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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

#les lectures de philostrate

Il n'y a qu'une escrime, c'est le fleuret…

Philostrate #Les lectures de Philostrate

Les Jeux olympiques à Paris, c'est en 2024. Il vous reste donc sept ans pour vous familiariser avec tous les sports au programme. Aujourd'hui : le fleuret, la plus noble et la plus complète des disciplines de l'escrime pour l'auteur anonyme de cet article de la fin des années 1920. Je sais, ça ne date pas d'hier, mais être en forme olympique, c'est aussi avoir de la mémoire !

Images http://gallica.bnf.fr/
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    "Tout tireur connaissant bien le fleuret sera toujours plus fort que celui qui ne sait que l'épée. Non, bien entendu, qu'il suffise d'être un remarquable fleurettiste pour n'avoir rien à craindre  en face d'une épée. Opposez sur le terrain à un fleurettiste un épéiste exclusif, celui-ci aura certainement l'avantage. Mais que le premier pratique seulement, pendant quelque temps, le maniement de l'épée, il se jouera sans peine de son adversaire.

    Un fait est resté présent à ma mémoire, qui m'en fournit la preuve. Au premier tournoi d'épée du Figaro, les tireurs de fleuret, attirés par la nouveauté de ce sport, et qui n'avaient aucune notion du tir à l'épée, firent piètre figure. Un an après, les tireurs à l'épée n'obtinrent que les plus modestes récompenses. Pourquoi ? Parce que l'escrime au fleuret est un sport plus complet que l'escrime à l'épée. Cette feinte, allongée, rapide, puissante, cette libre action des muscles, aidée par la volonté, cette mobilité continuelle de la lame, ce but si restreint, si difficile à atteindre, savez-vous ce qui en résulte ? La vigueur, la souplesse des membres, l'intelligence, le jugement, la vivacité de l'esprit.

    Dans l'escrime à l'épée, au contraire, que voyons-nous ? Les bras travailler un peu, les jambes pas du tout. Est-ce dans une fente que s'assouplissent les articulations ? Il n'y en a pas ou guère. Peut-on se livrer, même exceptionnellement, à un élan généreux ? Jamais ! On risquerait de s'embrocher sur la pointe de l'adversaire. Donc, exercice incomplet, où les muscles restent sans ressort, partant, sans vie. (…) Il n'y a donc qu'une escrime, c'est le fleuret. L'épée, très attrayante, je le reconnais, n'en est que le complément. La plus belle figure dont s'honore l'escrime française actuelle, j'ai nommé Lucien Gaudin, est une vivante démonstration de ce que j'avance…"
 
Extrait de Tout pour les sports, revue datée de décembre 1929, éditée dans le cadre du deuxième Salon international des sports. Auteur inconnu.

Paris, ville d'eau

Philostrate #Les lectures de Philostrate

Articles et textes sont les reflets de leur époque, mais résonnent encore parfois dans l'actualité des décennies plus tard. Exemple avec ce passage d'un article de 1932 consacré à la pratique de la natation à Paris, intéressant à l'heure où la candidature pour les JO de 2024 pourrait permettre à la capitale de se doter du stade nautique qui lui fait défaut depuis tant d'années…

 "Un récent accident, la disparition de notre brillant confrère Albert Londres, a dû faire réfléchir nombre de gens sur l'utilité de la natation. On peut en effet nommer sa disparition un accident, car il ne fut pas brûlé dans la catastrophe du Georges-Philippar et il tomba à l'eau non évanoui, non blessé. Il ne savait pas nager, et c'est probablement à cela seulement que nous devons de déplorer sa perte ! Dans la plupart des sinistres maritimes les personnes qui savent nager trouvent moyen de se cramponner à quelque objet léger et peuvent être sauvées.

