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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

#olympisme

Vancouver et Bordeaux même combat !

Philostrate #Olympisme
Gravure-Glace-Illus.Bdf.jpg     A lire les journaux, que va t-il nous rester demain à nous mettre sous la dent ? La viande de bœuf ? Son industrie produit du CO2 à la cadence d'une vache ballonnée, elle serait donc à bannir de nos menus, ou alors pas plus de deux fois par semaine. Le poisson ? La folie "sushi" et la surpêche vident le fond des océans aussi sûrement qu'un match du PSG les tribunes du Parc des princes. Pas bon pour la planète non plus… Et si, troublé par cette idée, vous décidez de vous affaler sur votre canapé un paquet de chips transgéniques sur les genoux pour suivre les Jeux d'hiver de Vancouver, vous ne risquez pas non plus d'avoir votre brevet d'éco-citoyen. Pourquoi ? Mais à cause des dérèglements climatiques ma brave dame !

     Voilà pourtant des Jeux qui sentaient bon l'air pur et les grands espaces. La Colombie Britannique, ses matins brumeux, ses orques monochromes, ses cadres dynamiques arrivant au bureau leur vélo sur l'épaule. Un joli programme, vendu sur dossier clés en mains aux beaux messieurs du CIO, estampillé développement durable, éco-responsable, commercialement équitable, tout JO tout bio. Mais voilà, le climat s'en mêle (ou s'emmêle, ça revient au même). Pas un cristal de neige à l'horizon alors que le compte à rebours précédant l'ouverture des Jeux touche à sa fin. On imaginait déjà le comité d'organisation de Vancouver convoquer les derniers chamans indiens, ultimes survivants de la petite vérole et de l'eau de feu, pour entamer l'une de leurs danses ancestrales, censée faire dégringoler l'or blanc des nuages…

     Ben non, patatras ! L'homme blanc, même canadien, préférera toujours le pétrole aux rites indiens. C'est à coup de camions que la neige qui fait défaut dans la capitale de la Colombie britannique est acheminée du reste du pays. Le beau manteau immaculé vire au gris et l'empreinte énergétique de ces Jeux au grand air tient de la patte de dinosaure. Mais qu'importe, le rêve olympique n'a pas de prix. Peut-être cette anecdote sportivo-climatique n'est-elle qu'un signe avant-coureur de la fin annoncée des Jeux d'hiver ? Après tout, si nous continuons à faire chauffer la Terre comme une cocotte-minute, l'avenir de cette sympathique sauterie entre pistes et patinoires risque fort de s'écrire en pointillés. "Mais tous les spécialistes ne sont pas d'accord", comme dirait Claude Allègre. Il est même des climatologues qui prévoient que le réchauffement climatique, en modifiant la route du Gulf Stream, pourrait par ricochet contribuer au refroidissement de nos côtes. La Gironde aurait alors à peu de choses près un climat semblable à celui du Québec. Et si Bordeaux était finalement la meilleure ville candidate pour espérer un jour voir la France organiser à nouveau les Jeux d'hiver ?

Autocritique olympique

Philostrate #Olympisme
    La Chine, un an après… Douze mois se sont écoulés depuis le passage de la caravane olympique à Pékin et les sujets fleurissent dans les journaux. Que sont devenues les installations olympiques ? Le fameux "Nid d'oiseau" s'est-il transformé en poule aux œufs d'or touristique ? Comment se portent une saison plus tard les héros médaillés de Beijing 2008 ?

