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Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

#olympisme

La lutte pour les nuls

Philostrate #Olympisme
Les Jeux olympiques à Paris, c'est en 2024. Il vous reste donc sept ans pour vous familiariser avec tous les sports du programme olympique. Commençons avec la lutte. Pour ceux qui ne goûteraient pas toutes les subtilités du sport préféré de l'écrivain américain John Irving, voici un petit texte d'Edmond Renoir sur cette displine, paru dans L'Illustration du 17 mai 1890. Je sais, ça ne date pas d'hier, mais être en forme olympique, c'est aussi avoir de la mémoire !
La lutte pour les nuls

    "La lutte est en train de reconquérir la place à laquelle elle a des droits incontestables, car, au dire des pratiquants, elle est de tous les sports le plus propre à développer la machine humaine, à porter tout l'organisme au maximum de puissance. Presque tous les autres exercices pèchent par quelque point, les jambes travaillent trop ou pas assez, certains muscles sont astreints à l'immobilité, l'équilibre est rompu forcément.

    La lutte, telle qu'on l'exécute en France (…) n'est pas un combat, c'est le jeu athlétique par excellence, réglé par des conventions formelles lui conservant un caractère de courtoisie très appréciable. Les partenaires peuvent se prendre seulement par le haut du corps, employer toute leur force, mais sans user de rien qui influence la sensibilité; on doit se tomber, et non pas chercher à se faire du mal. Nus jusqu'à la taille, les lutteurs en présence vont utiliser tous les facteurs dont l'homme peut disposer : force, souplesse, agilité, adresse, à-propos, résistance (…)

    La prise marque naturellement le début de la partie; les athlètes se sont approchés, ils se tiennent les mains, cherchant à gagner de rapidité l'un sur l'autre, à "entrer" en terme de lutte. Souvent de cette première attaque dépend le succès, un bon coup peut s'en suivre, la riposte arriver trop tard…"

L'homme-ressort

Philostrate #Olympisme
    Il existe deux manières d'anesthésier les neurones. La bonne conscience, dans laquelle les belles âmes baignent leurs synapses ramollies. Le conte moderne, qui donne des ailes à la plume des scribouillards en leur épargnant de prendre du recul avec leur sujet. L'histoire d'Oscar Pistorius, le coureur aux prothèses mécaniques qui pourrait, sous réserve de minimas hautement improbables, participer aux Jeux olympiques, est pour le meilleur et surtout le pire un cocktail détonant de ces deux ingrédients.

    Que ce garçon, né sans péronés puis amputé des deux jambes, ait une foi à déplacer les montagnes ne fait aucun doute. Que son rêve olympique et ses prothèses en carbone lui aient permis de surmonter son handicap et de réaliser des performance dont bien des valides seraient incapables mérite évidemment le respect. Mais que la plupart des médias présentent comme une avancée le fait que les autorités sportives l'autorisent à courir dans les meetings et les grands rendez-vous internationaux réservés aux champions valides est proprement absurde.

    Sportivement et techniquement, il est impossible de mesurer avec précision l'avantage que lui procure son équipement de propulsion. Si la difficulté d'évaluer les handicaps a donné lieu à la création dans les épreuves paralympiques d'autant de catégories qu'il existe de déficiences, la raison est simple. Le handicap est foncièrement inégalitaire, a fortiori en matière de performance physique : il y a les coureurs avec prothèses, ceux sans prothèse mais avec une jambe à la motricité réduite, etc. Si cette logique prévaut chez les paralympiques, elle condamne de fait ce genre de duel entre valide et handicapé.

    À moins, d'entrer dans une logique qui est justement celle contre laquelle tout le monde semble se battre aujourd'hui. Celle du "petit plus" qui améliore la performance. Pistorius, aussi peu gâté par la vie et méritant soit-il, bénéficie avec ses prothèses d'une forme mécanique de dopage. Censée rééquilibrer les performances en sa faveur, mais du dopage tout de même. Ouvrons aujourd'hui les couloirs à l'homme-ressort et laissons son cas faire jurisprudence. Demain, les avancées de la science aidant, ce sont des athlètes bioniques qui frapperont à la porte de l'Olympe, tous avec des parcours exemplaires, une volonté de fer (sans jeux de mots…) et autant de bonnes raisons de s'engouffrer dans la brèche ainsi ouverte. Nos athlètes bodybuildés, dans ces conditions, n'auront guère de scrupules à s'en mettre plein le cornet. Dame, si je dois me mesurer demain au saut en longueur avec l'Homme qui valait trois milliards ou à la perche avec l'homme élastique, je ne monterai pas à l'assaut sans une boîte à pilules, je vous le garantis !

Mauvais perdants

Philostrate #Olympisme
    "En une journée, Michel Platini aura montré qu'il était possible de s'imposer sans arrogance, de convaincre sans corrompre et d'être français sans échouer tout près du but." Pas mal l'envolée, non ? Extraite de l'éditorial de notre grand quotidien sportif national daté de samedi, cette citation nous ramenait d'un coup un siècle en arrière. À l'époque L'Auto et son directeur, Henri Desgrange, exaltaient à longueur de colonnes les "triomphes du muscle français". Plus près de nous, l'amertume qui point entre ces lignes un tantinet revanchardes nous renvoyait en juillet 2005, lors d'une réunion restée fameuse du Comité international olympique à Singapour.