Depuis longtemps, en France (…), la Fédération nationale de natation fait campagne pour développer ce sport dans notre peuple. Ses efforts auprès de la jeunesse ont été couronnés de succès, mais insuffisamment, et l'indifférence du public est bien coupable. Voyez ce qui se passe en Allemagne, pays cependant plus nettement continental que le nôtre et moins pourvu d'admirables rivages ! À la Wannsee, aux lacs formés par la Havel, la Sprée, autour de Berlin, dans nombre de belles pièces d'eau des foules de demi-nudistes se pressent.
Paris, ville d'eau
En France, ce n'est pas seulement chaque ville, mais chaque caserne qui devrait avoir une piscine. Or, que voyons-nous, par exemple, à Paris ? Pour près de trois millions d'habitants, une vingtaine de piscines. On n'a jamais calculé ce qu'elles pourraient contenir en y comprimant l'humanité comme dans un Métro à six heures du soir, mais on peut estimer qu'elles ne renfermeraient pas 20 000 personnes (…)

Tous ceux, de la clientèle de Molitor à celle des Tourelles ou de Blomet, qui nagent à Paris recevront nos encouragements parce qu'ils sortent de chez eux, boivent du soleil avec leur peau, respirent un autre air que celui des salles de cinéma. Ils retournent à notre milieu naturel. Qu'est-ce que l'homme à en croire les savants ? Une sorte de moule qui a réussi ! Encore beaucoup sont-ils restés des moules et n'ont-ils pas réussi…"

 

Texte de Hervé Lauwick, paru dans l'édition du 27 août 1932 de L'Illustration. On appréciera le ton très "hygiéniste" de l'auteur, sa référence au naufrage qui coûta la vie au grand reporter Albert Londres… et le fait que la piscine des Tourelles venait alors d'accueillir avec les championnats d'Europe 1931 la dernière grande compétition internationale de natation organisée à Paris !

La nuit des Six-Jours

Philostrate #Les lectures de Philostrate

Paru en 1922, Ouvert la nuit est un recueil de nouvelles de Paul Morand. Dans l'un d'elles, La  nuit des Six-Jours, l'écrivain entraîne le lecteur dans les entrailles du Vel d'hiv, temple parisien du cyclisme sur piste, où le narrateur en mal d'aventure suit la compagne d'un des champions en lice…


    "À mi-chemin, ce fut un tonnerre sur nos têtes. Les lattes gémirent. Puis, apparurent le cirque de bois et son couvercle de verre unis par un brouillard divisé en lumineuses sections coniques. Sous les ombrelles émaillées, les lampes voltaïques suivaient la piste; Léa se dressa sur la pointe des pieds, impériale.
- Vous voyez : jaune et noir… Les Guêpes… l'équipe des as. C'est Van den Hoven qui est en course. On va réveiller Petitmathieu pour les primes de deux heures.


    Des sifflets effilés coupèrent le ciel. Puis il y eut quatre mille clameurs, de ces clameurs parisiennes, du fond de la gorge. L'Australien tentait un lâchage. Les sprints commençaient. Plus haut que les placards de publicité, je vis les traits tirés, les yeux ardents des populaires.  Un orchestre éclata. Latriche chantait. On reprit en chœur "Hardi coco !" ce qui anima le train. Les seize coureurs repassaient, sans un écart, toutes les vingt secondes, se surveillaient, en peloton compact.


    Le pesage occupait le fond du vélodrome. À chaque extrémité les virages debout comme des murs, que les coureurs dans leur élan escaladaient jusqu'aux mots La plus homogène des essences. Le tableau de pointage s'anima. Des chiffres descendirent. D'autres montèrent.
- Quatrième nuit. 85e heure. 2300 km 650 (…)


    Le quartier des coureurs avait poussé au bout de la piste, au petit virage. Chaque homme disposait d'une niche en planches avec un lit de camp fermé de rideaux. On lisait en lettres au pochoir : Stand Velox. Équipe Petitmathieu Van den Hoven. Un projecteur éclairait jusqu'au fond des cabines, permettant à la foule de ne perdre aucun des gestes de ses favoris, même au repos. Les soigneurs allaient et venaient en blouse blanche d'hôpital, avec des bruits d'assiettes, parmi les taches de pétrole et de graisse, composant des embrocations sur des chaises de jardin, avec des œufs et du camphre. Roulements démontés, cadres, rondelles de caoutchouc, ouates noires noyées dans des cuvettes (…) Les mécaniciens souillés, avec une barbe de cinq jours, en chemise kaki, bandaient les guidons au fil poissé, mettaient en faisceaux les roues à vérifier, serraient un écrou."