    Mais curieusement, à l'heure des bilans, le CIO pointe aux abonnés absents. La multinationale olympique reste muette. Elle n'avait pourtant pas ménagé ses efforts pour faire passer la pilule chinoise auprès de ceux doutant du bien-fondé de confier les JO au plus grand régime autoritaire de la planète. Mister Rogge et ses affidés ne nous avaient-ils pas promis qu'avec la Chine, l'olympisme faisait un pari sur l'avenir ? Que le passage de la flamme et de ses anneaux dans l'empire du Milieu allait inévitablement contribuer à une ouverture des hiérarques pékinois sur le monde ? Que les droits de l'homme ne pourraient qu'en tirer bénéfice ? Comme à Berlin en 1936, où, après le passage des Jeux, Hitler s'est tellement adouci qu'il n'a pu attendre une olympiade pour donner au monde entier de tendres accolades…
   
    Je ne crois pas plus aux vertus thaumaturges de l'olympisme sur les dictatures aujourd'hui qu'il y a soixante-dix ans.
Ça tombe bien, ça m'évite de cruelles désillusions. Mais comment fait le CIO pour survivre à ses contradictions ? Son bel étendard humaniste, rongé par  les compromissions politico-économiques, ressemble à s'y méprendre à un torchon mité. "Tout le discours sur l'importance des JO pour la libéralisation de la société et de la politique chinoise est évidemment nul et non avenu. L'effet a même été contraire.", constatait cet été le sinologue François Godement (1). Ce ne sont pas les Ouïgours et les Tibétains qui hélas le contrediront… Pékin 2008 n'a été qu'une belle démonstration nationaliste du savoir-faire made in China. Elle a dû rassurer tous ceux qui doutaient qu'en Chine on sache faire danser et défiler les petits enfants ou fleurir les feux d'artifice. Pour ma part, je n'ai qu'un regret : que le CIO n'ait pas profité de cette olympiade pour s'initier à l'art de l'autocritique, cher aux Maoïstes. Ce triste épisode dans l'histoire de l'olympisme aurait au moins servi à quelque chose…

(1) Sud-Ouest, édition du 9 août 2009.

Teheran 2020

Philostrate #Olympisme
    Au train où vont les choses, le CIO n'aura pas trop à se creuser la tête pour trouver la ville hôte des Jeux de 2020. Que les milliers d'Iraniens qui manifestent  à Téhéran prennent leur mal en patience, dans onze ans, ils auront droit à leur quart d'heure olympique, faute d'avoir un scrutin démocratique. Vous ne me suivez pas ? La démonstration est simple. En 1989, le pouvoir dictatorial de Pékin écrasait à coup de chenilles la révolte étudiante sur la place Tien an men. Deux décennies plus tard, le sang ayant eu le temps de sécher sur les pavés, la même place accueillait la caravane olympique sans que le régime de Beijing ait d'aucune façon changé de nature…

    Aujourd'hui, on défile contre Ahmadinejad à Téhéran, des manifestants tombent pour verser quelques gouttes de démocratie dans le régime peu soluble des mollahs. Mais que les Iraniens se rassurent. L'intransigeance des barbus et les martyrs de la place Haft-é Tir ne feraient pas reculer le CIO longtemps, si d'aventure en 2020 l'Iran se mettait sur les rangs. D'abord, parce qu'en matière géopolitique, les hiérarques aux anneaux s'alignent le plus souvent sans rechigner sur les despotes. Un exemple : ces derniers jours, les seuls à reconnaître sans broncher la supposée victoire électorale d'"Atomic Mahmoud" sont les gouvernements autoritaires chinois et russes.

    Le premier, a accueilli les Jeux d'été 2008 en dépit d'un profond malaise international, le second accueillera les Jeux d'hiver à Sotchi en 2014, sur fond d'expropriations massives et de saccage des richesses naturelles d'une région qui, foi de Poutine, fera risette à l'olympisme coûte que coûte… Dans ce contexte, l'hypothèse Téhéran n'a rien d'extravagant. Selon la jolie fable, encore fort répandue du côté de Lausanne, qui voudrait même que les vertus thaumaturges de l'olympisme aident les régimes les plus fermés à s'intégrer dans le concert des nations, l'idée pourrait faire son chemin.