    Rappelez-vous cette soirée de l'été 2005, où le CIO devait choisir la ville hôte des JO 2012. Paris, sûr de son coup et du bien-fondé d'avoir fait des politiques le fer de lance de sa candidature, s'en allait se coucher, son maire en tête, avec la satisfaction du devoir accompli. Fort surtout d'un dossier exemplaire et imparable, soi-disant taillé pour la victoire. C'était oublier un peu vite que, comme en politique, ce genre de succès, au CIO plus qu'ailleurs, ne s'obtient qu'en mettant jusqu'au coude les mains dans le cambouis. En prenant aussi parfois, qu'on le veuille ou non, des libertés avec le règlement…

    Le lendemain, patatras ! L'Anglois raflait la mise et le Gaulois ravalait sa superbe, n'admettant que de mauvaise grâce et du bout des lèvres la victoire de Londres, portée par un leader charismatique et crédible, l'ancien athlète Sebastian Coe. Entendre à ce moment le maire de Paris s'étonner du va et vient tardif de membres du CIO autour de la chambre du premier ministre britannique, venu en renfort, pendant que le porte-drapeau de la candidature parisienne allait lui piquer un roupillon, avait alors quelque chose de surréaliste. Qu'un homme politique, supposé rompu aux luttes d'influence, découvre soudain la réalité du lobbying avait de quoi surprendre. Venant d'un professionnel de la communication, dont l'agence naguère faisait aussi valoir ses talents de conseil auprès de groupes industriels passés maîtres dans cet art tenant plus de la Blitzkrieg que du fleuret moucheté, laissait même carrément pantois.

    Bref, ça sentait le mauvais perdant à plein nez. Depuis, la France et ses édiles - certains de ses plumitifs aussi selon le bon vieux principe du "journalisme participatif" toujours en vigueur quand "la patrie est en danger"…- rêvaient donc de revanche. Ils l'ont, avec l'élection de Michel Platini à la présidence de l'UEFA. D'ailleurs, samedi, histoire d'en remettre une couche, le même quotidien sportif, décidément en verve, stigmatisait quelques pages plus loin "L'Allemagne, mauvaise perdante" pour avoir exprimé sa déception après la défaite de Lennart Johansson. Il est vrai qu'en la matière, nous n'avons de leçons à prendre de personne. Nous jugeons donc en connaisseurs !

    PS : Au fait, que savons-nous des promesses conclues dans le secret des alcôves par notre cher Platoche pour emporter le morceau ? Les fédérations de l'Est ne se distinguent d'ordinaire ni par leur angélisme ni par leur désintéressement. Mais pour notre chevalier blanc national, ils auront sans doute fait une exception…

Vous avez dit "artistique" ?

Philostrate #Olympisme
patineuses-gravure-environ-1900.jpg Le patinage et la danse artistique et sportive ont beaucoup en commun. Seule la surface diffère : miroir de glace pour les uns, parquets cirés pour les autres. Sinon, patineurs et danseurs sont comme les deux faces d'une seule pièce. Même goût pour les costumes pailletés au genre très sûr. Même répertoire musical plus ou moins heureux. Même juges conservateurs aux notes souvent contestées. Même public tranquille aussi, amateur de coussins brodés et de peluches aux couleurs acidulées. Il y a donc une profonde injustice à voir les uns figurer au programme des Jeux olympiques d'hiver et célébrés dans les gazettes et les autres, la boule à tango en berne, oubliés de la grande kermesse olympique.

Ne vous y trompez pas, briller sous les projecteurs demande autant d'abnégation et d'engagement dans les deux disciplines ! Les danseurs, adeptes du tango, du paso-doble ou de la salsa, fournissent un effort physique aussi considérable dans leurs grands championnats internationaux que les patineurs, quelle que soit leur spécialité. Il y a aussi de la sueur et des larmes. Alors pourquoi, dans un cas, la dimension "artistique" de la discipline constituerait-elle un frein, alors que dans l'autre on s'accommode, certes en protestant mais cela fait partie du folklore, du caractère plus que subjectif des notes rendues par des juges pas toujours intègres ? Je vous vois froncer les sourcils. "Mais dans ce cas, mon bon Philostrate, on ne s'en sortirait pas !", direz-vous. "Comment, par exemple, justifier ensuite que le curling soit au programme des Jeux d'hiver sans que la pétanque ne figure à celui des Jeux d'été, ou que le taekwando soit olympique aux dépens du karaté ?"

Eh bien justement, on ne s'en sort pas ! Les Jeux olympiques sont devenus une telle usine à gaz, où chacun souhaite se glisser, que leur organisation a vocation à rester pour l'éternité une affaire de pays riches ou de dictatures prêtes à y engloutir tout leur budget, pourvu que leurs athlètes y brillent à coup sûr. Alors oui, n'en déplaise à notre récent double champion d'Europe de patinage, Brian Joubert, à nos médaillés de ski artistique et acrobatique ou aux tennismen venus y vivre des émotions d'amateur, oui, il faut élaguer le programme des JO. Au revoir, les grands sports professionnels ayant d'autres Graal à conquérir, au revoir les disciplines locales que l'on tire ensuite comme des boulets des olympiades durant. Revenons à une dimension un peu plus humaine de l'événement. Faute de quoi et pour que tout le monde soit sûr d'être invité au banquet, lançons une vaste campagne olympique en faveur de la danse artistitique et sportive, du parachutisme, des fléchettes, de la pétanque, du surf, du billard, de la boxe française, du polo, du squash, etc, etc.
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