises qui, lorsque l'affaire tourne au vinaigre, assèchent aussi sûrement les éprouvettes que l'irrigation intensive des champs de coton la mer d'Aral…

    Problème : comment nos sportifs, vaillants sur tous les fronts, vont-ils pouvoir faire face à cette inflation annoncée dans les "pipi rooms" ? En faisant encore une fois appel aux compétences des génies de la médecine. Se faire greffer une vessie d'éléphant, rien de tel pour éviter d'être à sec lorsque sonne l'acte 2 des épreuves, celle qui désormais valide les performances réalisées sur le terrain. Au début du XXe siècle, quand la pratique du vélo était encore balbutiante, les concours de lenteur (notre gravure) suscitaient la curiosité du public. Un siècle plus tard, la traque à la dope tous azimuts et le sport médicalisé nous réservent d'autres réjouissances. A quand la médaille pour celui qui pisse le plus longtemps, si ce n'est le plus loin ?

Crocodile dope

Philostrate #Dopage
    Vous vous souvenez de Ma Junren ? Mais si, l'entraîneur de l'équipe chinoise féminine de demi-fond qui battait tous les records au début des années 1990.  Dans un curieux retournement de la fable de La Fontaine, ses athlètes couraient comme des lièvres car, disait-il, il leur faisait ingurgiter un breuvage à base de sang de tortue. Évidemment, les rumeurs de dopage allaient bon train et les observateurs doutaient que la drôle de potion bio du mystérieux coach soit la seule en cause dans les performances de ses pouliches…

     Eh bien, j'en connais qui doivent rire jaune aujourd'hui ! En début de semaine, le journal Le Monde révélait dans ses colonnes qu'un groupe de chercheurs de Louisianne travaillait activement sur le sang d'alligator, dont certaines protéines pourraient bien à l'avenir fournir les principes actifs de nouveaux antibiotiques. Paisible le ventre plein, le reptile, qui ne déteste pas la castagne, aurait développé pour panser ses plaies un système immunitaire à faire friser la barbe de Pasteur. À en croire les scientifiques américains, le sang d'alligator est la terreur des bactéries et champignons pathogènes (staphylocoques dorés, candidas albicans…) qui pourrissent, parfois au sens propre, nos vies de bipèdes…

    "See you later Alligator !", aurait conclu Bill Halley. "Minute jeune homme !", aurait rétorqué Ma Junren.  Avant de poursuivre : "Si vos savants impérialistes trouvent des vertus médicales au sang d'alligator, pourquoi m'avoir suspecté, moi, avec mon extrait de sang de tortue. Notre civilisation plusieurs fois millénaires, notre science ancestrale, vaudraient-elle moins pour vous, occidentaux, qu'un pet de caniche ?" Retors le pépère et aussi aimable qu'un commerçant pékinois. N'empêche, vous l'auriez bien cherché et le bonhomme aurait mille fois raison de vous clouer le bec.

    Morale de cette digression animalière ? Les perspectives que nous ouvre la connaissance du monde animal en matière d'amélioration de la performance sportive sont infinies. Imaginez deux minutes.  Un peu d'ADN de requin et voilà nos boxeurs ou nos rugbymen dotés d'une mâchoire où les dents cassées repoussent à peine la souris passée. Finis les portes cochères et les coups de mistral entre les chicots !  Pensez au profit que pourraient tirer les golfeurs, dont la vue serait améliorée par des cellules extraites d'yeux  d'oiseaux de proie. Un regard d'aigle pour enfiler les birdies, le rêve ! Et de l'extrait de moelle de kangourou… Les records du monde de sauts prendraient une méchante claque. Evidemment, les stades risqueraient vite de se transformer en arche de Noé. Ça aurait au moins le mérite de varier les plaisirs, surtout dans les tribunes de foot, où l'on ne croise encore trop souvent que des bœufs…

Il court pas, il gagne pas… mais il balance !

Philostrate #Dopage
undefined    Ladji Doucouré est un vrai athlète de tradition française. Souvent blessé, parfois vainqueur, mais jamais bien longtemps dominateur, il perpétue une noble lignée dont Christine Arron avant lui fut la reine. En ce moment, il doute le Ladji. Lundi 4 février, il étalait même ses états d'âme en quatrième de couverture de notre quotidien sportif national, trop content de trouver là un bon client à la langue heureusement plus agile que le genou.

