Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Du sport ou du cochon
Le sport entre les lignes et en sépia…

#tennis

Bartoli, papa et les balles jaunes…

Philostrate #Tennis
tennis-l--illustration-1880.jpg
       Avec ses tournois chiffrés en dollars, balisant la saison comme autant de chèques géants, le tennis est devenu le terrain de jeu préféré des pères abusifs. L'enfer étant toujours pavé de bonnes intentions, les ambitieux géniteurs jurent ne vouloir que le bien de leur descendance. Refusant la plupart du temps d'admettre que leurs propres rêves d'ascension sociale, de reconnaissance, voire de revanche sur la vie pèsent bien lourdement sur les épaules de leur progéniture…

    Hélas, ces pères exclusifs et castrateurs sont légion dans le milieu de la petite balle jaune. Avec parfois la réussite au bout du calvaire d'une enfance sacrifiée sur l'autel de la performance, mais le plus souvent aussi des personnalités fracassées. André Agassi, depuis longtemps retraité des courts, fut dès son plus jeune âge programmé pour être le champion que son père, venu chercher fortune aux Etats-Unis, ne réussit jamais à être. Pas de Noël pour le petit André, pas un jour de répit. À l'adolescence, la graine de star part en vrille, se met à boire entre les tournois, endosse le costume white trash, on se demande bien pourquoi… Il lui faudra des années pour s'en remettre, subissant sans broncher les engueulades paternelles jusqu'au soir même de sa première victoire à Wimbledon, pour avoir triomphé, certes, mais en perdant un set !

    Dans le tableau féminin, la situation n'est pas plus reluisante. On pensait avoir tout vu avec les outrances et les humiliations infligées par Jim Pierce à sa fille, Mary. Les "Kill that bitch !" criés du haut des tribunes à l'intention des adversaires.  Les roulements de muscles à destination des officiels et des journalistes, suspectés de vouloir briser le mur édifié entre sa joueuse de fille et le reste du monde. Et que dire  d'Arsalan  Rezaï,  père d'Aravan, qui n'a toujours pas réussi à se relever après avoir violemment coupé le cordon ombilical sportif le reliant à son irascible paternel.

    Les relations entre Marion Bartoli et son père sont, elles, plus complexes.  Walter n'entre pas dans la catégorie des tyrans implacables. Sa fille ne lui a d'ailleurs jamais rien reproché de tel, soulignant à l'envi qu'il était toujours le mieux placé pour la connaître et l'entraîner. Ses vélléités d'émancipation des dernières semaines ne sont donc pas du même ressort. Mais l'incapacité de Marion de trouver un coach pour remplacer Walter - en témoigne la drôle de valse à trois temps des Novotna, Kuczynska et Brémond… - révèle qu'il est quasiment impossible pour un entraîneur de trouver une place dans ce type de relation fusionnelle. Les séquelles pour Bartoli seront sans doute moins graves que pour d'autres joueuses. Reste néanmoins un énorme constat d'échec. Celui de ces parents tellement investis dans la carrière tennistique de leurs enfants, qu'ils en oublient l'une de leurs mission essentielles : les faire grandir sportivement, certes, mais surtout humainement, pour qu'ils puissent un jour construire leur vie en toute indépendance.

Santoro, ciao croco !

Philostrate #Tennis
Pub-Banania-TennisBDF-copie-1.jpg    Il y a 195 millions d'années, le Steneosaurus régnait sur les océans du Jurassique.  Avec ses six mètres et sa dentition à la Julia Roberts, cet ancêtre du crocodile était du genre coriace. Pas assez néanmoins pour résister à la malheureuse chute de météorite, qui devait avoir la peau de tous ses contemporains cuirassés. Quoique… À voir gambader Fabrice Santoro sur les terrains de tennis à bientôt trente-sept ans, on était en droit de se poser des questions. "Battling Fab", souvent qualifié de "crocodile" pour son aptitude à faire durer les matches sur terre battue au-delà du raisonnable, n'aurait-il pas hérité des gènes du lointain saurien ?