 

Extrait d'Ouvert la nuit de Paul Morand. Edition Gallimard 1922, renouvelé en 1950.
La nuit des Six-Jours
La nuit des Six-JoursLa nuit des Six-Jours

Un Ch'ti nommé Carpentier

Philostrate #Les lectures de Philostrate
Source : http://gallica.bnf.fr
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Dans Mon match avec la vie, autobiographie sortie en 1954 chez Flammarion, le boxeur Georges Carpentier, grand champion et figure du Paris des années folles, raconte son ascension, de son enfance lensoise à son amitié avec Maurice Chevalier en passant par ses réceptions à la cour d'Angleterre. Il y a tout juste un siècle, le gamin de Lens, alors âgé de 15 ans, fait ses premières armes sur les rings parisiens. Souvenirs…

    "Je n'étais pas venu à Paris pour m'amuser. Sans rêver de conquérir Paris, j'étais décidé de réussir dans mon métier et aussi, comme je le formulais un peu naïvement, à "m'élever" (…) Au cours de ces années 1909 et 1910, je livrai trente-quatre combats, quinze en 1909, dix-neuf en 1910. Résultats : trois défaites, dont une par KO, une par abandon, une aux points, quatre matches nuls, vingt-sept victoires, dont treize par KO, une sur abandon et treize aux points (…)

    L'homme contre qui je perdis par KO, au début de mars 1909, peu après mon installation à Paris, était un nommé Gloria. Le combat avait lieu à l'Elysée-Montmartre. A la fin du septième round, Gloria me toucha d'une droite très dure à l'estomac et j'allai à terre. Je m'étais bien remis pendant la minute de repos mais, m'estimant fatigué, Descamps (son manager) m'empêcha de reprendre le combat. Je knockoutai Gloria à mon tour un an plus tard à Lille.

    C'est le 22 décembre de cette année 1909 que je remportai mon premier titre de champion de France, poids légers, à l'issue d'un combat pendant lequel le nez de mon adversaire, Paul Til, ne cessa d'être en contact avec mon poing gauche. Un mois auparavant, après un match acharné, j'avais remporté une victoire aux points en quinze rounds sur Charles Ledoux, futur champion d'Europe des légers, qui était déjà considéré comme une terreur grâce à une série de foudroyants succès par KO.

    Charles Ledoux, aujourd'hui M. le maire de Pougues-les-Eaux, devait par la suite faire partie de l'écurie Descamps et devenir pour moi un ami. Il était dans mon coin, à New-Jersey, lorsque je rencontrai Dempsey…"
 
Extrait de Mon match avec la vie de Georges Carpentier, Flammarion, 1954, 281 pages.
Champion du monde et champion d'Europe, Georges Carpentier fut par la suite l'un des athlètes les plus populaires de sa génération. Admiré en France et en Angleterre, où il remporta plusieurs de ses victoires et fut reçu à plusieurs reprises par le Prince de Galles, il mourut en 1975, à l'âge de 81 ans.