    Dans le peloton cycliste, on sait très bien que si les Français ne gagnent plus ou si peu, c'est parce que tous les autres sont dopés, les vilains. Qu'un jeune inconscient plein de fougue pense le contraire et s'imagine en vainqueur, il lui suffit de lire la presse sportive, dont la chasse à la topette est devenue l'obsession, pour mettre la moindre de ses défaillances sur le compte de sa probité et de la malhonnêteté supposée de ses adversaires étrangers.

    Ladji adapte avec brio à l'athlétisme ce principe, devenu le fond de commerce des journalistes et des losers geignards de l'asphalte ou du tartan. Il se révèle même maître dans l'art de manier la perfidie et l'insinuation. L'homme n'en sort pas grandi, mais le champion à la dérive y trouve une excuse facile pour justifier ses errements. L'air de rien, il balance le bougre, laissant planer le doute sur ses concurrents directs dans la course au podium olympique sur 110m haies. À propos du Chinois Liu et du Cubain Robles, il lâche ainsi sans y toucher : "On a l'impression qu'ils ont tué la fatigue. Ils disent : "Je suis fatigué, j'en ai marre" et ils font 12"92 et ils tapent tout le monde".

undefined    Repris en phrase sortie pour donner du peps à l'interview, ces propos équivalent à un échange de regard entendu sur l'air du "Pas besoin de vous faire un dessin". Liu et Robles sont moins fragiles que Doucouré, le Chinois et le Cubain galopent plus vite que Ladji, on vous le dit, c'est sûr, ils "en" ont pris. Quoi, on ne sait pas, mais il y a "aiguille sous roche". C'est ce qu'il y a de commode avec le dopage : il peut expliquer tout et son contraire. Prenez le cas Maurice Green, formidable sprinter dont on ne jurerait pas qu'il carburait exclusivement au jus de betterave. Contraint d'annoncer sa retraite suite à des pépins physiques à répétition, sa fragilité pourrait tout autant tenir au fait qu'il "en" a pris trop que pas assez. Dans ce cas, Doucouré et sa kyrielle de bobos pourrait  lui aussi être une brebis égarée, que l'abus d'hormones aurait fragilisé. Mais il est Français, donc forcément pur comme l'eau d'un glacier. Allez Ladji, on s'l'écrit cette petite lettre à la Kommandantur ?

Puerto si, Purto no

Philostrate #Dopage
Pub-Savage.jpg    On glissera sur la dernière passe d'armes entre Dick Pound, bientôt ex-président de l'Agence mondiale antidopage, et Jeff "Loser" Lamour, qui poussé à bout par le lobby "libéral anglo-saxon" a préféré se coucher dans la course à sa succession. La page de notre quotidien sportif national qui leur était consacrée ce jeudi ne valait en réalité que par une phrase. Celle où cette sympathique crapule de Dick, avocat en 1988 du sprinter supersonique "Benoïde" Johnson, assénait : "Ne me dites pas qu'il n'y a que des cyclistes dans l'affaire Puerto, comme le suggère le secrétaire d'État espagnol aux sports ! Cette affaire doit continuer. Les Espagnols doivent présenter toutes les informations en leur possession, et pas seulement celles qui concernent le cyclisme."

    La phrase ne contient en soi aucune révélation, mais a le mérite de refaire tinter la clochette, qui à force mettra bien la puce à l'oreille à la foule grégaire des seuls contempteurs du vélo. Rappelez-vous comment, aux premières heures de la nouvelle "plus grande affaire de dopage de l'histoire du cyclisme", des infos susceptibles d'impliquer des sportifs d'autres discilpines avaient agité les rédactions d'Espagne et de France. Il avait alors suffi que les plus prestigieux clubs de football de la Liga espagnole fassent les gros yeux pour que les journalistes s'en tiennent à une sage prudence, qu'ils n'ont plus depuis belle lurette lorsqu'il s'agit d'essuyer leurs gros sabots sur le vélo.