    On a vu plus glamour comme arbre généalogique, mais côté longévité rien à redire. Or, ce qui caractérisait justement Santoro l'immarcescible c'était son don d'étirer le temps pour avoir ses adversaires à l'usure. Souvenez-vous en mai 2004 à Roland-Garros. Six heures et trente-cinq minutes de match pour étouffer Arnaud Clément dans l'ocre de la porte d'Auteuil. Record à battre. Pour le panache et les coups de génie on repassera, mais pour les tripes et l'endurance, chapeau l'ancêtre ! Le voir battre en 2008 le record du nombre de participations en tournois du grand chelem (62), jusque-là détenu par André Agassi, n'a donc rien eu de surprenant…

    Mais la comparaison entre le "Kid de Las Vegas", en passe de devenir "Monsieur pharmacie à en croire sa récente autobiographie, et notre Hérode tricolore s'arrête là. Quitte à parler chiffres, autant être exhaustif. Agassi a pris part à 61 tournois du grand chelem, y a disputé 253 matches pour 206 victoires. Santoro en a certes disputé lui aussi une soixantaine, mais pour seulement 121 matches joués et 60 remportés. Sortez vos calculettes. À raison de 0,951 victoires par participation à l'un des quatre tournois majeurs du calendrier, le Français aurait dû encore enquiller plus de 37 saisons pour espérer ne serait-ce qu'égaler le nombre de matches gagnés par l'Américain. Et on vous fait grâce des quatorze finales et huit victoires remportées par Monsieur Graf ! Santoro n'aurait donc pas eu fini de jouer et sa retraite, après un dernier combat ce week-end à Bercy, relève de la sagesse élémentaire …Sinon, il aurait dû s'échiner jusqu'à  73 ans au bas mot .  Un truc de fou, à laisser ses os dans la terre battue et finir fossilisé dans le carré de service. Notez, ce serait les paléontologues des siècles futurs qui seraient contents. Trouver entier un squelette de Steneosaurus Santorus datant du XXIe siècle après J-C, c'est une découverte à vous ouvrir d'un coup les portes de l'Académie des Sciences et du Tenniseum… Allez, ciao "croco" !

Tamis ennemis

Philostrate #Tennis
   

    Le tennis est par essence un sport individuel. Mais, curiosité de la discipline, c'est lorsque ses individualités s'additionent que s'écrivent les légendes. L'opération magique qui rassemble en meute conquérante les loups d'ordinaire solitaires du circuit ATP s'appelle "Coupe Davis". Leconte, Forget, Noah dans les années 1990 et avant eux Lacoste, Brugnon ou Borotra dans les années 1920 sont entrés dans l'histoire de leur discipline et dans le cœur des foules parce qu'ils ont tous un jour brandi le saladier d'argent.

    Pourtant, il semble qu'à l'image d'une société où l'individualisme fait des ravages, le vieux trophée perde ces derniers temps ses vertus fédératrices. La sortie calamiteuse de l'équipe de France face aux Etats-Unis en quart de finale de Coupe Davis en est le tristre exemple. Les images de Richard Gasquet pianotant sur son portable et jouant du SMS pendant que ses coéquipiers s'escriment sur le terrain en disent long. Que Richard doute, c'est normal. Lorsque l'on compare son palmarès à celui de Nadal, son rival chez les juniors, on en arrive même à douter qu'il ait jamais commencé sa carrière chez les pros. Qu'il soit à moitié blessé ou dépressif, c'est humain, on le serait à moins…

    Mais que le futur ex-espoir qu'il risque de devenir se sente si peu concerné par le destin de ses petits camarades relève plus du "rien que pour ma gueule" que du malaise. Du coup, c'est hors des courts que les échanges ont été les plus rudes et entre coéquipiers en plus ! Paul Henri Mathieu, en profita pour lâcher devant les micros quelques amabilités sur l'ami Richard, vite mises sur le compte de la déception, mais le mal était fait.