    Amis Iraniens, serrez les dents ! Si le train de la démocratie vous passe une nouvelle fois sous le nez, faites contre mauvaise fortune bon cœur. Vous aurez peut-être droit à ce second tour olympique qui fait s'ouvrir jusqu'aux plus profonds océans d'incompréhension comme la mer Rouge devant Moïse. Avec les JO, tout devient plus simple, les dictatures se teintent de bleu, rouge, jaune, noir et vert, les couleurs des anneaux convoités. Une fois les Jeux terminés et les déficits creusés tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Demandez aux Tibétains ou aux dissidents chinois, la vie est beaucoup plus douce pour eux aujourd'hui. Les larmes des paysans du Caucase, spoliés de leurs terres par la loi d'expropriation olympique prise par le gouvernement russe sont de joie, ne vous y trompez pas ! Alors, très cher peuple iranien, ne désespère pas. Avec ou sans démocratie, l'olympisme tôt ou tard sera aussi  là pour toi…

Bilan olympique

Philostrate #Olympisme
Philostrate a aimé…

    Les champions attendus au tournant qui ne nous ont pas fait le coup du "trop de pression" ou du "cet hiver j'ai eu un ongle incarné". Bravo à tous les favoris qui ont été présents au rendez-vous. Mentions spéciales à l'équipe de France handball, à la grignoteuse de centimètres Elena Isinbaeva et au champion olympique de javelot, le Norvégien Thorkildsen, qui a prouvé que son titre olympique de 2004 n'était pas un accident.

    L'hommage dans la cérémonie de clôture à Oscar Pistorius, l'homme aux pattes à ressorts, qu'un "buzz" médiatique aussi éphémère qu'emprunt de "faux-culserie" voulait envoyer à Pékin faire fumer ses prothèses en carbone. Vous n'avez pas remarqué ? Les zébulons sautant partout sur des échasses élastiques devant un cercle de demoiselles à grelots au début du barnum précédant l'extinction de la torchère olympique, c'est ce que vous auriez pu voir sur la piste, s'il avait fallu écouter ceux prêts à sacrifier l'équité sportive sur l'autel de la bonne conscience.

    Le titre de la Belge Tia Hellebaut dans le concours du saut en hauteur féminin. Une athlète sympa, présente dans tous les grands rendez-vous, qui a permis de clouer le bec au timoré Jacques Rogge, plus à l'aise lorsqu'il s'agit de critiquer le manque de performance des athlètes belges que d'expliquer les choix du CIO et ses dérobades.

    Les médailles françaises à vélo. VTT, BMX… et la course sur route alors ? Mais nos routiers ont des circonstances atténuantes : à force de leur dire à longueur de saison que tous ceux qui roulent plus vite qu'eux sont dopés, ils ont fini par le croire…

Philostrate n'a pas aimé…

    L'absence de "Une" sur le dopage pendant les JO dans notre quotidien sportif national. Ce n'est pas l'actualité qui a manqué pourtant en la matière. On aurait pu faire un belle sélection et des beaux podiums avec les perdants du "pipi loto" privés de dessert olympique pour avoir abusé d'amuse-gueules un peu trop énergisants. On n'ose imaginer les premières pages avec une pareille hécatombe avant ou pendant le Tour de France !

    Les "ENORMES" qui semblent désormais indissociables du commentaire sportif, qu'il soit le fait de consultants ou de journalistes dûment "assermentés". Un "énorme" et tout est dit. Fatigant à la longue. À moins que… Définition du Petit Robert pour "énorme" : "Qui sort des bornes habituelles, dépasse ce que l'on a l'habitude d'observer et de juger. Voir : anormal, démesuré, extraordinaire, montrueux." Alors, "ENORMES" ou pas les performances d'Usain Bolt, Michael Phelps, Alain Bernard, Mahiedine Mekhissi ?