    Après, les autorités espagnoles ont fait le reste. Ou plutôt n'ont pas fait grand chose, rien surtout qui ne risque de faire sortir l'affaire Puerto du lazaret, fleurant bon la pharmacie, où les pestiférés du cyclisme expient les fautes de tous les sportifs dopés de la planète. Les tennismen et les footballeurs chargés, un fantasme, une rumeur ? Souhaitons-le pour tous ces sympathiques athlètes qui, on appréciera le privilège dans le peloton, peuvent encore faire circuler une vidéo gag sur de "vraies-fausses piquouzes" sans être inquiétés plus que cela, n'est-ce pas Monsieur Cannavaro ? Il est vrai qu'il y a des choses avec lesquelles on peut encore plaisanter dans le football - Zizou n'a pas de sang-froid, mais sait faire du sang frais, parole de Suisse ! -, qui peuvent valoir sans délai au plus discret des coursiers les foudres des inquisiteurs de la topette et une descente en règle des vampires dans son chalet alpin.

    Souhaitons donc que les exhortations et les effets de manche du baveux Richard Pound portent leurs fruits. Pour une divine surprise, ce serait une divine surprise, quand bien même le calendrier nous rapproche chaque jour un peu plus du temps béni où tout le monde croit au père Noël. À propos, une devinette en passant : qu'apportera le bonhomme en rouge à Jean-François Lamour, qui n'a pas attendu les fêtes pour que ses rêves sentent le sapin ? Un paquet de Kleenex, un ballon de baudruche et un coffret de Meccano, pour peaufiner au coin du feu son nouveau projet d'usine à gaz antidopage européenne. Non Jeff, t'es pas tout seul…

Le "plus" produit

Philostrate #Dopage
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    Un complément alimentaire pollué et vous voilà bon pour un contrôle positif à la  testostérone. Dans le milieu de l'athlétisme où, c'est bien connu, on se dope toujours par erreur, cette histoire est devenue un grand classique. La mésaventure survenue au médaillé de bronze olympique français Naman Keita relève donc d'une affligeante banalité. Elle illustre en somme les travers d'une société où la culture de la pilule met tout le monde d'accord, de l'ouvrier au champion, de l'artiste au cadre surmené.

    Que nous dit Naman Keita, parfait dans le rôle de la mouche engluée pour s'être approchée avec un peu trop de frivolité du pot de miel ? Que tenaillé par le doute et rendu vulnérable par une blessure aux abdominaux, il a voulu tout simplement trouver le "produit miracle" censé hâter sa guérison. Malheureusement pour lui, son remède contenait cette petit pointe de "testo" qui semble être la marque de fabrique des compléments alimentaires pour sportif, danger que nos champions sous pression choisissent pourtant souvent d'ignorer. Une attitude qui s'explique aisément.

    L'athlète d'aujourd'hui, encore plus que le citoyen lambda, ne supporte plus la méforme ou la maladie. Dans une société de plus en plus anglo-saxonne où, en apparence du moins, la performance doit passer avant le bien-être, pas question d'être flapi, raplapla ou à côté de la plaque. Les laboratoires, comme les charlatans en chariots des villes frontières du Far West, ont des catalogues entiers d'universelles panacées destinées à tout soigner, des bleus à l'âme aux ongles incarnés. Tous les maux, même ceux que seul le repos devrait guérir, ont leurs baumes, leurs pilules ou leurs poudres, pour permettre à la machine de continuer à tourner même lorsqu'elle est grippée. Le sportif de haut niveau, incité par un entourage largement médicalisé, intègre cette donnée dès son plus jeune âge.

    Alors que mi-août l'équipe de France d'athlétisme s'envolait pour le Japon, une citation du docteur Frédéric Depiesse, président de la commission médicale nationale, a retenu mon attention. Interviewé par notre quotidien sportif national sur la période d'adaptation nécessaire aux sportifs avant le début des compétitions, il abordait les problèmes de l'assimilation du décalage horaire et de la chaleur. Pour réduire les effets du "jet lag" il évoquait la mélatonine, molécule "vendue aux Etats-Unis mais interdite en France". En matière de surchauffe, constat d'impuissance : "Il n'y a toujours pas de produits pour faciliter l'adaptation à la chaleur". N'empêche : dans les deux cas, pour le médecin, le sportif, comme le journaliste, le réflexe est d'aller fouiller dans l'armoire à pharmacie ou le Vidal pour voir si, par hasard, la solution ne tiendrait dans une jolie pilule colorée. Mais comment peut-on à la fois systématiser le recours au médoc et au "plus" produit, puis s'étonner que certains poussent un jour la logique un peu trop loin, à la faveur d'une seringue ou d'un patch douteux ? La solution relève plus d'un changement en profondeur des mentalités, qui selon moi n'est pas pour demain, que dans un renforcement sans fin d'un arsenal répressif relevant plus de la bonne conscience que d'autre chose…