    Comme un air de Fed cup, lorsque Tatiana Golovin dans le rôle de la petite peste qui tire les couettes aux copines dans le cours de récré, allumait par journaux interposés Marion "Jamais sans mon père" Bartoli… Les épreuves de tennis par équipe auraient-elles donc du plomb dans l'aile ? Les jeunes générations ne seraient-elles pas capables de mettre de côté leur ego le temps de conquérir cette autre "coupe aux grandes oreilles" ? Possible, mais ne désespérons pas trop vite. Tout ceci n'est peut-être qu'un malheureux concours de circonstances. Noah et Leconte n'ont jamais été les meilleurs amis du monde. Ils ne s'en cachaient pas et trouvaient pourtant sans trop de difficultés le moyen de faire l'union sacré autour du saladier. Souhaitons qu'ils inspirent leurs héritiers. Sans quoi ce n'est pas demain la veille que la Coupe Davis reviendra prendre la poussière dans une vitrine porte d'Auteuil…

Tendre Amélie

Philostrate #Tennis
undefined    Cela ressemble à un titre de la  collection Harlequin ou de la Bibliothèque rose.  Mais ce Tendre Amélie s'adresse à notre championne  de tennis, la plus titrée et la plus fragile de ces dernières années.  Un témoignage d'affection pour qu'Amélie Mauresmo, ensablée à Doha, ne lâche pas le morceau…

    Qu'allais-tu faire aussi, Amélie, dans cette galère qatari ? Grappiller des points pour le Top Ten de la WTA, d'où l'appendicite t'a mise à bas ?  Mais ce n'est pas parce que dans le vent et le froid tu as  échoué encore une fois, qu'il faut mettre ta raquette au clou, prendre ta retraite, loin des courts, loin de nous.

    Tanasugarn t'as mis une claque, avec pour public quatre insomniaques. Mais ton palmarès est là, tu le sais, tu vaux bien mieux que ça. Les esprits chagrins te disent peu fiable, friable comme le pot de terre de la fable.  C'est ce qui fait aussi ton charme, la victoire le poing serré, la défaite dans les larmes. Dans le tennis de haut niveau, fait d'homme-machines et de robots, tu gagnes un jour, puis tu tombes de haut. T'es trop humaine, voilà ton lot.

    Même lors de tes plus belles séries, tu ne sembles jamais intouchable. Lorsque ton physique sourit, ton mental reste instable. Un bon psy t'aurait sans doute servi, aidé à trouver ce qui te pourrit la vie. Mais tu n'en as pas rencontré, ou alors pas un bon, de ceux qui méritent qu'on leur lâche des biftons. T'es fragile, voilà, t'écris ton palmarès, cahin-caha. Tu n'es pas une Hénin psychopathe, genre "Pour m'sortir du court, faut qu'on m'abatte !" Tu ne feras jamais le Grand Chelem, trop irrégulière, c'est ton problème. Ne crois pas que ça nous gêne, au contraire, c'est comme ça qu'on t'aime. Une vrai championne française, parfois minable, parfois balèze. C'est aussi ça la tradition, sur terre battue comme sur gazon…

Chorizo périmé ?

Philostrate #Tennis
Tilden-Miroir-1938.jpg    Pobré Rafa… Yé loui avait pourtant dit qu'à courir comme oune  cabrito sour la terre battou, il allait finir par sé touer la santé. Il a l'air fin mainténant notre taurillon fougueux avec ses sabots en compote. Pobrécito. C'est oune comble : à peine l'âge où lé toro fait lé beau dans l'arène, qu'il est déyà plou bon qu'à régarder passer lé trains en prénant son mal et sa dolor en patience.