    Les "décalages horaires" consentis par le CIO pour contenter NBC. Après les finales de natation le matin à Pékin on parle déjà des finales du 100 m à minuit aux Jeux de Londres en 2012. On imagine déjà le dilemme de Canal+ si l'événement tombe - tout est possible - le premier samedi du mois. Déprogrammer la partie de jambes en l'air cinéphilique mensuelle au profit des jarrets musculeux des sprinters, choix cornélien s'il en est…

    Le terme de "gâchis", employé à tort et à travers pour évoquer les sorties de ligne de Laure Manaudou. On souhaite à ceux qui l'ont utilisé de gâcher autant leur carrière que notre Laurette nationale, qui pour avoir tout gagné pouvait bien se permettre cette débandade olympique. Alors cours Laure, fais-ta vie, dans les bassins ou ailleurs ! Et merde au poilu à joncaille, dont on attend encore la médaille olympique de la nouvelle protégée roumaine…

T'as du Bolt mon vieil Usain

Philostrate #Olympisme
    Avec tes compas à dessiner la lune et tes foulées de sept lieues, qui sait où tu en serais aujourd'hui mon brave Usain sans le baron de Coubertin ? Toi qui délaces tes baskets lorsque tes adversaires en sont encore à s'extraire de leurs starting-bloks, qui sait ce que l'on aurait fait de toi si le plus célèbre moustachu de l'histoire sportive n'avait pas réussi en 1896 à tirer des flammes des braises tièdes de l'olympisme ?

    À la fin du XIXe siècle, ta carcasse interminable et ta vélocité animale t'auraient ouvert en grand les portes d'une cabane de foire. À l'époque, on ne faisait pas dans la finesse. Tu aurais été baptisé "L'échassier-guépard", on t'aurait inventé une enfance à dormir debout, gratifié d'une origine incertaine et organisé des courses contre les meilleurs purs-sangs du comte Dugoinot de la Motte-qui-pèle. Le reste du temps, tu aurais attendu patiemment le chaland derrière le rideau de ta baraque foraine. Entre la "femme à barbe", "l'homme-éléphant" et "l'enfant sauvage". Pauvres bougres formant la cohorte des Freaks sur le dos desquels des montreurs de phénomènes pouilleux entretenaient leur crasse.

    Tu aurais peut-être eu pour voisin d'infortune Michael "Le dauphin bipède" dans son bocal, dont la cage thoracique hypertrophiée et les bras nageoires rendent superflus ses autres membres. Heureusement Pierre Frédy est passé par là. En deux siècles, le monstre qu'est devenu son joli bébé au berceau couronné d'anneaux a permis aux physiques hors normes de partir à la conquête des pistes et des bassins. D'y décrocher même l'or et la gloire en faisant l'objet d'une autre curiosité, la plupart du temps moins malsaine que celle brillant dans les yeux de la populace Belle Epoque.

    Quoique. À en juger par la suspicion systématique accueillant désormais chaque performance "phénoménale" réussie sous le soleil d'Olympie, on peut se poser la question. Les clins d'œil entendus, les regards inquisiteurs ne sanctionnent plus la particularité physique. Ce serait indigne de notre statut d'hommes du XXIe siècle aux mœurs policées. Non, ils s'échangent maintenant sur fond de croisade morale. Ceux-là, là, ce Bolt avec ses grandes tiges qui pulvérisent les records, ce Phelps caréné comme un hors-bord, dans quels vilains secrets puisent-ils leurs succès ? Quelle est leur potion magique ? Comment s'appelle leur fournisseur de poudre de perlimpimpin ? Quels composants chimiques charient leurs veines dans leurs membres démesurés ? Alors c'est sûr, t'as du Bolt mon vieil Usain. Sûr, j'aimerais bien pouvoir t'offrir autre chose que mon regard de spectateur échaudé par tant de désillusions. Je crains hélas que cela ne soit plus possible et crois bien que j'en suis le premier peiné…

Les vacances de Bixente

Philostrate #Olympisme
 
   Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je suis fier de contribuer aux vacances de Bixente Lizarazu en Chine. Savoir qu'une part, certes infime, de mon abonnement à Canal+ sert au dépaysement olympique de notre champion du monde de foot, qui sans cela n'aurait sans doute pas eu les moyens de participer à la fête, me rend tout chose. Améliorer l'ordinaire d'un retraité et lui offrir l'occasion unique de s'ouvrir sur le monde, n'est-ce pas, en ces temps de réduction du pouvoir d'achat, le geste le plus noble que nous, cochons d'actifs, puissions accomplir ?