 

Le faux cosmopolitisme du Stade

Philostrate #Les lectures de Philostrate
Articles et textes sont les reflets de leur époque, mais résonnent encore parfois dans l'actualité des décennies plus tard. Alors que Paris et Los Angeles vont se répartir pour une poignée de gros sous les Jeux de 2024 et 2028, quelques considérations sur le sport et le nationalisme. L'auteur, l'écrivain Charles Maurras envoyé spécial à Athènes de La Gazette de France, témoigne en avril 1896 de la renaissance des Jeux olympiques. Nous le retrouvons au milieu d'une compétition de lutte…

   
    "On met ensuite aux prises un Allemand et un Anglais. En un clin d'œil  M. Schumann a fait mordre la poussière à M. Eliott; mais voici que, avec une ténacité toute britannique, celui-ci se démène comme s'il n'avait pas touché terre des deux épaules. Le Gros Germain est émerveillé de tant d'impudence, mais Athènes s'épanouit. Il faut que le diadoque et le prince Georges prennent sur eux de renvoyer M. Eliott à son club.


    À ce moment, les organisateurs ont la mauvaise idée d'engager un combat entre M. Christopoulos et un autre Grec… Tumulte magnifique. De tous les points sur le Stade, le peuple entier proteste. Non, non ! Oki, Oki, Oki ! On n'admet point le sacrilège, on ne veut pas  de lutte entre les hommes de même langue et de même sang. J'ai beaucoup admiré ce soulèvement hellénique. Il s'en produit ainsi, du même ordre, à tous les instants.
Le faux cosmopolitisme du Stade
    On s'afflige si l'Héllène en sautant à la perche manque la barre ou exécute de travers le rétablissement aux anneaux. Si l'Anglais, l'Américain ou le Français ont plus d'adresse et de bonheur, c'est un froncement de sourcil. La justice n'en souffre pas. Chacun admire ce qu'il convient d'admirer, mais il le fait d'un cœur plus ou moins généreux suivant les honneurs engagés. Aussi, loin d'étouffer les passions nationales, tout ce faux cosmopolitisme du Stade les exaspère.

    (…) Non, les patries ne sont pas encore dissociées. La guerre non plus n'est pas morte. Jadis, les peuples se fréquentaient par ambassadeurs. C'étaient des intermédiaires qui atténuaient bien des chocs : les peuples déliés du poids de la terre, servis par la vapeur et l'électricité, vont se fréquenter sans procurations, s'injurier de bouche à bouche et s'accabler de cœur à cœur. L'ancien ludus pro patria (1) n'en sera que plus nécessaire."


(1) Devise de l'Association française de gymnastique faisant référence aux Jeux patriotiques antiques.

 

 

Extrait de la quatrième des Lettres des Jeux olympiques de Charles Maurras, parues entre le 15 et le 22 avril 1896 dans les colonnes de La Gazette de France.

Le Tour, c'est l'exploitation dans toute sa magnificence !

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En 1907, le Tour de France jouit déjà d'une belle réputation. Le passage des coureurs les jours d'étapes provoque dans les villes  une belle effervescence et  fait le bonheur des commerçants locaux. Parfois trop. Du moins à en juger par le récit pittoresque rapporté par Alphonse Baugé, directeur sportif de l'équipe Labor, dans cette lettre écrite à Grenoble le 17 juillet 1907. Il y fait le détail des dépenses consenties pour équiper et soigner ses coureur. Cent dix ans après, sa lecture reste savoureuse…


    "Il fait ici une chaleur torride et j'ai dû acheter deux casquettes blanches, l'une pour Ringeval, l'autre pour Maitron : coût 2fr.90. Aïe donc les frais ! J'ai aussi fait acquisition de couvre-nuque très pratiques, - blancs, évidemment. J'en ai acheté dix à 0fr. 50 : total, cent sous. Aïe donc les frais ! Ménager avait besoin de chaussures, je lui en ai offert aux frais de la princesse… Labor : payé 13fr. 95. Aïe donc les frais !

    J'ai requis un photographe qui a pris le quatuor. D'ici deux jours, vous recevrez les épreuves. Les Sports ont, eux aussi, passé une commande, devant publier un supplément spécial à l'occasion du Tour de France. Je n'ai donc pas hésité à les faire mettre en tenue, immédiatement, avec l'inscription Labor sur la poitrine, c'est-à-dire face à l'appareil. Aïe donc les affaires ! (…

Le Tour, c'est l'exploitation dans toute sa magnificence !