    C'est ça lé sport modérn. Tout  va plou vite. Tou a encore dou lait dé ta mère sour lé bout dou nez et des cojones pas plou grosses qué dé noyaux dé cérises, que tou passes déyà des heures sour les courts dé tennis. Tou a à peine dou poil au mentone, qué tou soulèves dé la fonte comme ouné campeon dé force basque. Après, tou a oune bras comme Houlke lé titane verte, tou peux jouer plousse dé tournois qué dé yours dans l'année et tou té fais des cojones en platine - yé sais, encore lé cojones, jé soui oune macho…

    Évidemment, tou lé monde a dé l'admiraçion por toi. Lé poublic, qué comme dans l'arène y veut plousse dé spéctacle et sé fout dou reste. Lé yournalistes, qué disent qué té oune estraterrestre, qué té oune physico hors dou commun, qué té oune force dé la natoure. Les mêmes y diront qué té ouna mierda si, pour être encore plousse extraordinaire, tou va voir oune docteur qué lé pas conventionné et qui té donne oune pétite traitément médical qué té fé cracher lé fuego. Lé your où tou fait péter la fiole dou controle antidopage, là té plou oune campeon dou tou et tou a beau avoir donné à tou lé mundo cé qui voulait, té tou sol quand la guardia civil elle encercle l'hacienda.

    Pobre Rafa. Yé vé pas té péter lé moral, tou a déya assez dé mal avec té pieds ramollis comme dou chorizo avarié. Yespère qué tou va té réfaire oune santé sous lé soleil des Baléares et qué Toni, ton tonton, va té trouver oune bonne médécin et des zapateras sour coussin d'air pour qué, même bien cassé, tou pouisses jouer encore oun an ou deux. Yousqu'à vingt-cinq ans, si tou a dé la chance, por féter tes vingt ans dé tennis professionnel. Après, c'est les oreilles et la queue aux aficionados, en attendant qué tou soit remplacé par oune autre prodige au gros bras. Cé la doure loi dou sport…

P.S : Le grand champion Bill Tilden, immortalisé sur cette image en 1938, disputait encore le tournoi de Roland-Garros à 46 ans. À cet âge-là, Rafael Nadal fera des cures thermales à la Bourboule pour soigner ses douleurs et s'endormira, un plaid sur les épaules, en regardant deux "prodiges" de quinze ans jouer la finale des Internationaux de France 2032 sur un court central de 80 000 places. C'est beau l'avenir…

Soutien unanime

Philostrate #Tennis
tennis-l--illustration-1880.jpg
    La Fédération française de tennis, qui ne regarde pas à la dépense, s'est payée cette semaine une pleine page de pub dans nos quotidiens. Objectif : soutenir la marote du président Bîmes, à savoir l'extension du stade de Roland-Garros sans laquelle, à l'en croire, l'avenir du tournoi, pour ne pas dire de la patrie, serait menacé. Sans doute à court d'arguments pour défendre un projet contesté, la FFT a cette fois sorti la grosse artillerie, paraphant son encart de soutien des signatures de quelques uns des meilleurs joueurs de France et du monde, Federer et Nadal en tête. Ces derniers, assure ce serment du jeu de paume version 2007, se prononcent "en faveur de l'extension du stade Roland-Garros et espèrent le soutien des autorités publiques françaises", afin que le tournoi "soit organisé sur de nouvelles installations étendues Porte d'Auteuil"

    Difficile de ne pas être admiratif devant la spontanéité de ce soutien unanime. C'est vrai quoi, ce n'était pas gagné ! La perspective d'un nouveau stade, plus grand, plus moderne, mieux adapté pour pomper jusqu'au dernier centime dans les poches des passionnés de tennis, aurait pu faire hésiter plus d'un champion. Le risque pour la FFT de se voir opposer une fin de non-recevoir par nos ténors de la raquette était presque aussi grand que de voir les cheminots rejeter comme un seul homme un projet de "prime à la grève" doublant leur rémunération les jours de chaos ferroviaire, c'est dire !