    Donc Bixente a fait son petit sac à dos, a claqué une bise à sa planche de surf avant de la ranger dans le garage et s'est glissé parmi les invités du grand voyage organisé par la chaîne cryptée à Pékin. Officiellement, il est là pour faire partager son vécu de sportif de haut niveau avec nous, les clampins moyens, joggers du dimanche, footeux occasionels et autres "tringles" des lignes d'eau. Plongé au cœur du plus grand rassemblement sportif de la planète, sûr que ce gars-là, qui a tout de même soulevé la coupe du monde en 1998, a des analyses pénétrantes à nous livrer. Pour le coup on n'est pas déçus…

    D'abord, on voit Bixente, avec son petit baise-en-ville, qui se promène dans les allées du village olympique. Il y croise Marie-Jo Pérec et nous fait le coup de la fraternité entre champions. Parce qu'il y a les caméras et qu'il est connu, la gazelle lui claque une bise vite fait, mais une fois ses grands compas en action, Liza, qui arrive tout juste à la hauteur de ses baskets, n'essaie même pas de suivre. Leçon numéro un pour le béotien : un champion doit apprendre à connaître ses limites.

    Ensuite, on retrouve Bixente au bord de la piscine olympique, où l'objectif de la caméra dissèque ses réactions pendant le cent mètre historique d'Alain Bernard. "Il l'a fait le mec !", lâche t-il une fois l'armoire nageante antibaise - selon la terminologie de Bobby Lapointe dans Avanies et framboise…- sacrée championne olympique. On n'aurait pas dit mieux. Leçon numéro deux : l'athlète de haut niveau, tout pétri qu'il est d'omniscience sportive, sait aussi se mettre au niveau du vulgum pecus pour lui faire comprendre qu'il vient de vivre un grand moment.

    Et ainsi de suite… Evidemment, on ne saurait trop remercier Canal+ d'avoir eu la bonne idée d'emmener Bixente en Chine - très bon exercice de diction, essayez de le dire vite pour voir… C'était indispensable pour permettre aux grosses bouses sportives que nous sommes de mieux appréhender l'univers olympique. Mais je soupçonne Raymond Domenech d'avoir œuvré dans l'ombre pour envoyer Liza cultiver sa barbe de trois jours dans l'Empire du Milieu. Ben oui quoi, c'est toujours un de moins de la génération 1998 qu'il n'a plus sur le dos. Et pas le moins teigneux, loin s'en faut : n'oublions tout de même pas que ce sont les Basques qui ont occis Roland à Ronceveaux ! Le Raymond, y connaît ses classiques et si à la douane, sur le chemin du retour, la police chinoise trouve un drapeau tibétain dans le petit sac à dos de Bixente, faudra pas chercher bien loin celui qui l'y aura glissé…

Steeve Guenot, Henri Deglane, même combat !

Philostrate #Olympisme
    Quatre-vingt-quatre ans les séparent, mais ces deux-là sont de la même famille… En 1924 à Paris, Henri Deglane remporte le titre de champion olympique de lutte gréco-romaine toutes catégorie. Il lui aura fallu attendre 2008 et ces olympiades pékinoises pour se trouver un successeur en la personne de Steeve Guenot, médaillé d'or chez les 66 kilos, l'un de ces athlètes pour qui les JO semblent avoir été inventés. Un inconnu dans une discipline oubliée, qui par la magie d'un podium et pour avoir soulagé la France entière - surtout Bernard Laporte…- en ouvrant son compteur doré a droit à son quart d'heure de gloire.