    Je vous adresse ci-inclus le relevé des frais jusqu'à ce jour. Peut-être cette douloureuse vous causera-t-elle quelque surprise, mais je suis persuadé que vous comprendrez que mes dépenses sont absolument indispensables. Je compte, je discute et je me débats absolument comme si cet argent sortait de ma poche. Soyez persuadé que je ne "marche" pas sans réfléchir et sans compter. (…)

    Les soigneurs eux-mêmes sont victimes d'un "coup de fusil" d'une suprême élégance. On leur compte carrément une bouteille d'eau de Vichy 1fr 25 ! Quatre bidons de riz au lait (deux litres) 6 francs ! Une côtelette, 0fr. 80, etc. En résumé, c'est l'exploitation dans toute sa magnificence. Or, attendu la rapidité des étapes, c'est à dire à peine si l'on est arrivé qu'il faut immédiatement songer à repartir, vous comprendrez facilement que les soigneurs, arrivant quelquefois juste à temps dans les contrôles pour préparer leur "popote", n'ont pas le temps matériel de courir au meilleur marché, car ils risqueraient fort de "louper" leur service de ravitaillement."
 

Extrait de Lettres à mon Directeur par Alphonse Baugé édité en 1908 par la Librairie de L'Auto. Pour ceux qui aiment les calculs, un franc 1907 vaut environ 3,50 euros…


  

L'olympisme, foire universelle des jeux sportifs

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Alors que les villes sont de plus en plus réticentes à se porter candidates à l'accueil du grand cirque olympique, certains s'inquiétaient dès les années 1920 de la voracité de l'ogre enfanté par Coubertin. C'est le cas de l'éditorialiste Jean de Pierrefeu, perplexe, déjà, devant le gigantisme des Jeux de 1924 organisés à Paris.

    "Aimez-vous les Jeux olympiques ? On en a mis partout. Du bassin d'Argenteuil à la piscine des Tourelles en passant par le Vel d'Hiv', tout marche à la fois le matin et l'après-midi. Mon ticket d'entrée aux Tourelles portait, le 20 juillet, ce chiffre effarant : 259e réunion ! Et ce n'est pas tout, au vélodrome de Vincennes on verra fleurir la 272e et au fronton basque de Billancourt la 281e…

    Comme l'hydre de la fable, l'Olympisme moderne étend sur toutes choses ses bras tentaculaires, mais pour vouloir trop embrasser, ne risque t-il pas de périr ? Il n'y a pas de raison pour que, dans quatre ans, le tir à l'arc, en honneur dans l'Ile-de-France, la Picardie et dans tant de charmants "patelins" de l'Afrique centrale, ou que le boomerang, spécialité de l'Australie, ne soient également de la fête; ils le méritent autant que le tir de chasse sur pigeons d'argile, qui possède son champion olympique.

L'olympisme, foire universelle des jeux sportifs
    Je me garderai bien de blâmer l'énorme complexité de ces Jeux qui ont coûté tant d'efforts aux organisateurs, mais il faut bien constater que l'Olympisme, transformé en une Foire universelle des Jeux sportifs, perd ce caractère de culture humaine qu'on voulait lui donner. Soit par désir de ne laisser à l'écart rien de tout ce qui constitue l'activité de jeu de l'homme d'aujourd'hui, soit par nécessité d'accueillir les groupements qui se prétendent tous aussi indispensables les uns que les autres, le Comité international élargit démesurément les limites de l'Olympisme, lequel, par définition, est une sportivité choisie et stylisée. Je suis persuadé qu'il faudra procéder tôt ou tard à une reconcentration pour épurer l'idée olympique et redonner aux Jeux une ligne harmonieuse, simple et belle."
 
Texte de Jean de Pierrefeu, paru dans l'édition du 26 juillet 1924 de L'Illustration, à l'occasion des Jeux olympiques de 1924 à Paris.