    Le plus comique est sans doute de voir ces icônes du libéralisme sportif, hommes-sandwichs pour marques de luxe, en appeler aux autorités publiques françaises pour qu'elles consentent à faire pleuvoir les deniers de l'Etat sur cette opération, qu'il s'en est fallu d'un rien de voir qualifiée de cause nationale. Hé oui, nos amis millionnaires des courts, dont l'argent dort dans de cossues banques suisses ou sur d'exotiques comptes offshore, ont besoin de vos impôts à vous, qui avez la chance d'en payer et n'êtes pas contraints par les exigences de votre profession au rude exil monégasque ! Si vous voulez les voir jouer dans de bonnes conditions en payant à prix d'or vos billets non-remboursables même en cas de mousson, faudrait voir à y mettre un peu du vôtre…

    Si les champions ont signé ma brave dame, c'est que le projet doit tenir la route. Ils n'auraient pas fait ça à la légère, sans penser aux conséquences pour un bois de Boulogne qui, en dehors de la quinzaine de Roland-Garros, n'est guère plus qu'un grand jardin public où les Parisiens viennent s'ennuyer en famille. Ils n'auraient pas oublié de réfléchir aux conséquences de voir toujours plus de spectateurs se marcher toujours plus sur les pieds car, les sardines et les habitués des transports parisiens le savent, on agrandit toujours la boîte pour mieux tasser le chaland, pas pour lui permettre de prendre ses aises… Non, ils ont bien pensé à tout ça nos bûcherons des courts, ils connaissent bien le quartier, ils le traversent quinze jours par an pour aller de leurs palaces au Central. D'ailleurs, aux dernières nouvelles, ils auraient même conçu un plan très habile afin d'aider à financer les travaux d'extension :  proposer au président de la FFT de parier en ligne sur une victoire de Sébastien Grosjean aux prochains Internationaux de France en s'engageant dès maintenant par écrit à le laisser gagner toutes ses rencontres. Mais pas de blague hein, en abandonnant sur blessure, il faut que ce soit crédible tout de même !

P.S : Pour ceux qui auraient raté un épisode, le coût de l'extension de Roland-Garros est estimé à 120 millions d'euros. La FFT mettrait, certes, 80 millions de sa poche, mais attend de l'Etat et de la Ville de Paris qu'ils crachent aussi chacun 20 millions au bassinet. Une paille, surtout pour créer un grand boulevard piétonnier en plein milieu des serres d'Auteuil !

Nadal le concasseur

Philostrate #Tennis
pub-tennis-19292bdf.jpg     "Aux quatre coins de Paris façon puzzle…" : c'est le sort, inspiré des Tontons Flingueurs, que l'Espagnol Rafaël Nadal semble réserver à tous ses adversaires dans ces Internationaux de France de tennis. Dispersés comme un nuage de terre battue un jour grand vent, relégués aux oubliettes de Roland-Garros, hachés menus… : Lleyton Hewitt et Carlos Moya, pour ne citer que ses deux dernières victimes, ont eu beau faire de leur mieux, c'était bien loin d'être assez pour ne pas subir la loi implacable du bûcheron de Majorque.

    Alors bien sûr, l'art de Rafaël Nadal ne se résume pas à ses furieuses ruades de taureau sauvage. Cet Apache-là a aussi un joli toucher de balle et de l'inspiration au filet. Mais sa force reste avant tout de concasser méthodiquement ses opposants, de les broyer tant physiquement que moralement. Il est à ce titre l'incarnation d'un tennis total, où la technique reste certes fondamentale, mais où seule la puissance lui confère une réelle efficacité. La combinaison des deux permet à Nadal de régner sans partage en fond de court. Face à Hewitt, pourtant connu pour trouver des angles d'une précision redoutable, il prit même un malin plaisir à dominer son adversaire sur son propre terrain, trouvant en coup droit des trajectoires de balle dont l'effet semblait parfois se jouer de la géométrie.