    Ça nous change des footballeurs et des tennismen gavés d'euros qui sous le soleil de l'Olympe trouvent encore le moyen de ramener leurs gueules de "Une". Pour la peine et pour ceux qui ne goûteraient pas toutes les subtilités du sport préféré de l'écrivain américain John Irving et des proctologues sous acide, Philostrate vous a déniché un petit texte d'Edmond Renoir sur la lutte, paru dans L'Illustration du 17 mai 1890. Extrait.

    "La lutte est en train de reconquérir la place à laquelle elle a des droits incontestables, car, au dire des pratiquants, elle est de tous les sports le plus propre à développer la machine humaine, à porter tout l'organisme au maximum de puissance. Presque tous les exercices pèchent par quelque point, les jambes travaillent trop ou pas assez, certains muscles sont astreints à l'immobilité, l'équilibre est rompu forcément.

    La lutte, telle qu'on l'exécute en France (…) n'est pas un combat, c'est le jeu athlétique par excellence, réglé par des conventions formelles lui conservant un caractère de courtoisie très appréciable. Les partenaires peuvent se prendre seulement par le haut du corps, employer toute leur force, mais sans user de rien qui influence la sensiblité; on doit se tomber, et non pas chercher à se faire du mal. Nus jusqu'à la taille, les lutteurs en présence vont utiliser tous les facteurs dont l'homme peut disposer : force, souplesse, agilité, adresse, à-propos, résistance (…)

    La prise marque naturellement le début de la partie; les athlètes se sont approchés, ils se tiennent les mains, cherchant à gagner de rapidité l'un sur l'autre, à "entrer" en terme de lutte. Souvent de cette première attaque dépend le succès, un bon coup peut s'en suivre, la riposte arriver trop tard…"

    P.S : Notre Steeve Guenot, désormais national, n'a pas seulement remporté l'or olympique à Pékin. Il a aussi gagné sa place parmi l'équipe de consultants de Canal+ ou d'ailleurs qui ne manquera pas de se déplacer en force en 2012 à Londres. Il lui suffira alors de ponctuer les commentaires du journaliste qui l'accompagnera de quelques "C'est énorme !" bien sentis, toutes les vingt secondes environ à l'image d'une Emilie Le Pennec décryptant finement aujourd'hui le concours de gymnastique, pour faire partager à la France entière ses analyses "techniques". Trop cool…

L'homme-ressort

Philostrate #Olympisme
    Il existe deux manières d'anesthésier les neurones. La bonne conscience, dans laquelle les belles âmes baignent leurs synapses ramollies. Le conte moderne, qui donne des ailes à la plume des scribouillards en leur épargnant de prendre du recul avec leur sujet. L'histoire d'Oscar Pistorius, le coureur aux prothèses mécaniques qui pourrait, sous réserve de minimas hautement improbables, participer aux Jeux olympiques, est pour le meilleur et surtout le pire un cocktail détonant de ces deux ingrédients.

    Que ce garçon, né sans péronés puis amputé des deux jambes, ait une foi à déplacer les montagnes ne fait aucun doute. Que son rêve olympique et ses prothèses en carbone lui aient permis de surmonter son handicap et de réaliser des performance dont bien des valides seraient incapables mérite évidemment le respect. Mais que la plupart des médias présentent comme une avancée le fait que les autorités sportives l'autorisent à courir dans les meetings et les grands rendez-vous internationaux réservés aux champions valides est proprement absurde.

    Sportivement et techniquement, il est impossible de mesurer avec précision l'avantage que lui procure son équipement de propulsion. Si la difficulté d'évaluer les handicaps a donné lieu à la création dans les épreuves paralympiques d'autant de catégories qu'il existe de déficiences, la raison est simple. Le handicap est foncièrement inégalitaire, a fortiori en matière de performance physique : il y a les coureurs avec prothèses, ceux sans prothèse mais avec une jambe à la motricité réduite, etc. Si cette logique prévaut chez les paralympiques, elle condamne de fait ce genre de duel entre valide et handicapé.