Coubertin, quand le baron s'emmêlait la moustache…

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Au congrès olympique de Budapest en 1911, Pierre de Coubertin, toujours soucieux de faire évoluer le programme de "ses" Jeux rénovés, propose aux membres du CIO d'y intégrer quelques nouvelles disciplines, parfois inattendues, qui ne connaîtront pour certaines qu'un succès mitigé. La parole au baron…

Pierre de Coubertin était comme vous, il faisait du sport dans son fauteuil… Et le lancer de nains, t'y a déjà pensé Pierrot au lancer de nains ? (Image Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530674809/f1.item.r=Coubertin,%20Pierre%20de)

Pierre de Coubertin était comme vous, il faisait du sport dans son fauteuil… Et le lancer de nains, t'y a déjà pensé Pierrot au lancer de nains ? (Image Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530674809/f1.item.r=Coubertin,%20Pierre%20de)

  "Une autre nouveauté fut la création du "Pentathlon moderne". Je l'avais déjà présenté au CIO à deux reprises et l'accueil avait été incompréhensif, presque hostile. Je n'avais pas insisté. Cette fois, la grâce de l'Esprit-Saint sportif éclaira mes collègues et ils acceptèrent une épreuve à laquelle j'attachais une grande valeur. Véritable sacrement de l'athlète complet, le Pentathlon moderne devait comprendre : une course à pied, une course à cheval, une course de natation, un assaut d'épée et finalement une épreuve de tir à laquelle j'aurais préféré substituer une course à l'aviron, mais cela eût compliqué grandement l'organisation, déjà passablement difficile.

    (…) La troisième des réalisations dont je veux parler fut l'institution de prix de chasse et d'alpinisme destinés à récompenser la plus belle ascension et le plus bel exploit cynégétique accomplis depuis la célébration de la précédente Olympiade. L'idée avait été émise dès le congrès initial de 1894 et nous avait été transmise par cette assemblée sous forme d'un vœu favorable. Je la voyais complétée plus tard par un troisième prix olympique du même genre pour l'aviation.

    Tout cela était dans l'ordre : all games, all nations. C'était de plus d'une organisation facile, de frais insignifiants… Cependant, sur ce triple terrain, une indifférence apathique et parfois même un mauvais vouloir sans cause discernable se sont manifestés. Cela s'est fait, cela ne s'est plus fait; il n'y a eu là que caprice et manque de suite apparents. J'espère qu'on reviendra à la formule susdite. Elle est bonne…"
 
Extrait de Mémoires olympiques par Pierre de Coubertin, édité en 1931 par le Bureau international de pédagogie sportive du CIO à Lausanne.

Yéti foot

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En décembre 1938, Le Miroir des Sports emmenait ses lecteurs à la découverte du football… tibétain ! Une parenthèse exotique offerte par Du sport ou du cochon, qui a volontairement conservé "Thibet" dans  l'orthographe de l'époque.

    "Le secrétaire de la Mission britannique au Thibet, rentré à Londres depuis quelques jours, a donné des informations très intéressantes sur la modernisation de Lhassa, la ville sainte et interdite du Thibet, la cité des lamas et des pèlerinages, et l'une des localités les plus inaccessibles du monde aux étrangers.

    - À Lhassa, raconte le secrétaire, il y a un terrain de football, situé à 4000 mètres d'altitude et dominé par les cimes himalayesques aux neiges éternelles. Toutes les semaines, un match met aux prises l'équipe de football de Lhassa United et celle des membres des Missions. L'équipe de Lhassa United comprend : un soldat du royaume voisin du Népal, un tailleur chinois, trois hommes fortement barbus du Ladakh dans le Cachemire, un indigène de l'état de Sikkim et cinq fonctionnaires thibétains.

Bon, il se pointe quand le yéti ? Image : http://gallica.bnf.fr

Bon, il se pointe quand le yéti ? Image : http://gallica.bnf.fr

    L'équipe de la capitale du Thibet pratique un football très orthodoxe, et chacun de ses joueurs est équipé à l'européenne. Malgré l'altitude, il ne fait pas froid sur le terrain, où il règne une température de 20°C et plus.