    L'infériorité physique de l'Australien, pourtant ancien numéro 1 mondial, avait quelque chose de pathétique dans ces moments-là. De vaguement inquiétant aussi, car Nadal donne toujours l'impression de pouvoir passer en force, même dans un set où son adversaire le contraint à aller au tie break. Dans une partie de bras de fer, mieux vaut ne pas négliger ce biceps gauche proéminent, qui lui donne des allures de crabe violoniste, ces étranges crustacés dont l'une des pinces hypertrophiée rend l'autre presque ridicule.

    De ce bras gauche aux muscles saillants, Nadal a même jusqu'à présent réussi à repousser les plus vilains bruits courant sur son compte. Des rumeurs parfois, comme celle de ce contrôle antidopage positif enterré à Dubaï en 2006, mais des questions, souvent. Dans le paysage sportif actuel, il faudrait être bien ingénu pour ne pas s'en poser sur un garçon dont le physique étonnant est le principal atout pour affirmer sa suprématie sur terre battue. Mais c'est vrai que Nadal est Espagnol et que dans la péninsule, c'est bien connu, seuls les cyclistes se dopent ! La liste de champions clients du docteur Fuentes, virtuose de la transfusion sanguine par qui le scandale Puerto est arrivé, semblait pourtant au départ ne pas s'arrêter aux seuls noms des "forçats de la route". Il y aurait été aussi question de crampons et de tamis. La justice locale n'ayant déjà guère fait de zèle pour mettre un coup de pied dans la fourmilère cycliste, il serait bien illusoire de croire qu'à l'avenir on puisse avoir là aussi le fin mot de l'histoire. C'est bien dommage, ne serait-ce que pour évacuer définitivement le doute. Quitte à faire exploser au passage les beaux rêves des amateurs de tennis aux quatre coins du circuit, façon puzzle là aussi…

Tu seras sans coach, Monfils !

Philostrate #Tennis

    Pub-Tennis-1929-2.jpg

    Le divorce spectaculaire entre Philippe "Bling, Bling"Lucas et Laure Manaudou a mis en émoi le monde d'ordinaire tranquille de la natation. Mais le coach bodybuildé de notre Laurette nationale et la quincaillerie lui servant d'ornement n'a pas été le seul ces derniers jours a faire les frais de l'ingratitude ou des humeurs - c'est selon…- de nos turbulents champions. Gaël Monfils, dont le talent n'en finit plus d'être prometteur là où d'autres à son âge sont déjà des terreurs du circuit - grande spécilaité française ! - a prouvé qu'en tennis aussi, le métier d'entraîneur n'est pas de tout repos.

 

    Être coach n'est pas une sinécure. Quand votre poulain gagne, c'est l'expression de son talent, lorsqu'il perd c'est celle de votre incompétence. Mais lorsqu'il s'agit de Gaël Monfils, la donne se complique encore plus. En quelques mois, l'athlète à la carrure de basketteur NBA en est à son troisième entraîneur, le dernier en date chargé d'assouvir son nouveau rêve américain, n'étant autre que Tarik Benhabiles, habitué, pour avoir un temps travaillé avec Andy Roddick, aux joueurs aux caractères bien trempés. La question se pose cependant : Monfils a t-il du caractère ou ses changements de cap successifs sont-ils simplement le fruit de son immaturité et d'une instabilité chronique ?

 

    Un récent reportage, diffusé sur L'Equipe TV quelques jours seulement avant que Gaël n'annonce sa séparation avec son "futur ex-coach" Olivier Delaître ne permettait guère de trancher, ni dans un sens ni dans l'autre. Derrière les propos de Delaître le cartésien pointait déjà comme une sorte de fatalisme sur les entêtements de son protégé et ses réticences à sacrifier son goût du spectacle sur l'autel de l'efficacité. Monfils, de retour de blessure, semblait pour sa part complètement largué, pas plus sûr que cela de son avenir et doutant de tout, à commencer par lui-même… La rupture avec son entraîneur, qu'il avait été pourtant été rechercher après une première séparation, ne semble de ce point de vue guère surprenante, le lien de confiance entre les deux hommes apparaissant alors pour le moins ténu.