    À moins, d'entrer dans une logique qui est justement celle contre laquelle tout le monde semble se battre aujourd'hui. Celle du "petit plus" qui améliore la performance. Pistorius, aussi peu gâté par la vie et méritant soit-il, bénéficie avec ses prothèses d'une forme mécanique de dopage. Censée rééquilibrer les performances en sa faveur, mais du dopage tout de même. Ouvrons aujourd'hui les couloirs à l'homme-ressort et laissons son cas faire jurisprudence. Demain, les avancées de la science aidant, ce sont des athlètes bioniques qui frapperont à la porte de l'Olympe, tous avec des parcours exemplaires, une volonté de fer (sans jeux de mots…) et autant de bonnes raisons de s'engouffrer dans la brèche ainsi ouverte. Nos athlètes bodybuildés, dans ces conditions, n'auront guère de scrupules à s'en mettre plein le cornet. Dame, si je dois me mesurer demain au saut en longueur avec l'Homme qui valait trois milliards ou à la perche avec l'homme élastique, je ne monterai pas à l'assaut sans une boîte à pilules, je vous le garantis !

Le jeu de l'Allume-gaz

Philostrate #Olympisme
    "Elle passera par ici, elle ne passera pas par là"… Qui donc ? Mais la flamme olympique pardi ! Si vous aimez le jeu de l'Oie, vous allez adorer le jeu de l'Allume-gaz, variante inventée par les plus hautes autorités de l'olympisme pour exorciser le flop historique de l'actuelle retraite au flambeau planétaire. Philostrate s'est procuré des extraits de l'avant-projet. La règle est simple : jette les dés et tente toi aussi de rallier Pékin avec ta flamme intacte !  Attention, les obstacles ne manquent pas …

    Tu fais un 9 d'entrée ? Veinard, tu gagnes le droit de recevoir l'équipement du relayeur spécial "Pékin 2008". Une paire de boules Quies pour ne pas entendre les sifflets et les quolibets, des lunettes roses pour voir le rêve olympique en bleu, des lingettes pour essuyer les mollards des "droit-de-l'hommards"… Tu es prêt à défendre tes chances !

    Te voilà déjà arrivé case 29 ! Mince, cette grosse horloge, c'est Big Ben et ce bus rouge… Tu es à Londres. Là, ça devrait glisser comme de la marmelade sur une tartine. Les Anglais sont tellement flegmatiques. Hélas, après quelques kilomètres escorté par les bobbies, tu manques de marcher sur un bonze tibétain qui s'est perfidement coulé dans le cortège. Tu évites de justesse de te prendre les pieds dans sa robe safran. Mais tu dois attendre la "Manche" suivante pour repartir. Direction Paris…

     Ah Paname, ville des amoureux ! Tu es passé entre les grèves de cheminots, d'enseignants, d'aiguilleurs du ciel, la grogne des taxis, des lycéens et des bistrotiers, bravo ! Mais ne te réjouis pas trop vite. Paris est aussi la capitale internationale des droits de l'Homme. Bref, c'est le merdier et la Tour Eiffel se prend pour le Potala. C'est le rendez-vous des défenseurs des lamas, dont certains ont juré d'éteindre ton précieux flambeau. Tu échappes de justesse à l'extincteur d'une élue verte, visiblement convertie au jardinage au gaz carbonique. Tu files entre les doigts de l'Hermès des causes perdues, Robert Ménard, capable de se dédoubler pour porter le fer dans la plaie, surtout quand elle suppure sur petit écran dans le journal de vingt heures. 

    Bref t'en baves comme un coolie ! Tu es protégé par des centaines de policiers, par un sous-marin nucléaire planqué sous le pont d'Issy-les-Moulineaux, un hélicoptère… Mais ça ne suffit pas. Un moment tu te crois sauvé en courant avec David Douillet à tes côtés. Tu lui passes la flamme, mais il se laisse ceinturer par un groupe de gardes rouges qui trouvent que la plaisanterie a assez duré. Les gnomes ne lui arrivent même pas à l'orteil, mais il se laisse embrouiller alors qu'un simple coup d'épaule aurait pu faire de lui une légende. C'est beau un champion quand ça s'engage ! Toi, tu te retrouves en case 31 et tu commences à te dire que ce relais olympique est un puits d'emmerdes sans fond…