Dopage miracle

Philostrate #Dopage

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    En matière de dopage, l'imagination de nos champions semble sans bornes. Dans ce domaine, il faut bien reconnaître que les cyclistes, jamais à cours d'idée lorsqu'il s'agit de soulever des montagnes ou de décoller des pavés, ont toujours eu une longueur d'avance. Des précurseurs en somme, même si contrairement à ce que pourrait le suggérer un survol par trop rapide de la presse, ils ne sont pas les seuls, loin de là, à jouer des fléchettes ou de la topette. Pris la main dans le pot de confiture, nos vaillants coursiers ont cependant dû sérieusement faire travailler leur matière grise ces dernières années.

    Richard Virenque avait d'entrée placé la barre très haut lors de la funeste "Affaire Festina". À une époque où, visiblement, tout le peloton s'en mettait plein le cornet, notre Richard national, au coup de pédale pourtant plus délié que la syntaxe, inventait le "dopage à l'insu de son plein gré", comme les Guignols l'avaient alors si bien résumé. Quelques années après lui, Johan Museew, pris par la patrouille pour avoir usé d'un remède de cheval fourni par un vétérinaire inventif, se défendait mollement en inaugurant le "dopage en fin de carrière". Le "Lion des Flandres" jurait alors, la main sur le cœur, n'avoir jamais "salé la soupe", à l'exception notable de sa dernière saison chez les pros, obsédé qu'il était de ne pas rater sa sortie. Ce qui n'a d'ailleurs guère entamé sa popularité chez nos voisins flahuts, peu regardants sur ce genre de détail…

    Passons maintenant à l'efficacité made in USA. Oublions Lance, car si les laboratoires doivent à l'avenir faire des contrôles antidopages rétroactifs sur tous les vainqueurs du Tour, il leur faudra bientôt embaucher des spécialistes de médecine légale… Non, tenons-en nous à Tyler et Floyd. C'est à Hamilton que revient sans conteste la palme de l'inventivité. Avec la fameuse "chimère", son jumeau "mort-né" dont il aurait encore des traces de sang dans l'organisme, il n'a pas vraiment convaincu, mais se hasarder sur le terrain de la génétique pour tenter de masquer une homotransfusion dénotait d'une imagination pour le moins fertile. Plus basique, la ligne de défense de Floyd Landis. Lui, sa parade, c'est la "cuite dopante". Un whisky, quelques bières et vous voilà avec un taux des testostérone de taureau en rut. L'anecdote risque fort de le faire basculer du maillot jaune aux oubliettes de la Grande Boucle. Trois petites mousses et puis s'en va !

    Enfin, dernier en date à se torturer les méninges, Ivan Basso. Confondu dans une "Affaire Puerto", dont on espère qu'elle livrera bientôt tous ses secrets et pas seulement cyclistes, le client du très occupé docteur Fuentes a invoqué pour sa part le "dopage avorté". Pour faire court, il y avait bien pensé, mais n'a pas eu le temps d'y goûter. Avant cet écart, craché, juré, jamais vu une pilule ou une piquouze de sa vie ! La thèse est osée, mais il faut bien essayer, après tout, nous ne somme plus à une énormité près. Reste à savoir ce qu'il restera aux prochains vilains petits canards pour s'en sortir… Pour ma part, je suggère le "dopage miraculeux". Vous glissez avant le départ sous votre maillot, au cas où, une image pieuse et si par malheur vos urines ou votre sang vous trahissent, dites que c'est le Très Haut qui vous a fourni ce petit supplément d'âme chimique qu'il n'accorde qu'aux plus grands. On ne sait jamais, par les temps qui courent, ça peut marcher…

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