    Va pour la température; car nous commençons à savoir en France comment on pactise avec des températures de - 10°C, mais on ne nous dira tout de même pas que la pression atmosphérique est la même qu'au niveau de la mer. Plus que la température, c'est la faible pression atmosphérique qui handicape les équipes européennes en tournée à Mexico (2777 m) ou à La Paz (3630 m). Les joueurs non acclimatés se sentent sans forces; leurs jambes sont molles et ils ont le souffle court. L'année où la coupe du monde aura lieu au Mexique, en Bolivie, ou sur le plateau du Thibet, il se produira bien des surprises…"
 
Article extrait du Miroir des Sports daté du mardi 27 décembre 1938. L'allusion aux températures de - 10°C, fait référence à un début d'hiver particulièrement rigoureux cette année-là en France.

Foot américain ou bondage ?

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Foot américain ou bondage ?Foot américain ou bondage ?Foot américain ou bondage ?
La saison de football américain touche à sa fin avec le Superbowl début février. Comment cette discipline toujours exotique de ce côté-ci de l'Atlantique, était-elle perçue par le sportsman français du début du XXe siècle ? La réponse en texte et en image (non le jeune homme ci-dessus ne sort pas d'une séance SM, mais arbore les protections de la Belle Epoque…), avec cet extrait du livre Le Football, paru peu de temps avant la Grande Guerre.

     "Parler du football tel qu'on le joue de l'autre côté de l'Atlantique est parler d'une chose, pour nous autres Français, inconnue, car ce n'est pas l'unique match joué l'hiver dernier entre deux teams de l'escadre américaine qui peut nous renseigner beucoup à ce sujet. Il est vrai, d'autre part, que durant toutes ces dernières années les journaux nous apprenaient de temps en temps que tel match entre Yale et Harward ou entre Cornell et Princeton s'était terminé par des morts d'hommes et pas mal de membres cassés, ou bien que la police était intervenue pour mettre un frein à l'ardeur des joueurs en interrompant la partie.

    Nous avons même lu, il n'y a pas si longtemps, qu'une vive campagne avait été menée contre les brutalités du dit football. Mais tout ceci ne nous a pas appris grand'chose au sujet du football aux Etats-Unis. La seule chose sur laquelle nous nous sommes bien fixés c'est que, pour le jouer, on se capitonne soigneusement des pieds à la tête et qu'on se garantit le chef par tout un ensemble de protège-oreilles et de protège-nez inusités en Europe (notre gravure).

    Si l'on se rapporte aux auteurs anglais, le football américain est de beaucoup le cadet de l'association et du rugby, ses doyens. Il ne date pas de plus d'une cinquantaine d'années ce qui, pour un sport qui se respecte, est la petite enfance. Il ne faudrait pas en conclure que le football que l'on joue actuellement à Yale ou à Harward ressemble en quoi que ce soit au jeu de ballon qui se pratiquait dans les fermes le jour de Thanksgiving, après un plantureux déjeuner où le dindon traditionnel avait amené la joie.

    Ce jour-là, en sortant de table, on se rendait entre hommes dans la cour et on s'amusait follement à donner de grands coups de pied dans une vessie de cochon gonflée d'air. Plus tard, cette distraction simple ne suffisant plus, les joueurs se réunirent en équipes et commencèrent à pratiquer un dérivé sauvage de l'association, qui ne ressemblait du reste en rien au jeu qu'on pratiquait à cette époque en Angleterre."
 
Extrait du livre Le Football, rugby, américain, association par Charles Gondouin, arbitre officiel de l'Union des Sociétés Françaises des Sports Athlétiques, et Jordan, ancien capitaine du Stade Français. Préface de Louis Dedet, Vice-Président du Stade Français. Collection Sports-Bibliothèque.
Editions Pierre Lafitte et Cie. Huitième édition. 1914.

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