    Case 59. San Francisco. Richard Gere, le plus "bonzé" des stars d'Hollywood t'attend au passage du Golden Gate. Raté, tu lui passes sous le nez, en empruntant des passages barrièrés, à l'écart de la plèbe, dont on ne peut décidément pas se fier. Ça grogne un peu, mais tu n'entends presque rien. Les Amerloques assurent au niveau de l'organisation, mais c'est tout de même pas le pied. Heureusement qu'il y a encore des régimes autoritaires et dictatoriaux pour mobiliser au bord des routes des foules sourires aux lèvres et petits drapeaux en main. Vivement la Corée du Nord !

    Enfin, tu arrives à Pékin sous les vivats, mission accomplie. Presque… Car tu te rends soudain compte que tu as oublié d'enlever ton badge dangereusement subversif "Pour un monde meilleur" avant d'entrer sur le territoire chinois. Jacques Rogge et le caporal Sérandour font les gros yeux. Dans ta précipitation pour t'en débarasser, tu le balances à un quidam. Le pékin se retrouve illico au trou en case 52. Toi, tu es bon pour reprendre tout le parcours du début. La vie de relayeur olympique, c'est vraiment plus ce que c'était…

Laissez passer l'allume-gaz !

Philostrate #Olympisme
    L'olympisme est un idéal. Mettre un coup de canif dans sa charte équivaut à vider ses symboles de leur sens. Le choix du CIO en 2001 de confier l'organisation des Jeux à Pékin avait été assorti de nombreux messages invitant la Chine à infléchir sa politique dans le domaine des droits de l'homme. Peine perdue. Aujourd'hui Jacques Rogge et son petit auxiliaire français Jean Sérandour ne peuvent que constater amèrement l'échec de leur pari. Non, les dictateurs au pouvoir à Pékin n'ont pas changé. L'olympisme et ses représentants paient leur naïveté, ou plutôt leur orgueil, au prix fort.

    La flamme olympique, qui arrive ce week-end à Paris, vacille et son relais n'est plus, dans ce contexte, qu'une grossière pantomime. Les athlètes français, malgré leur geste audacieux de porter une badge "Pour un monde meilleur", en sont les victimes collatérales. Ce slogan, beau comme une annonce publicitaire, marque leur impuissance et leur peu de sens politique. Depuis des siècles et sous toutes les latitudes, les pires dictatures carburent en effet à coups de "lendemains qui chantent", "demain on rase gratis" et autres "mondes meilleurs", où le consensus sert de paravent à l'horreur…

   
    Alors, Parisiens, le mieux que vous ayez à faire est de laisser passer l'allume-gaz olympique dans une indifférence hostile. Tournez le dos à ce symbole de paix et d'universalité, hélas dévoyé. Mettez à vos fenêtres des drapeaux tibétains, dont la vente en France ne s'est d'ailleurs jamais aussi bien portée. N'allez pas gâcher le plaisir de gros bébé Douillet, qui dans notre quotidien sportif national, prévenait samedi matin Reporters sans frontières d'un pathétique "Ce n'est pas la peine de venir nous embêter". On peut être un immense champion sur un tatami et un petit bonhomme en dehors. Surtout, n'allez pas essayer de courir à côté du porteur de la flamme, comme un vulgaire fan de cyclisme à côté du peloton dans la montée de l'Alpe d'Huez. Si d'aventure vous vous preniez les pieds dans le protocole et faisiez tomber le coureur et sa torche, vous donneriez raison à Jacques Sérandour, le patron du CNOSF, qui craignait, sans rire, dans un récent entretien, qu'un défenseur des droits de l'homme ou, que sais-je, un escadron de moines tibétains en furie s'en prennent à "l'intégrité physique" des athlètes au flambeau. Grotesque… Grotesque et pitoyable.

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