 

    Souhaitons donc à Gaël Monfils, sans conteste le joueur français le mieux doté physiquement du circuit, de trouver un nouveau souffle en Floride. Car le gaillard commence visiblement à lasser dans l'entourage de l'équipe de France de coupe Davis, à la fédération et surtout, plus grave, dans les rangs du "Team Lagardère", qui tousse à l'idée de voir l'un de ses "chers" protégés mettre sans autre forme de procès le cap sur Miami. L'expérience américaine, si elle se confirme, n'est donc pas exempte de danger pour le jeune Français. Une ultime chance pour se remettre sur les rails faute de quoi l'espoir pourrait une fois pour toutes se muer en Arlésienne, dont les entraîneurs - et les spectateurs ! - pourraient bien eux aussi à la longue se lasser…

 

 

Gare à Roland v'là Roger !

Philostrate #Tennis
Roger Federer est un champion reposant. Ne voyez aucune malice dans cette remarque. Aucune allusion non plus à cette domination sans partage qui enlèverait à sa discipline ce petit piment, qu'elle a du reste perdu depuis pas mal d'années. Au contraire, Federer fait honneur au tennis, moins par son éblouissant palmarès que par ses qualités d'homme et d'athlète au sens noble du terme.

Ce Roger-là est humain, jusque dans son irrésistible ascension vers les sommets. Son physique, bien que poli pour briller sur les courts, semble normal. Il n'a pas l'air d'avoir emprunté son bras droit à Hercule ni d'enfiler en douce des cuissards, histoire d'avoir l'air d'un cycliste au moment d'aller consulter un quelconque Mabuse ibère. Même les plus suspicieux - et j'en fais partie, vous l'aurez compris…- n'ont pas de mal à croire qu'une ration de muesli bio et un bon bol d'air des alpages suffisent à combler son heureuse nature. Pas du genre grande gueule non plus. L'Helvète ne roule pas des mécaniques, n'accumule pas les fiancées peroxydées - sa placide dulcinée, souvent assise avec son sac à main sur les genoux, dégage presqu'autant de sex appeal que  Bernadette C. -, ne fait pas dans les déclarations fracassantes…

Il joue, et bien, c'est d'ailleurs tout ce qu'on lui demande. Il triomphe, avec naturel mais sans fausse modestie. Il affiche ses ambitions aussi, calmement et sans forfanterie. L'Open d'Australie 2007, sa dixième victoire dans un tournoi du Grand Chelem, l'ayant vu se hasarder plus que d'ordinaire du côté du filet, on se dit même qu'il pourrait encore avoir de belles années de popularité devant lui. Surtout si, d'aventure, Roland-Garros, qui s'est jusqu'à présent toujours dérobé, s'offrait enfin à lui ce printemps.

Federer a fait des Internationaux de France son but ultime, laissant même à penser que, si son palmarès ne devait plus s'enrichir que d'un seul Grand Chelem, ce serait celui-ci qu'il choisirait. Connors, dont il chasse le record de longévité à la première place mondiale, s'est toujours cassé les dents sur la terre battue de la porte d'Auteuil. Et quoiqu'il en dise, Jimbo l'irascible en a gardé un goût d'inachevé. Sampras aussi, malgré ses quatorze victoires en Grand Chelem, sur lesquelles lorgne aussi désormais le grand Roger. Souhaitons lui de faire mieux que ses deux augustes anciens. Souhaitons le pour le tennis. Souhaitons le pour le sport en général.
Facebook Twitter RSS Contact